LA VIE ET PASSION
DE MONSEIGNEUR
SAINCT DIDIER
HARTIR ET fiVESQUE DE LENGRES.
CiiiUMO.vr [Haute-Marue), typographie Je C. C*vaniol.
LÀ VIE ET PASSION
DE MONSEIGNEUR
SAINCT DIDIER
MARTIR ET ÉVESQUE DE LENGRES
JOUÉE m LAD1CTE CITÉ L'AN MLCCCClIli" ET DEUX
COMPOSÉE
par vénérable el scienliûcque personne
ittaistre (Guillaume JFlamang
Clmnoine île Lenjres ;
PUBLIÉE POIR LA PREMIÈRE FOIS
D'APRÈS LE MANUSCRIT UNIQUE DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHAUMONT
AVEC ONE INTRODUCTION
Par J. CMKW\I>ET,
Bibliothécaire de Cliauiuont.
PARIS
LIBRAIRIE DE TECHENER
PLACE DU LOUVRE»
1855
INTRODUCTION.
3^00
On s'est trompé en fixant à l'année 1402, époque
de rétablissement à Paris des Confrères de la
Passion, l'origine du théâtre français. Dien avant
ces confréries , avant ces pieuses associations
laïques ou mi-partie de laïques, d'autres asso-
ciations avaient accompli une œuvre de même
nature, et il est parfaitement prouvé aujourd'hui
que « les mystères, les moralités, les sotties, re-
présentés par les soins des corporations de métier
ou aux frais des compagnies de judicature, sur
nos places publiques et dans les salles de nos
maisons de ville, sont une des formes les plus ré-
centes de l'art théâtral , et par conséquent ne
sauraient être considérés comme l'origine directe
et véritable du théâtre tel que nous le voyons (1 ). »
Ainsi, nous savons que dès l'année 587, près de
deux cents religieuses, chantaient aux funérailles
de Sainte Radegonde, une sorte d'élégie plaintive
et que des assistants, comme inspirés par elle, la
proclamèrent la sainte élue de Dieu (2). Plus lard,
entre autres cérémonies semblables, on trouve
(4) Les origines du théâtre moderne, par Ch. Magnin.
(2) Grégoire de Tours. De gloriâ confessorum CVL
II —
celles qui furent célébrées sur la tombe de Saint
Odillon, mort ;ibbé de Cluny en 1048. Ces chants
latins, dialogues dans une espèce d'apothéose, sont
un brillant prélude de nos représentations reli-
gieuses. Mais c'est surtout dans les mystères de
la religion, dans les liturgies relatives aux fêles de
Noël el des Rois que nous voyons naître le drame,
si pur, si saint d'abord el qui, malgré ses aber-
rations, s'est souvenu souvent de son origine. Au
sortir de l'église, le théâtre qui est resté longtemps
chez les Confrères de la Passion , tour à tour à
Sainl-Maur, à la Trinité, aux Hotels de Flandre
oi d'Arras, finit par s'enrôler avec les Enfants
sans Souci, avec les Clercs de la Basoche, el
avec les confréries religieuses répandues dans le
monde chrétien.
Des drames latins, les plus anciens et les plus
remarquables sont ceux que Hroswithe, religieuse
allemande d'un couvent de Grandcrsheim, au xe
siècle, y fit représenter par ses sœurs en religion.
Au xie siècle, nous trouvons une pièce toute
allégorique: cesonlLes Vierges sages et les Vierges
folles. A celle époque, l'art scénique n'était pas
encore sorti des mains de l'église, qui avail songé
de bonne heure à s'emparer de l'instinct dra-
matique de la nation, à le diriger vers les choses
saintes et à le faire servir à augmenter l'attrait des
cérémonies religieuses. Mais au xue siècle, époque
des confréries, cet art s'échappe en partie, comme
les autres arts, des mains du clergé « pour passer
dans celles des communautés laïques, pleines de
cette ferveur pieuse el de cet enthousiasme de li-
berlé, qui amenèrent trois siècles après l'entier
affranchissement de la pensée et la complète sécu-
— III —
larisation des arts. » Il nous reste de cette époque
des monuments dramatiques en langue française
assez considérables et d'une grande perfection
relative.
La vie et passion de Monseigneur Sainct Didier
(pie nous publions aujourd'hui rentre dans cette
dernière catégorie. Nous avons pensé qu'il ne serait
pas « indifférent, pour nous servir des paroles
d'un homme justement célèbre (1), d'examiner et
de noter ces restes du passé, avant que la civili-
sation moderne et l'usage de la langue générale
les aient fait disparaître. » Aussi nous aimons à
penser que ce document sera accueilli avec intérêt
par les personnes qui se plaisent à l'étude littéraire
des divers siècles, afin de pouvoir en suivre et ap-
précier les progrès.
Le texte a été collationné avec l'attention la plus
scrupuleuse sur le manuscrit (2) que possède la
(1) Guizot. Moniteur du 18 mai 1835.
(2) Ce manuscrit, écrit sur papier en 1507, le dernier
jour de may, par Prévost, procureur es cour de Lengres et par
Estienne Roland, a été copié en 1838 par M. E. Jolibois,
qui a publié la Diablerie de Chaumont, une Histoire de Réthel
et tant d'autres ouvrages recommandables ; en 1847 par M. P.
Dardenne, bibliothécaire de Chaumont; enfin en 1848 par
M. J. Fériel. MM. Jolibois et Dardenne avaient conçu la
pensée d'éditer le travail que nous publions aujourd'hui. C'est
un grand in-4°, relié en bois et recouvert d'une peau verte
dont plusieurs lambeaux sont détachés. Il est composé de
onze cahiers de quinze feuilles chacun. L'écriture en est belle,
mais assez difficile à déchiffrer à cause des abréviations nom-
breuses qui s'y rencontrent. Nous devons ajouter, pour rendre
à chacun ce qui lui est dû, que la copie de M. Fériel, la seule
que nous ayons eue entre les mains pendant l'impression de
notre travail, nous a été d'un grand secours.
— IV —
bibliothèque de Chaumont. Nous n'y avons rien
retranché, rien ajouté; l'orthographe des mots
n'est pas toujours constante, nous avons dû néan-
moins les écrire tels qu'ils se trouvent dans le ma-
nuscril. sans nous inquiéter des différences que
Ton pourrait y rencontrer. Qu'on n'aille pas toute-
fois, en voyant les mêmes mots, écrits de deux ou
trois manières, prendre Ys au singulier par exemple
el pas au pluriel et changer quelquefois de dé-
sinence, taxer Tailleur ou les copistes de caprice
el d'ignorance. Nous ne savons guère même au-
jourd'hui , malgré les savantes recherches de
M. Raynouard (4) quelles étaient les règles gram-
maticales de cette époque. Nous n'avons pas
voulu imiter Marot, plus près (pie nous de trois
siècles du Roman de la Rose, qui, voulant faire
des corrections à cet ouvrage, y a mis des fautes
qui ne s'y trouvaient pas.
Nous avons placé à la fin du volume un glos-
saire-index, dans lequel on trouvera l'explication
des mots les plus difficiles à entendre.
Nous devons offrir nos remercîments les plus
sincères à M. J. Fériel, qui nous a prêté le con-
cours de ses lumières. M. Th. Pistollet de Saint-
Fergeux ne saurait être non plus oublié ici, nous
lui devons la communication de plusieurs docu-
ments manuscrits qui nous ont été d'une grande
utilité dans la rédaction des notices sur Guillaume
Flamant et sur Saint Didier.
(4) Poésies or'u/hialcs des Troubadours. Voir les Éludes sur
les mystères, d'Onésime Le Roy.
— V —
Il est toujours intéressant de savoir à quelle
époque naquit un homme de lettres; on se de-
mande au milieu de quels événements il a fait son
entrée dans la vie, sous quelles influences s'est
formée sa pensée, quelles durent être ses pre-
mières impressions.
Nous ne pouvons satisfaire en chiffre la légitime
curiosité du lecteur.
Nous ne savons rien de certain sur le lieu et
sur l'époque de la naissance de Guillaume Fla-
mant (1), non plus que sur l'époque de sa mort (2).
Originaire de Flandre , si nous en croyons
M. Weiss, né à Langres, si nous nous en rappor-
tons à la biographie que nous a laissée M. Mathieu,
Guillaume Flamant, Flameng ou Flaming fut d'a-
bord pourvu d'un canonicat de la cathédrale de
(1) Pour la rédaction de cette notice nous avons consulté
l'article publié par M. Weiss dans la biographie Michaud; l'an-
nuaire de l'abbé Mathieu, publié en 1811; l'essai biographique
de M. Vallet, ancien archiviste de la Haute-Marne; la note de
M. Tarbé sur Guillaume Flamant, dans son ouvrage : Les
Poètes de la Champagne antérieurs au siècle de François 7e1';
le manuscrit que nous a laissé l'abbé Charlet, sous le titre
de Langres sçavante, ainsi que l'ouvrage, également manus-
crit, de Théodecte Tab'ourot.
(2) M. Pistollet de Saint-Fergeux nous écrit qu'il a trouvé
dans une note prise dans un ouvrage dont il ne se rappelle
pas le titre, que Flamant naquit vers 1455 et mourut vers
1540.
— VI —
Langres (1); après un certain nombre d'années, il
résigna celte dignité pour la modeste cure de Mon-
therieSj petit village à quatre lieues Nord-Ouest, de
Chaumont. Enfin, voulant terminer ses jours dans
une retraite plus rigide, il prit l'habit de Saint
Bernard, à l'abbaye de Clairvaux, « où il mourut en
saint religieux, dit l'abbé Charlet, vers le milieu
du xvie siècle. »
Ami de notre ancienne poésie, et poète lui-
même, Guillaume Flamant nous a laissé plusieurs
ouvrages sortis de sa plume.
« Des ouvrages dramatiques de Guillaume Fla-
mant, dit M. Weiss, le plus remarquable est le Mar-
tyre de S. Didier. Celle pièce fut représentée à Lan-
gres en 1482, par une confrérie de pénitents. » On
y compte cent seize acteurs. En suivant pas à pas
les développements scéniques de ce drame, on
voit que les féeries modernes qui visent au fantas-
tique, sont distancées par l'œuvre du dramatiste
du xve siècle. Le ciel, l'enfer, les Langrois, les
Romains, les Alains, les Wandales, tout est mis
en scène. Le comique représenté par le fou vaut
presque ses modernes confrères ; souvent, il est
(1) Guillaume Flamant est inscrit sous le nom de Guiller-
mus Flamingi, dans un manuscrit conservé à la bibliothèque
de Langres et qui a pour titre : Matricula canonicorum ac
prebenduriorum ecclcsiœ Lingonemis, (ab anno 4384adannum
1788). On voit sur ce curieux catalogue que Flamant obtint
une prébende au Chapitre de Langres en 1477; il y est ins-
crit comme chanoine prêtre en 1495, en remplacement de
Nicolas de Montsaujon et disparaît après le mois de mai
17'J'J, époque où il quitta son canonicat pour la cure de
Montheries.
— VII —
vrai, son langage est trivial, ses expressions sont
obscènes (1); mais souvent aussi il a du trait, de
la naïveté et de la malice. On se plaint au théâtre
de l'abus des décors et des machines, Guillaume-
Flamant ne les épargne pas; ce ne sont à tout mo-
ment qu'évolutions, épisodes, car rien ne se fait
à la cantonnade, cette supposition admise aujour-
d'hui. On voit ce dont on parle. Quant aux figu-
rants, ils forment toute une armée. Le plus nom-
breux personnel des théâtres de Paris ne suffirait
pas à fournir les chefs d'emplois qui défilent et
qui dialoguent. Divisé en trois journées, le mystère
comporte plus de mouvement et d'action que de
paroles, et les machinistes devaient être aussi sou-
vent en scène que les acteurs. Le théâtre chan-
geait de place, d'échafaudages, suivant les besoins
de la scène. Le couplet final, cette importante
balançoire, comme disent les comédiens, n'était
pas inconnu à Guillaume Flamant. L'auteur, en
terminant chacune des parties de ce drame inté-
ressant, s'excuse de la longueur des détails et se
recommande à l'indulgence du public :
Si avons à regracier
De toute nostre intelligence
(1) Un critique bienveillant nous avait conseillé dans le
Spectateur de Dijon, lorsque nous avons annoncé notre pu-
blication, de supprimer ces passages. Nous n'avons pas cru
devoir obtempérer à ce désir. L'œuvre du poète langrois de-
vait être publiée in extenso. Le clergé d'ailleurs ne peut s'in-
digner. Ce n'est pas là l'œuvre d'un esprit frivole et licen -
cieux. Guillaume Flamant attaque le vice qui doit baisser la
tète et les honnêtes gens doivent applaudir.
— VIII —
Collauder et remercier
La seignorie d'excellence
Qui par doulce bénévolence
Nous a presto bon auduitoire
Tour ouyr en paix et silence
Le mistôre ou dévot histoire.
L'œuvre de Guillaume Flamant n'a rien à envier
aux réformateurs graves ou comiques dont notre
époque fourmille. Tour à tour jovial et sérieux, le
chanoine de Langres, sait railler comme Figaro
et dogmatiser comme le rédacteur d'un journal
politique, il parle fêtes et plans de campagnes, il
joue du gaboulct et de la trompette guerrière, il
fredonne la chansonnette et entonne un hymne de
guerre.
Le Mystère de Sainct Didier, comme nous l'a-
vons dit, est divisé en trois journées :
Première journée : Election et installation de
Didier, préparatifs de Crocus pour faire la guerre
aux chrétiens.
Seconde journée : Siège de la ville de Langres
par le barbare Crocus, chef des Wandres ; mar-
tyre de l'Evêquc Didier et d'un grand nombre de
Langrois; défaite des barbares par Marien, près
d'Arles.
Troisième journée: Translation des reliques de
Saint Didier.
Théodccle Tabourot nous apprend que Guil-
laume Flamant fil encore représenter le Martyre
des Saints- Jumeaux , tragédie dont le sujet est
aussi tiré des légendes du diocèse de Langres. Ce
mystère a complètement disparu. Tabourot dans
— IX —
son histoire des évêques de Langres nous en a
eonservé les strophes suivantes : (1)
Waklericus (2) mesmement
Bon Prélat meinant vie austère
Commencea premièrement
Des Saincts-Gémeaux (3) le monastère
Qui comme pasteur et bon père
Mesprisant vice et vitupère
Y mit gens de dévocion
Mais désirant la religion.
Pour faire le divin service
Des chanoisnes y ordonna
Où pour continuer l'office
Aucunes rentes n'y donna,
Car quand besoingner y cuida
Mort en fit séparation.
Beito qui après succéda
Fournit à la fondacion.
Beiton (A) lingonicque pasteur
Par affection très humaine
(1) Page 213 et 219.
(2) Vahlric, 33e évêque de Langres en 778.
(3) L'abbaye de Saint-Geosme n'a pas été fondée par Val-
dric, car dès l'année 716, nous voyons que Saint Ceolfrid,
abbé de Wiremetheuse en Irlande, qui mourut à Langres l'an
716 en allant à Rome, fut enterré à l'abbaye de Saint-
Geosme. Ce fut Albéric, évêque de Langres, qui vivait sous
Louis-le-Débonnaire et non Yaldric, qui agrandit ce monas-
tère et y établit des chanoines et un prévôt, et fit rebâtir l'é-
glise.
(4) Beiton, 34e évêque de Langres, qui fut choisi par Char-
lemagne pour rédiger et dresser ses Capitulaires, vivait en 790.
— X —
Des rentes fut le fondateur
Au temps du grant roy Charlemaigne.
Charles le Grand, chef de l'Empire
Selon que Dieu les siens inspire
Eut aux Gémeaux dévotion,
De toute l'institution
De rentes et émoluments
Bailla la confirmation
Et privilège largement.
Au nombre des ouvrages de Guillaume Flamant,
on ci le encore :
Dévote exhortation pour avoir crainte du grand
jugement de Dieu.
La vie de Saint Bernard , en sept livres, im-
primée à Troyes , par Jean Lecoq pour Macé
Panthoul, libraire, que Gundisoluus a traduite de
français en portugais.
La vie de Sainte Asceline, peli'c nièce de Saint-
Bernard (1).
La chronique des évoques de Langres, en vers
français avec un journal des choses arrivées de
son temps, en manuscrit.
La vie de Sainte Humbeline, sœur de Saint
Bernard, traduite du latin de Jean l'Hermite.
L'épitaphe de dame Aies ou Alèle, mère de
Saint Bernard inhumée à Dijon à Saint-Bénigne,
puis translatée à Clairvaux.
L'épitaphe d'Hubert Poisot, de Torcenay, près
Ghalindrey, officiai, scelleur, promoteur, réfé-
(1) Elle a été ahhesse de Boulancourt.
— XI —
rendaire, etc., secrélaire du Chapitre de Langres
en 1505.
La déclaration des statuts do la confrérie de
M. Sainct Didier, de Lengres cl la vie et canonisation
dudit Sainct en bricfve ryme francoise.
Les stalutz et ordonnances de la confraric de
Sainct Pierre et Sainct Pol, de Lengres.
Enfin, il avait encore composé des satires sur
les affaires arrivées de son temps dans le diocèse
de Langres, sur le conseil du roi, sur les ministres
et sur les principaux personnages du temps (1).
Un exemplaire de la Dévote exhortation pour
avoir crainte du grand jugement de Dieu, figurait
à la vente de Ch. Nodier. « Ce livre, dit M. Tarbé,
imprimé, sans nom de lieu, ni date, en caractères
gothiques, contient 216 vers formant vingt-sept
strophes de huit vers chacune. L'auteur y est dé-
signé sous le titre de vénérable et discrète per-
sonne maistre Guillaume Flameng, chanoine de
Lengres. »
La bibliothèque de Chaumont possède un
exemplaire de la vie de Saint-Bernard , de Guil-
laume Flamant, imprimée en caractères gothiques.
(1) Nous serions tentés d'attribuer à Guillaume Flamant
la charte de confirmation de La fête des fous ou la mère folle
de Dijon, donnée en 1482 par Jean d'Amboise, évêque de
Langres et lieutenant-général du roi en Bourgogne. Cette
pièce, qui existait en manuscrit original dans la Sainte-Cha-
pelle de Dijon et se trouve peut-être encore dans les archives
départementales de la Côle-d'Or, a été réimprimée d'après
Du Tilliot, dans la Collection des nicilleures dhserlalions,
notices et traités particuliers relatifs à l'histoire de France, etc.
par Leber, Salgues et Cohen, tome IX, page 282 et suivantes.
Plusieurs raisons militent en faveur de cette opinion; tou-
tefois nous n'osons rien affirmer.
— XII —
Malheureusement plusieurs feuillets manquent, à
la fin, au milieu et au commencement de l'ouvrage,
cl il esi impossible de savoir où l'ouvrage a été
imprimé et à quelle époque. Un savant bénédictin
de l'abbaye de Solesmes, Dom Pitra, qui passait
il y a quelques années à Cbaumont, a pensé, après
avoir examiné ce volume, que c'était l'édition de
Troyes.
Pendant longtemps on a cru que Guillaume
Flamant avait donné cette vie de Saint Bernard
comme lui étant propre. 11 n'en est rien, car nous
lisons dans l'édition que nous avons sous les yeux,
le passage suivant qui prouve que notre écrivain
langrois savait rendre à César ce qui appartenait
à César : « Ci/ après est contenue la vie de Sainct
Bernard, dévot chapelain de Noslre-Dame trans-
latée de latin en {rançons. »
La vie de Saint Bernard est divisée en sept
livres. Le premier parle de l'enfance et de la vie
de Saint Bernard, depuis l'époque de sa naissance
jusqu'au moment où il fut élu abbé de Clairvaux ;
le deuxième explique par quel moyen, il mit la
paix cl l'union dans la sainte église; le troisième
raconte « la forme de son corps et de ses bonnes
meurs » : dans le quatrième, on rapporte ses
miracles et dans le cinquième, sa mort.
Ces cinq premiers livres avaient « ia esté au-
» trefois translatez et depuis na pas longtemps
" furent abrégez et mis en impression, mais pour
» ce que plusieurs sentences y furent omises ou
■ autrement mis qu'elles ne sont en latin, à la
» requeste d'aucunes dévottes personnes ceste
» présente translation comprenant toute la légende
» a esté renouvelée. »
— XIII —
« Et quant aux additions tant de la mère corn
» de la seur Sainct Bernard qui sont au iiije et
» xxvie chapitres du premier livre , elles sont
» extraictes d'une description que frère Jehan
» l'Hermite fis de la vie dudit Sainct Bernard et
» de la vie de Sainct Perron prieur de Iully, et
» gouverneur des religieuses qui y estoient quant
» la dicte seur y Irespassa. »
Les deux derniers livres, c'est-à-dire le sixième
et le septième racontent les miracles que Saint
Bernard lit en Allemagne et dans les localités où
il prêcha la croisade, les visions et révélations de
ce saint avant et après sa mort : « lesquelles
» choses ne sont pas contenues ne escriples es
» autres ci-dessus nommez, mais ont été prinses et
» extraictes d'autres escriptures antiques. »
Guillaume Flamant ajoute à la vie de Saint
Bernard, les quatre huiles du pape Alexandre III,
sur la canonisation du fondateur de l'abbaye de
Clairvaux. Cet ouvrage se termine par plusieurs
pièces en vers, intitulées: Oraisons. La première
oraison est adressée à « Sainct Bernard , dévot
docteur et premier abbé de Clairvaux , composé
par maistre Guillaume Flameng » ; une autre
oraison est adressée « à Monseigneur Sainct
Denis, martyr, et apostrede France, qui comprent
en brief la plupart de sa vie et sa passion ».
Voici les deux premières strophes de l'oraison
adressée à Saint Bernard :
Gemme luysant, vénérable docteur,
Mirouer d'honneur et de religion,
0 Sainct Bernard, très diligent pasteur
Qui as renom en mainte région,
— XIY —
Vers toi je vien, par humble affection,
Interpeller ton bénigne adjutoire
Pour acquérir gloire et salvacion
Après le cours de ce bas territoire.
Le lieu de la nativité
A esté
Fontaines, chasteau moult insigne ;
Tes parents ont eu charité,
Purité
Et de dévotion le signe,
Contemnons, par œuvre divine,
Le convive
De mondaine prospérité;
Prenons pour seure médecine
Discipline
Et volontaire poureté.
U épi taphe de dame Aies, mère de Saint Bernard,
a plus de cent vers, elle est imprimée dans le
Bernardi Gains illustre, du P. Chifflet, page 455,
qui rapporte également un chapitre entier de la vie
de Saint Bernard « écritteparFlameng, demeurent
à Clerevaux et jadis chanoine de Lengres. » Cette
épitaphe fut aussi imprimée vers 1520, à Paris,
chez F. Regnaud, et à Troyes, chez Pantoul.
Nous ne savons rien sur Y épitaphe d'Hubert
Poisot. Une note de M. l'abbé Mathieu, prise dans
un manuscrit de la bibliothèque de Langres men-
tionne simplement que Guillaume Flamant a com-
posé l'épitaphe du secrétaire du Chapitre de Lan-
gres.
La déclaration des statuts de la Confrérie de M.
S. Didier, de Lengres et la vie et canonisation dudit
— XV —
Sainct en briefve ryme françoise est composée
de près de treize cents vers et divisée en qualre
parties : la première contient les statuts de la con-
frérie; la deuxième, la vie et le martyre de Saint
Didier; la troisième, la relation des miracles faits
par lui; et la quatrième, la translalion de ses reli-
ques. Nous avons en noire possession une copie
de ce poème, qui a été faile sur une copie très
ancienne conservée autrefois dans les archives de
la cathédrale de Langres et que possède M. Mi-
gneret, préfet de la Haute-Garonne.
Les Stalutz et ordonnances de la confrarie de
Sainct Pierre et Sainct Pol, de Langres, se trouvent
en tète delà matricule des confrères et consœurs de
la confrérie de S. Pierre et S. Paul, instituée l'an
13G0, etc., manuscrit in-4° sur vélin, de 107 FF.
chiffrés, conservé à la bibliothèque de Langres et
écrit à diverses époques (1486-1 790), par les Pro-
cureurs receveurs de cette confrérie. L'œuvre
de Guillaume Flamant se compose de 97 stro-
phes de huit vers chacune. On trouve en lettres
couges, dans le courant de cet opuscule, les litres
des principaux satuts : En quel lieu se célèbre la
confrarie; — Le premier point qui est du nombre
des confrères ; — Comment les femmes en pevent
estre, etc.
On voit, par les trois dernières strophes , que
l'évèque Jean d'Amboise confirma cette institu-
tion le 27 septembre 148G. La pièce se termine
ainsi :
Affin qu'on ne peust machiner
Contre nos constitutions
Le dit prélalz les fit signer
Par chanoisne tabellions
— XVI —
Que les règles que nous tenons
Ont veu au long en nos escrits
Pourtant, y trouverez leurs noms
Amplement posés et subscripts.
Cette copie , en caractères gothiques , avec
initiales en couleur est de la même écriture que le
commencement de la liste des confrères, qui se
trouve au recto du folio 48. Elle est certifiée, com-
me l'indique la dernière strophe, par les chanoines
tabellions ou chanceliers, de la manière suivante :
De mandalo d. m.
Verbo facl.
Traveillot. Fabrv.
Le De mandalo, en lettres cursives, est de la
main du chanoine Travaillot qui eut une certaine
célébrité dans l'église de Langres.
La Chronique des évêques de Langres, faite par
Guillaume Flamant était « l'abbrégé de celle de
Claude Félix , hors quelques additions » ; Les
Qaaternions du chanoine Antoine Thibaut, parmi
les chartres , titres et autres pièces relatives à
l'église de Langres, renferment des « mémoires
et compilations de Guillaume Flameng, » C'est
ce qui résulte d'un manuscrit de la bibliothèque
de Langres.
Nous ne savons rien sur les satires que Ton at-
tribue à l'auteur dont nous traçons la biographie.
Tels sont les renseignements que nous avons
pu nous procurer sur Guillaume Flamant et sur ses
ouvrages. Puissent ces lignes consacrées à un
homme qui fut l'honneur de la Champagne et une
— XVI! —
des lumières de son siècle, donner quelques se-
condes de vie au poète langrois !
II.
Quand le christianisme s'établit à Langres ,
cette ville était plus romaine que gauloise. D'après
Jean de Tors, docte célestin, ce serait Saint Hyro,
et non Saint Bénigne, comme on le croit encore,
qui aurait prêché l'évangile à ceux de Langres.
Plus tard Saint Polycarpe, disciple de Saint Jean-
Baptiste, « prévenu par un avertissement d'en
haut, » envoya dans les Gaules Saint Bénigne,
qui vint à Langres. Après avoir jeté les premiers
fondements de l'Eglise , Saint-Bénigne s'en alla
à Dijon, où il fut martyrisé. Après lui, Saint Séna-
teur gouverna l'Eglise de Langres qui devint si
florissante, mais jusqu'à Saint Didier, ou Saint
Dizier, comme on l'appelait plus communément en
Champagne, son histoire n'offre rien de remar-
quable (1).
« Si jamais (2) il y a eu vocation divine à l'Epis-
(1) Voici la liste des principaux ouvrages que nous avons
consulté pour notre notice sur Saint Didier :
Décade historique du P. Vignier, mss. de la Bibliothèque
Impériale. — Dom Baillet. — Les Bollandistes. — Tabourot,
Langres tirée du tombeau de son antiquité. — Lenain de Tille-
mont. — Le P. Chifilet. — Episcopi Lingonenses, etc. — Gallia
Chrisliana. — M. Pechinet, Annuaire ecclésiastique et histo-
rique du diocèse de Langres, 1838.
(2) Tout ce qui suit est textuellement extrait de la Décade
h
— XVIII
copat, colle de Saint Didier a esté l'une des plus
mémorables et des plus asseurées. A ce que dit
une de ses légendes, Saint Didier estoit un villa-
geois natif du pays de Germes, en Italie, d'un petit
lieu nommé Fravega; homme simple et craignant
Dieu, laboureur de condition, inconnu aux hom-
mes du siècle, mais des plus fervens chrestiens
d'alors, car il estoit, selon que porte son nom,
rempli de désirs , suivis d'efforts et de bonnes
œuvres, et qui ne pensoit guères à estre Evesquc,
lorsqu'on l'en vint presser de la part de Dieu et de
son vicaire en terre.
« Une légende tirée des archives de l'église mé-
tropolitaine de Gennes et apportée à Langres l'an
1053, par un père capucin (1), en échange des
historique du P. Vignier, conservée à la Bibliothèque Impé-
riale. M. Guyot de Saint -Michel et le séminaire de Langres
possèdent chacun une copie de la première partie de la Décade,
mais elles sont loin d'être conformes au manuscrit de la
Bibliothèque Impériale.
(1) Tabourot raconte que « les magistrats et seigneurs de
la cité de Genne envoyèrent à messieurs les confrères de Sainct
Didier de Langres, sa vie tirée des archives de leur église
métropolitaine en l'an 16Ô7, le 18 may, avec remercimens
et certificat des sainctes reliques qui leurs furent envoyées
par la noble confrairie de ce signalé et éminent évesque et
très glorieux martyr, et ne s'esloigne pas cette vie de celle
qui est escrite en nos légendes; mais s'y exprime plus par-
ticulièrement qu'il n'acquit à Fravaque, distante d'un lieue
et demye de Gennes, se tint à Bavarum, exerçeant le labou-
rage, qui prioit Dieu continuellement et vivoit en son amour
et crainte, conduit par un bon et sainct ermite qui avoit son
hermitrage non loing dudict Bavarum, n'estant ce sainct de
petite et basse condition, quoyqu'il eust les mains endurcies
au travail avec une profonde humilité et soumission chres-
tienne. » (Page 179.)
— XIX —
reliques de ce glorieux martyr, qui furent données
à ceste noble république, pour estre mises dans
l'église qu'elle faisoit baslir sous son nom , ra-
conte, conformément à nos légendaires et à nos
anciens bréviaires, comme le clergé et le peuple
estans assemblés pour cette élection, on entendit
une voix qui disoit : « Desiderius erit vester pastor.
» Desiderius erit episcopus vester. Didier doit estre
» vostre pasteur. D'dier doit estre vostre évesque.»
Chacun estonné d'un tel advertissement, se mit
à demander qui était ce Didier, personne dans le
païs ne portant ce nom. Surquoy on délibéra d'en-
voyer à Rome s'informer du souverain Pontife
qui estoit ce prélat nommé du ciel et le prier,
qu'à défaut d'un Didier, il pleust à Sa Sainteté en-
voyer un pasteur aux fidèles de Lengres qui en
avoient grand besoin. Quelques-uns de nos mé-
moires asseurent, ce qui est assez vraysemblable,
qu'on s'adressa premièrement à l'archevesque de
Lyon, comme au métropolitain et que l'archeves-
que renvoya ceux qui luy furent députez au Saint-
Siège apostolique...
» Les députez ayants déposé le sujet de leur
députation au Pape, le Saint-Père ne voulut point
toucher à ce qui avoit esté ordonné du ciel et en-
courageant ces messieurs à chercher diligemment
qui pouvoit estre ce prédestiné, leur donna sa bé-
nédiction paternelle et les renvoya avec une con-
firmation avancée pour ce prélat inconnu.
» La légende gennoise porte que les députez (1)
(1) Voici la narration que nous a laissée Tabourot :
<c Passants auprès d'un champ non loing de Gennes, proche
le pont d'une petite rivière ou torrent appelé Sturla, ils apper-
— XX —
s'en retournant en leur pays, arrivèrent en Li-
gurie, près d'un ruisseau ou d'un torrent appelé
Sturla, et d'un petit lieu nommé Bavarum, sur le
territoire de Gennes où, s'estants arrestés, ils ap-
perçeurent un villageois qui labouroit son champ,
et ouvrent qu'en picquant ses bœufs qui avoient
cessé de tirer, peut-eslre à la veue de ces étran-
gers, il crioyoitpour les faire avancer comme en se
faschant : « Par la teste de Didier, vous marche-
» rez ! Per caput Desiderii , vos transibitis ! » Ce
qu'il réitéra par deux fois.
» Le principal des députez s'estant advancé à
ceste parole et l'ayant salué courtoisement, luy
demanda qui estoit ce Didier par la leste duquel il
juroit. Le laboureur respondit que c'estoit luy-
mesme. Pressé de dire de quelle religion il estoit,
il advoua qu'il estoit serviteur de Jésus-Christ. La
couleur et la joye s'épanchèrent aussytost sur le
visage des voyageurs qui jugèrent de ceste response
ceurent un laboureur qui chassoit ses beufs, lesquels demeu-
roient arrestez sans vouloir aucunement advancer et lesquels
il pressoit en vain iusques à ce que comme en colère, il ré-
péta : Par la teste de Didier vous marcherés; les députez
prestèrent leurs oreilles à ces parolles, s'approchèrent de luy,
le saluèrent avec humilité et respect et le supplièrent de quit-
ter sa charrue pour estre leur évesque ; mais il leurs résista .
et n'y voulut acquiescer. Néantmoins, comme il fut pressé de
plus en plus, il prit sa verge et leurs dit : Quand celte verge
produira feuilles, fleurs et fruicts, ie seray pour lors vostre
évesque ; ce qui arriva aussitôt. Ce prodige le fit sousmeltre
aux volontez de Dieu, avec les remontrances que luy fit le
sainct hermite , son directeur. Il fui conduit en la cité de
Langres avec admiration, amour, joye et dévotion et gouverna
son peuple à peu près de soixante et six ans, avec mansué-
tude, bonté, charité; exerçeant toutes les fonctions épisco-
pales dans la saincteté, avec esclat. » (Page 181.)
— XXI —
que c'estoit l'homme qu'ilz cherchoicnt. Voilà
pourquoi se jettans à son col, ilz luy dirent:
« C'est donc vous, o amy de Dieu, que nostre
» Seigneur a choisi pour estre Evesque et notre pas-
» teur. » A ceste parole d'Evesque, le bonhomme ré-
partit qu'ilz vouloient rire, et qu'il n'estoit pas de
condition à conduire des hommes mais des bœufs,
et comme il eût reconnut par l'instance qu'ils luy
firent, qu'ilz partaient de tout bon : «Ho! mes-
» sieurs, leur lit-il, ne vous en échauffez pas davan-
» lage ; aussytôt ce baston reverdira et portera
«feuilles, fleurs et fruit, vous me verrez Eves-
» que (1). »
« A mesure qu'il partait, il ficha son aiguillon
en terre lequel ayant soudain pris racine et fait
écorce autour de soy, se chargea en un instant de
feuilles, de fleurs et de fruit, ce qui ravit et luy-
mesme et les députez d'estonnement.
« Le saint homme n'ozant résister à une si
claire et si sensible vocation pria ceux qui le pres-
soient de luy vouloir accorder un moment de respit
et d'aller prendre un peu de rafraîchissement et de
repos dans sa pauvre maison.
« Ce qu'ayant esté fait, comme ils reposoient
il s'en alla trouver un sien amy, grand serviteur de
Dieu , retiré à l'écart dans le voisinage. Il lui fit
son adveu de ce qui estoit arrivé, et le supplia de
(1) Dans la collection des Bollandistes, on dit que l'ange
avertit les Langrois assemblés d'élire pour évèque celui dont
le bâton fleurirait. ... En s'en retournant , ils rencontrèrent
Didier qui labourait ; et, pendant qu'il leur indiquait le che-
min, son bâton se couronnait de fleurs, ce que voyant, les
Langrois le nommèrent évèque.
— XXII —
luy donner conseil là dessus. Le bon solitaire ,
après avoir fail quelques prières à Dieu, l'asseura
que le ciel le deslinoit à un labourage spirituel et
que delà en avant, il au roi ta cultiver des consciences
et non des terres; qu'il allast à la bonne œuvre
où il estoit appelle.
« Le sainct homme ayant dit adieu à ceux de sa
maison(i), soit qu'il eust femme et enfans, ce que
je ne croy pas ou seulement des valets, avec son
père et sa mère, se mit en chemin avec ses nouveaux
officiers pour venir au lieu de sa prélature. »
Si nous en croyons certaines légendes , de
grandes fêtes et réjouissances eurent lieu à
Langres, lors de l'arrivée de Didier dans cette
ville. Ces mêmes légendes ajoutent qu'une fois
« estaby dans son siège, Sainct Didier s'y com-
porta en homme vroyment aspostolique et choisy
de Dieu. » De simple et ignorant qu'il était, le
pauvre paysan génois devint dans la suite un
savant docteur (2). « Philippe de Bergame en son
supplément , dit le P. Vignier , escrit qu'il fut
homme remarquable en sainteté et l'histoire de
Saint Anlidc le qualifie de docteur excellent en
science, ce qui ne peut estre vray qu'en accordant
qu'il reçeut avec le caractère épiscopal, une science
infuse afin que Dieu parachevas! en luy l'ouvrage
qu'il avoit commencé et qu'il eûst les lumières
requises à l'exercice de ce grand ministère. »
(1) La légende génoise rapporte, nous n'affirmons rien,
nous racontons, qu'un ange vint à la même heure que Didier
rentra, lui faire présent de tous les vêtements et ornements
propres à un évêque, savoir : crosse, mitre, anneau et le reste.
(2) Dictionnaire historique de L. Moreri, tom. iv, p. 148.
— XXIII —
Saint Didier employa pour l'instruction de son
peuple et l'anéantissement du Paganisme le ta-
lent que le ciel lui avait accordé. « Sa vie fut une
copie fidcllc, tirée sur l'Evesque , idéal de Saint
Paul et sur le patron tracé par les conciles. Elle
estoit un abrégé de la morale de Salomon, c'estoit
un commentaire vivant de l'Evangile. » Tous les
témoignages historiques nous le représentent
comme un prélat dont la prudence et la vigilance,
le zèle du salut des âmes et la sainteté étaient
admirables.
111.
Depuis plusieurs années Didier mettait tout en
œuvre pour la sanctification de son troupeau ,
lorsque Crocus , roi des Vandales crut pouvoir
profiter de la faiblesse et de la division de l'empire
pour piller la Gaule. 11 réunit ses sujets aux Suèves,
aux Allemands et à d'autres peuples de la Germanie
et passa le Rhin à la tête d'une armée formidable (1).
Après avoir ravagé plusieurs villes, ces barbares
vinrent mettre le siège devant Langres.- C'était
(1) Tempore illo, cum Wandalomm bartmra el Genlilis
ferocitas ad Galliarum venissel debellandas provincias; el de-
viens ne superalis Gallis, Galliarum eliam urbes infeslatione
bellica plurhnùm devaslarel el in raphia prœdœ crudelissimœ
cuncla dcpopularelur cupidilatis instinclu; valus Dei, evenlus
eliam rei nique ilineris, r/entem ipsam nefandam cum rege
eorum ad civitatem Lhujonus usque perduxil. (Waraahaire
ex Codicibus mss. el Breviario Lingonensi.)
— XXIV —
une place assez forte, mais la terreur du nom de
Crocus avait désarmé les assiégés, et un historien
rapporte qu'ils songèrent plutôt à se cacher qu'à
se défendre. Que pouvait d'ailleurs le courage des
habitants contre le nomhrede ces harbares? « Saint
Didier après avoir desja présenté à Dieu beaucoup
de prières et déjeunes, s'en alla avec quelques-
uns de ses ecclésiastiques et des principaux ma-
gistrats sur les murailles , du côté que se livroit
l'assaut haranguer ces barbares et essayer par ses
remonstrances de leur toucher le cœur. Il leur
cria qu'ils estoient pour la plupart serviteurs de
Jésus-Christ et en sa protection, qu'ils adoroient
le Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, juste
juge et punisseur des crimes, qu'ils se gardassent
bien de l'offenser, qu'estant irrité, leur désordres
ne demeureroient pas impunis (1). Puis changeant
de batterie et de la terreur passant à la compassion ,
les larmes aux yeux et les soupirs à la bouche, il
les conjura de se laisser toucher à la pitié naturelle
et aux sentiments de l'humanité estant homme
comme eux. »
Les ennemis n'écoutèrent même pas les paroles
du Saint Evêque et continuèrent l'attaque avec
vigueur. La ville fut promptement prise et mise
au pillage. « Les ennemis , nous dit Théodecle
Tabourot , irritez par impétuosité et tout sou-
dainement eschellèrent les murailles , se saisirent
des portes delà ville et les brisèrent; ils lancèrent
(1) Christi servi sumiis, Chrislum Dominum noslrum Deum
vivum et verum colimus, qui universum mitndum consliluit.
Nolite in nobis crudele scelus admiltere, per quod Dei poten-
ùam contra vos in iracundiam provocelis. (Id.)
— XXV —
des feux du lieu le plus éminent; et par leurs
traits et espées mirent tout à feu et à sang. »
Pendant ce grand désastre, Saint Didier priait,
au pied de l'autel, pour son troupeau et « fut
le très Saint Evesque trouvé en prières dans
l'église... fut saisi aussitôt, mené, présenté devant
le roy avec ses citoyens, lequel rempli de charité
et outré de douleur, sans considérer sa personne
et son propre interrest, mais attentif à son troupeau
qui périssoit, comme un bon et vroy pasteur, pria
ce roy barbare d'en avoir pitié ; mais ne s'entendant
n'y l'un n'y l'autre en leur langue et ayant tous
deux besoin de truchement, ce cruel tyrant luy fît
soudainement transcher la teste et sur le champ
mourir plusieurs de ses citoyens ; le bourreau qui
lit le coup tomba à l'instant en fureur et manie et
alla se casser et froisser la teste contre la porte de
la cité, les pierres d'un costé et d'autres à ce qu'on
tient s'estant jointes et rassemblées en un, et là
espancha sa cervelle ce maudit bourreau et le saint
et incomparable prélat prit son précieux chef entre
ses mains, traversa la ville et la porta à Saincte-
Marie-Magdelaine , car la cathédrale avoit esté
toute ou la plus grande partie consommée par le
feu (1). »
(1) Saint Didier ne mourut pas seul : « Passi sunt autem
cum eo alii et plures de minière (jreijh sui. » (Usuardi mar-
tyrolog.)
Pierre de Natales et autres auteurs anciens font récit, et
le bruit est de tout temps que lorsque le chef du sainct mar-
tyr fut couppé, s'escoula du sang iusqu'à un livre des sainctes
escritures qui estoit ouvert entre ses mains et que l'espée
du dit bourreau percea plusieurs feuillets et néantmoins avec
— XXVI —
Ainsi, Saincl Didier fui en même temps le mar-
tyr de la foi et de la charité apprenant par cet
exemple admirable aux pasteurs qui sont entre
le sang, les lettres demeurèrent en leurs entier qu'on pouvait
facilement lire. (Tabourot. 185.)
Il advint une autre merveille qui est qu'il fut vengé du sa-
tellite qui avoit levé le cimeterre sur son col, lequel tomba
soudain en cette frénésie qu'il s'alla donner de la teste tant
de fois contre la porte de la ville qu'il se la cassa et en fit
voler la cervelle, depuis lequel temps on dit quo cette porte
appelée de fer ou d'enfer est demeurée fermée. (Vignier.)
Denis Gauterot explique ce fait différemment. Il dit que
le bourreau, après avoir tranché la tête à Saint Didier, furieux
de le voir marcher, sa tête entre ses bras, et courant après
lui pour le frapper, se brisa la tête contre les murailles de la
ville, suivant une vieille inscription en vers gravés autour de
la châsse où reposent ses reliques :
Vandaliciis gladius hune sanction decapilavit.
Percussor propriis manibus se mortificavit;
Croscus, rex, fera mortis mimera tradidit isli.
Sanclum Lingona gens colel hune bona nomme Chris ti.
0 Desidcri Chrislum bone martyr adora,
Ul super astra poli ducat nos mortis in hora.
(De Mangin. Histoire ecclésiastique du diocèse de Langres, etc.)
La croyance commune est que Saint Didier fut martyrisé
dans un faubourg à l'ouest de la ville. Ce faubourg et la porte
voisine en ont conservé le nom.
Tout le monde, à Langres, connaît le rocher coupé si ré-
gulièrement aux pieds du rempart à l'ouest de la ville et non
loin de la tour dite de Navarre. Le tradition populaire, qui
veut que Saint Didier ait été un valeureux guerrier, rapporte
qu'après avoir été décapité, cet évêque remonta sur son che-
val, et, portant sa tète entre ses mains, s'avança vers ce côté
de la ville; comme les portes en étaient fermées, le rocher se
fendit pour lui donner passage. L'ouverture ne s'est pas
refermée et les quatre entailles en forme de niche , faites
dans l'une et l'autre des parois du rocher, montrent encore
les traces des fers du cheval que montait Saint Didier lors-
qu'il entra si miraculeusement dans la ville de Langres.
— XXVII —
Jésus-Christ et leurs ouailles, à donner leur vie
pour l'honneur de l'un et pour la défense et la
consolation des autres.
Après la mort de l'évêque de Langres, la ville
fut mise au pillage et renversée de fond en comble.
Saint Vallier qui avait été élevé et instruit par
Saint Didier et élevé au rang d'archidiacre, tâcha
de sauver au moins quelques débris de l'église de
Langres. « Mais il arriva par permission du ciel
que, estant sorly avec sa trouppe pour se retirer
sur les terres que nous appelons aujourd'huy le
comté de Bourgogne et gagnant le mont Jura, il
tomba entre les mains d'une troupe de ces bar-
bares qui s'estoientespanchez partout par lesquels
ayant été mis à la question pour respondre de sa
iby et après avoir beaucoup souffert, il fut décolé
comme son bon maistre et pasteur (1). »
Ourbs Lingona, s'écrie Warnahaire, quod lanc
subito remansa dcsolala,de luis civibns ingemiscis?
Habes inde magis quo exultes, dam tanios eodem
tempore pro tuo munimine conquisisti martyres
Contrista es iunc incendiis, gladiis, rapinis, cum
omni humilitatis cxemplo in favillamredacla; imde
nunc es exornala, illustraque fortitudine, et luia-
minis suffragio prœmunita, inde es et permîmes in
pcrpetuum prœ céleris urbibas gloriosa.
(1) Le lieu du martyre de Saint Vallier et de sa sépulture
est appelé Porius Buxinus ou Abuchuis. Claude Robert, dans
sa liste des évêques de Langres, prétend que c'est le port de
Loue, au comté de Bourgogne, à une lieue et demie de Sa-
lins, où l'on dit que sont placées ses reliques. D'autres pren-
nent ce lieu pour Molesme, ancienne abbaye du Tonnerrois,
où le corps de Saint Vallier était autrefois visité le 22 octobre,
— XXVIII —
Crocus, après avoir ruiné la ville de Lan grès',
vint mettre le siège devant la ville d'Arles. C'est
là qu'il fut défait et pris parle préfet Marien. Ta-
bourot nous apprend qu'il fut amené chargé de
chaînes jusqu'à la croix d'Arles, lieu situé sur la
route de Dijon, à une lieue de Langres, et qu'on
lui montra les restes fumants de cette grande cité.
Gautherot ajoute que c'est là qu'il fut mis à mort.
Cependant les chrétiens avaient recueilli la tête
et le corps de leur Evoque et après le rétablisse-
ment de la ville de Langres , ils les déposèrent
« contre l'ordre des lois romaines, dit Lenain de
Tillemon, dans l'église Sainle-Magdelaine (1) »
que l'évêque avait fondée dans l'intérieur de la
ville.
Le tombeau de Saint Didier devint bientôt cé-
lèbre par un grand nombre de miracles (2). Nam
si quis ad ejus limina œgrotus advenerit, inde Deo
enfin d'autres mémoires attestent que Portus Buxinus est Port-
sur-Saône, dont Saint Yallier est le patron.
On place à la même époque le martyre de Saint Florent de
Thilchàlel.
(1) L'église Sainte-Madeleine n'était d'abord qu'un oratoire
qui, reconstruit plus tard, changea son nom en celui de
prieuré de Saint-Didier. L'église Saint-Didier lut bâtie au XIe
siècle, et sert aujourd'hui au musée de la ville de Langres.
Le fond du chœur et les transepts seuls sont conservés, mais
ils ont subi de notables changements.
(2) Warnahaire assure qu'on ne faisait jamais un faux ser-
ment, au tombeau de Saint Didier, qui ne fut aussitôt puni,
Dieu voulant marquer par là combien ce saint aimait et avait
aimé la vérité et combien il haïssait l'iniquité, le mensonge
et le parjure. « Les aveugles, les sourds, les démoniaques,
les boiteux, les paralytiques, dit le P. Vignier, y recourant
ou y étant amenés et y recevant soulagement et guérison. i
— XXIX — -
opitulantc revertitur confortatus, simœrore perter-
ritus sancti martyris obtentu indc confcstim redit
exhilaratus ; si cœcus, claudus, sur dus, mutus ab
adversa parte vexalus advenerit, suant quisquo ibi
medicinctm et remédia pristina sine mora percipit
opportuna.
Le 19 janvier 1515, Guillaume de Durfort, 70e
évéque de Laugres fit la translation des reliques
de Saint Didier. On trouva dans son tombeau ces
mots: Iste pius pastor et reclor justus, Christi
martyr insignis Desiderius fuit vas virtutum in
vita sua et origo totius sanctitatis.
« Son corps fut trouvé entièrement revestu des
ornements pontificaux, tenant sa teste entre ses
deux mains sur sa poitrine et mis dans une chasse
d'argent faite par le prieur Guy de Menenlis. L'é-
vesque prit le bras droit, une coste, le menton et
deux mâchoires qu'il mit au trésor de Saint-Mam-
mès (1). »
Dans la suite, on distribua de ses reliques à des
églises, à des souverains et à des personnes con-
sidérables.
Ainsi , le 18 mai 1G57, la république de Gênes
députa à Langres un religieux de l'ordre des capu-
(1) Vignier rapporte que la première translation du corps
de Saint Didier se lit sur la fin du VIe siècle « puisque Saint
Gai, disciple et compagnon de Saint Colomban qui fonda
Luxeul, sortant avec luy de cette abbaye par le commande-
ment du roy Tbierry s'establit au lieu où depuis l'abbaye ditte
Saint-Gai, de son nom , fut bastie, y posa des reliques de
Saint Maurice et de Saint Didier. » Guy de Menenlis , qui
vivait un peu auparavant Guillaume de Durfort, avait conçu
le projet de cette translation , et pour cela il avait fait faire
une magnifique châsse en argent.
— XXX
cins pour avoir des reliques de Saint Didier et les
placer dans l'église qu'on bâtissait alors à Gênes
sous l'invocation de ce saint. En 1647, on octroya
également des reliques à la ville d'Avignon, et à
la ville de Germon t. En 1655 , on en donna à
l'église d'Hortes.
Guillaume de Poitiers institua , en 1354 , la
fameuse confrérie de Saint Didier. Elle fut com-
posée de soixante membres tous pris dans les
plus nobles familles de France. Le roi Jean fut
nommé premier confrère , ensuite Philippe-le-
Hardi, due de Bourgogne, les sires de Château-
villain, etc. Cette confrérie se soutint jusqu'à la
révolution de 1789. (1)
Saint Didier est particulièrement honoré dans
la Champagne. Sa fête du 25 mai fut rendue obli-
gatoire dans tout le diocèse de Langres par l'é-
vêque Guy Bernard. Le culte de Saint Didier est
aussi très répandu à Gênes, lieu de sa naissance,
et dans beaucoup d'endroits de l'Italie.
« Ce Saint, dit Charlet dans son ouvrage ma-
nuscrit intitulé : Langres saincte , est honoré à
Gênes, à Castelnau dont il est titulaire, ceux de
Neuchasteau l'implorent contre les insectes dont
ils furent délivrés. Il y a de ses reliques dans l'église
Saint-Gabriel à Bologne et son office se fait double
à Milan. Il y avoil de ses reliques dans Arles en un
(1) Nous nous proposons de publier un jour l'histoire de
cette confrérie avec la Déclumtion des slaluts etc. de Guil-
laume Flamant. M. Pistollet de Saint-Fergeux possède les
registres des délibérations de la confrérie de Saint Didier,
depuis le commencement du XVIIe siècle jusqu'à !a Révolu-
tion.
— XXXI —
oratoire dédie à son nom en lieudit de Saint Ho-
noré qui ont été transportées à Saint Trophirae.
Il est honoré à Elvange, à Cologne il y avait une
église dite de Saint Didier in vallo. Augustin
Calcâgerinus, chanoine pontificier de Gênes a fait
en Italie la vie de ce Saint. Il y a des manuscrits
de sa vie à Saint Maxime de Trêves et en la bi-
bliothèque la reine de Suède, cotte 81. La reine
Anne de Bretagne obtint de ses reliques. »
Jusqu'en 1790, les reliques de Saint Didier ont
été conservées dans l'église qui lui était dédiée à
Langres. Sa tête était renfermée dans un chef en
vermeil placé dans un enfoncement pratiqué dans
le mur nord du chœur et surmonté d'une espèce
de clocher montant jusqu'à la voûte de l'église, et
construit dans le style du xve siècle. On voit encore
celte décoration dans l'église Saint- Didier, qui
forme aujourd'hui le musée lapidaire de Langres.
Les autres reliques de Saint Didier, étaient ren-
fermées dans une grande châsse d'argent, placée
au-dessus de l'autel. Ces reliquaires ainsi que les
ossements qu'ils renfermaient ont disparu à la ré-
volution. On a retrouvé il y a peu d'années une
partie de la mâchoire de Saint Didier dans l'autel
de l'église de l'hôpital Saint-Laurent à Langres.
Le tombeau de Saint Didier, qui surmontait le
caveau dans lequel le Saint fut enterré, exista
jusqu'à la révolution, dans le chœur de l'église
en avant du maître-autel. Il fut brisé pendant la
révolution et une partie des fragments furent jetés
dans le caveau. Le sol de l'église qui était plus
bas que celui de la rue fut recouvert de plus d'un
mètre de terre. Lorsque la Société Archéologique
de Langres eût établi, dans l'ancienne église Saint-
— XXXII —
Didier, le musée des monuments en pierre, M. Th.
Pistollet de Saint-Fergeux et M. Royer-Thevenot,
firent rechercher le caveau de Saint Didier, et avec
les débris du tombeau retrouvés, on a restauré ce
monument à la place qu'il occupait autrefois.
Cette restauration, il est vrai, n'est pas com-
plète; mais la Société Archéologique doit prochai-
nement achever son œuvre en rétablissant dans le
style primitif les morceaux de sculpture qui ont
disparu.
Vignier rapporte que le tombeau que l'on voyait
de son temps au milieu de l'église du prieuré de
Saint-Didier représentait en sculpture grossière
le martyre de ce Saint Fvêque « avec l'histoire de
Samson au-devant, égorgeant un lion qui est un
symbole de la résurrection de Jésus-Christ et de
la vie future des chrestiens. Peut-estre, ajoute-t-il
plus loin, la figure de Samson est mise là au lieu
du comte Samson qui fit construire ce monument,
l'usage des armoiries n'estant pas encore inventé. »
Le tombeau monument dont parle Vignier,
avait été construit au xie siècle, sous le règne du
roi Robert.
Il nous parait difficile de mettre en harmonie
avec les réparations gothiques projetées par la
Société Archéologique, la belle table de marbre
noir qui a été posée il y a quelques années sur le
caveau.
Cette table est un monument commémoratif :
une inscription que l'on a jugé à propos de mettre
en français, contrairement à la coutume, rappelle
que Saint Didier est mort victime de son dévoue-
ment à la ville. On a supposé sans doute que l'on
exprimait suffisamment par ces mots : le martyre
— XXXIII
et l'immolation volontaire du pasteur pour son
troupeau.
IV.
On n'est pas d'accord sur l'époque à laquelle
Saint Didier a été décapité.
Quelques auteurs rapportent que ce prélat,
Saint Vallier et les autres martyrs de Langres,
furent mis à mort lors du passage des Van-
dales dans les Gaules, au commencement du ve
siècle.
D'autres placent le martyre de ce saint évêque
en 451 et l'attribuent, soit aux premiers rois
de Bourgogne qui , à cette époque , se rendirent
maîlres du pays de Langres; soit à Attila, lorsque
le roi âe^ Huns, vaincu par Aëtius, dans les plaines
Catala uniques, fut obligé de se retirer en Pan-
nonie.
Les derniers enfin pensent qu'il faut faire re-
monter cet événement à l'année 264 ou 265,
sous le règne de l'empereur Gallien, et lors de
l'invasion des Vandales ou des Allemands, sous
la conduite de Crocus, leur chef.
Nous ne parlons pas des actes des conciles de
Sardique et de Cologne, auxquels, selon quel-
ques ailleurs, Saint Didier aurait assisté en 547
et 551. Celte dernière opinion n'a jamais été
soutenue d'une manière sérieuse. Les auteurs
les plus dignes de foi : Baronius, de Tillemont,
Dupin, Baillet et d'autres , s'accordent à dire que
les actes du concile de Cologne sont faux , apo-
cryphes ou copiés presque mot à mot sur ceux
de Sardique, et on estime que le Didier qui sous-
— XXXIV —
crivit au concile de Sardique est un évêque de
Capoue. Il est d'autant plus facile de le croire
que les actes n'assignent pas le siège de ce Didier.
Quelle que soit d'ailleurs l'époque à laquelle on
fait vivre Saint Didier de Langres, il est impos-
sible de la concilier avec celle du concile de Sar-
dique. L'âge auquel les évoques étaient choisis
dans ce temps là, et la mort violente de Saint
Didier, ne permettent pas d'admettre un aussi
long épiscopat.
Si les historiens ne sont pas d'accord sur l'é-
poque à laquelle fut martyrisé Saint Didier, tous
déclarent qu'il a été le troisième évêque de Lan-
gres. « Ce qui peut estre liligieux, dit le P.Vignier,
dans la dissertation qu'il a écrite à ce sujet, est
l'année à laquelle ce bienheureux évesque a
souffert, quelle sorte de barbares l'a fait souffrir,
et ensuite quel roy ou tyran a deslruit la ville de
Langres. »
La première opinion, celle qui veut que l'évê-
que Didier ait souffert le martyr au commence-
ment du ve siècle est la plus ancienne et la
plus généralement acceptée. Sigebert, Vincent
de Beauvais, Baronius , Pierre de Natales,
Claude Félix, de Montigny-le-Roi , grand vicaire
de l'éveque Michel Boudet, Jean-Agnus Begat,
Guillaume Flamant, les auteurs du Gai lia Chris-
tiana , Sigonius, Scaliger, les martyrologes de
Bède, d'Usuard, d'Adon , le martyrologe ro-
main , les martyrologes des églises de Lyon ,
d'Avignon , de Gênes , de Besançon , de Lan-
gres et d'Autun, les carlulaires des abbayes de
Saint-Etienne de Dijon, de Saint-Laurent de
Bourges , le savant évêque de Toul , André du
— XXV —
Saussay , la plupart des bréviaires imprimés ou
manuscrits , l'immensemajoritédes chroniqueurs,
historiens et annalistes, qui ont fait mention
de Saint Didier, partagent cette manière de voir.
Mais ils ne sont pas d'accord sur Tannée , les
uns pensent que c'est en 400, 407 ou 408, les
autres en 41 1 ou 416. Selon quelques auteurs,
c'est Modogisile, Modogisque ou Godégisile qui,
à celte époque lit, irruption dans les Gaules ; selon
d'autres c'est Crocus ; il y en a enlin qui préten-
dent que c'est Gunderic.
Malgré la meilleure volonté, il n'y a guère pos-
sibilité de soutenir que Saint Didier a été martyrisé
au commencement du ve siècle. Tout porte à croire
au contraire que cet évoque vivait vers le milieu
du ni* siècle, sous le règne de l'empereur Gallien,
comme le pensent le chanoine Henriot(l), Char-
let('i), Le P. Vignier(oj, Warnahaire et Grégoire
de Tours.
(1) Dissertation sur le temps de la mort de Saint Didier,
me évêqne de Lnngres, par Henriot, chanoine de Langres,
mss., in-R Nous devons la communication de cet ouvrage,
cité avec éloge dans le uallia ckrisiuum, à l'obligeance de
M. E. Jolibois. Sachant que nous publions le mystère de la
Vie et Passion de Monseigneur Satttci Didier. M. Jolibois s'est
empressé de nous écrire pour mettre à noire disposition la
copie qu'il avait faite de ce Mystère. Notre travail, à part les
dernières feuilles de cette introduction , était imprimé lors-
que cette offre nous a été faite, et il ne nous a pas été donné,
nous le regrettons, de proiiter dans celte circonstance des
lumières de M. Jolibois.
(2) Dissertation sur le temps du martyre de Saint Didier,
par Charlet, chanoine de Grancey.
(3) Décade historique.
— XXXVI —
En effet, si Ton place la mort de Saint Didier en
407 ou 4H, on est obligé : ou d'avancer la mort
de Saint Bénigne (1), — mais tout le monde se
rapportée dire que S;iinl Bénigne mourut en 173
ou ! 79. — ou de supposer que l'établisssement du
siège épiscopal de Langres n'a eu lieu que très
longtemps après le martyre de l'apôtre de la
Bourgogne, — ce qui est contraire aux usages
observés dans ces temps. — ou enlin d'admettre
que des évêques, dont les noms ne nous sont pas
connus , auraient gouverné l'église de Langres
avant Saint Didier, Juste et Saint Sénateur, —
ce qu'il est diflicile de croire.
Nous avons, pour l'histoire des évêques de
Langres, une date certaine , celle du temps où
vivait Sidonius Appollinaris, évêque de Clermont,
qui mourut en 480, suivant Trilême , en 484
d'après Savaron et le P. Vignier , en 480 selon
Baronius et Claude Robert. Or, nous savons que
Saint Aprunculc, 10e évèque de Langres, succéda
à Sidonius Appollinaris, dans sa chaire épiscopale.
Saint Apruncule, gouvernait l'église de Langres
depuis dix-sept ans, lorsqu'il se retira en Auvergne
et encourut la disgrâce de Gondebaud , roi de
Bourgogne , qui le soupçonnait de favoriser le
parti des Francs. 11 avait été fait évêque, au plus
tard, en 4G9. En outre, il est constant que le
siège de Langres a été vacant pendant vingt ans
après la mort de Saint Didier. Si nous admettons
(1) Ce que nous disons est tellement vrai qu'un auteur a
retardé la venue de S. Bénigne dans les Ganles jusque vers
l'an 2713, et dit qu'il y fut envoyé par S. Polycarpe, évêque
d'Éphèse.
— XXXVII —
que Saint Didier a été martyrisé en 407 , il se
trouve que les évoques Martin , Honoré , Saint
Urbain, Paulin, Fraterne Ier et Fra terne II, qui
ont occupé le siège de Largres depuis Saint Di-
dier jusqu'à Saint Apruncule, se sont succédé
dans un laps de temps de quarante- deux ans.
Mais on sait que Saint Urbain, à lui seul, a fourni
toute cette carrière et au-delà. On sait en outre
qu'un évoque nommé Urbain souscrivit au concile
de Valence en 574 , et comme on ne connaît
aucun évêque de ce nom et de ce temps que Saint
Urbain, sixième évoque de Langres, on doit con-
clure qu'il s'agit bien ici de Saint Urbain, évêque
de Langres, qui, en eiïét, vivait à cette époque.
En général, les auteurs qui veulent que Saint
Didier ait été martyrisé au commencement du ve
siècle, attribuent ce martyre à un chef de Barbares,
nommé Crocus , qui vint assiéger Langres et
fut défait près d'Arles, puis mis à mort.
Pour concilier l'opinion de ces auteurs avec
celle de Grégoire de Tours (1), d'Eusèbeetde Paul
Orose qui rapportent qu'en c264 ou 265 une in-
vasion eut lieu dans les Gaules, sous la conduite de
(1) Valerianus et Gallienus romanum imperium sunt adepti,
qui gravent contra chrislianos perseculionem suo tempore
commoverunt. Horum tempore, et Chrocus ille Alamanorum
rex, commoto exercitu Gallias pervagavit. Hic aulem Chrocus
mullse adroganliœ furtur fuisse, qui, cum nonnulla inique
gessisset, per consilium, ut aiunt matris iniquae, collectant ut
diximus Alamanorum genlem universas Gallias pervagatur,
cunclasque sedes quse antiquitus iabricalse fuerunt a iunda-
menlis subverlit... Chrocus vero apud Arelalensem Gallia-
rum urbem comprehensus diversis adfectus suppliciis gladio
verberatus interiit non immerito pa3nas quas sanctis Dei ex-
tulerat luens. (Grégoire de Tours, liv. 4er, cap. 32 et 34.)
— XXXVIII —
Crocus qui fut défait à Arles et mis à mort, il
faut admettre qu'il y a eu deux Crocus ou qu'on
l'ait un double emploi du nom de ce chef barbare.
On ne peut raisonnablement supposer que
deux chefs de nations Germaniques portant le
même nom , tous deux payens , aient conduit
leurs peuples dans la Gaule pour la ravager el y
persécuter la religion chrétienne, qu'ils aient
ensuite été, tous deux, défaits près d'Arles elmis
à mort; cependant les historiens des deux partis
attribuent toutes ces actions au Crocus qui or-
donna la mort de Saint Didier.
Aussi, quelques auteurs, craignant l'objection,
se sont-ils bien gardés de désigner Crocus comme
l'auteur du martyre de l'évêque de Langres et en
ont accusé Modogisile ou Godégisile, ou les pre-
miers rois de Bourgogne.
Peut-on admcltie, d'ailleurs, que Grégoire de
Tours qui vivait au milieu du vie siècle, qui habita
Dijon pendant quelques années et qui a dû
venir à Langres plusieurs fois, n'eût pas men-
tionné l'époque précise du martyre de saint Didier,
si cet évèque avait été mis à mort de 407 à 416 ?
Les fouilles qui ont été faites à Langres à di-
verses reprises du côté de Saint-Geômes dénotent
de la manière la plus formelle que cette ville a
été saceagée et détruite au m* siècle. On y a
trouvé des médailles romaines, des chapiteaux,
des corniches, des statues, qui ne laissent aucun
doute à cet égard.
Nous ne dirons rien de l'opinion qui prétend
qu'Attila fil mourir Saint Didier, lorsqu'il rava-
gea la ville de Langres en 451. Cette question
se trouve résolue dans la précédente.
— XXXIX
L'opinion du P. Vignier, des chanoines Hen-
riot et Charlet, n'est pas moins conforme à la vé-
rité de l'histoire que favorable à l'antiquité du
siège épiscopal de Langres, nous l'adoptons et
nous concluons que Saint Didier vivait au 111e
siècle. Les personnes qui liront avec attention
les différents auteurs qui ont traité ce sujet tire-
ront, sans aucun doute, la môme conclusion, et
feront aisément justice des écrivains qui placent
le martyre de Saint Didier au ve siècle.
V.
Nous avons terminé notre introduction, longue
sans doute et dont nous ne nous dissimulons pas
l'imperfection. Nous n'avons pas trouvé peut-être,
pour retracer les principales phases de la biogra-
phie de Guillaume Flamant et de la vie de Saint
Didier, des couleurs assez animées et un style
assez élevé. Nous espérons cependant en la bien-
veillance du public : nous serons d'ailleurs suffi-
samment récompensé de notre travail si l'on pense
que nous n'avons pas fait une œuvre inutile en
exhumant celle œuvre du poète Langrois. Pour
nous faire pardonner, nous lui emprunterons
les vers par lesquels il sollicitait l'indulgence des
spectateurs de son mystère:
Si avons à regracier
De toute notre intelligence,
Collauder à. remarcier
La Seignorie d'excellence
— XL —
Qui, par iloulce bénévolence,
Nous a preste bon auduiloire
Pour ouyr en paix à silence
Le mistère ou dévot histoire.
Et, au surplus, s'il y a point
Des joueurs aucung mal appris
Qui ait fait quelque mauvais point,
Recepvez le en gré pour son pris,
Priant au Marlir de hault pris
Que puissions, par son habitude,
Régner au céleste pourpris,
Enrichv de béatitude.
Sancti Spiritus assit nobis gratia.
Cy sensuyt la Vie et passion de Monsr Sainct
l)idicr, martir et Evesque de Lengres, faicte par
personnages, à la rcqueste de Messrs les Confrères
de la Contrarie dud. Sainct aud. Lengres, compo-
sée par vénérable et scientificque psonne Maislre
Guillaume FLAMANT, chanoine dud. Lengres,
jouée en lad. cité par lesd. Confrères, l'an mil
CCCC IIII" et deux.
Le Prologueur commue.
Aristote, philozophe notable,
Mecl ung notable utile à concepvoir,
Quant il nous dict que l'homme raisonable,
Tant soit instable au monde variable
Et misérable, appelle de sçavoir.
Il dit bien voir, car chascun fait debvoir
D'oyr, de voir, d'enquérir et d'aprandre,
Cuidant en fin toutes choses comprandre.
Toute créature
Sans exception
De propre nature
Quiert instruction.
L'inclinacion
Qu'elle a naturelle
Veult invention
Tous les jours nouvelle.
Kl à ce propos, il me semble
Que reste congrégation
Soit à reste heure mise ensemble
Pour voir noslre opéracion,
Si avons bonne affection,
Moyennant la grâce de Dieu,
De la rendre en dévotion
Avant que partir de ce lieu.
Pourtant, avons-nous entreprins
De monstrer les faits vertueux
Du noble Évesque de bault pris,
Sainct Didier, martir glorieux,
Si veuillez estre curieux
D'ouyr en paix et union ;
El si rien y a vicieux
Supportez l'imperfection .
Du temps d'Honorius Auguste,
Le Sainct de grant auclorité,
Après TÉvesque nommé Juste,
Fut prélat en ceste cité
Et fut tiers en la dignité,
Selon que je cognois et sens
Voire de celle antiquité
Que lors courroit Pan quatre cens.
L'ange parfait, miraculeux,
Prononçant son élection,
De simple estât labourieux,
L'esleva en prélacion.
Il vesquit en dévotion,
Et feist mainte euvre manificque;
Puis receut mort et passion,
Par Croscus, le roy Vandalicque.
Le bon sainct, plain degrant puissance,
Que debvons servir et aymer,
Sers :>u pays de sa naissance,
Fut né de Germes sur la mer.
Mais pour le miracle aprouver
Tant fut serebé de rue en rue
One noz gens l'alèrent trouver
Où il conduisoit la chenue
Lors doulcement luy présentèrent
La croce, mais il s'excusa.
El quant fort le sollicitèrent,
Totalement la refusa,
Disant : Didier ne recepvra
De prélature aucun signacle,
Tant que son baston florira ;
Qui tantost fïorist par miracle.
Voulez-vous plus grant évidence
De la divine volenté?
Voulez-vous plus grant apparence
De vertuz et de sainctité?
Tout cecy sera récité
Au jorduy en vostre présence.
Mais qu'en paix et transquilité
Il vous plaise faire silence.
Et afin de mieulx reporter
La vye du benoist marlir,
Aucuns cas sont bien à noter
Desquels je vous veul adverlir :
Premier, il vous fault retenir
Que France, la bien renommée,
Quand Wandres y vouldrent venir,
Estoit pour lors Galle nommée.
n
Pourtant s'en nostre euvre jolye,
Dont trois jours dure la substance,
L'on parle de Galle ou Gallie,
Entendrez tousiours que c'est France.
Notez aussy que la puissance
Des empereurs, en cas de guerre,
Avoit encores florissance
Par plusieurs climats de la terre.
Tiercement, par cronicque expresse
Nous trouvons que cesle cité
De gens de force et de noblesse
ïriumphait en auctorité
Et avoit en société
A Jule César, l'empereur,
Mais puis cheut en perplexité
Par la Wandalicque fureur.
Si sachez que pour aléguer
Du marlir les faiz &. la gloire
A convenu invesliguer
Mainte légende ik mainte histoire,
Corne sont Orose, Isidoire,
Le Fascicule épiscopal,
Aultre cathalogue notoire
Et le Miroir hislorial.
Pour ce jour, nous comancerons
A la très saincte élection,
Et puis demain, nous parlerons
Le martire et la passion,
Au tiers jour, ferons mencion
Des miracles très merveilleux
Et de la rélévacion
Du corps sainct digne et précieux.
(Ici se meci chascun en ordre pour faire monstre.
Mais afin que facilement
Vous cognoissiez nostre entreprinse,
C'est raison que premièrement
Je vous en monstre la devise.
Vées là Lengres, en hault assise,
Plus noble que tous aultres lieux ;
Vées là les seigneurs de l'Eglise
Et les borgeoys jeunes et vieulx.
Vées là Didier au labourage,
Qui tient la cherrue à deux mains ;
Vées là ung haultain personnage,
Nommé l'empereur des Romains ;
Croscus <k le Roy des Alains
Ont illec leurs gens amassez;
Je n'en diray ne plus ne mains ;
Le demeurant se monstre assez.
Or, pensons de bien procéder,
Comme notre cueur le désire,
Ce que nous veuille concéder
Dieu qui triumphe en hault empire
Priez qu'il n'y ait que redire
S'en vous quelque doulceur y a,
Et veulliez tant seulement dire
Chascun ung Ave Maria.
Le Fol.
Veult-on chanter alleluya,
Ou jouer cy quelque grimace'?
Je crois que oncques on n'alya
Tant de folz tout en une place.
Ne voysti pas la chiche l'ace
Oui porte ung inolin sur sa test.»;.
— (') —
Vées là la plus sauvaigè beste
Qui soit d'icy à Carcassônne.
Holaho! qu'il n'y ait personne
Que ne soit assiz à son aise;
Et puis (pie tout chascun se taise
Aussy coy qu'ung porceau qui pisse,
Vous verrez tantost forte espice
Et le eappi laine Poton
Qui ont chascun ung gros baston
Pour combatre les papillons.
Il faut que nous nous habillons
Pour aller en ceste bataille.
Mais toutesfois, vaille que vaille
•l'en diray mon oppinion.
Afin que le cueur ne me faille
Premier feray collacion.
Icy les bourgeoys cl le bailli de Lengrcs se lèvent de leurs
sièges cl (Ht le premier Bourgeons :
Le premier Bourgeoys.
Notre Prélat est mort <k trespassé,
Je prie à Dieu qui tout a compassé
Que l'âme soit en gloire et relusance.
Or, sommes-nous en désolacion,
Privez de bien, plains de turbacion,
Garniz de mal à de toute indigence.
Le second Bourgeoys.
Hélas! il est pour nous trop tost passé,
Car de bien faire onques ne fut lassé
Et nous faisoit gracieuse assistance.
Perdu avons la elère vision
Du bon prélat que notre affection
Réconforloil par soigneuse assistance.
Le Bailly de Lengres.
Contre la mort n'a point de résistence.
Le premier Borgeoys.
0 mort furieuse,
Elude, rigoreuse,
Dure, dangereuse,
Tu nous laitz grant tort.
Le second Borgeoys.
0 mort hayneuse,
Tu rends ruyneuse
Lengres la joyeuse
Par ton dur effort .
Le Bailli.
Mort nespargne foible ne fort.
Le tiers Borgeoys.
0 faulce mort, de ton dart destructeur.
Tu as osté Juste, le bon pasteur,
Homme dévot et rempli de science
Le quart Borgeoys.
,1e n'ay au cueur que douleur et malheur
Quant me souvient du prélat de valeur
Qui aymoitDieu et craindoit conscience.
Le Bailly.
Home prudent doit avoir pacience
Le tiers Bourgeoys.
0 Lengres cité,
Tu as bien esté
En prospérité
Long temps maintenue.
Le quart Bourgeoys.
Or, est ta beaulté,
Ta formosité,
- S —
En calamité
Cheulte et devenue.
Le Bailli.
L'estal mondain lousiours se mue,
Soit noblesse,
Soit richesse,
Soit lyesse.
Tout décline
Et vous lesse ;
De haultesse
Tantost cesse,
Tantost fine.
Le plus digne.
Par ruyne,
Souvent perl joye & doulceur.
C'est ung signe
Qui assigne
Qu'en ce monde n'y a rien sceur.
Pourtant, se nous avons perdu
Ung évesque plaisant à voir,
N'ayons jà le cueur esperdu,
Dieu est puissant de nous pourvoir
Mais alons maintenant sçavoir
Si les bons Seigneurs du Chappitre
Veulent point faire leur debvoir
De baillier à quelcung le tiltre.
Le premier Bourgeoys.
Pleusl à Jh'ésu Crist que ki mitre
Fui assise en homme auctentique.
Le second Bourgeoys.
Aluns voir ecclésiastique
Puisque Monseigneur le conseille
- 9 —
Le tiers Bourgêoys.
Pour secourir au bien publique,
Alons voir l'ecclésiastique,
Car en ceste cité antique
Kault ung chief.
Le Bailli.
Ce n'est pas merveille.
Le quart Bourgêoys.
Alons voir l'ecclésiastique
Puisque Monseigneur le conseille.
Le Bailli.
Sus donc, que chascun s'apareille
De bien offrir corps & chevance.
Le premier Bourgêoys.
Ils sont gens qui ont grant puissance.
Le second Bourgêoys.
Ils sont bons clercs .
Le tiers Bourgêoys.
Ils ont bon sens.
Le quart Bourgeois.
Or, alons voir leur contenance.
Le premier Bourgêoys.
.le le veul.
Le second Bourgêoys.
Et je my consens.
Le Doyen.
Tousiours survient aucungz maulz évidans
Ou accidens à gens de bonne part.
Fortune mect en divers incidens
Les plus prudens comme les imprudens,
Monstrant les dens d'ung horible regard
Elle dépari dessoubz son estandarl
Il) _
Tels coptz de dart, tels tançons, tels débats,
Que les plus fors sont les plus tost mis bas.
Lengres souloit estre
Lieu plain de soûlas.
.Mais or en nostre estre
Faull cryer hélas!
Car puis le trespas
De nostre pasteur
La cité n'a pas
Propre conducteur.
Mais selon des décrets ydoisnes
Nous avons par conclusion
Fait citer tous nos conclianoisnes
Pour venir à l'élection,
Et pour ce qu'en telle action
Fault instrumenteurs &. notaires,
Avons aussi provision
De témoingts à. de secrétaires.
Icy saluent Doyen cl Chappilre.
Le Bailli de Lengres.
Dieu à qui sommes tributaires
Vous doint vivre en prospérité.
Le Doyen.
Voz œuvres face salutaires
Dieu à qui sommes tributaires!
Le premier Bourgeoys.
Vers nous venons tous voluntaires
D'aider à la nécessité.
Le seconii Bourg5.
Dieu à qui sommes tributaires
^ ous doinl vivre en prospérité!
— 11 -
Le Doyen.
Quels novelles?
Le Bailli.
En vérité,
Je vous le diray, Monseigneur,
Les bons bourgeoys de la Cité
Où habunde sens & honeur
Sçavent que vous avez bon cueur
D'eslire évesque & exaller.
Et pourtant en toute doulceur
Ils vous sont venus visiter.
Le Doyen.
A quels fins?
Le tiers Bourg8.
Pour vous présenter
Service, argent, corps à avoir,
Pour vous ayder et conforter,
Selon nostre petit sçavoir.
Le Doyen.
C'est-il ainsy?
Le quart Bourg".
Il vous dit voir.
Ne le pensez point aultreinent.
Le Doyen.
De vostre gracieux debvoir
Vous remercions humblement.
Mes frères, vous voyez cornent
La bourgeoisie sumptueuse
Vient icy familièrement
.Nous faire une offre gracieuse.
Le Trésorier.
Ce n'est pas chose merveilleuse,
Car de tout temps oui ceste guise.
12 —
DlJONNOIZ.
Ils ont volenté curieuse
D'aymer Dieu et servir l'église.
Le premier Bourg*.
.Noire affection y est mise
Plus qu'eu chose qui soit au monde.
Tonnoirroiz.
Cela vient d'honneur et franchise
Qui en vostre couraige habunde.
Le second Bourg5.
Ung chascun d'entre nous se fonde
En vertuz et dévocion.
Barroiz.
C'est l'amour de Dieu qui redonde
En vostre bonne affection.
Le Bailly.
S'en faisant vostre élection
Il convient aller ne venir
Prestement sans dilacion
Trouverez gentz pour y fournir,
Si venons cy pour assentir
Quel chose il sera bon de faire,
Pourtant veuillez nous advertir
D'aucun propos de vostre affaire.
Le Trésorier.
Vostre doulceur très débonnaire
Vostre dévote intencion
Vault bien d'avoir pour son salaire
De louz calz déclaracion.
Pour brefve récitacion,
Sachez que noz gentz sont citez
Ou au moinz la citacion
Kst désià par lotîtes citez.
— 13 —
DlJONNOIZ.
Quand on eslict des dignitez
Qui ont In charge pastoralle,
On fait plusieurs solemnitez
En une église cathédrale.
Néantmoinz, la chose principale
Qui doit mouvoir l'intelligence,
C'est que l'élection totale
Soit selon Dieu et conscience.
TONNOIRROIZ.
En tel cas, chascun doit avoir
Meure délibéracion,
Ne pour trésor ne pour avoir
User de variation,
Mais faire déprécacion
A la divine Providence
Que si est noble élection
Soit selon D«eu <k conscience.
Barroiz.
Selon Dieu doit on procéder
Qui veult bien diriger son fait.
Pourtant luy fault intercéder
Que rien ne demeure imparfait,
Mais nous doint Evesque parfait,
Plain de vertuz, plain de science,
Et que tout ce qui sera fait
Soit selon Dieu &. conscience.
L'Auxoiz.
Selon conscience & raison,
Doit besongner ung électeur.
Nompas par aucune achoison
D'adulacion ou faveur.
Et afin qu'on prenne saveur
En la matière d'excellence
— 14 —
Désirer que telle labeur
Soii selon Dieu & conscience.
Bàssîgny.
( > vous, Messeigneurs les bourgeoys,
Eu qui toute vertu repose,
Sachez qu'avant qu'il soit ung mdys
La matière sera per close,
Car ung chascun de nous propose
De faire extrême diligence,
Et voulons que toute la chose
Soit selon Dieu & conscience.
Le Bailly.
Vous estes seigneurs de prudence
Qui sur tous renommée avez,
Et quant à moy je croy et pense
Que les loix <k décrets sçavez.
Mais quant besongner y vouldrez,
Se quelque affaire vous survient,
D'entre nous tous vous aiderez
Comme en tel cas il appartient .
Le Chantre.
Messeigneurs, c'est de vostre bien
Que présentez tant de service,
Et qui ne le vous rendra bien
Ce sera deshonneur <k vice.
Telle ayde nous est bien propice,
Pourtant remercier convient
Vostre largesse <k bénéfice,
Comme en tel cas il appartient.
Le premier Chanoisne.
11 appartient bien sçavoir gré
Aux bons bourgeoys de grant vaillance
Qui chascun selon son degré
Nous présentent corps <k chevance,
— 15 —
Je voy que par bonne accointance
Us nous vendent s'a nous ne tient
Ayder de toute leur puissance
Gomme en tel cas il appartient.
Le second Chanoisne.
Il est constant que de tout temps
A Lengres sont communément
Nobles, gentilz borgeoys, marchante,
Qui vivent honorablement.
Ils aymèrent anciennement
Dieu qui ciel & terre contient
Et encor font présentement
Comme en tel cas il appartient.
Le premier Borgeoys.
Pensez que la cité soustient
Maint preud'homme de bonne foy,
Qui les règles d'honneur maintient
Selon son cas.
Le Doyen.
Ainsy le croy.
Portant, messeigneurs, quant à moy,
Comme Doyen & Président,
Vous mercye comme je doy
De cest honneur très évident.
Cy se relraihenl ung petit les bourgeon* et le Doyen parle
aux Chanoisnes.
Le Doyen.
Or, retornons à la matière
Dont avons parlé cy devant.
Je ne scay par quelle manière
Nous procéderons en avant.
Mais il sera bien advenant
Que nous eslisons par la l'orme
— 16
Que droil canon est contenent.
C.'csi le docteur qui nous informe.
Premièrement, élection
Se fait via compromise.
Secundo, per scrnïnùum,
Ac via Spirilus Sancti.
Qui l'une de ces voyes cy
Veult tenir & qui point n'excède,
Ne doit avoir aucun socy
Qui sainctement il ne procède.
Pour scrutiner, se dit le droi',
Sera talons eliganlur;
Par les scrutateurs, or en droit,
Vota caute requiranlur,
Collalio habealur,
Ac publicelur apperle.
Tune clcclio formatur
Semper a majori parle.
Par la voye de compromis,
On eslict canoniquement,
Quant les compromissaires mis
Ont de tous le consentement.
Et qui ne veult pareillement
User de compromission
Il peult prendre facilement
Voye de posfulacion.
L'aultre voye d'élection
Pour avoir prélat et pasteur
Se fait par révélacion,
Venant du benoist créateur,
Ou quant, sans aucune faveur,
Sans crainte ou sans mauvais couraee.
— 17
Iimis les Chanoisnes, de bon cueur,
S'accordent en uni; personnage.
Si ne scay par laquelle voye
Nous pourrions mieulx estre sorti,
Mais la plus saincte que j'y voye,
C'est vin Spiritus Sancti.
Qu'en dictes vous?
Le Trésorier.
Il est âinsy,
Monseigneur, vous touchez le poinct,
Mais quant à ceste voye cy
On n'en use, mais convient point.
Pourtant, Messeigneurs, il me semble
Que si bien pourvoir y voulons,
Il sera bon que tous ensemble
Quelque preud'homme postulons.
Dijonnoiz.
Non ferons, mais nous eslirons
Ainsy que le droit a escript.
TONNOiRROIZ.
Non ferons, mais nous poursuyvrons
La voye du Sainct Esperit.
Le Fol.
Ho! ce fut du temps prétérit
Que le Sainct Esperit voloit,
C'estoit du temps que ne régnoit
Ne Symonnye, ne Cauthelles.
Mais maintenant quoy qu'il en soit
On lui a bien roigné les esles.
Estes vous là, noz damoiselles,
Et vous, Gorgyas de Paris?
Vous avez porpoins & cotelles
De taulpe & de peau de soris.
— 18 —
Barroïs.
Mes bons seigneurs & mes amys,
Alfin d'esfre tost despesché,
J'oppine que par compromis
Nous porvoyons à l'Évesché.
L'Auxois.
Vous avez assez bien touché.
Barroys.
C'est le meilleur appoinctement
Sans que nul en soit empesché
Fors deux ou trois tant seulement.
Bassigny.
Il me semble tout aultrement.
L'Auxoys .
Et comment?
Bassigny.
Que debvons eslire.
Le Chantre.
Vous en parlez notablement.
Bassigny.
Je vous en dis ce qu'on doit dire.
Le Chantre.
Quant est de moy je ne désire,
Puis qu'avons ung bon secrétaire,
Synon faire ma voix escripre
Quant sera jour cappitulaire.
Le premier Chanoisne.
Je suis d'oppinion contraire.
Le second Chanoisne.
Aille comme il pourra aler.
Bassigny.
Nous debvons élection faire.
Barroiz.
Je suis d'oppinion contraire.
— 19 -
Le second Chanoisne.
D'eslire ne peult-on meffaire ?
Le premier Chanoisne.
ïl vauldroit mieulx de postuler.
Bassigny.
Je suis d'oppinion contraire.
Barroiz.
Aille comme il pourra aler.
Le Doyen.
Si me voulez ouyr parler,
Je vous diray que nous ferons.
Dijonnoiz.
Pour Dieu, ne veullez rien celer.
Tonnoirroiz.
Dictes, nous vous escouterons.
Le Doyen.
Qui m'en croira, nous manderons
De Lyon le noble Arcevesque
Et de bon cueur luy requérons
Qu'il nous ayde à faire ung Evesque;
Il est léal, seur & certain,
Gamy de toute humilité
Et vostre métropolitain.
De Lengres la bonne cité
Quant ourra la nécessité
Pourquoy on l'envoyé quérir,
Je croy que sans difficulté
Tantost nous viendra secourir.
Barroiz.
Si vous le faictes cy venir,
Comme subjectz vous voulez rendre.
Le Doyen.
iN'en fais déa, je veulz maintenir
Noz privilèges & estandre.
- -2(1 —
Mais je ne le diz que pour prandre
De luy aucune oppinion
Et pour tousiours vouloir contendre
D'honorer nostre élection.
Le Trésorier.
C'est bonne ymaginacion.
TONNOIRROIZ.
Puiz qu'ainsin est je m'y consens.
Barroiz.
Qui envoyez-vous à Lyon?
DlJONNOIZ.
Il y fault deux hommes de sens.
Le Doyen.
Je vous nomme, quant aux présens,
L'archidiacre de l'Auxoiz.
Bassigny.
Pareillement, je condescens
A Monseigneur du Dijonnoiz.
Le Chantre.
Il convient aussi deux bourgeoys
Pour notre ambassade fournir.
L'Auxoiz.
Ils sont illecques plus de trois.
Notaire, faictes-les venir.
Le Secrétaire.
Incontinant les vais quérir.
Le premier Chanoisne.
Or alez, on vous attendra.
Lors va quérir les bourgeoys et leur dit :
Le Secrétaire.
Ça, Messeigneurs, venez ouyr
Ce que Ghappitre vous dira.
— 21 —
Le premier Bourgeoys.
>i ni de nous n'y contredira,
Volontiers nous y trouverons.
Le second Bourgeoys ,
Ghascun fera ce qu'il pourra
Sitost qu'entendu les aurons.
hy le Doyen parle aux Bourgeoys.
Le Doyen.
Seigneurs bourgeoys, nous envoyons
A Lyon, cité d'excelence,
Àffin que l'Arcevesque ayons
Pour conseil & pour assistence;
Et pour ce qu'avons confidence
En vous qui estes diligens,
Par amour & Iténëvolance,
Nous demandons deux de voz gens.
Le premier Bourgeoys.
Nosseigneurs, nous sommes contans
De vous compaigner en cecy.
Le second Bourgeoys.
Quant est de moy, je ne prétends
Que d'y aler.
Le premier Bourgeoys.
Et moy aussi.
Le Bailly.
Puisque la chose vient ainsin,
Vous deux irez qui m'en croira.
Le premier Bourgeoys.
11 n'en fault plus avoir souccy,
Ce qui est conclud se tiendra.
Si y parle au varlel.
Or ça, Pierre, il te conviendra
Sceller des chevaulx deux ou trois.
22
Pierre, varie! des Bourgeoys.
Pour quoy?
Le premier Bourgeoys.
Pour ce qu'il nous fouldra
Chevaucher les champs <k les bois.
Pierre, varlet.
Paisqu'ainsin est, je m'en y vois.
Je ne sçais où il veult Irotler.
Déa, il iauldra boire une foys,
Avant que nous alons monter.
Pierre va amener trois chcvaulx celiez el brida,
Dijonnuis parle au clerc.
DlJONNOIZ.
Symonet, il fault aprester
Trois chevaulx bien bonnestemenl.
Or, tost.
Symonet, clerc des Chanoisues.
Se fault— il tant haster?
L'Auxoiz.
Tire avant, tire vistement.
Symonet.
Si j'eusse beu premièrement
Ung bon talus de ces vins vieulx !
L'Auxoiz.
Que dis-tu?
Symonet.
Par mon sacrement,
Ils en l'eussent bridez trop mieulx,
Symonnet va quérir trois chevaulx.
Le Fol.
Quant la goûte me tient aux yeulz,
Au soir, bien lard, devant la messe-,
Je vois boire en plus de vingt lieux
Atliu que la douleur me cesse.
— 23 —
Car pour certain une cingesse
M'a faict de merveilleux eshatz.
Ce lut quant je feiz une vesse
Entre les dents de Barrabas,
Puis vint TarrabaSj Tarrabas,
Maistre estourdi de Coqueluche,
Qui vouloit tuer une puce,
Plus grosse que la truye quy lille.
Elle demeure en ceste ville
Cheu Jehan de Lengres; en paincture
N'avez vous pas veu sa seincture
Et ses souliers au lignolet?
Je veis hier devant sa figure
Son enfant qui est pourcelet.
Symonet, clerc.
Venez monter quant il vous plet,
Tout est si bien qu'il n'y fault rien.
Pierre, varlet.
Messeigneurs, sçavez-vous qu'il est,
Venez monter quant il vous plet.
Le second Bourgeoys.
Tu es ung gracieux varlet.
Pierre.
Il souffit, vous m'en baillez bien.
Symonet.
Venez monter quant il vous plet.
Pierre.
Tout est si bien qu'il n'y fault rien.
Dijonnoiz.
Symonet est ung clerc de bien.
11 vous serl île bon appétit.
- 24 —
Symonet.
C'esl pour inieulx valoir.
L'Auxoiz.
Vion çà, vieil ,
Tien moy ces! estryer uni; petit.
Icy sont tous à cheval, tant de l'église que de la ville, il
pourra de chascun couslé avoir encoir ang varlel sans parler.
Le premier Bourgeoys.
Or sus, chevaulehons.
Dijonnoiz.
C'est bien dit.
L'Auxoiz.
Alcz (levant, gentils bourgeoys..
Le second Bourgeoys.
Je n'y metz point de contredit.
Pierre, varlet.
Nota de la boieille.
J'ai la boteille toutefois.
Siloicc et pansa. — Lors chevaulcheront uni) petit pas a
pas et se tireront à part tandis que les dyables parleront.
Lucifer.
Dyables dampnés, saillez de vos destroiz,
Ou deux ou trois, ou toute la caterve.
Depuis que Dieu fut posé en la croix.
Vous estes froiz, vous perdez nos surcrois
Et nos beaux droiz. 0 nation sorlerve,
Il n'est qui serve, il n'est plus qui observe
Ou qui conçoive infernale franchise,
Tout esl perdu par paillarde faintise.
0 l'aulce chiennaille,
Dyables plains de honte,
•l'appelle, je raille,
Sy n'en tenez compte
25 —
Je veul que tout monte
Hors de la fournaise,
Aflin que je compte
Mon cruel mésaise.
Serez-vous tousiours endormis,
Ordes, figures dyabolicquës?
Venez avant, faulx ennemis,
Ouyr mes cris mélancolicques.
Fièvres (k passions, colicques,
Me serrent trop terriblement,
Quant je voy ces bons catbolicques
Qui vont à point de saulvement.
Lors saillent tous les dyables hors d'enfer el se nieclenl en
ordonnance devant Lucifer.
Satham.
Je croy que de forcènement,
Avez le front tout estonné,
Quant si très diaboliquement
Vostre gorge a brayt & tonné.
Véez me cy tout abandonné
De faire ce qu'il appartient.
Prince d'enfer désordonné,
Dyctes nous quel dyable vous tient?
Cerbérus.
Je ne sçay si tout est perdu,
Mais vous faictes très laide chière.
Pourquoy estes vous esperdu?
Que j'en saiche ung peu la mainîère.
Ne craindez qu'âme de sorcière,
Si le granl dyable ne l'emporte,
Pnist issir de notre chauldière,
Car je sarre trop bien la porte.
- 26 —
AsTAUOTH.
Et je viens de tourner en rost
Charmeurs, anchanteurs & gevaiebes,
Moy qui suis nommé Astaroth,
Les étrangles à grosses estaiches.
Leurs âmes doutantes & laiches
Sont de moy si très bien tourchiées
Qu'onques brebis, chièvres ou vaiches
Ne furent ainsin escorchiés.
Léviatham .
Ne suis-je pas Léviatham,
Vostre disciple sollennel ?
Si croy qu'après maistre Sàtham
N'en y a point de plus cruel.
Je viens de remply un tonnel
De souffre &. de plomb merveilleux
Pour mectre en tonnent éternel
Les gouffres avaricieux.
Belphégor.
Je suis le plus félon inique
Qui soit en toute la couvée,
Il n'est trahison tyrannique
Qu'en ma teste ne soit trouvée,
Ma forte force est esprouvée
Dès long temps en mainte besoingne,
Si ne doit estre réprouvée
Par devant vostre fière troingne.
Bélial.
Que dictes-vous de Bélial?
Doit-il point estre mis en place?
Je croy qu'il n'est plus deslé;il
Entre le ciel & terre basse,
— 27 —
Je fais tousiours tenir la date
Des mauldicts péchés anormaux,
Je voys, je viens, je cours, je trace.
Je fais plus de cent mille maulx.
Lucifer.
Or, payx, dyables traites et laulx,
C'est trop longuement quaqueter.
Nos martirs & tormens ehaulx
Fauldront par vostre lâcheté,
Car je voys la chrétiennelé
Croistre & augmenter pas à pas,
Et mesmement en la cité
De Lengres que je n'ayme pas.
// parle à Satham.
Satham, tu entends bien le cas,
Y sauroyes-tu riens empescher?
Satham.
Je me congnois en tous estaz,
Vous perdez temps de moy prescher
Lucifer.
Les Lengrois ne font que sercher
Pour mectre Évesque en leur église,
Satham.
Il les fault faire tresbucher
Au plus loing de leur entreprinse.
Lucifer.
Pensez-y, je vous en advise,
Et pour gaingner le fait total,
Alez tempter par mainte guise
Galle, pays occidental.
Cerbérus.
Nous irons à mont oc à val
Tout tempester oc tout gaster.
— -28 —
AlSTAROTH.
Pour faire perpétrer maint mal.
Nous irons à mont & à val.
Léviatham.
Je feray pis que réalgal.
Belphégor.
Je seray maistre de tempter.
Bélial.
Nous alons à mont & à val
Tout tempester & tout gaster.
Satham.
Lucifer, il vous faut chanter
Deux mots de malédiction.
Lucifer.
Que la sanglante passion,
Vent de bise, fouldre ex tempeste,
Eslude à coruscacion,
Vous puissent assommer la teste !
Satham.
Or, alons que dyable n'aist leste
Chascun preigne pays dyvers.
Bélial.
Il n'y aura sainct ne prophète
Que ne sente mes cops couverts.
Léviatham.
Je veuljecter tout à revers.
Belphégor.
Je veul tempter de fiction.
Cerrérus.
Et moy à tort à à travers.
Astaroth.
El iimiv de fornicacion.
Lms s'en vont les dyables espars çà ci là chascun en divers
lieux.
— 29 —
El les ambassadeurs approuchenl Lyon ci dient
DlJONNOIZ.
Je voy la cité de Lyon,
La rivière & tout le pourpris.
L'Auxoiz.
Je voy la situaeion,
Où beaucoup de biens sont comprins.
Le premier Borgeoys.
Vées là l'Arcevesque de pris
Assis en trône épiscopal.
Le second Borgeoys.
Où sont nos varlets mal aprins?
Le premier Borgeoys.
Voicy Pierre, le principal.
Le second Borgeoys.
Vien avant, vien,fpran mon cheval.
DlJONNOIZ.
Symonet, pense de nos bestes.
Ils descendent.
Symonet.
Pensez qu'ils n'auront point de mal.
Pierre.
Non, non.
L'Auxoiz.
Quels fins varlets vous estes !
Lors s'en vont vers l'Arcevesque.
Pierre.
Ils auront establesJionnestes
Avant que meshuy je sommeille.
Symonet.
Or, laisse aler ces grosses têtes
Et buvons, je te le conseille.
— 30 -
PlERRE.
Je le veul bien.
Symonet.
Ça, la boteille?
Pierre.
Tien la.
Symonet.
Or, va de par Dieu, va.
// pran la boteille et boit.
Pierre.
Comment tu luy tire l'oreille !
Symonet.
Tien, boy.
// lui/ reliai lie.
Pierre.
Cy, bois.
Symonet.
Holà! holà!
Le Fol.
// parle de bien loingl.
Ha! sambieu! que ne suis-je là!
Le gibet me tient à ce boult,
Ces folastres là buvront tout.
Que sanglant preu leur peust-il l'aire
Que j'eusse au moins pour mon salaire
liig petit glouppyon de vin?
Déa, je combatray le devin,
Mais il fault que vous le tenez.
Ho! bonet rouge, là le nez,
Ce dit autan le basteleur*,
Et comment vous vous gouvernez.
Ho! bonet rouge, là le nez,
Ghappeau vert, venez près, venez.
Et si amenez blainche flcn i «.
- 31 -
Ho! bonet rouge, là le nez,
Ce dit autan le basteleur,
Affiii de reprandre couleur.
Je m'en vois à ce hault pignon,
Quoy faire? boire du meilleur,
Mais que je trouve ung compaignon!
Lors s'inclinent les ambassadeurs devant l'Arcevesque et le
saluent.
Dijonnoiz.
Celluy qui souffrit passion
Pour humaine fragilité,
Vous doint à perpétuité
Jouyr de consolacion.
L'Arcevesque de Lyon.
En céleste habitation
Vous mecte par sa déité
Celluy qui souffrit passion
Pour humaine fragilité.
L'Auxoiz.
Après toute occupacion
De caduque mondanité,
Dieu vous doint de félicité
Large parti cipacion.
Le premier Borgeoys.
Celluy qui souffrit passion
Pour humaine fragilité,
Vous doint à perpétuité
Jouyr de consolacion.
L'Arcevesque.
Laissons ceste inclinacion,
Laissons ceste humble révérence,
Car, certes, ma vocacion
N'est pas de telle préférence.
- 32 —
DlJONNOIZ.
Vostre saige magnificence
Est bien digne de mienlx avoir.
L'Auxoiz.
L'honneur delm à vostre excellence
Passe mon petit sçavoir.
L'Arcevesque.
Faictes moy entendre le voir
Du cas de vostre intention,
Et pourquoy vous me venez voir
En si lointaine région.
DlJONNOIZ.
Monseigneur, soubz correction,
Par moy vous sera récité.
Nous venons en légation
Pour Lengres, la bonne cité.
L'Arcevesque.
Après?
DlJONNOIZ.
La mort lui a osté
Son prélat & consolateur,
Et est le lieu desconforté,
Comme sont brebis sans pasteur.
Mais pour porveoir, par bonne guise,
A ceste désolacion,
Ont tous messeigneurs de l'église
Assigné jour d'élection.
Si vous font supplication
Que par vostre bénévolence,
Yeullez la congrégation
Honorer de vostre présence.
33 -
L'Auxoiz.
Il y a jour déterminé
Pour eslire Evesque notable,
Dieu doint que tout le démené
Soit à noz âmes proffitable!
Mais l'élection honnorable
Seroit trop plus plaisante à Dieu
Si voslre personne amyable
Daignoit venir jusqu'au dit lieu.
Vous conseillerez
L'ecclésiasticque,
Vous adresserez
La chose publicque,
L'homme maniticque
Vient à chef de tout,
En chose auctenticque
Ron conseil vault moult.
Dijonnoiz .
Honnoré seigneur,
Digne ùl vertueulx,
Vous ferez honneur
Au lieu plantureux.
Ung sens gracieulx
Nous est bien décent,
Car en cas doubteux
Ung homme en vault cent .
L'Arcevesque.
Quant à ceste affaire,
Moy, je n'y puis rien.
L'Auxoiz.
Sans vous peult-on faire,
Mais nompas si bien.
34
L'Argevësque.
Tout ce qui est myen
Ne veul escondire.
DlJONNOIZ.
(Test vostre grant bien
Qui le vous fait dire.
L'Arcevesque.
J'iray, quant vous vouldrez eslire,
Voyr l'élection célébrer,
Et si ne veul pas escondire
De vostre Évesque consacrer.
Je suis content d'y labourer
Avant quatre jours & demy,
Et s'en rien vous puis honnorer,
Vous me trouverez bon amy.
Quand Lengres est de ma province
L'une des plus nobles citez,
Il seroit bon que je survinsse
A toutes ses nécessitez.
Item, je scay les volontez
Des gens d'église & des bourgeoys,
Pourtant, Messeigneurs, ne doublez
Je vous serviray ceste foys.
Lengres est lustre lumineux,
Louange, lyesse louable,
Lieu limitté, laborieux,
Longue latitude légale,
Roche resplandissant, réale,
Reigle, repoz, riche ressort,
Redondant richesse régale,
Ray rendant rayant reconfort.
— 35
Je scay bien que c'est ung lieu fort,
Triumphant entre les humains,
Ayant jadiz paix & accord
Au noltle sénat des Romains.
Quant César fit les failz haultnins
Parmy les régions gallicques,
ïousiours furent bons <k certiiins
Les chevalereux Lingonicques.
Puis doncq qu'ung lieu si sumptucnh
Me semont, requiert & incite
D'ung vouloir franc &. curieulx,
C'est raison que je le visite ;
Car qui personne desconfite
Peult remectre en convalescence.
Je croy qu'il acquiert grant mérite
Vers la divine Providence.
Mes amys, ayez confidence
En Dieu qui toute chose ordonne,
Et quant à moy je m'abandonne
D'aller partout où vous irez.
Dijonnoiz.
l'ai et es le bref.
L'Arcevf.sque.
Quant vous vouldrez.
Le premier Borgeoys.
Très révérend père & seigneur,
Puisque vous faictes cest honneur
De promectre que vous viendrez,
Faictes le bref.
L'Arcevesque.
Quand vous vouldrez.
36 —
Le second Borgeoys.
Le terme <(ui est assigné
Dedans huit jours sera fine,
Pourtanl ce que vous en ferez,
Faictes le bref.
L'Arcevesque.
Quant vous vouldrez.
DlJONNOIZ.
ipprestez vous.
L'Arcevesque.
N'aiez soucy.
L'Auxoiz.
Où sont voz genz?
L'Arcevesque.
Hz sont tous « \
Le second Borgeoys.
Appelez les.
L'Arcevesque.
Tirez vous près.
Le premier Borgeoys
Faictes le bref.
L'Arcevesque.
Quant vous voudrez.
Icy appelle ses gens.
Maistre Jehan, venez çà, venez,
Faictes appoincter ma monture,
Puis une mulle m'amenez,
Ou quelque hobin de nature.
Maistre Jehan, chappelain de l'Arcevesque de Lvoic.
Monseigneur, j'y voys bonne alleure,
Tuntost seront appareillez.
Viens pà, viens, Robin, turelure,
Tes chevaulx sont-ilz estrillez?
Robin, serviteur de l'Arcevesque.
Mes chevaulx sont très bien lyez
Et ont plus de foin que d'avesne.
Maistre Jehan.
Il fault (jirilz soient desliez,
Monseigneur veull qu'on les luv amesne
Celiez, bridez.
Robin.
Voycy grant peine.
Me fault-il aller en voyage?
Si j'eusse au moins la pance plaine
Je feisse mieulx mon personnage.
Maistre Jehan.
As-tu faiz, Robin?
Robin.
Voycy rage.
Ces gens me feront forcener.
Maistre Jehan.
Amainne tost.
Robin.
Suis-je son page!
Je croy qu'il me veult gouverner.
Lors mainne les chevaulx et d'ici Robin :
Tenez.
Maistre Jehan.
Te pourras-tu haster?
Robin.
Haster, sambredieu, je me tue.
Maistre Jehan.
Monseigneur, vous plaist-il monter?
Voicy la monture venue.
Le premier Bourgeoys.
Tire ces chevaulx en la rue,
Ho! maistre Pierre Perrenet.
38
DlJONNOlZ.
Où est mon homme?
PlERRE.
Il sue, il sue.
L'Auxorz.
Tire avant, tire, Symonet.
Symonet.
N'aurons-nous jamais point d'arrest?
Pierre.
Pourrons-nous point avoir repoz?
Le second Buurgeoys.
Çà, mon cheval!
Pierre.
Il est tout prest.
Symonet dit à Dijonnoiz.
Montez.
Dijonnoiz.
Voicy de bons suppoz.
Le premier Bjodrgeoys.
Voicy de bons vuydeurs de poz.
L'Ai xoiz.
Comme ilz servent, on les pairra.
Pierre.
Toutesfoys à nostre propoz
La vache Berthier s'en viendra.
Ilz montent.
L'Arcevesqde.
Qui est-ce qui nous conduyia?
Dijonnoiz.
Nous sçavons le chemyn trustons
Le PREMIEfl Bourgeois
I iraj le premier mii vouldra.
— 39 —
L'Arcevesque.
Or allez, je me fie en vous.
Lors s'en revont pas à pas el pais le Doyen d'ici :
Le Doyen.
Dieu, qui en croix morut pour nous,
Veulle adresser nostre ambassade
Et garder dessus & dessoubz
D'avoir chose qui ne soit fade.
Le Trésorier.
S'il y a personne malade,
Jliésu Crist le veulle saulver,
Et que tout sain sans estre fade
Puisse ung chascun d'eulx retourner.
Tonxoirroiz.
Affin c[ue puissions démener
A bon chief nostre élection,
Dieu dohit qu'ilz puissent ramener
Le noble seigneur de Lyon.
Barroiz.
Quant à moy mon oppinion
Se est que tout présentement
Nous mectons en dévoeion.
Priant pour eulx dévotement.
Bassigny.
Nompas pour ce!a seulement
Convient grâce à Dieu demander,
Mais aussy pour plus sainctement
A l'élection procéder.
Le Chantre.
Nous devons prier et orer
La glorieuse Trinité,
Affin (pie puissions labourer
A pourvoir la noble Cité.
- 10
Il PREMIER GhANOISNI
Dieu exaulce par sa bonté
Les dévoz humbles oc dobtis,
Car il nous a dit : Petite
l-.i tandem acçipietis.
Le second Chanoisne.
Le Psalmiste, par -es escriptz,
Nous a de beaulx consors donnez,
Quant il dict que les cueurs contritz
No sont point de Dieu contempnez.
Le Secrétaire.
Si vérité vous maintenez
El raison conduit voslre affaire,
Vous debvez estre acertenez
Qu'en rien vous ne povez meffaire
Le Doyen.
Mais qu'il ne vous vucille desplaire,
Moy qui liens le lieu cappital,
! ne oroison veul à Dieu faire
Au nom du Chappitre total.
Icij se mcct à genoulx et tout le Chappitre pareillement et
}oindent leurs mains, puis die) le Doyen :
Le Doyen.
<> rédempteur de tout le genre humain,
Qui terre <-v ciel gouverne sonbz ta main,
Par providence & régime ineffable,
Et qui jadis au prophète haultain
Vos inspirer maint proverbe certain
Pour nous donner espoir doulz c\ affable.
Tourne vers nous la face piléable,
Regarde nous de ion cueur amyable,
A relie lin que sans difficulté
Puissions avoir ung Évesque notable.
— M —
Plaisant à toy, ;m monde prouffitable,
Plain de vertus, de sens lv de bonté
0 Vierge qui avez pourté
Celuy qui tout peult ravoyer,
Suppliez à la Trinité
Que grâce nous vueille envoyer.
Le Secrétaire.
Amen! Dieu le vueille ouctroyer!
La Vierge Marie.
Pitié, la vertu très bénisgne
Qui pénètre cueurs amoureulx,
Me rends secourable à. encline
De pryer pour les langoureulx.
Si viens à toy, Roy glorieulx,
Faire ma déprécacion,
Afïïn que les cueurs douloureulx
Reçoivent consolacion.
0 divine essence,
Haulte intelligence,
Digne sapience,
Des bons la desserte,
La large influence
De ta providence,
Car bénévolance,
Soit icy ouverte.
Lengres, la cité désolée,
Te requiert, en humilité,
Qu'elle puist estre consolée
Par ta doulce bénignité.
Pourvoye à la nécessité,
A son prouffîct, à toi) honneur,
Et luy baille homme d'équité
Pour Évesque & pour gouverneur.
l»n:i .
Ma doulceur à mansuétude,
Mil compassion & concorde,
Resveillent ma consuétude
Pour leur faire miséricorde
Gomme vostre oroison recorde.
Ils sont doulx, craintis 6c paoureulx,
Pourtant, Mère, je vous accorde
Ce «nie demandez [tour eulx.
J'accepte leur bonne oroison
Et la vostre pareillement.
Si me semble que c'est raison
Que je leur donne allégement.
Je les pourvoi/ présentement
D'ung Évesque sans point damer.
Didier aura nom proprement,
Natif de Gennes sur la mer.
J'esliz souvent les plus petiz
l'our vaincre la force mondaine,
Je déprime les plus soubtilz,
Les innocens vers moy j'ammainne,
La très ponpeuse Magdelainne
J'abaissay en plaintes & pleurs,
Les pescheurs de pouvre dommainne
Feiz apostres & grans seigneurs.
Didier est simple laboureur,
Net de cueur à de conscience,
Pourtant je veuil qu'il ait l'honneur
De Lengres, cité d'excellence,
El combien qu'il n'ai! pas science.
Ne littérale instruction.
Je luv donray sens & prudence
Par divine inspiracion.
— 43 —
Gabriel, force archangélicque,
Mon vouloir exécuterez.
Quant du clergé scientilicque
La congrégation verrez.
Premièrement escouterez
Leur demande oc pétition,
Et puis Didier leur nommerez
l'ai saincte révélation.
Gabriel.
0 haulte domination,
Incircumscripte Déité,
J'appliqueray l'intention
A faire vostre volenté.
Le Fol.
Voylà doulcement quaqueté.
Dieu comme il y fait précieulx!
Qui sont ces petiz roupieux
Qui ont elles comme coulons'.'
Sont-ce point ces blancs papillons
Quy chemynent sur des eschasses ?
Ils sont revestus de besasses
De tel couleur qu'on fait les brayes
Je vous dys paroles plus vrayes
Que n'est le livre des quelongnes ;
Croyez qu'il y a des besongnes
Et des mots mistigorieux,
Si très fort mistigorieux,
Qu'on n'y entend la belle notte.
l'ourlant si je porte marotte,
Je ne suis pas sot assoit é.
Toutesfoys qui a tangue cotte
Il ru est plus souvaut crotté,
— 44 —
I, ij les ambassadeurs approchent Lengres ci In voijeni,
L'ARCEVESQUE DE LYON.
Je croj que je voy la cité
De Lengres qui est hault assise.
DlJONNOIZ.
Voylà le lieu d'antiquité,
Les tours, les portes <k l'église.
L'Arcevesque.
L'édiflice est sur roche bise.
L'Auxoiz.
Mont seroit fort à conquester.
Le premier Bourgeovs
11 n'a garde du vent de bise
Tant sache rudement venter.
îcy ceulx du Chappilre voyait venir les ambassadeurs cl puh
d'ut le Doyen :
Le Doyen.
.Ir croy que je voy aborders
\<>z gens qui viennent de Lyon.
Le Trésorier.
Aluns vers eulx sans plus tarder
Leur rendre salulacion.
TONIS'OIRROIZ.
Il faull que nous humilion.
Bassigny.
C'est bien dit, allons plus avant.
Barroiz.
El fussions nous ung million,
Si fault-il aller au devant.
Lors s'approchent.
Le Chantre.
Parlez comme le plus sçavant,
\ oyla l'Arcevesque au mylieu.
— 45 —
Le Doyen.
0 très révérend père en Dieu,
Jhésu Crist vous mecte en sa gloire !
Le Trésorier.
Bien, puissiez venir en ce lieu!
0 très révérend père en Dieu.
L'Arcevesque.
Messeigneurs, d'ung cuéur humble & preuj
Je viens veoir vostre territoire.
TONNOIRROIZ.
0 très révérend père en Dieu,
Jhésu Crist vous mecte en sa gloire!
Le Doyen.
Sans parler de plus longue histoire,
Monseigneur, vous plaist-il descendre".''
L'Arcevesque.
Descendre fault, il est notoire.
Ça, Robin, vien ce cheval prandre.
// descend.
Le Trésorier.
S'il vous plaist à nous condescendre,
Au Chappitre vous conduyrons.
L'Arcevesque.
Or y alons sans plus actendre
Voir comment nous besongnerons.
Lors les dianitez maintient V Arccvcsque en chappitre et les
attitrés descendent, et dict
DlJONNOIZ.
Il convient que nous descendons.
L'Auxoiz.
Ho! Symonet, pren ce trottier.
Le premier Chanoisne.
Messeigneurs, nous vous attendons
Pour aller ensemble au mouslier.
il. -
Le premier Bourgeois.
l'i.MTo!
Pierre,
Holà!
hy les nul 1res descendent.
Le premier Bourgeots.
Il fault logier
Noz rhovaulx bien légièremenl.
Pierre.
Tout à loisir.
Le second BouRgeoys.
Légiër! légièr!
Fault-il aler si pesamment.
Le Secrétaire.
Symonet, losgez proprement
Tous les chevaulx de Monseigneur
Et qu'ilz ne boyvent nullement
Tant qu'ilz soyent hors de sueur.
Symonet.
Beau sire, n'en ayez jà peur,
Sçay-jé pas bien que j'ay à faire.
Le Secrétaire.
Déaj'en parle pour nostre honneur.
Symonet.
Adieu, monseigneur le notaire
.Mais regardez quel secrétaire
Qui se veult de mon fait mesler!
Le Secrétaire.
Pourquoy non?
Symonet.
Bien, vous pouvez taire.
Le Secrétaire.
Aussi en puis-je bien parler.
- n —
Le SECOND (llLVNOISNE.
Messeigneurs, il est temps d'aller
En chappitre voir nostre Fait.
DlJONNOIZ.
Avant qu'on nous vienne appeller,
Allons j .
L'Auxoiz.
Ce sera bien fait.
Lors s'en vont en Chappitre après les anltrcs.
Robin.
Venez ça, Pierre & Symonet,
Je vous festyay à Lyon.
Pierre.
Et puis?
Robin.
Je vous le dict tout net.
Symonet
Dieux! mais pour quelle occasion?
Robin.
Se tu fusses bon compaignon,
Tu deusses avoir maintenant
Beaulx pâtés, trippes &. roignon.
Et de bon vin à l'advenant,
Symonet.
Ha! je sçay. . .
Robin.
Quoy?
Symonet.
Ung vin triant.
Robin.
Mais de quel creu?
Symonet.
De Montsaujon.
— 48
[\OBlNi
De quel couleur?
Symonet.
Rouge lv rayant.
Robin.
Bon.
Symonet.
Bon & fut-il de Dijon?. . .
ROBIN.
Il convient que nous en taston.
Symonet.
Je t'en donne ung pot tout entier.
ROBIN
(Test très bien dit. Or, nous hastons.
Symonet.
Tantost mais qu'on soit au moustier.
L'Arcevesque de Lyon, assh en Chappitre, dut :
Messeigneûrs quej'ayme & très chier,
Ainsy comme je suis tenu,
Vous m'avez envoyé sercher.
Pourtant suis à Lengres venu.
S'il y a rien, gros ou menu,
En quoy je vous puisse servir,
Déclairez moy le contenu
Car ad ce me veul asservir.
Le Doyen.
Monseigneur, sachez, sans mentir,
Que depuis certain temps passé,
Par mort qui tout fait départir,
L'Évesque Juste est trespassé.
( ir, est ce Chappitre amassé
Allin qu'élection se face.
Dieu qui le monde compassé,
V veulle pourvoir par sa grâce!
- 49 —
Si avons ceste audace priuse
De vostre personne inviter,
Supplyant qu'à ceste entreprinse
Veullez seulement assister,
Premièrement, pour nous donner
Conseil, confort, direction;
Secondement, pour ordonner
L'estat de nostre élection.
L'Arcevesque.
Vous avez bonne intencion,
Corne je puis apparcevoir.
Dieu veulle vostre affection
Aggréablement recepvoir!
Mais vous sçavez que pour porvoir
A si notable dignité,
Ung électeur ne doit avoir
Amour ne favorablelé.
Qui esse qui ose aprocher
De si digne vocacion,
Quant Sainct Marc voull son doy trancher,
Affin qu'il n'eust prélacion?
Les hystoires font mencion
Qu'Ammonius fit par rigueur
De son oreille incision
Pour éviter si grant honneur.
Sainct Pol nous dict, en ses épistres
Où maint mystère est révellé,
Que nul ne doit appeler mittres,
S'il n'est corne Aaron appelle ;
Et combien qu'il ait récité
Qu'on peult désirer prélature,
Il n'entend pas l'auctorité,
Mais le soing, la charge & la cure.
50 —
Si la chose est tant difRcille
Pour laquelle nous labourons,
Qui esse qui sera habille,
Qui esse que nous eslirons?
Je vous diray que nous ferons
Pour abolir dubiété :
En tout nous en rapporterons
A la divine volonté.
En négoce dubitatif,
On doit recourir franchement
Vers le hault bien infinitif,
C'est Dieu qui tit le firmament.
Le Trésorier.
Vous en parlez tant prudamment,
Qu'on ne pourroit mieulx ce me semble.
DlJONNOIZ.
Vous monstrez bien évidamment
Qu'en vous toute vertu s'assemble.
L'Arcevesque
Pourtant concludz que tous ensemble,
Sans discorde ou division,
Vers celluy soubz qui enfer tramble,
Nous mettons en dévotion,
Chascun face pétition
Par humilité actuelle,
Et ce pour invocation
De la grâce spirituelle.
TONNOIRROIZ.
Vous nous baillez doctrine beHe,
Benoist soit-il qui la croira!
Barrotz.
Pour impétrer i;râce nouvelle,
Vous mois baillez doctrine belle!
— :>i —
L'ÀRCEVESQl E.
Dieu par sa pitié sollennelie,
S'il luv plaît nous regarder;).
L'Auxoiz.
Vous nous baillez doctrine belle,
Benoist soil-il qui la croyra !
Bassigny.
Chascun son oroison fera.
Le Chantre.
Chascun crira à Dieu marcy.
Le premier Chanoisnk.
Qui esse qui commencera?
Le second Chanoisne.
Qui? Déa Monseigneur que voycy.
L'Arcevesque.
Très bien!
Le Doyen.
11 se doit faire ainsy.
Demandons de Dieu les vertuz.
Et puis nous chanterons aussy
Veni, Creator Spiritus.
L'Arcevesque ue Lyon, à genoulx.
0 vray rédempteur d'Israël!
0 vray espoir de Mysaèl!
Où Jaèl
Print sa force & son asseurance ;
Qui enlumynas Danyel,
David, Moyse, Ezéchyel,
Samuel,
Et plusieurs de ton accointante ;
Nous avons en toy espérance,
Pourtant requérons ta puissance,
Par instance,
(> vray rédempteur d'Israël!
i ;i\ nous <i unii prélat démonlrance,
Qui face y, par bonne ordonnance.
Ta plaisanee,
0 \ia\ espoir <le Mysaël !
Le Doyen, à genonlx.
0 souverain triumphateur,
De toute gloire infinité,
Donne nous ung saige pasteur
Oui soit prudent dispensateur
Des fruitz d'ieelle dignité,
Ou qui gouverne la Cité,
Par police & bonne conduicte,
Selon seigneur madgnye duytte.
Le Trésorier, àqenanlx.
Mon Dieu! j'eslève à toy les yeulx
Par doulce contemplation,
Requérant que de tes sainclz cieulx,
Veulle pourvoir de bien en mieulx
Nostre estât & vocation.
Exaulse mon oracion,
Non obstant que suis délinqueur;
Bon vouloir procède du cueur.
Dijonnoiz, à (fcnonlx.
0 paternelle Déyté,
Qui tout peulx & sçayz ordonner,
Lengres, ayant perplexité
Et vivant en viduité,
Ne veulle pas habandonner,
Mais te plaise jiMsteur donner
Oui la puist garder de meschief;
Membres ne vaillent riens sans cbief.
TONNOIRROIZ, à getioxilx.
Impérateur très glorieulx,
Plus cler que saphiz ne rubiz,
Donne nous prélat curieulx
D'envahyr les loups Curieulx
Qui sont plus durs que mabre biz.
Regarde en pitié tes brebiz,
Et leur envoyé ung deflètiscur;
Troupeau sans berger n'est pas seur.
Bakroiz, à genoulx
0 déificque Celsitude,
Régnant au hault ciel stellifère,
Par ta saincte béatitude,
Pour guérir nostre amaritnde,
Prélat propice nous confère.
Plus ne tarde, plus ne diffère,
Mon Dieu, mon père omnipotent;
Car trop ennuyé qui atant.
L'Auxoiz, à genoulx.
Divinité inmarcessibie,
Trésor de toute sapience,
Relucence incompréhensible,
Donne à ma voix, s'il est possible,
Par devant toi clère audience ;
Ne permectz que ma conscience,
Mon exauldicion empesche ;
Il n'est si juste qui ne pèche.
Bassigny, à genoulx.
0 Jhésu Crist, pierre angulaire
Où la foy print fondacidn,
Qui le monde triangulaire
Racheptas de perdicion,
Ueçoy la déprécacion
Que je te présente & recorde,
Et nous donne provision
Par ta saincte miséricorde.
04 —
Le Chantre, à genoulx
Nonobstant que je soye indigne
De In saincte grâce implorer,
Roy îles Roys, Puissance divine,
Je te viens prier <k orer,
Affin que tousiours demeurer
En paix, en amour, en concorde,
l'ny que puissions bien labourer
Par ta saincte miséricorde.
Le Premier Chanoisne, à genoulx
0 Puys de grâce melliflue,*
Sur tous décorant à foyson,
Je t'appelle, je te salue,
Nompas si bien que de raison,
Regarde en pitié ta maison
Qui à Ion service s'accorde,
Et pran en grey notre oroison
Par ta saincte miséricorde.
Le second Chanoisne, à genoulx.
Devant toy nie meetz à genoulx,
Mon Dieu, mon Roy, mon Souvenu,
l 'riant que puissions entre nous
Ceste élection parfournir;
l'a\ ung bon Évesque venir.
Qui vive à Lengres sans discorde,
El le nous veulle maintenir
Par la saincte miséricorde.
L'ÀRCEVESQUE.
Haultain plasmateur,
Digne créateur,
Par qui toute erreur
S'anicbille el l'ont.
Reçoj ta clameur,
Entend la rumeur,
Que du bon du eueui
Tes serviteurs font.
Lors se lèvent.
Puis qu'avons fait noz oroisons,
Il t'ault qu'aultre chose faisons,
Ça, chantez, Domine cantor.
Le Chantre.
Que voulez-vous que nous disons?
L'Arcevesque.
Affin que tout bien perfaçons,
Gommancez : Veni, Creator.
Lors le Chantre commence Peni, Creator et tous se mec-
lent à genonlx, puis Gabriel se trouve au lieu et dict :
Gabriel.
Clergé bon oc eatholicque,
Dévot peuple ecclésiasticque,
Servant Dieu, le souverain Roy,
Entend la voix archangélicque
Que Dieu, de son trosne auctenticque,
Te mande à cesle heure par moy.
Ung Évoque je te révèle
Qui par droit nom Didier s'apelle,
A Gennes fait sa résidence.
Combien qu'à la cherrue belle
Face labour continuelle,
Dieu veult qu'il ait la préférence.
Onques n'estudia science,
Mais Dieu luy donna sapience
Assez pour le peuple informer.
Il plaist à la divine essence
56
Que bref, à toute diligence,
Soit quis à Gennes sur la mer.
Lors s'en rêva subbit après qu'il a parti'.
Admirations soient faicles.
Le Doyen.
Qu'esse là?
L'Arcevesque.
Voix qui est damer.
Le Trésorier.
Quelle \<>i\ ?
L'Arcevesque.
D'exaudicion.
DlJONNOJZ.
Le son est doulx.
L'ARCEVESQUE.
Pas n'est amer
TONNOIRROIZ.
Que faicl-elle?
L'Arcevesque.
Révélacion.
Le Doyen.
Connue quoy?
L'Arcevesque.
Démonstration. . .
Le Trésorier.
h'iing bon prélat. . . .
L'Arcevesque.
Bon & entier.
DlJONNOIZ.
Quel homme?
L'Arcevesque.
De dévocion
— Di —
ToNNOlHKOIZ.
Son nom'?
L'Arcevesque.
Il s'appelle Didier.
Le Doyen.
Bien te debvons regracier,
0 souveraine majesté.
Barroys.
Pour tes haulx dons remarcier,
Bien te debvons regracier.
L'Auxoys.
Trop ne pouvons magnifier
Ta puissance &. bénignité.
Bassigny.
Qui en toy ne se veult fyer,
Il erre contre vérité.
Le Chantre.
Bien te debvons regracier,
0 souveraine majesté.
Le Doyen.
0 vray Dieu, comme ta bonté
Est gracieuse & pitoyable!
Nous estions en perplexité
D'avoir ung Evesque louable,
Mais ta doulceur inestimable,
Ta clémence, ta charité,
A transmis ung ange amyable,
Pour oster la difficulté.
L'Arcevesque.
Seigneurs, vous avez escoutté
La révélation divine.
Si fault aller vers la cité
De Germes, prèz de la marine,
- 58 -
Quérir la personne bénigne
Oui doit estre vostre pasteur.
Barroys.
Quant est de moy, je détermine
D'y aller.
Bassigny.
Et moy de bon cueur.
Le Doyen.
Vous estes deux hommes d'honneur,
Pourtant, je vous donne ma voix.
Barroiz.
11 nous l'ault aussy deux bourgeoys,
Pour mieulx Testât entretenir.
Mais il convient d'aller ainçoys
Sçavoir s'il leur plait de venir.
Le Secrétaire.
Puisque j'entends vostre désir,
Tantost les voys faire monter.
Bassigny.
Suz, Symonet, prans le loysir
De bien noz chevaulx aprester.
Symonet.
J'y voys donc.
BARROIZ
Tu n'as (jue tarder,
Il faut partir légièrement.
Symonet.
N'en parlez plus, je voys brider,
Vous monterez présentement.
Le Secrétaire.
Seigneurs, vous sçavez bien cornent
Dieu nous a prélat révélé,
Qui es! de Gennes proprement,
El par nom Didier appelle.
— .)'.» —
Si ont en uhappitre parlé
De sercher & d'y besongner,
Pourtant ne soit de vous celé,
Si les voulez accompaigner.
Le tiers Bourueov.-.
Puisque Dieu l'a volu noncer
Par ung ange plaisant i.v doulx,
Très bien nous voulons avancer
De le quérir avec vous.
Le Secrétaire.
Mais qui viendra?
Le quart Bourgeoys.
Deux d'entre nous.
Voyre lesquels que vous vouldrez.
Le premier Bourgeoys.
Vous estes le plus fort de tous,
Si conclud moy que vous irez.
Le tiers Bourgeoys.
Et pour compaignqn vous m'aurez,
Je ne quiers qu'aller à l'estrade.
Le quart Bourgeois.
Pierre !
Pierre, varlet
Sire ?
Le quart Borgeoys.
Tire toy près.
Ou tu auras la bastonnade.
Pierre.
Que vous plaist-il?
Le tiers Borgeoys.
Une ambassade
Nous faisons vers les Genevovs.
— 60 —
Donc pour tout refrain de balade
Amainne noz chevaulx.
Pierre.
.l'v voys.
Icy va quérir les chevaulx el Hz monlenl.
Le second Bourgeoys.
Or, mes amys, pour ceste foys
Nous ferez le pèlerinage,
Mais faictes honneur aux bourgeoys.
Le quart Bourgeoys.
Nous y ferons beau vasselage.
Symonet amainne les chevaulx cl dicl :
Symonf.t.
Moulez, vous avez l'avantage,
Car je tien l'estrier d'ung costé.
ToNNOIRROIZ.
Il vous l'ault aussy un message.
Le Messagier.
Voy me cy jà tout apresté.
O) monlenl.
Bassigny.
(là, mes bourgeoys. . . .
Le tiers Bourgeoys.
Je suis monté.
Barroiz.
Tirez avant.
Le tiers Bourgeoys.
Veescy de quoy. .
Le quart Bourgeoys
Déa, rien ne demeure par moy,
Je -ni*- désià imii ;'i cheval
— Cl —
Bassigny.
Or çà, nous sommes en arrov,
Chevauchons à mont & à val.
Le Doyen.
Pour tout vostre cas principal,
Amenez Didier en ce lieu.
Barroiz.
Très bien.
Le Trésorier.
Or, Dieu vous gard de mal!
Bassigny.
A Dieu soyez!
Le Doyen.
Allez, adieu!
Le Foi..
Ces gens icy, par la mort Dieu !
Ne font que culeter la celle.
Je croy qu'ils s'en vont à Pontieu,
Non font, ils vont à la Rochelle.
N'ai-je pas bien sotte cervelle,
De demeurer tousiours aux trippes?
Je n'ay plus de vin que deux pipes.
Par le sacrement de la messe,
Ho! monter fault sur mon ànesse,
Puisque je n'ay aultre monture.
Fy! fy! elle a fait une vesse,
Ou il a icy quelque ordure.
H monte sur Vamc et va après.
Or çà, picquons à l'aventure
Tousiours au long de ceste treille,
Car, soit par force ou par injure,
Je veul conquester. la bouteille.
tri -
Adieu ! adieu! robbe vermeille.
Je voj tout droit à Aigue-Morle.
Mais tout le gosier me tateille
Pour le vin que cesluy-là porte.
Lucifer.
Hompez cahoz, infernale cohorte,
Saillez dehors, wuydez de la tanière,
Axrochez vous par fenestre oc par porte,
Venez bientost sans ordre & sans manière,
Monstrez ici figure paultonnière,
Corps boursouflle, espouvantaible visaige.
Mauldit Satham, qui porte la bannière,
Me laras-tu morir de maie raige!
Satham.
0 Roy régnant en lieu umbragé.
Prince de ténébrosité,
Se vous avez rien en courage,
Qu'il soit tanlost manifesté.
Nous avons treslous infesté
Pays, royaulmes, régions,
Tant que chascun est moleste
Par noz fines temp tarions.
Astaroth.
J'ay semé des divisions
De père à filz, de filz à père,
De nations à nations,
Tanl que c'esl ung grant vitupère.
Léviatham.
J'ay entre compère k commère
Embrasé feu de volupté,
Dont il sordra tel impropère,
Qu'enfer y gainnera planté.
— 63 —
BeLPHÉGOR;
J'ay en tant de pays esté,
Sans sens, sans raison & sans rynie,
J'ay tant soufflé <k tant tempté,
Que je ne sçay dire le disme.
Bélial.
Et quant à moy, je vous intime,
Que par mon pourchaz seulement,
La fornaise de nostre abysme
Reeepvra des gens largement.
Gerbéuus
J'ay gardé enfer seurement
La porte, les clefz, les utvlz,
Affin qu'aucung empesebement
Ne veinst sur noz apatiz.
Lucifer.
Vous comptez à voz appetiz,
Chascun crie qu'il l'a fait belle ;
Mais de Lengres, cuins partiz,
N'en direz vous aultre nouvelle?
Satham.
Nous n'avons pouvoir ni cauthelle
De leur faire turbacion,
Car la Déité paternelle
Les tient en sa protection.
Quant vint à leur élection
Pour faire ung Évesque en leur terre,
Hz eurent révélation
D'ung Didier qu'ilz sont allez querre.
Lucifer.
Filz de putains! Allez grant erre
Empescher leurs dicts & leurs faite,
— Ci —
Ou je \<>us mauraj si graol guerre,
Que vous vouldriez estre deffaitz.
(» quelz gens j'ay!
Sathâh.
Lai/ & mauvays.
Lucifer.
Quelz applicquans?
Satham.
Fiers 6; orribles.
Lucifer !
Quels menestriers?
Satham.
Ors & pugnaiz.
Lucifer.
Quelz ennemys?
Satham.
Très confusibles.
Lucifer
Trouvez tours fins à impossibles,
Alez subtilitez sercher,
Songes, fictions déceptibles,
Pour ceulx de Lengres empescher.
Satham.
Nous irons férir oc toucher,
Si bien que le dyable y courra.
Astaroth.
S'on me debvoi! vif escorcher,
S'iray-je voyr qu'on y fera.
Léviatham.
Qui esse qui nous concluyra?
Lucifer.
S;ithniii
Satham.
Quant à moy, je le veul.
65 —
Belphégor.
Qui esse qui commandera?
Béliai.
Qui esse qui nous conduyra?
Satham.
Je feray tout ce qu'on vouldra
Puisqu'il plait au prince d'orgueil.
Cerbérus.
Qui esse qui nous conduyra?
Lucifer.
Satham.
Satham.
Quant à moy, je le veul.
Et si veul qu'on me crève l'eul
Si je n'empesche par chemyn
Lengroys qui, pour nous faire deul,
S'en vont hroullant le parchemyn.
0 se j'entre en mon avertin
Contre la Cité lingonicque,
Je luy meneray tel hutin
Que dyables en feront la nicque.
Lucifer.
Comment?
Satham.
J'ay ung peuple gothicque,
Alanicque,
Wandalicque,
Terrible, cruel, rigoreulx.
J'ay une nacion inicque,
Paganicque,
Tirannicque,
Que je feray venir contre eulx.
— 66 —
Lucifer.
C'est très bien dict : Soignez soigneux
Qu'en (tcv nous ne perdons rien.
Astaroth.
Nous y allons tous, deux à deux,
Et pensez qu'en chevirons bien.
Léviatham.
Il n'y a se grant terrien
Que je ne mette en désarroy.
Belphégor.
Tu feras ung estron de chien,
J'y feray cent foys pis que toy.
Cerbérus.
J'en osteray hors de la foy
Avant qu'il soit jamais mardi.
Bélial.
Qui ne tramblera devant moy,
II fauldra qu'il soit bien hardi.
Lucifer.
Or, faictes ce que je vous dy.
Astarotii.
Obéyssons à Lucifer.
Satham.
Allons m'en tous à l'estourdy
Faire plus fort que feu d'enfer.
Le Charriujer, compaignon de, Didier, est en ung champ
auprèz de la cherrue el parle à Didier.
Le Charruyer.
Ung chascun debvroit honnorer
Geulx qui bien sçavent labourer
La terre qui porte semence.
- 07 —
Didier.
Laboureur se doit colenter
De son estât, sans appeter
Honneur mondain on excellence.
Le Charruyer.
Qui esse qui baille
Bief, vin & vitaile,
Vivres &. mangeaille,
N'esse pas labeur9
Didier.
Soit froment ou paille,
Soit denier on maille,
Riens n'avons qui vaille,
Sans le Créateur.
Le Charruyer.
Labeur norrit les régions,
Labeur soustient les nacions,
Labeur doit-on magnifyer.
Didier.
Mais Dieu, en qui nous nous fyons,
Car il conduyt noz actions
Et fait le grain fructifyer.
Le Charruyer.
Qui ne semeroit
Ou moissonneroit,
La faim nous feroit
Morir en martire.
Didier.
Qui ne maintiendroit
Labeur en son droit,
Grand mal en viendrait.
— 68 —
Le Charruyer.
Ha! grant mercy, Sire,
N'ay-je pas tousiours oy dire
Que labeur noblesse maintient.
Didier.
Soit en royaulme on en empire,
Labeur tous les estaz soustient.
Le Charruyer,
Par labourer ricbe on devient.
Didier.
Labeur n'est pas cliose meschante.
Le Charruyer.
Chascun en vit.
Didier.
Mais tout en vient.
Le Charruyer.
Vive labeur !
Didier.
Vive qui plante!
Le Charruyer.
Visse pas chose bien plaisante
Que désire aux champs avec ses beufz,
On crye, on huyt, on rit, on chante,
El puis on repose entre deux.
Didier.
Il est tout vray.
Le Charruyer.
Pourtant, je veulx
Noz beufz esteller à sarrer,
Affin cpie ce champ espïneux
Puissions cultiver & arer.
— 69 —
Didier.
À Dieu debvons recommander
Noz euvres et tout nostre affaire,
Aultremenl ne peut amander
Quelque labeur que puissions faire.
Louons sa doulceur débonnaire
Qui donne des biens multitude,
Car rien ne luy peult tant desplaire
Que le vice d'ingratitude.
Le Charruyer.
Troux ! J'ai l'entendement trop rude
De penser à si profond sens,
Quant à moy, voyez mon estude,
Prenez de là.
Didier.
Je m'y consens.
Mais qui chassera?
Le Charruyer.
J'y entends.
Lors Didier prenl les deux manches de la cherruc et son
eompaignon chasse.
Or, cheu! Rogueul & Florentin,
Se de tirer n'estes conlens
Je vous donray ung grant talin.
Cheu! Se j'eusse heu de bon vin,
Le cryer ne ne grevas! rien.
Cheu! Cheu!
Didier.
Je te pry de cueur fin
Que lu chantes.
Le Charruyer.
Je le veul bien.
— ,<l —
/( ii chante.
Or cheu, de pardieu, cheu,
Fromentin & Rogeul,
El Grivel, ce bon beuf.
Esse bien diel ?
Didier.
Encoir ung peu.
Nostre labeur très bien s'avoye.
Lk Charruyer.
Cheu, Rogeul! Se j'eusse repeu,
Je chantasse à trop plus grant joye.
Chançon.
Allez toute la voye,
Que larrons ne vous voye,
Vous enmaineroient à Troye,
Et de Troye à Châlons
Changer à bons Lyons.
Didier.
Dieu sceit cornent nous en allons !
Le Charruyer.
Tout est reversé de ce coultre.
Didier.
Nous faisons ce que nous voulons.
Le Charruyer.
C'esl vray. Cheu, larron, cheu tout oultreJ
Didier.
Se lu scez plus rien, si le monstre.
Le Charruyer.
Comme quoj ?
Didier.
Deux motz de chant on,
- 71 —
Le Charrutek chôme.
Chançon.
De traire vous semon,
De traire vous semon,
Et d'aller au chavon
Teure bonnot faillon.
Ces beufz icy n'yront point, non,
Qu'on leur puist escorchier la pel.
Ha! se nous eussions Charbonnel,
Escurieul, Sergent, Cheneillot,
Grivel, Brevel, Flory, Bizot,
Les beaux beufz que soûlions avoir,
Hz feroienl meilleur debvoir
Que ne fait ce gros Fromentin.
Au fort, il est assez matin,
Jà n'est besoing que nous baston
Didier.
Tu dis bien.
Le Charruyeh.
Laissons ce butin.
Didier.
Reposons-nous.
Le Chaiîruyer.
Mais banquetons.
Lors se reposent et le Charruyer bura et mangera.
Barroiz
Jà longtemps ebevauebé avons
Aux cbemps, sur l'berbe qui est belle.
Et toutesfoys nous ne trouvons
Du bon Didier quelque nouvelle.
Bassigny.
Homme ne voy qui nous révelle
De sa personne aucune chose.
I.K TIERS BOURGEOYS.
Mal fournirons nostre querelle
Si Dieu aultremenl n'en dispose.
Le quart Borgboys.
Quant est de moyje présuppose
Qu'en fin nous sera révélé.
Bassigny.
lion seroit d'icy taire pose
Pour prier Dieu.
Barroiz.
(l'est bien parlé.
Oroison.
Adresse mms, ù saincte Trinité,
Par ta pitié, par ta grâce ineffable,
Enseigne nous Didier doulx & affable,
Pour gouverner ton peuple <k la Cité.
Bassigny.
Nous avons jà maint pays visité
Sans en oyr nouvelle proffitable,
Adresse nous, ô saincte Trinité,
Par ta pitié, par ta grâce ineffable.
Le tiers Bourgeoys.
Puisqu'il a pieu à ta bénignité
Le dénommer pour Évesque notable,
l'ay nous bref voyr sa personne amyable,
Nous t'en prions en toute buinililé.
Le quart Bourgeois.
adresse nous, ô saincte Trinité,
Par la pitié, ) ar la grâce ineffable,
Enseigne nous Didier doulx & affable,
Pour gouverner i<m peuple & la Cité.
— 73 -
Barroys.
Maria, mater gracie,
Du Filz de Dieu récUnatoire,
Maler miser irordie,
Très précieux repositoire,
Coram divina facie,
Impètre nous bon auditoire,
Ul pro Lingonis hodie,
Noslre oroison soit méritoire.
Maria.
Dieu éternel régnant en gloire,
Sans commancement et sans (in,
Je reviens à ton consistoire,
D'un cueur humble, dévot & fin.
Ton chier amy, ton ehier affin,
Didier est jà beaucop serché,
Mon Dieu, fay qu'on le trouve aflin
Qu'il puist gouverner l'Evesché.
On va partout voir,
On le fait quérir,
On fait bon debvoir
De toy requérir,
Chascun a désir
De le voir en face.
Par ton saincl plaisir
Permect qu'il se face.
Deus.
Bien est décent que je perlasse
L'œuvre que j'ay fait entamer,
Arrousant du trésor de grâce
Tous ceulx qui me veullen! ayiïier.
Pourtant vers Gennes sur la mer,
Didier sera trouvé briefment,
— 74 -
Pour la vérité confirmer
De l'angélicque commandement.
El pour ce que d'umble couraige
Refusera la dignité,
Disant qu'il n'est ne clerc, ne saige,
Pour gouverner telle cité.
Je luy feray la volonté
Muer par fail miraculeux.
Kl sera tout réconforté,
Voyanl les signes merveilleux.
Michael, archange amyable,
Qui les cueurs sçavez introduyre,
Comme léal & serviable,
Vous yrez ceste œuvre conduyre,
El ferez miracles produyre
Par mon nom invisible & fort,
Affin que Didier aille duyre
Tous ceulx de Lengres à bon port.
MlCUAEL.
() vraj secours & réconfort
De ceulx que péchié fait douloir,
Je vois faire tout mon effort
D'accomplir vostre sainct vouloir.
Didier.
Déa, il ne fault pas tousiours soir
El estre oyseulx sans labourer,
Pourtant en attendant le soir
Encoir ung peu nous fault arer.
Oyseuse fait moût à blasmer
Et si navre la eonscience,
Mais 'm ne sçauroif extimer
Le bien que c est de diligence
- 75 —
Le Charruyer.
Diligence"? Quant bien j'y pense,
11 est fol qui d'euvrer se tue.
Didier.
Mais est fol qui n'a patience,
Quelque chose qu'on en argue.
Le Charruyer.
Je tiendray donc la eherrue,
Car j'ay intencion de faire
Une roye aussi loing qu'on rue.
Didier.
Je chasseray pour vous complaire.
Lors commenceront à labourer.
Barroiz.
Pour demander de nostre affaire,
Quant à moy, je conseilleroye
De nous approcher &. retraire
Vers ceulx là qui font ceste roye.
Bassigny.
Alons m'en vers eulx droicte voye.
Le tiers Bourgeoys.
Alons, rien ne nous peult grever,
Au moins enquerrons-nous la voye
Où nous puissions Didier trouver.
Le Charruyer.
Didier, faicles ces beufz tirer.
Barroiz.
Escoutez! Qu'esse qu'il appelle?
Le Charruyer.
Ce champ est fort à labourer,
Didier, faictes ces beufz tirer.
Bassigny.
11 l'ait bon en Dieu espérer
— 76 —
Le quart Bourgeoys.
Pourquoy?
Bassigky.
Vecv lionne nouvelle.
Le Charruyer.
Didier, faictes ces beufz tirer.
Le tiers Bourgeoys.
Escoutez! Qu'esse qu'il appelle?
Le quart Bourgeoys.
Par la digne Vierge pucelle,
Je croy qu'il a nommé Didier.
Bassigny.
Déclairons leur nostre querelle,
Sçavoir s'ils nous pourront aider.
Barroiz.
Dieu vous gard', mon amy très chier!
Le Charruryer.
Monseigneur, Dieu vous doint santé!
Didier.
Seigneur, que venez vous sercher?
Bassigny.
Dieu vous gard', mon amy très chier!
Quoyque qous voyez aproucher,
Ce n'esl que pour toute bonté.
Le tiers Borgeoys.
Dieu vous gard', mon amy très chier!
Didier.
Monseigneur, Dieu vous doint santé!
Barroys
Lequel esse qui a parlé
Quanl nous estions vers ce pignon ?
Le Charruyer.
C'est moy.
Bassigny.
Qu'avez vous appelé?
Le Charruyer.
Qui, déa! Didier, mon compagnon.
Barroiz
Didier?
Le Charruyer.
Didier.
Bassigny.
Esse son nom?
Didier.
Ouy, c'est mon nom.
Barroiz.
Pour certain?
Didier.
Je n"en ay point d'aultre.
Bassigny.
Non ?
Didier.
Non.
Barroiz.
Loué soit le Dieu souverain!
Bassigny.
Dictes, s'il vous plaist, tout à plain,
Où vous preistes nativité?
Didier.
Pourquoy?
Bassigny.
Pour mistère haultain.
Didier.
Je suis de Gennes, la cité.
Hic desccndnn t
— 78 —
Barroiz;.
Notez icj la vérité
De l'ange remply de douleeur,
Car par luy nous fut récité
Didier, de Gcnnes laboureur.
Le tiers Bourgeoys.
Loué soit le doulx Rédempteur,
Qui souffrit au mont de Calvaire!
Bassigny.
Loué soil le doulx Créateur,
Quant ses merveilles nous déclaire !
Le quart Bourgeoys.
Lengres, tu dois grant joye faire
El louer Dieu dévotement.
Didier.
Mais qu'il ne vous vuelle desplaire,
Dictes nous pourquoy ne comment ?
Barroiz.
Vous le scaurez.
Didier.
Quant'?
Barroiz.
Prestement.
Didier.
Aultre chose je ne désire.
Le tiers Bourgeoys.
Déclairez luy tout plainnement.
Barroiz.
Luy direz-vous?
Bassigny.
Mais vous, beau Sire
— 79 —
Barroiz,
Dieu qui triumphe en hault empire,
Des désolés Consolateur,
Par miracle nous a fait dire
Que vous serez noslre Pasteur.
Didier.
Quel Pasteur?
Bassigny.
Évesque & Seigneur
De Lengres, cité noble à voir.
Didier.
Certes, vous n'avez point d'honneur
De moy farcer.
Le tiers Bourgeoys.
Il dit tout voir.
Barroiz.
L'Ange nous a fait asçavoir
Que vous aviez la prélature.
Didier.
Comment? Je n'ay quelque sçavoir
De science ne d'escripture.
Bassigny.
Jhésu Crist, qui tout bien procure
Vous donra bonne instruction.
Didier.
N'en parlez plus, car je n'ay cure
D'ouyr ceste dérision.
Barroiz.
Nous heusmes révélacion
De la divine providence,
Comment, par inspiration,
Vous cosnoistriez tonte science.
— . 80 —
Didier.
Je n'en voj aucune apparance.
Bassigny.
S] a Dieu promis qu'il se face.
Didier.
Je cuide par ma conscience
Que vous raillez.
Barroiz.
Sauf vostre grâce.
Didier.
lia! venez-vous en ceste place
Pour vus mocquer ainsi de moy!
Barroiz.
Jamais je ne voye Dieu en lace
S'il n'est tout vray!
DlDIElî.
Pas ne vous croy.
Bassigny.
Didier, je vous jure ma foy
Que vous nous estes ordonné,
El pour saincl Evesque nommé
Par révélacion divine.
Didier.
Moy?
Bassigny.
Voire.
Didier.
Je n'en suis pas digne.
Barroiz.
Nous fûmes vers vous envoyez,
Si convient que Prélal soyez
— Si —
Pour donner au peuple doctrine.
Didier.
Moy?
Barroiz.
Voire.
Didier.
Je n'en suis pas digne.
Bassigny.
Il plait à Dieu que vous venez
Et que son peuple gouvernez,
Donnant aux âmes médecine.
Didier.
Moy?
Voire.
Bassigny.
Didier.
Je n'en suis pas digne.
Barroiz.
Je vous requiers, par amour fine,
Que la dignité veuillez prandre.
Didier.
Si je n'apperçoy aullre signe,
Vous estes bien fols d'y contandre.
Pensez-vous que je puisse entendre
Qu'un bovier qui n'a rien du sien
Et qui oncques ne sceut apprendre,
Peult devenir à si hault bien ?
Bassigny.
Ouy, certes.
Didier.
Je n'en croy rien.
.Ne mon cueur n'v consentira
82 —
i .mi que l'esguillon que je lieii
Ton! soudainement florira.
bon se treuve l'Ange au lieu ci louche l'esguillon qui
subit produict feuilles et /leurs,
Barroiz.
Vecy merveilles !
Bassigny.
Qu'esse la?
Didier.
C'est mon esguillon qui llorit.
Le TIERS BOURGEOYS.
\l)(|ll('l llOlllt ?
Barroiz.
Deçà & delà.
Le tiers Bourgeoys.
Vescy merveilles !
Le quart Bourgeoys.
Qu'esse là?
Bassigny.
Oncques mieulx couleurs ne mesla
Nature qui les fleurs nourrit.
Le quart Bourgeoys.
Vecy merveilles!
Le tiers Bourgeoys.
Qu'esse là ?
Didier.
C'est mon esguillon qui llorit.
Le tiers Bourgeoys.
Qui florit?
Barroiz.
Tout vert.
Le tiers Bourgeoys.
Quant ?
Bassigny.
Subit.
- 8.'} -
Le quart Bourgeoys.
(annulent ?
Barroiz.
Par miracle évidant,
Affin qu'il change son habit
Et soit prélat saige & prudent.
Le quart Bourgeoys.
C'est vray.
Bassigny.
Il dit premièrement
Que la dignité refusoit
Si, tantost & souldainement,
Son esguillon ne florissoit.
Mais Dieu, qui les pécheurs reçoit,
Luy donne rainceaulx sumptueulx,
Tellement que chascun perçoit
Le fait digne &. miraculeulx.
Barroiz.
Dieu éternel & glorieux,
Impétrateur victorieux ,
Délicieux
Et précieux,
Bien te debvons louange rendre,
Quant, pour tes servanz gracieux,
Tu monstres effects vertueux,
Si curieux
Et merveilleux,
Qu'ilz ne les sçauroit comprandre.
Bassigny.
Didier, or povez bien entendre
Qu'il plait au benoît Créateur
Que vous venez, sans plus attendre,
Vers Lengres pour estre Pasteur.
— 8i —
Didier.
Ces (leurs icy me l'ont tout seur
De la divine volenté,
El pourtant, en toute doukeur,
.l'ir.iN à Lengres, la cité.
Barroiz.
Louée en soit la Trinité!
Nous avons fait ung l>on voyaige.
LE TIERS BotJRGEOYS.
Dieu nous conduyt.
Le quart Bourgeois.
C'est vérité.
Didier.
Louée en soit la Trinité!
Bassigny.
Noblement avons prouflité.
Barroiz.
Oncques ne fut meilleur messaige.
Bassigny.
Louée en soit la Trinité!
Nous avons fait ung bon voyaige -
Barroiz.
Devestez ce meschant bagaige,
Si vestirez ceste veslure
Qui inieiilx affiert à personnaige
Digne de tenir prélature.
Didier.
Me fault-il changer ma nature?
Bassigny.
Guy déa, vous la changerez.
Lors hosle les habis de laboureur et vesl longue robe et
chapperon.
— 85 —
El se vecy gente monture
Sur laquelle vous monterez.
Le Charuuyer.
Où esse que vous enmenrez
Mon léal compagnon Didier?
Barroiz.
Mon amy, plus ne le verrez.
Le Charruyek.
.le le cuyde.
Barroiz.
Tout sans cuyder.
Le Charruyer.
Hélas! me voulez-vous laisser
Didier, mon amy?
Didier.
Il le l'ault.
Le Charruyer.
Pourquoy ?
Didier.
Dieu me veult avancer,
Et loger en estât plus hault.
Le Charruyer.
Or, voy-je bien qu'il ne vous chault
Ne de labourer, ne d'arer,
Mais me laissez icy au chault,
Tout seulel pour moy esgarer.
Didier.
Il n'est nul qui puist rebeller
Contre Dieu, le souverain Roy;
\il s'il nous fait désasambler
C'est pour le mieulx, comme je croy.
- 80 —
Mes beufz, mon Irain cv. mon charroy,
Je vous laisse pour souvenance.
Labourez à la bonne foy,
Vous aurez biens en habundance.
Le Ghareuyer.
Perdrai-je doue vostre présence?
Didier.
11 faull que je parte de vous.
Le Charruyer.
Hélas!
DiDIER.
Prenez patience!
Le Charruyer.
Adieu'
DlDIEH.
Adieu, mon amy doulx!
Hic ascendunl et vaduni.
Barroiz.
Seigneur Didier, départons nous
Si lai-sous ceste région.
Didier.
Soûl vus gens montés?
Bassïgny.
OlIY, loilS.
Didier.
Or, Dieu nous gard' d'affliction!
Le tiers Bourgeoys.
Joyeusement nous en alons
En tirant vers noslre habitation.
Le quart Bourgeoys.
Nqus pourterons cesl esguillon
Pour dire à noz gens le miracle.
Le Fol.
Je viens d'espionner le tryacle
Sur la place de Maul Conseil,
Mais j'y ay fait un tel meracle
Qu'onques ne fut trouvé pareil.
J'ay fait la lune & le souleil
Descendre à terre, sans poulain,
Pour combattre contre ung villa in
Remply, je vous dy, de potaige,
Qui avoit emblé ung fromaige
Chieu une femme de brebis ;
Mais il est les genoulx fourbis,
Par Nostre-Dame, d'ung baston,
Et s'y perdit ung boqueton
D'ung drap, mon amy, d'Abeville.
Ha! madamoiselle Poslille,
Vous soyez la très bien trouvée.
Que de folz! J'en voy plus de mille.
N'esse pas trop belle couvée?
Barroiz.
Nous aproucbons nostre contrée,
Si croy que nous ferions que saige
De faire asçavoir nostre entrée
A Lengres par ung seur messaige.
Bon Pas, messagier.
Pour passer subit ung passaige
Il n'y a que moy.
Bassigny.
Dis-tu voir?
Le Messagier.
Je feray très bien ce voyaige.
Bassigny.
Va leur doncques faire sçavoir.
88 —
Le Messagier.
Je l'erav si très bon debvoir
Que chascun s'en appercevra.
Adieu, adieu, je m'en vois voir
S'a Lengres oh me recepvra.
Le Doyen.
Je ne sçay s'a pièce viendra
L'Archidiacre du Barroiz
Qui seiche Didier par delà,
Sur le pays des Geuevoiz.
Le Trésorier.
11 y a je crois plus d'ung mois
Qu'il debvoit icy retourner,
Luy, Dassigny <k les bourgeois.
Dieu les vueille bref ramener!
DlJONNOIZ.
On ne scet qu'on doit rencontrer
Quant on part de sa nacion.
Tonnoikroiz.
Dieu tout seul peult administrer
Et fournir à l'inlencion.
L'Aixoys.
H me vient en advision
Que bref nous en ouïrons nouvelles.
Le Chantre.
Ef je suis bien d'oppinion
Qu'ils perfourniront au libelle.
Bon Pas, messagier.
.le voy Lengres, la cité belle,
Sur la haulte monlaignc assise,
•le vois la clouson soltenneUe,
Je voj messeigneurs de l'Église,
— 89 —
Puis que suis sur la roche bize
Approuchant ce lieu montaigneux,
Trop plus subit que vent de bise,
Je m'en vois abourder à eulx .
Lors salue Chapphre.
Celluy qui les cueurs langoureux
Fait respirer joyeusement,
Vous doint tout plaisir savoureux
En lieu de tristesse & tonnent.
Le Doyen.
Messagier, comment va, comment?
Où sont noz gens? Viennent-ils pas?
Bon Pas.
Vous les verrez prochainement.
Dijonnoiz.
De vray?
Bon Pas, messagier.
Ils chevauchent bon pas,
Et combien qu'ils soyent tous las,
Si vous pryent ils de bon cueur,
Que vous menez chière &. soûlas,
Car ils amainnent leur Pasteur.
Le Trésorier.
Qui? Didier?
Bon Pas.
Soyez en tout sceur,
Il sera bref en ceste place.
Tonnoirroiz.
Loué en soit nostre Seigneur
Qui nous fait ceste belle grâce
Bon Pas.
Pour beau parler, ne pour menasse,
Jamais ne l'eussiez impétré,
— 90 —
Si Dieu, par divin efficace,
N'y eus( beau miracle monstre.
L'Auxoiz.
Quel miracle?
Bon Pas, messagier.
Sa volenté
Ne consentait aucunement
A recepvoir la dignité,
Mais la relu soit plainnement,
Disant je n'y croy aultrement
Si cest esguillon en ma main
Ne gecte fleurs habundamment.
L'Auxoiz.
Et puis?
Bon Pas, messagier.
Il Ilourist tout à plain.
Le Doyen.
0 miracle digne & haultain,
0 divine Bénignité,
Qui te sert peult estre certain
De venir à félicité.
Le Trésorier.
Seigneur, on vous a récité
Que brefnostre Pasteur avons,
Pourtanl il est nécessité
D'envoyer quérir les Barons.
Le Doyen.
C'est bien dict. Nous leur manderons
Qu'ils viennent faire leur debvoir,
Ou qu'ils picquenl des espérons
Pour nostre Évesque recepvoir.
- 91 —
Messagier, il vous fault avoir
Encoires ceste renverdye.
Le JVIessagier.
Il me fauldra doncques sçavoir
Que vous voulez que je leur dye.
Le Doyen.
Vous leur direz qu'on leur supplye
Qu'ils aillent, comme il appartient,
Au devant de la compaignie
Qui d'estrainge pays revient.
Le Messagier.
Mais qui sont-ils?
Le Doyen.
Sçavoir comment
De chascun le nom & l'ostel.
L'un est celluy qui Grancey tient,
L'autre est seigneur de Trischatel,
Le tiers, Choiseul, fort & isnel,
Le quart, Vergy, de noble affaire.
Alez, dictes leur bien & bel
Ce que sçavez qu'il est de faire.
Le Messagier.
Adieu! pas ne suis fol, ignaire,
Qu'il faille tant admonester,
Mais pour garir mon luminaire,
Il me fault premier banqueter.
// boyl el s'en va.
L'Arceyesque de Lyon.
Seigneurs, bien debvez sans cesser
Marcier la bonté divine,
Qui bref vous fera possesser
De Didier, personne bénigne.
— U-2 —
Combien que louange condigne
Nul ne rend à Dieu cy aval,
Si est-il ingrat & indigne,
Qui n'en tait son tlebvoir loyal.
Le Chantre.
Prélat avons espécial
Par saincle révélacion,
Et pourtant c'est le principal
De louer Dieu sans fiction.
DlJONNOIZ.
En totale dévocion
Pourra vivre le populaire,
Puisqu'il aura la vision
D'ung bon myroir à exemplaire.
Bon Pas, le messagier.
.le voy le notable repaire
Où les Barons sont au destin vl,
CCst raison que je leur déclaire
La cause qui cy me conduyt,
li il salue les Barons.
Dieu qui fit le jour 6c la nuyt.
Gard' de mal toute la noblesse,
Et s'il y a riens qui lui nuyt,
Convertir le veuille en lyesse!
Le Seigneur de Grancey.
Messagier, Dieu qui tout adresse,
Vous doint plaisir, soûlas ckjoye!
Le Seigneur de Vergy.
Bien soiez venu.
(iiu.M i:\ .
Mais qui esse
Qui par devei - nous mois envoyé?
— 93 —
Ijon Pas.
Lengres où a des biens monjoye,
Tant l'Église que les bourgeoys,
M'ont fait chemyner ceste voye
Pour trouver vos maintiens courtoys,
Car Dieu, par angélicque voix,
Ung très sainct Évesque leur donne,
Si vous prient cent mil foiz
Que vous honnorez sa personne.
Le Seigneur de Ciioiseul.
Quant est de moy, je m'abandonne
D'en faire ce que je pourray.
Le Seigneur de Trichastel.
Pour luy montrer volonté bonne,
Prestement me disposer ay.
Vergier.
Et moy pas ne reposeray,
Puisque chascun se boute avant.
Le Messagier.
Très bien, je vous conseillera}-.
Grancey.
Comment?
Le Messagier.
Vous irez au devant.
Ils approcbent dès maintenant
Ce quartier & sont traveillez,
Pourtant sera bien advenant
Qu'à l'encontre vous en allez.
Grancey.
Très saigement vous conseillez.
Vergier.
Il sera fait, plus n'en parlons.
— 04
Nuit nu/. Chevauh appareillez,
Ho, compaignons !
L'Archier.
Nous y allons.
Le Coustillier.
Que voulez-vous que nous façons?
Choiseul.
Faictes lost noz chevaulx venir.
Le Crenequinier.
Celions, bridons.
Lk COULEVRINIER.
Menons, chassons
L'Archier.
Il failli incontinent partir.
Le Messagier.
Plus ne me puys icy tenir,
Congé prans de vostre présence.
Icy monte a cheval.
Trichastel.
Adieu, jusques au revenir.
Choiseul.
Alez, nous ferons diligence.
Grancey.
Chevauchons en noble apparence.
Vergier.
Pensez que nul ne se faindra.
Trichastel.
Le bon Pasteur plain de clémence,
Je croy voulontiers vous verra.
Le Fol.
On dit que Polens in terra,
C esl à dire ung potier de terre,
Il sera forl qui me tiendra,
- 95 —
vu je deviens homme de guerre ;
Entre midi &. Angleterre,
Depuis bise jusqu'à la mer,
Je feray tant de gens armer
Qu'il fauldra que de groses glaces
On aille forger des cuyrasses
Sur une enclume de frommaige,
A donc ira l'homme saulvaige
Sur Margne bainner & pescher,
Pour ce qu'ung boiteulx qui fait rage
Vient au moustier par le clocher.
Grancey.
Je croy que je voy approcher
Nostre Evesque &. sa compaignie.
Choiseul.
Il se fault doncques despescher
De saluer sa seignorie.
Vergier.
Où est-il?
Choiseul.
Là.
Vergier.
Ce n'est-il mye ?
Choiseul.
Si est, par le Dieu qui me fit.
Vergier.
Parlons tous.
Trichastel.
Par saincte Marie!
Si l'ung de nous parle, il suffit.
Lors saluent Didier.
% —
Grancey.
Révérend Père en Jhésu (Irist,
Que long temps de voir appetons,
De bouche, nompas par escript,
Cueur, corps &. biens vous présentons
Barroiz.
Monseigneur, ce sont les Barons
Qui vous font humble révérence.
Didier.
Jhésu Crist que nous adorons,
Leur rende leur bénévolence,
Combien qu'ilz sont gens d'excellence,
Puisqu'à moy se montrent courtoys,
S'il plaist à la divine essance,
Je leur revauldray quelquefois.
Ciioiseul.
Celluy qui pendit en la croix
Vous doint sa grâce & son confort !
Didier.
Amen!
Bassigny.
Monseigneur du Barroiz,
Faictes nos gens aler plus fort.
Barroiz.
Arrivés sommes à bon port.
Didier.
Dictes-vous?
Barroiz.
Ouy, Dieu mercy!
Car je voy les tours à. le fort
De la Cité.
Didier.
Où ?
Barikuz.
Ves les i \ .
— 91 —
Le Bailli de Lengres.
Il ne fault pas mectre en obly
D'aler au devant de noz gens.
Le premier Bourgeoys.
Certes, monseigneur le Bailly,
A cela serons diligens.
Le Père Valier.
Déa, Messeigneurs, soyez contens
Que j'y aille quant vous irez.
Le second Bourgeoys.
Il est heure comme j'entends,
Car ils sont icy au plus prèz.
Le Bailli,
Or alons m'en quant vous vouldrez.
Le premier Bourgeoys.
Ves les cy tous auprès de nous.
Le second Bourgeoys.
Monseigneur, vous commancerez
La parole pour nous trestous.
laj vont au devant à la porte.
Didier.
Ça, descendons.
Bassigny.
Le voulez-vous?
Didier.
,1e cuide que c'est le meilleur.
Pierre, varlet.
A pied, Symon.
Symonet.
Mais toy peu doulx.
Pierre.
Quel peu doulx?
Symonet
Tu n'es c'un broylleur.
- 98 —
Lors <<)//.) de /« Ville saluent les aullres a la porte.
Le Bailly.
Révérend Seigneur,
Plain de tout honneur,
Dieu vous doint santé!
Didier.
Dieu tiengne en valeur,
Sans quelque maleur,
Vous & la Cité!
Le premier Bourgeoys.
Chascun fait en soy
Chière <k noble arroy,
Pour vostre venue.
Didier.
Je croy que par moy
La divine loy
Sera maintenue.
Le Père Valier,
Nous vous actendons,
Nous vous demandons
Pour estre Pasteur.
Didier.
Ensemble vyvrons,
Et bien servirons
Nostre Créateur.
Le second Bourgeoys.
Monseigneur, je sçay
Que faisant l'essay,
Bons nous trouverez.
Didier.
Quant au lieu seray,
Tellement feray,
Que mieul.v en vauldrez.
— 99 -
Barroiz.
Or, cheminons quant vous vouldrez.
Didier.
Quant est de moy, j'en suis content.
Le Bailly.
De vous haster très bien ferez,
Car en Chappitre on vous atent.
Lors vont en Chappitre ci Barroiz fait la salutation,
Barroiz.
Le Créateur omnipotent,
Qui tout voyt, tout scet tk entend,
Vous doint céleste mansion!
L'Arcevesque.
Vostre joyeux advènement
Nous donne resjouyssement,
Plaisir &. consolacion.
Didier.,
Le hault plasmateur de ce monde
Vous doint volonté pure & monde
Pour venir au bien perdurable!
Le Doyen.
Seigneur Didier où grâce babunde,
Vostre fasse, vostre facunde,
Nous rend lyesse inestimable.
BaSSIGNY.
Nous venons de loingtain voyaige
Et amenons le personnaige
Pour lequel fumes envoyez.
Le Trésorier.
Vostre entendement bon et saige
Bien a parfurny son messaige
Et pourtant bien venuz soyez.
— 100 —
Barroiz.
Si convient-il que vous ouyez,
Quant au pays dont nous venons.
Comment nous sommes employez
Vers Didier que cy amenons.
Puisque compte rendre debvons
Par amour & douleeur paisible,
Je diray ce que fait avons
Au moins mal que sera possible.
Premier, nous trouvasmes aux champs
Didier auprès de sa cherrue,
Et son compaignon qui beaux champs
Chantoit illec sur arbe drue.
La dignité noble & ardue
Fut lors à Didier présentée,
Mais par rigueur ferme & esgue,
Totalement fut refusée.
Puis luy conlasmes 'comment Dieu,
Au jour de nostre élection,
Avoit envoyé en ce lieu
Divine révélacion,
Faisant dénominacion
Du nom de Didier proprement,
Pourtant avions commission
De le sercher diligemment.
A donc nous dit que jà n'auroil
Ne dignitez, ne grans honneurs,
Tant que son Itaston floriroit,
Qui lors rendit feuilles & fleurs.
Et afin qu'en soyez plus sceurs,
Vecy l'esguillon auctentique,
Pour témoigner devant plusieurs
Ce miracle tivs magnifique.
— 101 —
Veu le miracle, il fit d'accord
De l'Évesché prandre & tenir,
Et partir, sans plus de discord,
Pour avecques nous icy venir.
Ainsi avons nostre désir,
Grâce à Dieu qui lors fit vertu ;
Pourtant, ce c'est vostre plaisir,
Ordonnez qu'il soit revestu.
L'Arcevesque.
Vous soyez le très bien venu
En vostre notable Cité.
Le Doyen.
Ce peuple est à vous bien tenu.
Le Trésorier.
Vous soyez le très bien venu.
Didier.
Quant le miracle est survenu,
Tantost je me suis acquité.
Dijonnoiz .
Vous soyez le très bien venu
En vostre notable Cité.
Didier.
Pour vous dire la vérité
Du cas de ma vocation,
J'ay tousiours laboureur esté
Sans quelconque promocion.
Je n'ay nulle introduction
Es ars n'en science parfaite,
Synon par l'inspiracion
Que Dieu puis naguères m'a (aide.
102 —
il m a pourveu de sapience
Pour le bien du mal discerner,
Il m'a donné sens & science
Pour le beau peuple gouverner.
Dieu peult toute grâce donner,
Nil que suis improperat,
Mais pour les cœurs endoctriner,
Spirilus ubi vult spiral.
L'Esperit sainct qui par mesure
Tous lions cueurs dévols enlumine,
M'a l'ait entendre l'escripture
Donnant catholique doctrine.
Et combien que ne suis pas digne
De prélature ou d'excellence,
S'il plait à la bonté divine,
J'acquiteray ma conscience.
Ornison.
Pourtant te prie de rechief,
Mon Dieu, mon Père créateur,
Fais que je puis estre bon cbief
A ce peuple k saige pasteur,
Et que te servions de bon cueur,
Fuyans de tous vices la sente,
Aflin «pie régnons à honeur,
Lassuz en gloire permanante.
Le Doyen.
Archiepiscopo luquitur.
Il convient que sans plus d'atente
Le beau mistère expédions,
Pourtant mectez y vostre entente.
Monseigneur, nous vous en pryonsi
— 103 —
L'Arcevesque.
Avez-vous préparacions
De gracieux habillements?
Le Trésorier.
Veci diverses porcions
De joyaulx <k de vestements.
Le Chantre.
Veci des habits qui sont gents
Et bien plies a petiz plis.
L'Arcevesque.
Or, soyez doncques diligens
De luy vestir ce beau surplis.
En vestanl le surplis, dicl :
Seigneur Didier, mon amy doulx.
Ce beau surplis bien actincté
Si représente, quant à vous,
Toute ignorance & purité.
A rAmiji.
Par l'amyt est représenté
Le bon régime & bon usaige,
De penser à utilitey,
Répudiant maulvais lengaige.
A l'aulbe.
Apres l'amyt vous fault avoir
L'aulbe blanche qui signifye
Que debvons faire tout debvoir
De mener chaste et bonne vye.
A la sainclure.
La saincture qui estjolye
Dénote la repression
De luxure ou d'aultre folie
Qui maine à fornication.
— 104 -
Au manipule.
Ce manuple vous veul baillier
Qui a signifiance telle
Que tousiours debvez batailler
Contre temptacion mortelle.
A Vesiolle.
El après ceste estoille belle
Vous baillera l'intelligence
Qu'à Dieu ne soyez point rebelle,
Mais gardez saincte obédience.
A la chappe.
Aussi vous fault vestir la chappe
Qui vous semont à toute instance
De garder que ne vous eschappe
La vertu de persévérance.
A la croce.
La croce a grant signifiance ;
Ça ce boult note auctorité,
L'autre d'en hault fait desmonstrance
De doulceur et de charité.
On poignit le pécheur cruel
Du boult d'embas qui point & picque,
C'est le glaive espirituel,
C'est censure ecclésiastique.
Mais vescy le boult autentique
Duquel on retire et racorde
Le transgresseur de voye oblicque,
Pour luy faire miséricorde.
Ung juge forment se déçoit
Qui pugnit comme à la vouléc,
Car il fault que justice soit
De doulceur confite &. meslér.
- 105 -
La rigueur est représentée
Du bot picquant comme l'espine;
Miséricorde est dénotée
Par le boult d'en hault qui s'incline.
A l'anel.
L'anel, de fin or précieulx,
Sur tout vous enseigne & advise
Que vous debvez estre amoureulx
De vostre espouse saincte Eglise.
Mais par la figure précise
Qu'on dit de circulacion,
J'entends qu'en vous doit estre assise
Lumière de perfection.
A la myle.
Puis le myte qui se remployé
En deux parties, bien & beau,
Veult de sçavoir on employé
Le testament viel & nouveau.
A la première longe.
La dextre longe ou le lambeau,
Qui se monstre en belle apparence,
Commande que soubz tel fardeau
Le Pas'.eur face diligence.
A la seconde longe de la myle.
L'autre longe, qui fait la paire,
Pendant en manière de getz,
Yeult que monstrez bon exemplaire
Au peuple & à tous vos subjetz.
Ainsy, mon amy, vous avez
De vostre état la cognoissance ;
Selon Dieu valez &. vivez,
Je vous en baille la puissance.
— 106
Didier.
Puisque j'aj plaine joyssance
De la tirs noble dignité,
Je veul acomplir en substance
Tons les pointz qu'avez récité.
Dion, de sa très large bonté,
M'a inspiré tous les motiz
Pour maintenir en unité
Ung & aultres, grans à petiz.
Oroisorii
0 Dieu qui nous es pourvoyant,
Voyant nostre misère humaine*
Mainne ma vie maintenant
Tenant ce périlleux domaine.
Matin tk. soir vanité mondaine
Mondainnement les cueurs enlasse
En lace d'orgueil incertaine
Certaine de mort qui tout casse.
Quelque chose que l'homme face,
La mort suit tousiours pas à pas,
Qui les jours abrège à efface,
Combien qu'il ne s'en doubte pas,
Pourtant je me veul, par compas,
Gouverner sans personne offandre,
Affin qu'au jour de mon trespas
Je puisse à Dieu bon compte randre.
0 Divinité non scrutable,
Siipience incompréhensible,
0 Divinité non scrutable,
Tu veulx que j'aye lieu notable,
Qui n'est pas à tous accessible.
Ta puissance tenue cv estable
10*1
Me rend de science capable.
Expert, imbus oc .susceptible.
Et droit canon très profitable.
Puisque rien ne t'est impossible,
Nommer puis ton nom délectable.
Sapience incompréhensible.
0 vous, Seigneurs plains de noblesse,
D'honneur &. de magnificence,
Qui de vostre bénigne humblesse
M'avez fait notable assistance,
Selon ma simple intelligence,
Je rends grâce <x louange à tous,
Protestant sur ma conscience
De prier .Ihésu Grist pour vous.
Grancey.
Il ne fault jà parler de nous,
Nostre assistance est bien petite.
Choiseul.
Monseigneur & mon amy doulx,
Il ne fault jà parler de nous.
Trichastel.
Nous voulons, dessus & dessoubz,
Faire tout ce qui est licite.
Vergier.
Il ne fault jà parler de nous,
Nostre assistance est très petite.
Didier.
C'est raison que je me délicte
De marcier ces gens d'eslitte
Qui m'ont montré leur bon couraige,
Et au surplus que je proffitte
- 108 —
\t>i> tous & que les cueurs incite,
Tant par euvre que par langaige.
Lors Didier se va seoir en ung sièç/e paré.
Le Père Valier.
Valier, mon iilz, tu es en aige
Pour bien servir & bien aprendre,
Mais on ne peult devenir saige
Sans soing & diligence prandre.
Valier.
Mon père, je ne veul contendre
Qu'à science &. vertuz avoir,
Car on peult juger &. entendre
Que sçavoir passe tout avoir.
Le Père Valier.
Mon filz, tu doys aussy sçavoir
Que pour venir à sauvement
Il convient faire son debvoir
De servir Dieu dévotement.
Valier.
Mon père, j'entends clerement
Que sans la divine ordonnance
La créature aucunement
N'a sens, ne vertu, ne puissance.
Le Père Valier.
Vs-tu bien cesle cognoissance?
Valier.
Quant est de moy ainsy le croy.
Le Père Valier.
Tu me cause une asseurance
D'espérer quelque bien de toj
109 —
Valier.
Pourtant, mon père, logez moy
Où j'aprandray bien & honneur.
Le Père Valier.
Mon fils, viens t'en avecque moy,
Je te manray vers mon seigneur.
Le Fol.
Pour mieulx tenter la sueur,
Il me fault ung manteau de glace.
On dit que je suis bon joueur
Aux tables & à la lymace,
Mais il n'est point telle grimace
Que de voir jouer aux échaz,
Ce semblent avoir peliz chatz
Quy t rotent parmy ung grenier.
Vesla ung preud'homme mugnier
Qui me regarde à grant merveille,
Toutesfoys il n'a q'une oreille,
Je ne sçay d'où cela luy vient.
Ho! j'y ai pensé. Il convient
Qu'il soit trop sainct ou trop preud'homme,
Chascun dit qu'il est notable homme,
Et qu'il ne prant que par raison,
Combien qu'à petite achoison,
Comme l'on dit communément :
Uug gros loup estrangle ung oyson.
Ne le pensez point auîtrement.
Le Père Valier.
Celluy qui fit le firmament,
Monseigneur, vous veulle garder!
Didier.
Vivre vous face sainctement
Celluy qui lit le firmament!
— i 10 —
Qui vous mainne?
Le Péri: Valier.
Certainement
Vous le sçaurez sans plus garder !
Valier.
Celluy qui lit le firmament,
Monseigneur, vous veulle garder!
Le Père Valier.
lion espoir me fuit aborder
Vers vostre donlceur débonnaire,
Priant (pie vouliez acorder
La requeste que vous vien taire.
Didier.
Se la chose ne peut desplaire
A Dieu, mon benoist créateur,
Pour vous obéyr &. complaire,
Je l'accorderay de bon cueur.
Le Père Valier.
.le vous supply, humble Pasteur,
Que mon fils vouliez retenir,
Et comme bon maistre à docteur,
L'enseigner ix entretenir.
Didier.
S'il veult mon conseil maintenir.
S'il veult aprandre mieulx valoir,
\ hault bien le feray venir.
Valier.
Monseigneur, j'ay très bon vouloir.
Didier.
Voulez-vous quelque bien sçavoir?
Valier.
\ultie chose je ne désire.
— lit —
Didier.
Voulez-vous servir?
Valier.
Oui, voir,
Didier.
Je vous retien.
Le Père Valier.
Grand mercy, Sire.
Didier.
En meurs je vous veut introduire
Comme il est loysible &. décent.
Le Père Valier.
Veullez le en tout honneur conduyre,
Quar des Patrices il descend
Et est noble.
Didier .
Pour noblement
Vivre selon Dieu & droicture,
Monstrer lui veul premièrement
Les poinctz de la saincte escripture.
Le Père Valier.
Il est d'assez bonne nature.
Didier.
Il me souflit, plus n'en parlez.
Le Père Valier.
Je le laisse soubz vostre cure.
Adieu, Monseigneur.
Didier.
Or, alez.
Le Père s'en va en son siège.
— H2 -
Valier, mon Gis, si vous vouiez
Venir à grant perfection,
Convient que vous ne vous meslez
De vilaine occupacion.
Aymez par bonne affection
Dieu qui est le souverain Roy,
Ainsy aurez fondacion
Ou principe de nostre foy.
Puis avez ung commandemant
Quant aux prochains, grans ou petis,
Lequel vous dit expressemant :
Ut invicem diligatis,
Dcimi ceduh: colatis,
Nec non proximos amaie,
In ht s fhiobiis mandate
Pendel lex nique prophète.
De cueur, de force & de courage
Faut servir Dieu qui fit la mer,
A son prochain, non faire oultrage,
Mais comme soy-mesmes l'aymer ;
Et afin de sçavoir mener
Saincte vye, plus ardamment,
Est bon d'aprandre <k rumyner
Le viel & nouveau testament.
En viel testament nous avons
Pentateuchen, la loi anticque,
Puis aultre dignité trouvons
Sacerdotale oc prophéticque,
Idem, la loy évangélicque,
Le nouveau nous mect en escript,
Pour fonder le bon catbolicque
Kn la doctrine, Jhésu Crist,
— 113 —
Sachez que l'escripture saincte
C'est comme ung champ large à notable,
Sur quoy mainte fleur y a paincle,
Qui porte bon fruit délectable,
Ou c'est comme la haulte table,
Plus odorant que le fin balme,
Rendant viande profïitable
Qui assuffit le corps & l'âme.
Et pourtant, mon beau fils, Valier,
A l'estude vous esbatez,
Et comme vaillant chevalier,
Contre les vices combattez,
Occiosité reboutez,
Car c'est de tous maulx la norrice.
Valier.
De mon fait point ne vous doublez.
Didier.
Pourquoy?
Valier.
Je veul laisser tout vice,
Puisque suis en vostre service.
Pour vivre selon charité,
Tous les sentiers de vanité
J'esloingneray de point en point,
Et seray dévot.
Didier.
Dieu le doint !
Valier.
Pour acquicler ma conscience,
Je garderay obédience,
Et si ne vous desdiray point
Quoiqu'il adviengne.
Didier.
Dieu le doint!
— 114 —
Y.YLIKK.
Quelque chose que dye ou face,
Je veul révérer vostre face,
Car vraye amour à vous nie joinct,
Sans jamais partir.
Didier.
Dieu le doinl!
Valier.
J'entends à bien.
Didier.
A bien viendrez.
Yalier.
J'ay bon vouloir.
Didier.
Persévérez.
Valier.
Dieu me conduit.
Didier.
C'est vostre adjoinct.
Valier.
Je veul bien faire.
Didier.
Dieu le doint!
Valier.
Si Dieu de vous ne me desjoinct,
Incessamment me conduyrez.
Didier.
S'ainsy est, par moi vous serez
Iîien bref en dignité assiz.
Valier.
Du grant honneur que vous m'offrez
Je vous rend cent mil marcv.
— 115 —
Honorius, Empereur de Homme esl assiz en son trosne,
accompagné du Consul et du Tribun, cl d'ici ce qui s'ensuyt.
Honorius, Empereur de Romme.
Sur les Romains les roys furent desmis
Et non admis pour Tarquin l'orgueilleux,
Lorsque Brutus, à tous vices submiz,
Premier comiz au consulaige mis,
En ses amis, fit des caz merveilleux.
Consules preux, fors & victorieux,
Furent soigneux de la chose publicque
Tant que César print honneur monarchicque.
Lors eut auditoire,
Lors tint consistoire
Bruyt impératoire,
Puissance robuste,
Puiz revint en gloire,
Partout territoire,
Nom qui bruyt encore
Qu'on appelle Auguste.
Après Auguste Octavian
Fut empereur Tiberius,
Claude, Néron, Domitien,
Galba, Titus, Vitellius,
Trajan, Commodus, Décius,
Et plusieurs que je laisse à dire,
Auxquels, moy dit Honorius,
Je succède quant à l'empire.
Quant à l'empire je succède
Par noble généracion,
Si veul que nul ne me précède
En vertuz & dévocion,
— H6 —
Pourtant est mon inteneion
D'envoyer par l'orbe romain
Des yens de grant discrécion
Pour tout gouverner soubz ma main.
0 Consul très sage & prudent,
El vous Tribun de noble affaire,
Donnez-moi conseil évident,
Déterminant qu'il est de faire.
Lk Consul.
iNoble Empereur, vray examplaire
D'honneur oc de magnificence,
J'en parleray, pour vous complaire,
Selon ma simple intelligence.
Lk Tridun.
Auguste de grant excellence,
ïriumphe de nobilité,
Je mectray toute diligence
A vous dire la vérité.
Le Consul.
Comme vous avez récité
Par succincte narracion,
Il est bien de nécessité
De mectre en tout provision,
Si suis de cesle opinion
Qu'il fault envoyer gens notables
Dessuz chascune région
De tous les climat? habitables.
Théodosius, voslre père,
A qui Dieu veulle saulver l'âme,
Et Archadius, voslre frère,
Qui gist maintenant soubz la lame,
— 117 —
Ont bien gouverné le royaulme
L'empire, les citez, les lieux,
Pourtant seroit à vous grant blasme
Se ne faisiez de bien en mieulx.
Le Tribun.
Vers vous chascun licve les yeulx,
Vers vous tout homme tend les mains,
Si debvez estre doubz &. preux
Plus que nul prince des Piomains.
Mais pour les courages haultains
Des ennemys faire ployer,
Il convient es pays loingtains
Bon cappitaines envoyer.
Et pour éviter accident,
Guerre, noise ou contencion,
Premier vous fault vers Occident
Mectre garde &. provision,
Pour maintenir en union
Toute la région gallicque,
De la mer du Septentrion
Jusques à la mer hispanicque.
Honorius, Empereur.
Nommez moy quelque homme auctenticque
Pour y aller.
Le Consul.
Marianus.
Honorius.
Pour garder la chose publicque,
Nommez moy quelque homme auctenticque.
Le Tribun.
Vostre belle terre italicque
A des gens preuz s'il en est nuls.
— 118 —
HONORIUS.
Nommez moi quelque homme autencticque
Pour y aller.
Le Tribun.
Marianus.
Pour gendarmes gros à menuz
Régir comme triumphateur,
N'avez outre voz chiers tenuz
Que Marien le cénaleur.
Le Consul.
Il est très hardi combateur,
Abateur,
Débateur,
Rebouteur
De toute inimitié romainne.
Le Tribun.
11 est vaillant exécuteur,
Conducteur,
Déducteur,
Vray tuteur
De vostre impérial domaine.
Honorius.
Je commande qu'on le m'ammaine,
Puisqu'il est tel.
Le Consul.
N'en doublez rien.
Le Tribun.
Suz, messagier, cours d'une alainne
Quérir le puissant Marien.
Diligent, messagier romain.
Puisqu'il plait au haull terrien,
Je m'en voys l'aire le message.
— 110 —
Le Consul.
Dis luy . . .
Diligent, messagier romain.
Ho! je vous entends bien.
Pensez que je suiz homme sage.
C'est ung eénateur de bon aage,
Homme pardieu de grant value.
Je voy désià son personnage,
Si convient cpie je le salue.
Dieu tout puissant qui fit la nue
Vous doint ce que le cueur désire!
Marianus, eénateur.
Couvrez, couvrez la teste nue,
Puis direz ce que vouldrez dire.
Diligent, messagier romain.
Honorais qui tient l'empire,
Vous mande espécialement,
Tout de bouche sans riens escripre,
Que venez à luy prestement.
Marianus.
Louange au Roy du firmament,
Louange au haultain Plasmateur,
Quand l'Empereur présentement
Me daigne faire ceste honneur!
Où sont mes soudars?
Le premiek Soudart.
Monseigneur.
Marianus.
Escoutez que je vous diray.
Le second Soudart.
Se vous avez riens sur le cueur,
Dictes, je vous escouteray.
— 120 —
Le premier Souldart.
Et moy je vous obéyray
Comme a son seigneur on doit faire.
Marianus
Très bien; or, je vous conteray
Ung bien petit de mon affaire.
L'Empereur, doulx <k débonnaire,
Me mande, je ne sçay pourquoy ;
Si est licite <k nécessaire
Que vous venez avecque moy.
Y viendrez vous?
Le premier Souldart.
Faire le doy.
Commandez, je seray tout prest.
Marianus.
Et vous ?
Le Second Souldart.
Je vous jure ma foy
Que j'iray aussy s'il vous plaist.
Marianus.
Je ne veul sergent ne varlet.
Le premier Souldart.
Il souffit.
Marianus.
Grant compaignie me desplait.
Le second Souldart.
Aussy en vient-il peu proffit.
Lors s'en vont vers l'Empereur.
Le Fol.
Sçavez-vous que Jehan d'Humés fit
En revenant de Montlandon,
Il trouva du sucre confit
Qu'on appelle dyamerdon.
— 124 —
Hélas! Dieu pardoint à Bordon!
Il buvoit bien devant mangier.
Je dis Bordon, le messagier,
Déa affin que vous l'entendez.
Actendez, ma mye, actendez,
Ne courez plus, il est estainct.
Galant, vous avez tout atainct,
Car je vous ay vu au plus bas
Bouler la main jusques au cabas,
Par le pertuys du coutillon.
Je m'en vois jouster sur ung bas
Contre Godefroy de Billon.
Marianus salue l'Empereur.
Honneur & exaltacion
Vous acroisse Dieu tout parfait!
Honorius.
Mais vous ouctroyt pour porcion,
Honneur & exaltacion!
Marianus.
A vostre dominacion
Me viens présenter.
Honorius.
C'est bien fait.
Le premier Souldart.
Honneur . . .
Le second Souldart.
Et exaltacion
Vous acroisse Dieu tout parfait !
Honorius.
Vous estes homme de grand fait,
0 Marien, nostre espérance,
Ce noble empire est tout refait
Par vostre bon sens & vaillance,
— 122 —
Mais pource qu'en toute asscuranco
Voulons Galles tousiours garder,
Nous vous baillerons grant puissance
Pour illec aller présider.
En Arles pourrez résider
Tour disposer de voz affaires,
Puis niectre gens pour regarder
S'il survient aucuns adversaires.
Nous vous baillons légionnaires,
Enffans de pied, centurions,
Tireurs de canons de Yeuglaires
Qui vaillent hardis champions.
Je sçay bien que long temps y a
Que les barbares nacions
Partirent hors de Sitbia
Pour venir en noz régions.
Goths, Hunes & Wandres félons
Tirent désià vers Occident,
Pourtant décernons & voulons
Que soiez illec Président.
Marianus.
Je vous remnrrye humblement
De l'honneur que me présentez.
Honorius.
L'acceptez-vous ?
Marianus.
Certainement.
Je vous remareye humblement.
Honorius.
Si vous faictes honnestement
Vous aurez de grant dignitez.
— lc23 —
Marianus.
Je vous remarcye humblement
De l'honneur que me présentez.
Honorius.
Ungr légionnaire prenez
Avec centurion notable,
Puis des enffans de pied menez
Pour soutenir guerre importable.
Le Légionnaire.
Impérateur inestimable,
J'iray avec lui volontier,
Et s'il y a peuple indomable,
Nouz le mectrons en bon sentier.
Le Centurion.
S'il y a riens à besongner,
Je seray prompt & diligent,
Et sy ayme mieulx à gaignier
Honneur que mil marcs d'argent.
Marianus.
Sommes nous pretz ?
Le Légionnaire.
Totalement.
Marianus.
Nous fault-il rien?
Le Centurion.
N'escut ne lance.
Marianus.
Partirons-nous?
Le Légionnaire.
Légièrement.
Mariannus.
Avons nous gens?
Le Centurion.
A grant puissance.
— 124 —
Mariannus.
Or ça doncques que chascun s'avance
De charger armes & bagaiges.
Le Centurion.
Je seray premier en la dance,
Voyre sans guières de languaige.
Le Légionnaire.
Par le corps de my je gaige
Que j'y gaigneray du butin.
Le premier Souldart.
A déa s'il y a du pillaige
Nous y ferons quelque butin.
Le second Souldart.
Se je treuve payen matin,
Je suis homme pour le mater.
Le premier Souldart.
S'ilz ne se lièrent bien ma' in
Crois qu'on les yra visiter.
Maria nnus.
Mes amys, il nous fault aller
En Galle, forte à armative,
Nous ne pouvons plus reculer,
Car la besongne est fort hastive.
Lors prenl concjc de VEmpereur.
Adieu, puissance impératrice!
Je prans congé de voslre court.
Le Légionnaire.
Puisque c'est la déffinitrice,
Adieu, puissance impératrice!
Le Centurion.
Adieu, Homme suppellalricc
Dont toute noblesse décourt!
— 125 —
Le premier Solldart.
Adieu, puissance impératrice !
Marianus.
Je prans congé de votre court.
Hûnorius.
Maiien, pour vous dire court,
Se besongnez à mon optât
Et Dieu me préserve & secourt,
Je vous mectray en hault estât.
Or, vous en allez à l'esbat,
Mes beaulx enffans & mes amys,
Et ne pensez à nul débat,
Synon aux mortels ennemys.
Lors s'en vont.
Le Fol.
Je viens de combatre aux formis
Auprèz de la roche Sainct Gille,
Mais ilz m'ont presque à terre mis.
Pour aussy vray que l'évangille,
Ung hom qui n'a ne croix, ne pille,
Ne bled, ne vin, ne vestement,
Il dort beaucoup plus seurement
Que s'il avoit cent mil mars.
Il court maintenant largement
De ces grans plumes de coquars,
Mais s'on ne les vend que deux quars.
En despit de maistre enfumé,
Avant qu'il soit le mois de mars
Je veul estre tout remplumé.
Ne sera-ce pas bien frimé
D'avoir la teste & les habits
Plus veluz qu'ung coq desplumé?
Ce sera bien fait en gros bis.
— 120 —
Marden.
Loué soit Dieu de paradiz!
.Nous voyous Arles la cité.
Le Légionnaire.
Vees cy uiig pays qui jailiz
Estoit de grant auctorité.
Mariants.
L'impériale Majesté
M'y commect par sa courtoisie,
Pourtant l'ault, eu grant gravité,
Saluer cesle bourgeoisie.
Lors descend.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Je voy moût belle compaignie,
Bien empoint & bien décorée.
Le second Bourgeoys d'Arles.
C'est une bataille garnye
Oui descend en ceste contrée.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
J'ay paour que nous n'ayons meslée.
Le second Bourgeoys d'Arles.
Us viennent vers nous droitte voye.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Nous actendrons cy l'assemblée.
Le second Bourgeoys d'Arles.
C'est tout le plus seur que j'y voye.
Mariai salue aulx d'Arles.
Marien.
Seigneurs Bourgeoys, Dieu vous doinl joye!
Le second Bourgeoys d'Arles.
Monseigneur, Dieu vous doint santé !
- 1-27 —
Le Légionnaire.
D'argent puissiez avoir montjoye!
Le Centurion.
Seigneurs Bourgeoys, Dieu vous doint joye!
Le second Bourgeoys d'Arles.
Qui esse qui cy vous envoyé?
Marianus.
L'Empereur.
Le Légionnaire.
Il dit vérité.
Marianus.
Seigneurs Bourgeoys, Dieu vous doint joye !
Le second Bourgeoys d'Arles.
Monseigneur, Dieu vous doint santé !
Marianus.
Celluy qui tient la dignité
D'Orient jusque en Occidant,
Honorius, plain de bonté,
M'a commis icy Président,
Et veul qu'en Arles nommément
Je préside en trosne d'honneur,
Pour Galles tenir seurement
Encontre mortelle fureur.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Puisqu'il plaist au hault Empereur,
Il appartient bien qu'il se face.
Le second Bourgeoys d'Arles.
Nous en avons grant joye au cueur,
Puisqu'il plaist au grant Empereur.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Le pays en sera plus seur.
— 128 —
Marianus.
Ne craindez qu'aucun vous rnéflace.
Le second Bourgeoys d'Arles.
Puisqu'il plaisl au hault Empereur,
Il appartient bien qu'il se face.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Seez vous.
Marianus.
Où?
Le second Bourgeoys d'Arles.
Veescy vostre place.
Marianus.
Je le veul. Ça, venez aprèz.
Mais quoy il fault lieu <k espace
Pour mes gendarmes cy auprèz.
Galans, je veul que vous allez
Sercher lieu pour vous haberger.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Monseigneur, ne vous en meslez,
Nous penserons de les losger.
Lucifer.
Me lairez vous mon frain ronger,
Me lairez vous long temps songier,
0 faulse & damnable vermine?
Satham.
Prince d'enfer très mansongier,
Je croy que voulez enragier,
Au moins en faictes vous la myne.
Lucifer.
Despit le cerveau me rumyne
Et passe comme à l'eslamine
Par désordonnée arrogance.
- 129 -
Cerbérus.
Avez vous perdu cognoissance,
Ne sçavez vous pas bien cornent
Nos dyables ont à toute instance
Semé rage &. forcènement?
Astaroth.
Nous tantons très horriblement
Partout, sans ordre & sans degré,
Nous besongnons terriblement,
Et si ne nous en sçavez gré.
Léviatham.
Je voy par ville & par cité,
Je sens, j'escoutte, je spécule,
Mais il n'y a si liault monté
Que je ne reforge & carculle.
Belphégor.
J'escriptz, je notte, j'articule,
Je fay culer & baculer,
Il n'est cul si fort reculé
Qu'en culant je n'aille aculer.
Bélial.
Je faiz hocqueleurs hocqueler,
Qui tienne hocquelz hocquelans,
Et Collin Collette accoller,
Plus drus que marteaulx martelans.
Lucifer.
Vous estes paillards & meschans,
Vous ne vaillez pas deux tournoiz.
Avez vous été sur les champs
Pour nuyre au peuple lingonoys?
Satham.
J'y ai esté plus de cent foys,
Et les aultres pareillement.
— 130 —
Mais tout ne vault pas quatre noix,
Car Dieu nous fait cmpeschement.
Lucifer.
Puisque n'avez aucunement
Empesché le cas vers Didier,
Je, Roy, pense tout aultreraent
Pour luy nuyre pluslost qu'ayder.
Sa.th.vm.
Comment?
Lucifer.
Affin que par preschier
Ne face les peschez faillir,
Il vous fault les Wandres serchier
Pour aller Lengres assaillir.
Satham.
Holà ! laissez-moy convenir,
Car par faulce temptacion
Feray le roy Croscus venir
Pour tout mectre à confusion.
Lucifer.
Satham, tu as commission
De dire à Croscus les parolles,
Mais fains une inspiracion
Comme s'elle vint des ydolles,
Les aultres par manières molles
Ou par suasions petites,
Esmenueront les testes folles
Des satrappes <k satellites.
Satham.
Or ça, ça, ligures mauldites,
Que chascun se mecte en arroy
Pour les nations dessus dictes
Bouter en guerre &. en desroy.
— 131 —
Cerbérus.
Qui esse qui tampte le Roy ?
Astaroth.
Ne te chaille ce n'es tu pas.
Léviatham.
Je feray raige quant à moy.
Belphégor.
Qui esse qui tempte le Roy?
Bélial.
Ce n'est pas ton cas.
Belphégor.
Et pourquoy?
Bélial.
Tu ne scez lampter par compas.
Astaroth.
Qui esse qui tempte le Roy ?
Satham.
Ne te chaille ce n'es tu pas
Moy mesmes y voys pas à pas
Comme le plus gracieux sire.
Allez vers ses gens hault & bas
Souffler doulcement sans mol dire.
Astaroth.
Nous tiendrons bien Didier de rire
Avant qu'il soit ung moys passé.
Belphégor.
Lengrois ne sçauront contredire
Que leur hault mur ne soit quassé.
Léviatham.
Hz auront dure adversité.
Bélial.
Hz auront peine misérable.
— 132 —
LÉVIATHAM.
Aluns brasser l'iniquité.
Satiiam.
Or, niions de par le grand dyable !
Lors s'en vont faire semblant de templer les Wandres et
Salham prand habit dissimulé pour parler au Roy.
Croscus, Roy des Wandres.
Au cueur vaillant rien n'est plus acceptable,
Ne délectable en cest estre mondain,
Que triumpher par guerre intolérable,
Fière, importable, horrible, insupérable,
Très profitable à couraige haultain.
Ce gendre humain, soit Gauloiz ou Romain,
Fait de sa main divers cas superfluz,
.Mais le plus fort en emporte le plus.
Quant chascun s'efforce
De monstrer effort,
Qui plus a de force
Boute le plus fort,
Quand fortune au fort
Fait force très forte,
Ne château ne fort,
Rien ne le conforte.
Les Gothz jadis nous reboutèrent
De la sathicque région,
Et puis après nous rencontrèrent
Vers le fleuve Danubyum.
Maisj'ay désor intencion,
S'il plaist aux Dieux où je me fonde,
De monstrer fierté de lyon
A tout le demeurant du monde.
— 133 —
Le premier Satrappe.
En vous toute prouesse habonde,
0 roy Croscus de grant puissance,
Si debvez sur la terre ronde
Exercer armes à vaillance,
Vous avez gens en ordonnance
Assez pour le monde macter.
Croscus.
Puisque je suis en florissance,
Je me feray craindre & dobter.
Le second Satrappe.
S'il est besoing de conquester
Pays de grant magnificence,
"Voz Vendres sont pour emporter
Une victoire d'excellence,
Et pourtant faictes diligence
De mectre vos genz en arroy.
Croscus.
Très bien dit, mais faictes silence,
Car j'y veul penser de par moy.
Salham parle à Croscus qui fait semblant de someillcr
Satiiam.
Croscus, immuable Roy
Régnant sur la gent wandalicque,
Qui des haulx Dieux soustiens la foy
Selon la secte paganicque,
Je t'assigne guerre publicque,
Pour ton gain & utilité,
Contre Didier, bon catholicque,
Et contre Lengres la cité.
Didier acroist chrétienté
Par prescher & par introduyre.
— 13 i -
Il fait miracles a planté,
il tend à tout le peuple instruyre,
Si te fault les Wandres coriduyre
Par Galles, le pays très fort,
Pour Lengres ardoir à destruyre,
Et Didier faire mectre à mort.
Jamais accord n'en soit escript
S'il ne délaisse entièrement
La loy, la foy de Jhésu Crist,
Et son peuple pareillement.
Dispose toy totalement
De leur livrer cruel assault,
Et si tu n'as gens largement
Le Roy des Alainz ne te fault,
Despesche toy,
Il plaist aux Dieux.
0 noble Roy,
Despesche toy,
Acroy ta loy
De bien en mieulx.
Despesche toy,
11 piaist aux Dieux.
Croscus.
Jupiter, Mars & Saturnus,
Pallas, Juno, Venus, Mercure,
Cybelez, Pluto, Neptunus,
Lien vous doy servir par grant cure,
Car vostre angélicque figure
M'a donné inspiracion
De ruer à desconfiture
La lingonicque nation.
— 135 —
De ce Didier qui tant desplait
A la déificque excellance,
Jamaiz n'en sera tenu plait,
Les Dieux ont donné leur sentence.
Il mourra bref comme je pense,
S'il ne laisse la loy chrétienne,
Et s'il ne veut pour récompanse
Accepter nostre loy payenne.
Mes Satrappes & Conseilliers,
Dictes en vostre oppinion,
N'ay je pas assez chevaliers
Pour tout mectre en susgection ?
Le premier Satrappe.
Vous avez congrégation
De satalites fiers & preux,
Qui feront grant vexacion
A ces Lingonoiz merveilleux.
Le second Satrappe.
.Nous sommes gens chevalereux
Pour frapper d'estoc & de taille,
Si soit prest d'aller contre eulx,
Car trop nous tarde la bataille.
Croscus.
Leur loy ne vault pas une maille.
Le premier Satrappe.
Et pourtant la faut-il débattre.
Croscus.
De leur foy n'est chose qui vaille.
Le second Satrappe.
Pourtant les irons-nous combattre.
Croscus.
A cela je me veul esbattre.
— -13G -
Le premier Satrappe.
E( moy je ne quiers que l'assault.
Croscus.
.le feray la muraille abattre.
Le second Satrappe.
Hz sont nostres ou autant vault.
Croscus.
Le Roy des Alainz mander lault,
Il est homme de grant noblesse,
Je veul qu'il vienne faire ung sault
Devant Lengres qui tant nous blesse,
Là nous fault-il monstrer proesse,
Combattre, assaillir main à main,
Car, par Minerve la déesse,
Le siège y sera mis demain.
Le Prologueur dict Vépylogue qui s'ensuyt pour prandre
congé. Le Prologueur.
Or, est nostre matière en train,
Car jouée est l'une partie,
Mais il fault icy mectre frain
A faire du lieu départye.
Demain sera peraccomplye
Du sainct martyr la passion.
Venez y tous, je vous supplye,
Pour prandre récréacion.
Lengres aura demain la guerre,
Et Didier la mort recepvra,
Le bourreau cherra mort à terre,
Et Croscus desconfit sera.
Plusieurs merveilles on verra,
Selon les cas, selon les lieux,
Quiconques bien les notera,
Toute sa vie en vauldra mieulx.
- 137 —
Dieu, par son glorieux martir.,
Nous doint faire bon finement!
Et vous, Seigneurs, au despartir,
Prenez en gré joyeusement.
Se joué avons rudement,
Ou dit quelque mot qui peu vaille,
Supportez-nous bénignement ;
Il n'est si rusé qui ne faille.
Le Fol.
Il convient que chascun s'en aille
Qui ne veult icy demeurer;
C'est le congé que je vous baille,
Adieu, car je ne puis plorer.
Et demain vous failli retorner
Pour voir les beaulx esbatemens,
Car aussy je vous veul donner
De notables enseignemens.
Explicil prima pars hujas operis.
In sequenti vcro folio incipit sccunda pars, sci-
licel martirum bcali Desidcrii et bcllum Wanda-
lorum eu m eorum deslructionc.
C'est à moy,
Prévost.
— 139 —
J. H. S.
Incipit secimda pars lnijus operis.
Le Prologueur comance.
Saluste, romain orateur,
Donne louange, honneur & gloire,
A celluy qui est descripteur
Des faictz d'aultruy ou réciteur
Affin qu'en dure la mémoire.
Se César eut bruyt de victoire
Par dessuz tous ceulx de l'empire,
Aussi eut-il honneur d'escripre.
Je répute euvres autenticques
Et occupacions notables,
Mestre en escript les faitz anticques
Ou gouvernemens politicques
Qui sont à oyr délectables.
Les recours en sont proffitables
Et font corps humain resioyr,
On ne peult trop de biens ouyr.
Si avons rédigé en letre
De sainct Didier la passion,
Et par personnages fait mectre,
Pour nous, à ceste heure, entremettre
De vous en faire- ostencion,
L'euvre est de grant dévotion.
Je vous en avertis alïïn
Que vous oyez jusqu'à la fin.
— 140 —
Vous verrez Lengres assiéger,
Et sainct Didier décapiter.
Après venez sa mort vanger
Par Marien, fort oc légier,
Qui fera Croscus molester.
Vous verrez au bon sainct porter
Son chef après l'inscision,
Par divine opéracion.
Vous y verrez mainte merveilles
Et maint miracle d'excellance,
Pourtant, Seigneurs, je vous conseille
Que nous veullez prester l'oreille
En paix, en doulceur, en silence.
Prenez aussi en patience
S'il y a faulte en notre fait,
Vous sçavez que nul n'est parfait.
Le Fol.
Bona vital Jeimyn Cornet,
Dieux que tu as sotte visière !
Veulx tu point jouer au cornet
Ou de la muse par darrière?
Je vien tout droit de la Perrière
Pour manger des cailloz cornuz,
Mais j'y ay trouvé deux corps nudz,
L'ung fumelle <k l'aultre tout masle,
Qui ferretoyent leur cul au masle
Par dedans une chenevière.
On vend du bon vin de Rivière
Duquel je voy boire une foys
A l'image de la cyvière
Qu'est ferrée de doux de boys.
— 141 —
Lors Saine t Didier descend de son siège el procède en avant
et se mecl à genoulx.
Oralio. DlDIER-
0 Filz de Dieu! 6 Prince! Roy des Roys!
Qui tout pourvoys corne gubernateur,
Je te requier et prye à haulte voix,
Toy qui tout voys, que mon peuple courtoiz
Ne tumbe es reetz du pervers séducteur.
Tu es ducteur oc gracieux tuteur
De l'humble cueur qui de péché se garde,
Pourtant contendz vivre 'en ta sauvegarde.
L'ennemy machine
Pour nous decepvoir,
0 Vertu divine!
Veullez y pourvoir,
Fay nous recepvoir
Direction telle
Que puissions avoir
La gloire immortelle.
Et afin de tousiours donner
Au peuple bonne instruction,
Veul à ceste heure sermonner
Une brefve collacion.
Faictes la préparation,
Vallier.
Monseigneur Valier doit tousiours cslre auprès Didier.
Valier.
Je m'en voy despeschier.
Valier mecl ung drap sur la chaire, puis Didier monte cl dit :
Didier.
Y a il congrégation?
Valier.
Oui voyr, bien povez preschier.
— 142 —
Didier.
Qdiescite agere perverse,)
,-, \Tliema.
Discite bon a facere. )
Ysaye sicut descripla
Primo libri capilulo
Verba pro themale sumpta
Cor mn presenti populo.
Mais affin que bon efficace
Puist avoir ma collation,
\ ers la trésorière de grâce
Nous mectrons en dévotion,
Disant la salutacion
Quant, pour nostre rédemption,
Luy vint dire : Ave Maria.
Lors se mect à genoulx et dit : Ave Maria.
Qviescite agere perverse,
Discite bon a facere.
Hœc nostri ihematis verba
Exarcntur ubi supra.
Ysaye, en son escripture,
Mect le thème que je propose
Pour adresser la créature
Qui en aucun vice est enclose,
Car affin qu'au bien se dispose,
Luy conseille sur toute rien
Que de mal faire se repose
Et aspreigne à faire le bien.
David aussy qui enseigna
Maint vertueulx enseignement,
Nous dit : A malo déclina
Et fac bonum incessamment,
— 143 —
Fuyons le mal diligemment,
Tous biens soyent par -nous comiz,
C'est ce que nous dit proprement
Le thème que j'ay devant mis.
Auquel thème je noteray
Deux poinctz en toute brefeté :
Quant au premier, j'explicqueray
Qu'on doyt fouyr perversité.
Au second sera récité
Que debvons aprandre à bien faire
Pour avoir la félicité
Qui est des parfaitz le salaire.
Le premier poinct de nostre affaire
C'est que nous debvons reposer
D'offenser Dieu & de mal faire,
Pour nous à vertu disposer.
0 pescheurs, veullez cy noter
Qu'il est temps de soy convertir,
Car c'est chose moût à doubter
Tousiours pécher sans repentir.
L'Église nous chante & afferme
Que qui ne s'amende il a tort,
Ainçoys que le corps très enferme
Soit préoccupé de la mort,
Veu que conscience rencort
L'homme pécheur, salle à indigne.
Bien est malheureux qui s'endort
En Testât d'offence divine.
Pourtant sainct Pol, qui bien parla,
Nous dict ce mot d'auctorité :
Ab omni specie mala
Vos, ô frairesy abslinete.
_ 144 —
Délaissez toute adversité,
Répudiez vice anormal,
Et pour recouvrer sanctité
Reposez vous de faire mal.
Reposez vous d'orgueuil & d'ire,
Reposez vous de vostre usure,
Reposez vous de tout mal dire,
li<'pnsrz vous fuyant luxure,
Reposez vous d'aymer ordure,
Reposez vous tous d'offenser,
Reposez vous de faire injure,
Reposez vous de mal penser.
Il a le cueur bien endurcy
Qui tousiours mal sur mal cumule
Sans jamais demander marcy
A Dieu qui noz faitz articule,
Car Yalère nous articule
Que l'ire divine & fureur
Tant plus se retarde ou recule,
Tant plus monstre enfin sa rigueur.
Et pourtant doncques, mes amys,
Laissons vainne opéracion
Par laquelle on peult estre mis
A finalle perdicion,
C'est la première inlencion
Du thème que j'ay récité,
Qui par bonne exortacion
Dit aux pescheurs : Quiesciie.
Le second puinct.
Au second poinct veul que sachez
Qu'il ne suffit pas seulement
— 115 —
De laisser vices & péchez,
S'on ne fait du bien largement,
Aprandre fault soigneusement
D'estre dévot & modéré,
Pourtant je dis secondement :
Disette bona facere.
0 la singulière doctrine,
0 proflitable sapience,
Qui rend la créature digne
De contempler divine essence !
N'esse pas notable. science,
Vraye & saincte pbilosophye,
Parquoy la povre conscience
De tous péchez se purifie?
Afin doncq que nous puissons prandre
Le bon train & laisser le pire,
A bien vivre debvons aprandre ;
C'est ce que Isaye veult dire,
Et pourtant quiconque désire
De venir à salvacion,
Il doit premièrement eslire
Le chemyn de dévocion.
Salomon très saige & prudent,
Qui escripvit maint examplaire,
Dit : Omnia lempus habent,
Mais veescy le temps de bien faire,
L'apostre aussy le nous déclaire,
Quand il nous dit : Faciamus
Bonne euvre saincte & nécessaire
Dum lempus adhuc habemas.
-10
— I Ni —
Tandiz que nous avons espace,
Faisons du bien à toute instance,
N'atendons pas que 1 heure passe,
Veescv le temps de pénitence.
Laissons <lez ceste heure arrogance,
Soyons en vertuz résolutz,
Car trop mect son âme en balance
Qui tant afcint qu'il ne peult plus.
Mais pource qu'il est commande
Qu'à bien faire dehvons apraridre,
Peult icy estre demande
Comment cela se doict entendre.
Je dys que tu doys sans actendre
Accomplir les commandemens,
Donner pour Dieu, grâce à Dieu rendre,
Et recepvoir les sacremens.
Aprans à sçavoir gouverner
Tes cinq cens, comme Dieu l'ordonne,
Aprans à prier, à jeûner,
Aprans aussy à faire aulmosne,
Aprans à ne hlesser personne,
Aprans à estre doulx ik pieux,
Aprans occupacion bonne,
Aprans à vivre selon Dieu.
Et pourtant, tout considéré,
0 gens pleins d'obslinacion,
l)iscitc bona facere,
Faictes bonne opéracion,
C'est la totale inlencion
De mon thème qui l'entend bien.
Disant pour résolucion :
Laissez le mal, prenez ]p bien.
— 147 —
Peuple dévot, notez ces dictz
Yenans de bouche prophéticque,
Et prions Dieu de paradiz
Que les puissions mectre en praticque,
Exerçons vertu manificque
Durant la vie transitoire,
Pour voir sa face déificque
Lassus en perdurable gloire.
Quare nobis distribucrc
Dignelur ac conredere
Qui régit aslra polorum
In secula seculorum!
Lors faicl la bénédiction cl s'en va seoir.
Le Doyen de Lengres.
Messeigneurs, il est tout notoire
Que nostre Prélat est notable,
Décoré d'euvre méritoire
Et de doctrine proffitable.
Le Trésorier.
Il est piteulx à amyable,
Fondé en toute humilité.
L'Archidiacre du Dijonnoiz.
Onques ne vys plus pytoyable.
L'Archidiacre du Tonnoirroiz.
Il est piteulx & amyable.
L'Archidiacre du Barroiz.
Il nous est bon.
L'Archidiacre de L'Auxoiz.
Mais convenable.
Barroiz.
II a de science planté.
— 148 -
DlJONNOIZ.
11 t'si piteulx & arayable.
Barroiz.
Ponde en toute humilité
Le Doyen.
N'avez vous pas tous escouté
La présente coHacion.
Le Trésorier.
Quant esl de moy, j'en ay esté
Esmeu do grànt dévocion.
Didier salue Chappilrc.
Didier.
Le doute Rédempteur de Syon
Vous maintienne eu son saincl service !
Vous cognoissez l'affection
De Valier qui est tout sans vice,
Il n'a provision, n'oflice,
Il n'est ne prebtre, ne dyacre,
Si luy biiille le bénéfice
D'eslre mon grant archidiacre.
•!<' luy veul pourchasser son bien,
Son avance & promocion.
Le Doyen.
Monseigneur, vous ferez très bien
De luy donner provision.
Didier.
Sa noble généracion
Me rend enclin à le pourveoir.
Le Trésorier.
Il a belle dévocion.
Le Doyen.
Il est pour ung grant bien avoir.
— 1411 -
Didier.
Valier, pour le très bon debvoir
Que vous avez l'ail & ferez,
Pour vos Ire valeur ô< sçavoir,
Mon Archidiacre serez.
L'aumusse oc le surpliz vestez.
DlJONNOIZ.
// baille le surpitz à Valier.
Tenez, Valier, vesey de quoy.
Didier.
Fidélité vous promeetez
Tant à l'Eglise comme à rrioy.
Valier.
Je le vous promeetz sur ma l'oy,
Ne le pensez point aultrement,
El du grant bien que je reçoy
Je vous remereye humblement.
Didier.
Gouvernez vous honnestement.
Varier.
Je n'ay pas au lire intencion.
Didier.
Vous avez bon commancemenl
De venir à perfection.
Lucifer.
G cruelle confusion,
Confusible inllammaciou
Enflammée de grant rigueur,
Rigoreuse dampnation,
Dampnable déleslacion,
Détestable & fière fureur,
— 150 —
O 1res furieuse douleur,
Doloreux deul, niauklit malheur,
Valeureuse inportunilé.
Importune & terrible ardeur,
Me voulez vous ardoir le cueur
Par despiteuse iniquité!
Satiia.m.
Vées là terriblement chanté,
0 Lucifer, prince meschanl !
Dyables vous ont ilz enchanté ?
D'où vient ce misérable chant ?
Belphégor.
Avez vous de misère tant
Qu'il appert à vostre lengaige?
Déclairez nous cy tout content
D'où dépend ceste maie raige.
Astaroth.
Tousiours avez vous cest usaige,
Tousiours avez vous achoison
De monstrer vostre lait visaige
Vers nous sans cause & raison.
Cerbérus.
Ha! vous perdez temps à saison
De moy accuser d'aucun mal,
Car j'ay bien gardé la maison
Et fait bouillir le réagal.
Léviatham.
De Homme jusques en Portugal,
N'a dyable de moy plus infâme,
Je suis ennemy capital
A tout le monde & à sa femme.
— 151 —
Bélial.
Foyson, l'eu forte, belle Dame,
Fine finesse fantasticque,
Faulcement mon faulx cueur enflame
Pour nuyre au peuple catholicque.
LlTCIFER.
Faulce calerve dyabolieque,
Vous laissez trop dormir en paix
Ceste nation lingonicque
Qui empesche tous noz beaux faiz.
Où est Croscus, le Roy mauvaiz?
Où sont Wandres, plains de fierté?
Sçavez vous s'ilz viendront jamais
Pour destruyre ceste Cité ?
Satham.
Je sçay bien qu'ilz ont volenté
De Didier faire mectre à mort,
Car j'ay moymesmes exborté
Roy Croscus, courageux <k fort.
Lucifer.
S'il luy convient ayde ou confort,
Pourchassez au Uoy des Alainz,
Qu'il amainne tout son effort,
Tant chevaliers comme villainz.
Belphégok.
Nous sommes de cauthelles plains
Pour y besongner finement,
Ceulx de Lengres seront actains
Et assailliz mortellement.
Astakotii.
Didier morra honteusement,
Le procès en est tout jugié,
Car il doit estre prestement
Du Roy des Wandres assiégé.
— 152 —
Léviatiiam.
J'bj tant soufflé, j'ay tant forgé,
Aux RoySj aux preux, aux combatans,
Que tout l'ost y sera logé
Avant qu'il soit jamais long temps.
Bélial.
11 nous faull aller sur les champs
Pour suborner & decepvoir
Les Wandres qui sont noz vinchans,
Et pour les Alains esmouvoir.
Cerbérus.
Quant à moy, je ferai debvoir
De garder les portes d'embas.
Satham.
•le m'en voys à ce fait pourvoir.
Belphégor.
Quant à moy, je feray debvoir.
ASTAROTII.
Je vcul bientost le bruyt avoir.
Lévjatiiam.
Et je veul faire les débatz.
Cerbérus.
Quant à moy, je feray debvoir
De garder les portes d'embas.
Lors s'en vont trois vers les Wandres et deux vers les Alains.
Le Fol.
Je veul corriger les estaz,
De par l'Abbé des Coquibus,
Car il court maintenant ung taz
De façons, d'abitz &. d'abuz,
Lesquels je feray meclre juz,
Puisque je l'ay ou Chérubin.
- 153 —
Déa apperlient-il que Robin
Ou Jehannyn, Jehannot de villaige,
Soit fourré de divers plumaige,
Gomme s'il estoit de bon lieu ?
J'y pourvoyray, par lesangbieu!
Puisque je l'ay mis en ma teste.
Vous semble il qu'il soit bien honneste
De porter ces robbes trainans?
J'ordonne qu'aux gentilz galans
Qui les traynnent parmy l'ordure,
Qu'on leur retranche, à bout taillans,
Deux doiz par dessoubz la saincture,
Et ceulx qui ont si longue hure
De cheveulx dessoubz leur chappeau,
Roignez seront, par aventure,
Si prèz qu'on tranchera la peau.
Croscus, Roy des Wandres.
Qui entreprend de guerre le fardeau,
Premièrement,- se doit bien conseillier,
Puiz assembler tous ses genz bien ck beau
Pour assaillir cité, ville ou chasteau,
Occire gens <k terres exiller.
Pareillement nous convient batailler
Les Lingonoiz, par fureur grant oc ire,
Et leur Pasteur condampner à marlire.
Sortez en avant,
Barons &. vassaulx,
Qui par cy devant
Faisiez les beaulx saulx ;
Venez aux assaulx
Archiers & gendarmes,
Garniz de chev. ulx
Et de toutes armes.
— 154 —
Et pour ce que je ne veul pas
Défaillir de toul conquérir,
J'apoincte ([non aille bon pas
Le Roy «les Alainz requérir,
El dire qu'jj veulle venir
Ayder à combattre les Gales,
Car en bref je les veul tenir
Tributaires & yectigales.
Sus, Messagier, prenez la peine
D'aler vers le Roy autentique
Luy requérir qu'il nous amainne
Toute sa puissance alan'upie.
Le Messagier des Waxdkes.
Roy triumphant & maniheque,
Le plus merveilleux des humains,
Tout droit par ce chemyn publicque,
Je m'en voys au Roy des Alains.
Lors s'en va le Messctg'icr.
CjRQaGUSj
Et vous, nies satrapes haultains.
Renommez en chevalerie,
Soyez moy loyaulx oc certains,
En ceste guerre, je vous prie.
Pour commancer la batterye,
Incontinent & sans demeure,
Faictes charger l'artilerye,
Car je veul partir à ceste heure.
Chargez canons o; crapaudeaux,
Mangonnaulx,
Tous nouveaulx,
Uicrs, charettes oc tumeraulx,
Pour mener grosses serpentines.
— 155 —
Trousses, espées et cousteaulx,
Gros marleaulx,
Bons cizeaulx,
Pour faire tranchiz & moyennaux,
Fosses, mynes & contre mynes.
Monstrez aux ennemys indignes,
Fières mignes,
Divers signes
Pourchassans les mors &. ruynes,
Tant qu'ils tresbuchent par morceaulx,
Et n'oblyez pas colouvrynes,
Javelines
Qui sont fines,
Corsetz, cuyraces, brigandines,
Lances, guidons & panonceaulx.
Le premier Satrappe.
Comme bons subjectz & loyaulx,
Disposerons tous noz affaires,
Jaques jaserans bons à beaulx,
Et aubers qui sont nécessaires.
Le second Satrappe.
Nous appresterons noz Veuglaires,
Becz de faulcons, ribaudequins,
Vonges, dagues ix badelaires,
Arbalestes & crenequins.
Godifer, satellite.
S'il plait aux images divins,
Jupiter, Pliébus & Pluton,
Nous irons boire des bons vins
De Lengres & d'Eulley-Cothon.
Sarragot, satellite.
S'il y a geline ou cbappon,
Char, poiz, sain, lart ou cliarbonnée,
156 —
J'en fomyraj taui mon gippon
Que j'en passeray mon année.
TARTARIN, satellite.
El s il y ii quelque meslce,
Noises, débatz, occisions,
.le courray lors à In volée
Tout des premiers aux horions.
Ysangrin, satellite.
.Non/ disons ce que nous voulons,
Mais ([liant ce vient à s'approchier,
J'en sçay qui tornent les talons
Pour ce qu'ilz n'y osent louchier.
Tost-Venu, messagier.
// salue le lioij des Alains.
Vénus qui est tant à prisier
Kl fait amans enlrebaisier,
Vous doint de lyesse montjoye!
Le Roy des alainz.
Tost-Venu, gentil messaigier,
Souple de corps, gent& légier,
Le Dieu Mercure vous doint joye!
Tost-Venu.
Croscus, le Roy de grant value,
Tics bénignement vous salue
Désirant voir vostre présence.
Le Roy des Alainz.
Jovis qui gouverne la nue,
Et qui nuyt & jour continue,
Luy doint honneur oc préférence !
Que demande il?
Tost-Venu.
Qu'à diligence
Vous luy amenez vostre armée,
— 157 -
Ailiu de luy faire assistance
Devant Lengres fort renommée.
Le Ko y des Alainz.
Pourquoy?
Tost-Venu.
La guerre est entamée
Contre je ne sçay quel Didier,
Si fault pour faire sa fumée
Que bientost lui venez ayder.
Le Roy des Alainz.
Menrai-je mon ost?
Tost-Venu.
Tout entier.
Le Roy des Alains.
Grands & pelys?
Tost-Venu.
Il les veult tous.
Le Roy des Alainz.
Est-il besoing ?
Tost-Venu.
Mais grant mestier.
Le Roy des Alainz.
J'iray doncques?
Tost-Venu.
Despeschez-vous.
Le Roy des Alainz.
Or ça, aprouchez vous de nous,
Mes chevaliers &. piçquenaires,
Qui partout, dessus ix dessoubz,
Avez conduyt tous noz affaires,
Chargez armures nécessaires,
Ny layssez hallebarde ne picque,
Pour subjuguer les faulx contraires
De Croscus le Roy wandalicque.
— 158 —
Mectez vous bientost à cheval
Qui avez genêt on hobin.
Despiteulx, & vous Durandal,
Mectez vous sur le hault chemyn,
Puis Malvenu & Hustariu
Y soient armez comme cocqs,
El s'ilz trouvent quelque tarin,
Je veul qu'il paye leurs escotz.
Le premier Chevalier Alain.
Puisque vous avez ce propoz
Du lîoy des Wandres secourir,
Nous qui sommes vos vrays suppotz,
Bataillerons jusqu'au morir.
Le second Chevalier Alain.
J'y veul détrancher' ou férir
Quelque grant prince ou gouverneur,
Aflîn (pie je puisse acquérir
Dessus tout le bruyt & l'honneur.
Durandal, picquenaire.
Sire, vous povez estre au seur
Que les Lengroys ou Galoys
Ne trouveront quelque doulceur
En moy qui suys gentil Galoys.
Despiteulx, picquenaire.
Quant j'auray mon maillet de pois
Se les trouve en une salle,
Je les lueray plus dru que pois,
Et ne me chauldra qui les salle.
Rustarin, picquenaire.
Pour ce que j'ay la teste malle
Et acharnée au sang lumiaiH,
— 138 —
Il n'est ne femelle ne masle
Que tout ne passe par nia main.
Malvenu, picquenaire.
Tu dys vray, tu dys vray, compaiu,
Tu es hardi comme ung lyou,
Je t'en vis tranchier corne pain
Avant hier plus d'ung million.
Le Roy des Alainz.
Il fault que nous humyliou
Devers Croscus qui nous demande,
Pourtant sans excusacion,
Armez vous, je vous le commande.
Durandal, picquenaire.
Veesci ma picque belle & grande.
Despiteulx, picquenaire.
Veescy aussy ma brigandine.
UiSTARiN, picquenaire.
Pour tuer marchant ou marchande
Veesci ma picque belle <i grande.
Mauvenu, picquenaire.
El veesci ma dague alemande
Qui est pour ung fort brigant digne.
Despiteux, picquenaire.
Veescy ma picque belle & grande.
Durandal.
Veesci aussi ma brigandine.
Le PiOY des Alainz.
Ça, mon cheval qui fort chemyne,
Et si monte qui doit monter,
Car avant qu'il soit bref termine,
J'iray les Wandres visiter.
— 160 —
Le premier Chevalier Alain.
Ce messaigier qui sçeit trotter
Vous menra bien la droitle voye.
Tost-Venu.
Sire, pas ne debvez douter
Que seurement ne vous convoyé.
Lorj v mectenl en (hennin.
Le Roy Crosgds.
Il me tarde moût que je voye
Le Roy Alain où je me fye.
Le premier Satrappe
S'empeschement ne le desvoye,
Tosl viendra, je vous eertiflîe.
Le second Satrappe.
Lengres sera bientost gaingnie,
Mais que nous soyons tous ensemble.
Godifer, satellite.
Veescy venir grant compaignie.
SarragoTj satellite.
Ce sont Alainz.
Tartarin, satellite.
Il le me semble.
Sarragot, satellite.
Nostre host peu à peu se rassemble.
Godifer, satellite.
Guerroyer fouit de bon couraige.
Ysamgrin, satellite.
Vous diray-je? Le cueur me tremble.
Tartarin.
Pourquoy ?
Ysamgrin.
On y fieit au visaige.
— 161 —
lcij vont les Alains devant Croscusel le saluent.
Le Roy des Alains.
Mynerve, Déesse très saige,
Doint au Roy victoire &. proesse!
Croscus.
Garder vous veulle de haulsaige,
Mynerve, Déesse très saige!
Le premier Satrappe.
Chevaliers, plains de vasselaige,
Bien viengne vostre gentillesse!
Le premier Chevalier Alain.
Mynerve, Déesse très saige,
Doint au Roy victoire & proesse !
Le Roy des Alainz.
Vers vostre triumphant noblesse,
Gendarmes conduys à amainne,
Qui sont garniz de hardiesse
Plus que tous ceulx de mon domaine.
S'il y a créature humaine
Qui prétende vous fairre guerre,
Avant qu'il passe la sepmainne
Je feray tout ruer par terre.
Croscus.
Pour ce que je veul bref conquerre
Et détruyre chrétienté,
J'ay bien voulu envoyer querre
Vostre régale majesté.
Veescy mon ost tout apresté,
Gamy de bon traict ferme & fort,
Pour commancer à la cité
De Lengres que je heys à mort.
n
— 162 —
Y viendrez-vous ?
Le Roy des Alainz.
J'en suys d'acord.
Partons nous quant il vous plaira.
Croscus.
Contre Didier j'ay grant discord.
Le Roy des Alainz.
Ne vous chaille, on vous vangera.
Croscus.
Son Jhésu Crist renoncera
Puizque nous l'avons entreprins.
Le Roy des Alainz.
Le grant dyable l'emportera,
Ou je le rendray mort ou prins.
Croscus.
Çà, mon messagier bien apris,
Approchiez ung petit plus prèz.
Tost-Venu, messagier.
Très noble prince de hault pris,
Commandez ce que vous vouldrez.
Croscus.
Dedans Lengres vous en yrez,
La grant cité épiscopale,
Et, illec, à Didier direz
Qu'il délaisse sa loy totale.
Je veul que la Cité soit myenne,
Et si veul préalablement
Qu'on laisse la loy chrétienne
Pour noz haulx Dieux du firmament.
Se Didier le fait aultrement,
Par le Dieu Mars qui tout corrompt!
Il en mourra honteusement,
Et tous ceulx qu'en Jhésu croyront.
— 163 —
Messagier, j'ay en vous fiance,
Car servy m'avez aultrefoys,
Portez lui cette déffience,
Et soyez loyal toutesfoys.
Tost-Venu.
Prince puissant, je m'en y voys
Sans craindre péril ne dangier,
Et si diray à haulte voix
Ce que doit dire ung messagier.
Le Fol.
N'esse pas bien pour enragier
De ma brave qui se destache?
Il y faulsist faire forgier
Une esguillette ou une alache.
Comment peut elle estre si lasche,
Veu que les poinctz y sont si forts?
Il en y a cent par dehors,
Cent par dedans, cent par le fons,
Cent haulx, cent longs & cent parfonds.
Ne sont ce pas beaucoup de cens?
Or, sens, de par le dyable! sens,
Cesluy-cy a fait une vesse;
Je le dyray à ceulx de Sens,
Mais vous en aurez sur la fesse.
Tost-Venu.
Enseigne moy la forteresse
De Lengres & tu feras bien.
Le Fol.
Dictes-vous que je suis abbesse?
Encores n'en sçavoy-je rien.
Tost-Venu.
Où demeure ung seigneur de bien
Qui se fait Didier appellera
— 164 —
Le Fol.
Par ma foy, je ne sçay combien,
Mais il ne vanlt rien saler.
Tost-Venu.
Ne sçez-tu aultrement parler?
Je te demande mon chemyn.
Le Fol.
Au grant dyable puist-il aler!
C'est un brouilleur de parchemyn.
Tost-Venu.
Que dis-tu?
Le Fol.
Il vint au matin. . .
Tost-Venu.
Où est . . .
Le Fol.
Tout seul. . .
Tost-Venu.
Le bon sentier. . .
Le Fol.
Et puis.. .
Tost-Venu.
Pour aller. . .
Le Fol.
D'ung patin
Vint descbarger sur le mestier.
Tost-Venu.
A Lengres?
Le Fol.
Je ne sçay luctier,
Pourtant j'eus de coupz plus de trente.
— 165 —
Tost-Venu.
N'entend-tu rien?
Le Fol.
Respondz.
J'euz ceste rente.
Tost-Venu.
Le Fol.
Et ouy plus de vingt,
Mais il n'est jour que ne m'en sente.
Tost-Venu.
Comment?
Le Fol.
Je ne sçeiz qu'il devint.
Onques si grant meschief n'avint,
Car par celay je m'en fouy.
Tost-Venu.
Quel folastre!
Le Fol.
Mest Dieux, ouy,
Elle estoit plaisante & jolye.
Tost-Venu.
Je te lairay en ta folie,
A Dieu te command', je m'en voys.
J'aperçoy Lengres devant moy
Et Didier à qui j'ay affaire,
Si veul aller de par le Roy
Lui déclairer tout mon affaire.
Lors parle à Didier comme par despil.
Puisque votre loy est contraire
A la nostre de préférence,
Je ne vous veul en rien complaire,
Faire salut ou révérence.
— 1©6 —
Groscus qui a magnificence
Sur les Wandres, plains de fierté,
Vous interdict <x fait deffence
De gouverner ceste Cité.
Rendez luy à sa volentc
Le lieu, le peuple, l'édifice,
El délaissez chrétienté
Pour faire à nos Dieux sacrifice.
Tout homme, soit clerc ou novice,
Pense de son Dieu renyer,
Ou nostre Roy qui est sans vice
Le fera brusler ou noyer.
Vous entendez! que je vous nonce,
Vous entendez bien mon messaige,
Faicles moy tantosl la responce,
Didier, & vous ferez que saige.
Didier.
Veesci très merveilleux langaige,
Veesci merveilleuse adventure.
0 Dieu à que je faiz hommaige,
Veuillez prendre ce fait en cure!
Messaigier, j'ay bien escouté
Voz dictz qui ne sont beaulx ne gents,
Tirez vous ung peu de costé,
Et je parleray à mes gens.
Mes frères, soyez diligens
De pourvoyr à ce grant desroy,
Pas ne fault estre négligens
En tel cas qui touche la foy.
Le Doyen.
Honnoré Seigneur, quant à moy
Je suis tout prest de m'en mesler,
— 4 67 —
Mais bon seroit, come je croy,
De tous les bourgeoys appeller.
Le Trésorier.
Onques mais je n'ouys parler
De plus merveilleuse nouvelle.
Valier.
Ce Wandre nous cuyde affoler
Et faire soffrir mort cruelle.
Didier.
Puisqu'il est besoing qu'on révèle
Ce dur danger aux habitans,
Aucun d'entre vous les appelle,
Car de respondre il est grant temps.
Le Secrétaire.
Ils sont illecques pormenans,
.le voys à eux diligemment.
Bourgeoys saiges & advenans,
Dieu vous préserve de torment!
Monseigneur est présentement
Avec chappitre en consistoire,
Si vous mandent expressément
Que venez à leur adjutoire.
Le Bailly.
S'il plaist au benoist Roy de gloire,
Nous yrons vers eulx de bon cueur.
Le Père Valier.
Didier tout le pays décore,
Pourtant lui debvons faire honneur.
Le premier Bourgeoys.
Alons y tous.
Le second Bourgeoys.
C'est le meilleur.
— 168 —
Le tiers Bourgeoys.
Nous y sommes mandez de bouche.
Le quart Bourgeoys.
Pour nous monstrer gens de valeur,
Alons y tous.
Le Père Valier.
C'est le meilleur.
Le Bailly.
Y a-t-il rien?
Le Secrétaire.
Griefve douleur
Et déplaisir au cueur le touche.
Le quart Bourgeoys.
Alons y tous.
Le tiers Bourgeoys.
C'est le meilleur.
Le premier Bourgeoys.
Nous y sommes mandez de bouche.
Le second Bourgeoys.
Avant que jamais je me couche,
J'ay de le voir intencion,
Afin qu'il nous euvre <x desbouche
Le cas de son affliction.
Lors vont vers Didier el le Bailly le salue.
Le Bailly.
Pour toute salutation,
Dieu vous ouctroyt salvacion
En son céleste paradis !
Nous venons tous par union
Ouyr la déclaracion
De voz propoz <x de voz dietz.
— 169 —
Didier.
Mes beaux enflants & mes amys,
Ce messagier cy nous a mys
En désolacion piteuse,
Car il nous a clict & promis
Que les Wandres, nos ennemys,
Nous feront guerre despiteuse.
Et en effect Croscus demande
A son vouloir ceste Cité,
Secondement, il nous commande
Que nous laissons chrétienté ,
Ou ce non en grande durté,
Par glaive & par feu, finirons.
Si ay ce conseil invité,
Pour conclure que nous ferons.
Au regart de laisser la foy
A cela ne convient touschier,
Car j'aymeroys mieulx, quant à moy,
Soffrir ceste peau escorchier.
Je croy aussy que pour dangier,
Pour guerre ou pour crudélité,
N'avez volonté de changier
Le Dieu qui nous a rachepté.
Le Doyen.
Noble Prélat, plain de bénignité,
Garny de biens, paré de courtoisie,
Vous trouverez toute fidélité
Tant au clergé comme en la bourgeoysie.
Encoir n'est pas nostre Cité gaingnye,
Mais se Croscus vient dessus nous férir,
Ne vous doubtez de nostre compaignie,
Car en la foy voulons vivre &. morir.
— 170 —
Le Trésorier.
Il ne se fault point esbayr
Pour les nouvelles d'une: messaige ;
Se Croscus nous vient envahir
Il ne fera pas comme saige.
Prions à Dieu de bon couraige,
Qu'il nous tienne en toute asseurance,
Car il fault, soit perte ou dommaige,
Avoir en Dieu ferme espérance.
Valier.
Ne pensez point que les rudes parolles
D'ung messaigier nous façent granl terreur.
Garde n'avons d'adorer les ydoles,
Ainçoys voulons eslongner toute erreur.
Le doulx Jhésu, nostre vray Rédempteur,
Qui est puissant pour nous bien secourir.
Sera tousiours notre consolateur,
Car en la foy voulons vivre ôc morir.
Dijoknoiz.
Dieu qui délivra Béthulie
Par Judith la scientificque,
Confrondant par contumélie
Le puissant prince tyrannicque,
Tiendra le peuple lingonicque
En honneur <k en fiorissance,
Si veul comme bon catholicque
Avoir en Dieu ferme espérance.
Tonnoirroiz.
Vous trouverez en la saincte escripture
Que Dieu faisoit miracles évidenz
Pour délivrer la pouvre créature
De tous périlz ou mortels accidents.
— ni —
Se maintenant les Wandres imprudents
Cuydent leur foy ici faire florir,
Rien n'en sera, en despit de leurs dens,
Car en la foy voulons vivre & morir.
Barroiz
David fut moût persécuté
Par guerre & par cruel assault,
Mais pour quelconque adversité
De confort n'eust jamais défault.
Àussy se Croscus nous assault
De traict, de dart, d'escu, de lance,
Je détermine qu'il nous fault
Avoir en Dieu ferme espérance.
L'Auxoiz.
Cuyde Croscus devant ses simulacres
Les cueurs dévots faire sacrifier,
Cuyde-il ses gens, infâmes & pouacres,
En noz porpris laisser fructifier ?
Je croy qu'il veul son bruyt manifyer
Par tuer les gens & terres convertir,
Mais non pourtant, il a beau deffyer,
Car en la foy voulons vivre & morir.
Bassigny.
En la foy voulons tousiours vivre.
En la foy voulons finer,
C'est le sentier plain & délivre
Par lequel debvons chemyner,
Puis s' on nous vient exterminer,
Ou assaillir par arrogance,
Tousiours nous luit, sans terminer,
Avoir en Dieu erme espérance.
— 172 —
Le Chantre.
Avons en Dieu totale confidence
Tant que serons habitanz en ce momie,
Et nous armons de foy & de prudence
Pour rendre enfin nostre âme pure &. monde.
Si ne craindons quelque mal qui redonde,
Ne payen nul que voyons acourir,
Mais actendons gloire où tout bien habonde,
Car en la foy voulons vivre &. morir.
Le premier Ciianoisne.
Mais que nous adressons vers Dieu
Noslre espérance & nostre veul,
Tousiours maintiendrons nous ce lieu
Contre les Wandres, plains d'orgueuil.
Le second Ciianoisne.
De leur assault, de leur accueil,
Je n'ay ne crainte ne doubtance,
Mais pourquoy, pour ce que je veul,
Avoir en Dieu ferme espérance.
Didier.
Et vous, Messeigneurs de la Ville,
Que dirais-je à ce messagier?
Ne tenons pas trop long consile,
Car ce n'est pas heure de songier.
Le Bailly.
Se Croscus vient pour dommagier
Le pays, nous vous promectons
Que bien le ferons deslogier
A force de coups de basions.
Le Père Vaijer.
Il veult que ses Dieux adorons,
Laissant la foy suppellative,
Mandez luy que rien n'en ferons
Quelque chose qu'il en estrive.
— 173 -
Le premier Bourgeoys.
Faictes response négative
Tout franchement, sans rien flater,
Nous sommes pretz de résister
Contre sa puissance armative.
Le second Bourgeoys.
A cesle oppinion hastive
Que son homme est venu compter,
Faictes responce négative
Tout franchement sans rien flatter.
Le tiers Bourgeoys.
Sa demande est comminative
Cuydant noz couraiges macter,
Mais nous voulons, sans le doubter,
Monslrer force rébarbative.
Le quart Bourgeoys.
Faictes response négative
Tout franchement, sans rien flater,
Nous sommes prestz de résister
Contre sa puissance armative.
Didier.
C'est vostre déterminative?
Le Bailly.
Nous voulons la Cité tenir.
Didier.
Or doncques, pour deffinitive,
Faictes le messagier venir.
Lors s'approche le messmjier et luy dit Didier
Messagier, pour vous adverlir
Des responces que porterez,
Quant vous plaira pourrez partir,
Car icy rien ne gaingnerez.
— 174 —
Dictes à Croscus vostre Roy,
Qui île ses Dieux veult tenir plet,
Que point ne craindrons son desroy.
Dieu nous aydera s'il luy plait.
Le Créateur qui nous a lait
Adorons tant dévotement
Que pour estre mort ou défiait
Ne le changerons nullement.
Au regard de ceste Cité
Dont il prétend estre seigneur,
C'est mon lieu, c'est ma dignité,
J'en suis le maistre <k gouverneur,
Et pourtant, saulve son honneur,
Jamaiz n'en aura joyssance,
S'il plaist au benoist Créateur
Qu'on puist rebouter sa puissance.
Tost-Venïf, messagier.
Puisque ne voulez l'alyance
Des Wandres demander ou querre,
Je vous nonce la deftîance
Et assigne mortelle guerre.
Didier.
Je recommande à Dieu ma terre,
Car c'est celluy où je me l'ye.
Tost-Venu.
De par Croscus je vous deffye.
Le Bailly.
Messaigier, laissez le débattre,
Mais se le Roy nous vient combattre
Dictes luy qu'il se fortyffye.
Tost-Venu.
De par Croscus je vous deffye.
— 175 —
Le Père Valier.
Àrtillerye avons assez
Pour garder portes & fosses,
Je vous le dy & notiffye.
Tost-Vent.
De par Croscus je vous deffye.
Didier.
Le Fils de la Vierge Marie
Nous gard' de sa maulvaistie faulce !
Tost-Venu.
Par Juppin qui point ne varie,
Je vous voy faire vostre saulce !
Le Fol.
S'il est courru, si se deschaulse,
Mais qu'en chault, il a ceux de Romme,
Il eust eu un poinct en sa chaulsse
Par moy, s'il ne feust gentilhomme.
Qui arbre n'a, n'a point de pomme ,
Ne de fruyt, s'il n'en paye argent.
Il me fault estre diligent
De vestyr mon jaque farcy,
Car je combattray le Piègent
Qui doit tantost venir par cy.
Lors parle Didier à ceulx de la Ville et d'il :
Didier.
Messeigneurs, vous avez ouy
La deffience de rigueur
Dont guères me suys resjouy ,
Mais en ay grant socy au cueur.
Les Wandres, plains de grant fureur,
Viendront ceste ville assiéger,
Si trouvez aucun moyen seur
Qu'ilz ne nous puyssent dommager.
— 176 —
Le Bailly.
Révérend père, il fault hucher
Yostre courageux Cappitaine,
Car bien sçaura moyen touscher
Pour coiuluyre une euvre haullaine.
Didier.
Suz, Messaigier, prenez la peine
De le faire venir vers nous.
Bon Pas, messagier.
Puisqu'il vous plaist que je l'ammainne,
Tantost sera par devers vous.
Lors parle au Cappitaine.
Celle qui est mère & pucelle
Vous gard' d'avoir aucun contraire !
Monseigneur vous mande & appelle
Pour certain cas bien nécessaire.
Le Cappitaine.
A Monseigneur ne veul desplaire
Pour rien que me puist advenir.
Mais sçavez-vous pourquoy c'est faire?
Bon Pas.
Je croy qu'il veult conseil tenir.
Le Cappitaine.
Pour à son mandement fornir
Alons m'en devant sa présence.
Lors parle à Didier.
Monseigneur, on m'a fait venir
Devant vostre magnificence
Se vous avez quelque indigence
Touchant ma possibilité,
Selon ma petite prudence
Je feray vostre volenté.
— 177 —
Didier.
En bref vous sera récité
Le cas qui grant socy nous baille :
Croscus, plain de crudélilé,
Nous vient livrer forte bataille.
Le Cappitaine.
Entendez-vous qu'il nous assaille?
Didier .
Il nous menace, il nous deffye.
Le Cappitaine.
Il convient garder la muraille.
Didier.
Et pour Dieu qu'on se fortifie.
Le Cappitaine.
Il nous fault nostre artillerye
Charger, garnir & assister,
Trect à feu pour la batteryc
Et chausses-trappes âctinoter.
Il fault des pierres pour gecter
Sur la muraille tout autour,
Faire bon guet & escouter
Qu'on n'eschielle pas quelque tour.
Monseigneur, ne vous doublez point,
Car je suis ung maistre rostier.
Didier.
Sçavez-vous bien tout mectre à point?
Le Cappitaine.
Et quoy doncques? C'est mon mestier.
Je sçay bien que c'est d'assiégier,
Je sçay bien parler de victoires,
De rencontrer, de deschargier,
Car j'ay veu les vieilles histoires.
42
— 178 —
J'aj vcu dos i'aitz de Babilonne
El île la prinse des Troyens ;
D'Alexandre de Macédonne,
Guerroyant par divers moyens;
Les assaulx des Athéniens ;
De Thèbes la desconfiture ;
Les guerres des Assyriens.
J'ay tout trouvé en l'escripturc.
Fiez vous en moy franchement,
Et, si Dieu plait, garde n'aurons,
Mais il vous fault premièrement
Mander voz quatre grans Barons.
Didier.
C'est vray. Il fault que leur mandons
Qu'ils viennent armés de leurs armes,
Car en href temps nous attendons
Le Pioy Croscus à ses gendarmes.
Messagier, allez à ceste heure
Devers nos Barons vos eshatre,
Et leur dictes que sans demeure,
Se treuvent à Lengres tous quatre,
Tous en point corne pour combattre,
Garniz de gens ex de puissance,
Car les Wandrcs veulent ahbatre
Nostre foy & nostre créance.
Bon Pas, messagier.
Monseigneur, j'ai bien espérance
De bien mon messaige fornir.
Didier.
Dictes à chascun qu'il s'avance.
Bon Pas.
Je les feray brefment venir.
— 179 —
Didier.
Je vous en laisse convenir,
Soyez diligent de trotter.
Bon Pas.
A Dieu jusques au revenir,
Je voy bien qu'il se fault haster.
0 si je peusse rencontrer
Ce messagier wandre mauldit,
Je suis homme pour lui monstrer
Qu'il a mal parlé oc mal dit.
Holà ! il me vient appétit
De visiter mon flasconnet,
Pourtant me fault boyre ung petit
De ce vin tout cler & tout net.
Le Fol.
Et ne buvrai-je pas un tret
Pour arroser ma pouvre bouche ?
Bon Pas.
Tire toy là, tire, maulprest!
Le Fol.
Suis-je maulprest dy happemouche?
Çà, le flascon !
Bon Pas.
Si je te touche,
Je te feray baisser l'oreille,
De vray.
Le Fol lui osle le flascon et dit :
Le Fol.
Va, fol, va, si te couche,
Tu n'as plus flascon ne bouteille.
Le Fol s'en court.
— 180 -
Bon Pas.
Par là! morbieu! V«esdy merveille,
Ce coquart m'oste ma santé.
Oncques ne vis chose pareille!
.le suis pouvre cv deshérité,
Et n'ay pus opportunité
Pour ceste heure d'aller après.
Car je voyjà la majesté
Des Parons icy au plus près.
Lots salue, les Bffrom cl dit :
Seigneurs, plains de grant vasselage,
Le Rédempteur d'humain lignage,
Vous doint accroissement d'honneur !
Grancey.
Bien viengnez-vous, gentil messaige,
Comment se porte l'homme saige,
Didier, noslre dévot Pasteur?
Bon Pas.
Il est remply de grant douleur.
Choiseul.
D'où lui procède ce malheur?
Bon Pas.
Vous en sçaurez bref la raison.
Vergiér.
Luy fait aucun Prince rigueur?
Bon Pas.
Croscus, par force à par vigueur,
Luy veult assiéger sa maison.
TrICHASTEI/.
Dictes nous par quelle achoison
Le Boy Croscus lui mainne guerre.
— 481 —
Bon Pas.
Lv tirant, plein de mesprison,
Veult cstre seigneur de la terre,
Et veult que tout ainsy qu'il erre,
One nous errons contre la lo\ ,
Si vous vieil à cette heure querre
Pour obvier contre desroy.
Grancey.
U le faulx & terrible Roy,
Se prant-il au nom chrétien,
Soulïire luy deust son arroy,
Mauklit wandalicque& payen!
Choiseil.
Puisqu'il veult pervertir le bien
De nostre lby évangélicque,
IS'ous y résisterons si bien
Qu'il y perdra son bruyt anticque.
Vergier.
Alons vers le bon calholicque,
Didier, preslat très vertueux,
Pour tout le peuple lingonicque
Garder des Wandres furieux.
Trichastel.
Il nous fault estre curieux
De mener gens & d'estre armez
Pour monstrer faietz victorieux
Contre ces Wandres diffame*.
GRANCEY.
Escuyer, venez-çà, venez.
Le premier Escuver.
Monseigneur?
Grangey.
Où sont noz chevaulx ?
— 182 —
CllOISEUL.
Tousiours loing de moy vous tenez,
Escuier, venez çà, venez.
Vbrgier.
Celiez, bridez à m'amenez
Mon cheval qui fait les beaulx saulx.
Trichastel.
Escuyer, venez çà, venez.
Le quart Escuyer.
Monseigneur?
Trichastel.
Où sont noz chevaulx ?
Le quart Escuyer.
Tost seront prestz si je n'y faulx.
Où es-tu, dy, coulouvrinier?
Le tiers Escuyer.
Mais où est ce garnement faulx 1
Le second Escuyer.
Qui? qui?
Le tiers Escuyer.
Nostre crenequinier.
Le premier Escuyer.
Je ne sçay où est nostre archier,
Je requier à Dieu qu'on le pende.
Le second Escuyer.
Il me convient aussy huchier
Le coustillier de nostre bande.
L'Arciiier.
Pourquoy esse qu'on nous demande?
Le premier Escuyer.
Il s'en fault aller en l'armée.
— 183 —
Le Coustillier.
Esse Monseigneur qui nous mande?
Pourquoy esse qu'on nous demande?
Le Crenequinier.
Avons-nous guerre?
Le second Escuyer.
Ouy, très grande.
Le Crenequinier.
Dieu mette en malan la fumée !
Le Colovrinier.
Pourquoy esse qu'on nous demande ?
L'Archier.
Il s'en lault aller en l'armée.
Le Colovrinier.
Qui a ceste guerre abolée ?
Le tiers Escuyer.
Ne te chailles, pran tes bretelles.
Le quart Escuyer.
Tost, tost, venez à la meslée.
Le second Escuyer.
Sus, galans, sus à la bataille.
Le premier Escuyer.
Il lault que chascun de vous aille
Quérir les chevaulx pour monter.
L'Archier-
Allin telle que n'y faille,
Je m'en veulx des premiers haster.
Le Coustillier.
Puisqu'il lault les chevaulx brider,
Je m'en veulx aller despescher.
Le Crenequinier.
Je voys aussy, sans plus tarder,
Les myens de leurs liens destacher.
- 184 —
Lors amainnent tons les chevaulx et dit :
Le Coulouvrinier.
Monseigneur, veescy le trottier,
Tout prest pour monter en la celle.
L'Archier.
Veescy cheval, plain & entier,
Courant plus fort qu'une esrondelle.
Le Coustillier.
Veescy vostre monture belle,
Bon frain, bon mors &. bon arson.
Le Crenequinier.
Pour ceste mauvaise nouvelle
J'ay admené vostre grison.
Lors montent les Barons et quant Hz sont tous montés
Granccij (Ut :
Grancey.
Chevauchons de bonne façon.
Ciioiseul.
Chascun a harnoiz <k monture.
Vergier.
Vcez me cy fort comme ung Sanson.
Tricuastel.
Or, alons m'en à l'aventure.
Lors s'en vont.
Tost-Venu, messagier des Wandres.
Zephirus, qui fait la verdure,
Vous doint tout plaisir délectable!
Croscus.
Que dit-on sur la roche dure
De Lengres, la cité notable?
— 485 —
Tost-Venu.
Didier, le pasteur honorable,
Dit qu'il veult sa loy maintenir
Sans jamais estre variable
Pour rien qui luy puist advenir.
Je ne l'ay sceu faire venir
A la foy de nostre créance,
Et si veult la Cité tenir
Contre vous & vostre puissance.
Croscus.
Est-il plain de telle arrogance?
, Tost-Venu.
Ses genz sont pretz oc ordonnez,
Mais j'ay sommé la deflience
Dont ilz ont bien froncé le nez.
Croscus.
Jupiter qui tout gouvernez
Hault & bas l'ung &. l'aultre empire,
Si bien mon ost entretenez,
Que je les puisse desconfire!
Le Roy des Alaiïss.
11 convient pluz faire & mains dire,
Le menasser rien n'y profitte,
Qui vers Lengres n'yra de tire,
Jamais ne sera desconfitle.
Vostre armée n'est pas petite,
Vos subgects sont innumérables,
Et si n'avez que gens d'eslile
Pour prandre gens inexpugnables.
Croscus.
Qu'on aille tosl vers les estables
Pour amener nostre écuyiïe,
Chevaulx bardez, espouvantables,
Pour perpétrer une turye.
— 186 —
Mon Satrappe de Barbarye,
Je vous corameetz à la victaille,
Vous conduyrez l'artillerye.
Et l'avant-garde je vous baille.
Le premier Satrappe.
Je les tueray plus dru que paille
Puisqu'en l'office suis commis.
Le second Satrappe.
Je ne doupte ceste harpaille
Non plus que mouches ne formis.
Croscus.
Suz, mes vassaulx ex mes amys,
Fêtes charger nostre bagage
Pour aller sur nos ennemys
Faire quelque mortel domage.
Le second Satrappe.
Ça, mectez les mains à l'ouvrage,
Godifer &. vous Tartarin.
Godifer.
Il n'y fault point tant de langage,
Entend es vivres, Ysangrin.
Le premier Chevalier Alai.v.
De quoi servira Rustarin,
Qui tant ayine la pillerye?
Tartarin.
Et Sarragot, le barbarin?
Sarragot.
Moy, je suiz de l'artillerye.
Tartarin.
J'ay ma hallebarde jolye.
DURANDAL.
El j'ay la pouldre de canon.
— 187 —
YSANGRIN.
Et moy mon espée enroullye.
Godifek.
J'ay ma hallebarde jolye.
Sariugot.
J'ay mon escrevice polye.
N'en as-tu pas toi ?
YSANGRIN.
Nennyn, non.
Tartarin.
J'ay ma hallebarde jolye.
Durandal.
Et j'ay la pouldre de canon.
Le second Chevalier Alain.
Chargez le tret & les bastons,
Jaques, jornades, hoquetons,
Pour armer les jeunes soudars.
Le premier Chevalier Alain.
Chargez tantes & pavillons,
Chaisnes, cordes à. grésillons,
Mortiers, couillars, lances &. dars.
Le premier Satrappe.
Puizqu'il fault que nous assaillons,
Eschi elles à gros eschiellons
Nous fault avoir de toutes pars.
Le second Satrappe.
Mais j'ay peur que nous n'oblyons
Nos vivres <k provisions,
Pour passer temps dedans noz parcs.
Rustarin.
Veescy noz picques & noz arcs
Pour aller dessus la frontière.
-, 188 —
Despiteulx .
Or, ;ilons user de no/ ars,
Veescy uoz picques & noa arcs.
Ysaptoiun.
Se je ne gainne des hasars,
Copper me puist-on la lestière.
Maulvenu.
Veescy nos picques & jios arcs
Pour aller dessus la frontière.
/ci/ fnuli que toutes choses soient prestes et les chevaulcheurs
montez et puis Croscus parle.
Croscus.
Chevauchons par bonne manière
Puizque nos besongnes sont prestes,
Empoignez moy ceste bannière,
Et faictes sonner les trompeth .
Lors se prennent à chevaucher en bataille cl les trompettes
sonner ung espace. Le second Salrappe } rie la bannière et est
il'ploijce. El doivent eslre poreux de toutes choses servant à
bataille et à siège. Après que les trompe tics ont sonné, le Fol
parle :
Le Fol.
Je vous promeetz que ces sonnettes
M'ont toute la teste eslonnée,
Ad ce que je voy des aprestes,
Je croy qu'il y aura meslée.
Cesluy cy a la teste armée,
Sang bieu, corne il est estourdy!
N'esse pas cy Guygnemydi,
Qui est plus fier (prune marmotte?
Par la mordieu, c'es Jeanjeudi!
Il pleure quant son cheval trotte.
— 189 -
Dieu! comment ccsluy-ry kubolte!
Je cuyde que le bas le Messe.
Hz s'en vont loger choux leur hostc,
N'esse pns grnnt bien pour l'ostesse?
Grancey.
Je croy que je voy la liaultesse
Des tourz de Lengres.
Choïseul.
Il est voir.
Vergier.
Je voy la doulceur oc humblesse
Du bon Pasteur.
Trichastel.
Âlons le voir.
Lors vont à Didier.
Grancey.
Celluy qui passe tout scavoir
Et qui vault plus que nul avoir,
Vous doint lyesse & réconfort!
Didier.
De vostre gracieulx debvoir
Puissiez bon loyer recepvoir
De Dieu tout puissant & tout fort !
Choïseul.
On nouz a fait certain record
Que vous avez guerre à discord
Encontre mortelz ennemys.
Vergier.
Nous venons pour vostre confort.
Trichastel.
Nous amenons tout noslre effort.
Didier.
Bien soyez venuz, mes amys !
— 190 —
Afin que ne soyons surpris
Des Wandres mauldits & sauvaiges,
Entre nous avons conseil pris
De mander vos haulx personnaiges.
Croscus, plain de cruels outrages,
Veult nostre loy mectre au dessoubs,
Pour ydoles ou laiz ymages.
Messeigneurs, je m'en plain à vous.
Grancey.
Révérende paternité,
Miroir de toute humilité,
De doulceur, de dévotion, •
Ne soyez point desconforté,
Mais priez à la Déité
Qu'elle vous soit protection.
Choiseul.
Se les Wandres ont volenté
De destruyre chrétienté
Pour folle superstition,
La divine Bénignité
Trouvera l'opportunité
De frustrer leur intention.
Vergier.
Vous sçavez que d'antiquité
Dieu sçet muer l'adversité
En doulce consolation,
Si croy que serez conforté
Quant sous umbre de charité
Luy ferez déprécacion.
Trichastel.
Vous estes & avez esté
Plain de vertuz & de bonté,
— 191 —
Sans quelque repréhenciorij
Ne mectez donc difficulté
Que devers la Divinité
N'ayez brefve exaudicion.
Didier.
J'ay assez recordacion
Que Moyse eut force & vangeance,
Seulement par oracion,
Contre Amalech & sa puissance.
Pareillement j'ay espérance
De prier Dieu qu'il nous conforte,
Taudis que d'escu & de lance
Vous commectrez la bataille forte.
Le Gappitaine.
Monseigneur, je voys à la porte
Et aux murs pour y mectre garde.
Didier.
Or, alez, car je m'en rapporte
A vostre bonne sauvegarde.
Toutesfoiz, quant bien y regarde,
Il fault faire commandement
Que tout homme son quartier garde,
Sans l'abandonner nullement.
Item, soit armé seurement
De treict &. d'armure certaine,
Pour obéyr diligemment
Au mandement du Cappitaine.
Bon Pas, mon messagier loyal,
Vous entendez ce que je dis,
Pourtant veul qu'à mont & à val,
Allez publier ces éditz.
— 192 —
Bon Pas. bom ssaigier.
Très volontiers, nom pas ennys
J'acompliray vostre vouloir.
Didier.
Se vous faictes à mon devis
Vous n'en pourrez que mieulx valoir.
Lors va eu la place crier à son de trompe le cry qui senmyt.
Bon Tas.
Ouyez! On vous fait à sçavoir,
De par le grand prélat Didier,
Que tout homme face debvoir
De prandre garde en son quartier,
Porveu de trait bon & entier
Ou de harnoys, tel qu'il pourra,
Pour combatre, s'il est mestier,
Quant le Cappitame vouldra.
Le Cappitaine.
Seigneurs bourgeoys, il vous fauldra
De bien garder estre soigneux.
Le premier Bourgeoys.
Nul de nous n'y contredira,
Puizque le temps est dangereux.
Le second Bourgeoys.
Nostre Évesque très vertueulx
L'a fait cryer & commander.
Le tiers Bourgeoys.
Si nous fault estre curieulx
De bien ceste ville garder.
Le quart Bourgeoys.
Quant à moy, je m'en voys armer,
Puis monteray sur la muraille.
Le Père Valier.
Puizqu'il fault la guerre entamer,
Quant à moy, je m'en voys armer.
— 103 —
Le Bailly.
Affin qu'on ne puist présumer
Que je crains rencontre ou bataille,
Quant à moy, je m'en voys armer,
Puis monteray sur la muraille.
Le Cappitaine.
Il nous fault quelque pinsemaille
Pour faire le guet au plus hault.
La Guette.
Sire, vous plait-il que j'y aille?
Le Cappitaine.
Ouy, tu es ce qu'il me fault,
Mais il te convient estre cault
Et sonner fort si tu voy rien .
La Guette.
Si je voys approcher ribault,
Pensez que je tapperay bien.
Les Bouryeoys prennent des basions on armures et s'en vont
sur les murs; la Guette monte en une tourelle où il y aura
une cloche.
Croscus.
Mes v ssaulx & mes gens de bien,
Vous sçavez que fort chevauchons,
Et si ne sçay de voir combien
Des murs de Lengres aprochons.
Si est bon que nous envoyons
Avant courreurs & avanceurs,
Afin telle que nous soyons
Tousiours plus munys oc plus seurs.
Le Roy des Alainz.
Envoyez y des chevaucheurs
Pour sçavoir si rien trouveront.
— 194 —
Croscus.
Vos chevaliers <k gouverneurs
Et mes satelites iront.
Le premier Chevalier Alain.
Nous irons à val & à monl
Descouvrir tous les haulx sentiers.
Le second Chevalier Alain,
Puis que le Roy nous y semonl,
Quant à moy, j'y voys volontiers.
Lors s'en vont vers la Cité espyant.
Godifer.
Alons espyer les quartiers
A l'environ &. à l'entour.
Sarragot.
Comme coureurs fiers k entiers,
Alons espyer les quartiers.
Tartarin.
Je voy la porte & les portiers,
Les crénaulx, le mur à la tour.
Ysangrin.
Alons espyer les quartiers
A l'environ & à l'entour.
La Gtiette voit les avant coureurs et dit :
La Guette.
Alarme ! Nous aurons mauljour,
Je voy les Wandres à trotter,
Il me fault, sans plus de séjour,
Ma cloche sonner <k tinter.
Lors sonne alarme.
Le Cappitaine.
Ho! guet, ho! Qu'as-tu à sonner?
Vois-tu ennemys aprocher ?
- 195 —
La Guette.
Ils nous viennent environner
Et se liastent de chevaulcher,
Puiz vient ung ost grand oc somier
Du costé devers Âlemaingne.
Le Cappitaine.
Sont-ils jà prèz?
La Guette.
Le trayn premier
Commence à monter la monlaigne.
Le Cappitaine.
// parle aux Bourgeogs el Messagier.
Tost à culx! Que nul ne se faingne!
S'il plaist à Dieu nous les aurons.
Où sont Messeigneurs les Barons ?
Alez les quérir, messagier.
Or suz, trompettes & clairons,
Sonnez pour noz gens desloger.
Lors on trompe ung petit el Bon Pas va parler aux Barons.
Bon Pas, messagier.
Messeigneurs, je vous viens noncier
Que les Wandres tirent avant,
Pourtant vous convient avancer
S'il vous plail d'aler au devant.
Grancey.
Suz, chascun se face vaillant !
Alons ces payens rencontrer.
Choiseul.
Tantost sentiront mon taillant.
Suz, chascun se face vaillant !
Trichastel.
Puisqu'ils vont le pays pillant,
Je leur veul ma force monstrer.
- 1% —
Vergier.
Suz, chascun se face vaillant!
Alons ces payens rencontrer.
Le Bailly.
Il nous fault ung petit haster
Car les Wandres approchent fort.
Le Père Valier.
Efforçons nous de les macter
Et reboutons tout leur effort.
Grancey parle à Didier.
Cliier Seigneur où prant son confort
Et ressort
Toute la (erre lingonicque,
Nous alons batailler très fort,
Jusqu'à mort,
Contre puissance wandalicque.
Hz tiennent la loy paganicque
Très inicque,
Et pourtant veullez requérir
A la puissance déificque,
Magnificque,
Que puissions victoire acquérir.
Didier.
Celluy qui tous biens fait venir
Par divine opéra ci on,
Vous veulle conduyre & tenir
En sa saincte protection!
Je feray supplicacion
Pour tous continuellement,
Item, ma bénédiction
Je vous donne au département.
Didier leur fuict la hénédielion et Hz s'en vont.
— 197 —
Le Cappitaine.
Seigneurs, partons légièrement,
Car les Wandres sont cy auprès.
Ciioiseul.
Dieu nous doint bon commancenient!
Grancey.
Je voys devant, venez après.
Le Cappitaine dit aux Bourgeons.
Sur la muraille vous tenez,
Vous & vous à vostre assemblée,
De la Cité garde prenez
Qu'on ne la surprengne d'amblée.
Lors ijssent de la Ville el Didier se mecl à genoulx.
Triciiastel.
J'apperçoy la première armée.
Vergier.
Il leur convient monstrer les dents.
Le Cappitaine.
Pour la foy digne <k bien famée,
Au nom de Dieu, frappons dedans.
Lors tirent avant. Cy descendent les Wandres,
Sarragot.
Je voy ung grant nombre de genz
Qui font sur nous une saillye.
Ysangrin.
Par noz Dieulx qui sont beaulx <k gents !
Je voy ung grant nombre de genz.
Godifer.
Il nouz fault eslre diligenz
De leur remonstrer leur folye.
Tartarin.
Je voy ung grant nombre de genz
Qui font sur nous une saillye.
— 198 -
Le premier Chevalier Alain.
Suz, aprochons la compaignye.
Le second Chevalier Alain.
Tresperçons targes <k esculz.
Le premier Chevalier Alain.
Tantost l'auront belle gaingnye.
Le second Chevalier Alain.
A mort ! à mort!
Le premier Chevalier Alain.
Vive Croscus !
Le Cappitaine.
s'avance et le premier Chevalier vient contre lui.
Wandres, mal soyez vous venus,
Jamais vous n'en retornerez.
// frappe.
Tenez, tenez, ces cops cornuz,
Je croy que mon bras sentirez.
Le premier Chevalier Alain.
Mauldit chrétien, vous en aurez,
Empoignez moi ce horyon
// le refrappe.
Grancey au second Chevalier Alain,
Payen, ce cop emporterez.
// frappe.
Le second Chevalier Alain.
Pluto vous doint aflliction!
// refrappe.
Le Bailly à Godifer,
Wandres, vuydez la région,
Paillard, mécréant, ydolatre.
// frappe.
— 199 —
GODIFEK.
Que la sanglante passion
Vous puist crevanter &. abatre !
// refrappe.
Choiseul à Tarlarin.
Vous serez battu plus que plâtre.
// frappe.
Tartarin.
Mais vous mesme, faulx adversaire.
// refrappe.
Vergier à Ysangrin.
Tenez, allez ailleurs combattre,
Payen incrédule & faussaire.
Il frappe.
Croscus.
Je croy que noz genz ont affaire,
Il les fault aller secourir.
Puis on se retrait.
Le Roy des Alainz.
Pourvoyons tost à cest affaire,
Paz ne les fault laisser morir.
Croscus.
Suz, galans, sans plus enquérir,
Frappez dedans à toute instance.
Le premier Satrappe.
Au nom des Dieux, j'y voys férir.
Le second Satrappe.
Et je m'en voys rompre la lance.
Lors s'aprochent.
Le Cappitaine.
Ha ! veescy toute la puissance,
Messeigneurs, entendez à vous.
— wo —
Triciiastel.
Mectez voz genz en ordonnance,
Cappitaine.
Lk Cappitaine.
Si faisons nous.
Vergier.
Veescy Croscus & ses genz tous,
Mes amys, soyons genz de fait.
Le Bailly.
Au nom de Dieu piteulx & doulx,
Monstrons leur couraige parfait.
Le Cappitaine.
Frappons sur ce premier cornet
Et s'il advient qu'ayons du pire,
.le feray sonner mon cornet
Afin que chascun se retire.
Lors se meslent les deux batailles et se combattent une
pièce, \mis le Cappitaine sonne un cor pour la retraite et dit
Grancey.
Grancey.
Hetirez-vous, francs combatans,
Car vées là le cornet qui sonne.
Le Bailly.
De pluz combatre il n'est pas temps,
Chascun soit seur de sa personne.
Le Cappitaine.
Retornez, je le vous ordonne,
Et nous qui avons fier courage,
Vous garderons par force bonne,
En monstrant aux payens visage.
Lors entrent en la Ville par ordonnance cl le Cappitaine
et aucuns principaux sont darrière et fout large à leurs (jens.
ri quant ils sont tous dans la Ville, ils ferment la parle.
— 201 -
Croscus.
0 faulx satellites, j'enraige
Quand vous les laissez esehapper.
Le premier Satrappe.
Ils ont leurs portes d'avantaige,
Et si l'ont raige île frapper.
Le Cappitaune.
Mes amis, il convient penser
De bien barrer sa fermeté,
Puis aux murs se fault amasser
Pour garder de chascun costé.
Le premier Bourgeoys.
Nous avons bonne volenté
De faire fort guet tout partout.
Le secoiNd Bourgeoys.
En nous n'a point de laschelé,
Nous avons bonne volenté.
Le tiers Bourgeoys.
J'ay jà des pierres à planté
Pour très bien deffendre à ce bout.
Le quart Bourgeoys.
Nous avons bonne volenté
De faire fort guet tout partout
Le Cappitaine.
Ho! guet?
La Guette.
Par Dieu, le sang me boult!
Le Cappitaine.
De quoy?
La Guette.
De grant crainte & de double.
Je voy ung ost qui contient moût
Et comprant la montaigne toute.
- 202 —
Le Cappitaine.
Espye, regarde Sa escoute,
Que ne soyons prins en sursault.
La Guette.
S'il est nul qui vers nous se boulle,
Que feray-je?
Le Cappitaine.
Sonne à l'assault.
La Guette.
Ho! jamaiz n'en viendra deffault,
Puizque vous me le commandez.
Cnoscus.
Noz ennemys sont reboutez
Et à nous gaingnié la place,
Nous sommes seurs de tous coslez,
N'y a Lengrois qui nous mefface.
Chascun de vous son losgis lace,
Chascun soit de tente garny,
Car je veul que devant leur face
Le siège soit cloz Sa mugni.
Le Roy des Alainz.
11 fault faire ung parc tout basty
De chayennes & de fort cliarroy,
D'artillerie bien sorty,
Pour éviter leur désarroy.
Croscus.
// cnje :
Tost à l'œuvre.
Le premier Satrappe.,
Très noble Roy,
Puisque c'est vostre volenté,
Tantost aurez, corne je croy,
Bon siège Sa bonne fermeté.
— 203 -
Le marchié sera cy plant é
Pour losgier les mestiers divers,
Puis nous ferons de ce costê
Noz entrées à nos boulevers.
Le second Satrappe.
Il failli aprester les marteaulx
Pour noz bombardes affuster,
Gros bouletz, pierres & carreaulx,
Propres à tirer & getter.
Il fault des taudiz charpenter,
Faire fosses, trancbiz & myries,
Et entre les paliz bouter
Courtaulx, couillarz, serpentines.
Le premier Chevalier Alain.
Suz, mectez suz les brigandines,
Pour achever ce qui est dit.
Durandal.
Par Jupiter qui fait les signes,
Je n'y mectz point de contredict.
Le second Chevalier Alain.
Il convient petit à petit,
Fermer le parc tout à l'entour.
Rustarin .
Ho ! puisque c'est vostre appétit,
Il sera fort comme une tour.
Maulvenu.
Trop avons esté de séjour,
Il se convient mectre à l'ouvraige.
Despiteulx.
Soit à la cuisine ou au four
Trop avons été de séjour.
Godifer.
Tu dis vray, Dieu te doint mauljour!
Tu en faiz bien ton personnaige.
- 204 —
Sarragot.
Trop avons esté de séjour,
Il se convient mectre à l'ouvrait^.
Tartaki.n.
Or, ça, <;à, çà, je ferai rage,
Si me veul me monstrer vaillant.
Ysangrin.
Pour assaillir ung mol fromage
Tu es hardi comme ung Roland.
Lors font leur parc cl siège cl assient leurs engins.
Pausa pour faire le parc.
Le Cappitaine parle à Didier.
Pasteur bénigne à advenant,
A qui ce pays est submis,
Nous revenons tout maintenant
De festyer nos ennemys.
Didier.
Dictes vous?
Le Cappitaine.
Ils ont siège mis
Au plus près de ceste Cité.
Didier.
Dieu qui conforte ses amys,
Nous gard' de leur iniquité!
Se nous avons affliction,
Il plaist à la divine Essence,
Pourtant en tribulacion
Nous fault armer de pacience,
Purgeons à toute diligence,
Péchez ou vices anormaulx,
Car la mauvaise conscience
Est souvent cause de tous maulx.
— 205 —
Pays qui voit devant son mur
Guerre qui le bat & corrompt,
Doit noter : quitquid patimur
Ut pciam meruerunt.
Pour ce que les péchez se font
Sans crainte de dampnacion,
Vient la guerre qui tout confond,
Par divine permission.
La Bible qui mecl, en main lieu,
Plusieurs exemples au propoz,
Dit : Quant le peuple servoit Dieu,
Il vivoit en paix & repoz ;
Mais sitost qu'il estoit encloz
En vice ou en transgression,
Tous biens luy estoient forcloz,
Et avoit désolacion.
Par péché vint le grant déluge
Qui toute la terre nya,
Quant, pour le seul mondain refuge,
Noël son arche édiffya.
Péché Sodome desnya
Et pervertit de bon régime,
Car Dieu contre eulx si obvya,
Et les fit confondre en abisme.
0 peuple de ceste Cité,
Et vous gens de mon Évesché,
Souvant vous ay admonnesté
De laisser ordure & péché.
Quiconques se sent empesché
D'orgueil, d'ingratitude ou d'ire,
Face qu'il en soit despesché,
Ainçoys que Dieu montre son ire.
— 206 —
Péché nuyt
Aux mauvays,
Jour & nuyt
Péché nuyt.
Il induyt
Pesant faiz,
Péché nuyt
Aux mauvays.
Si te requier, ô Créateur,
Soubz qui je me rends & incline,
Que tu soye consolateur
Du peuple qui tient la doctrine.
Permetz que ta grâce divine
Luy soit garde, conduicte <k chief,
Et s'il y doit avoir ruyne,
Tourne sur moy tout le meschief.
Mes gens doloreux
Veullez securir,
Et me fay pour eulx
Finer <k morir,
Je me veul offrir
S'il est nécessaire;
A tourment souffrir
Pour mon populaire.
Maria.
0 Dieu, piteux ô. débonnaire,
Qui la machine circulaire
Fondas d'ung seul commandement,
Je te vien péticion faire
Pour le pesant ck dur affaire
Que Didier a présentement
— 207 —
Wandres, plains de forcènement,
L'ont assiégé cruellement,
Voulans la loi adnichieller.
Mon Dieu, je te prye humblement
Que d'aucung resioussement
Tu veulles son cueur consoler.
Croscus ydolatre,
Plain de grant folye,
Venlt par force
Sa Cité jolye.
Voy la maladie,
Dispose du fait,
Mais, quoy que je dye,
Ton plaisir soit fait.
Deus.
Bien sçay que Didier est parfait
Quant aux euvres de charité,
Et n'a aussi nul bien forfait
Es habitans de sa Cité.
Ceste guerre ou adversité
Purgera tout s'il y a rien,
Et exaltera la bonté
Du bon Prélat que j'ayme bien.
Par éternelle providence
L'ay volu porvoir & eslire,
Pour l'eslever à l'excellence
De la coronne de martire.
Item, je sçay bien qu'il désire
Son corps pour moy sacrifier,
Si le veul en mon hault empire
Par ce moyen glorifier.
— -208 —
Croscus, le payen wanclalicque,
Sera cause & occasion
D'augmenter sa gloire auclenticque
Par glaive & par occision.
Adversité preuve le bon,
El donne aux pécheurs médicine,
Ne plus ne moins que le charbon,
L'ung métal purge & l'aullre affine.
Guerre ou mauvaiz temps
Le bon preuvera,
Et les repentans
Du tout purgera.
L'ung en recepvra
Exaltacion,
Et l'aullre en aura
Sa purgacion.
Quant à Didier, je luy ordonne
Double couronne d'excellence,
Et au peuple ma gloire donne,
S'il meurt pour ma foy & créance.
Je n'auray plus réminiscence
D'aucun vice ou transgression,
Car je purge la conscience
Par feu de tribulacion.
Le Fol.
J'ay une imaginacion
Qui en la teste me repose,
Vous en orrez mon loppyon
Tantost, si je le vous propose.
Le diray-jc ? Parbleu je n'ose,
Au fort vous y prandrez delict.
Par mon âme ! c'est bien grant chose
S'ung cheval couche en ung lict,
— 209 —
Yées là ce coquart qui en rit
Comme il feroit d'une folye.
Sçavez-vous point qui me nourrit ?
Ce fait fouyr mélancolye.
Venez ça, Gérarde, ma mye,
Enco, enco, se disoit elle.
Elle est gorgiasse n'est mye,
Ghascun n'en a pas une telle.
Lucifer.
0 poison pire que mortelle,
Me ferez vous crever le cueur ?
0 poison pire que mortelle,
Qui me tient en telle tutelle
Que je n'ay force ne vigueur.
Envieuse & faulce querelle,
Plus putte que n'est maquerelle,
Trop me plaint de vostre rigueur.
Où est Satham, mon gouverneur,
Qu'il ne vient cy quand je l'appelle ?
0 folle infernalle fureur,
Dyables plains de toute cautelle,
Me ferez vous crever le cueur?
Satham.
Vous cryez que c'est grant orreur,
Je ne sçay quel dyable il vous fault.
Astaroth.
Mauldit prince de toute erreur,
Vous cryez que c'est grant orreur.
Lucifer.
Bailler vous veul crainte & terreur.
Astaroth.
Fault il pourtant cryer si hault.
u
— 210 —
Bélyal.
Vous cryez que c'est graiit orreur,
Je ne sçay quel dyable il vous fault.
Lucifer.
Je raille icy sur mon cbaffault,
Je fiers, je frappe, je tempesle,
El si n'est nul qui face ung sault
Devant ma merveilleuse teste.
Satiiam.
Ha ! nostre fait est très honneste,
Enfer aura beaucoup de biens,
Car nous avons esmeu la feste
Entre Croscus oc les chrétiens.
ASTAROTH.
Alains, Wandres & forts payens
Ont devant Lengres siège mis,
Pour destruyre ceulx de céans,
Comme leurs mortels ennemys.
Bélial.
L'Evesque Didier est assiz
Et est porsuyvy si très fort
Que pour mil marcs d'or massiz
Il n'échapperoit pas de mort.
Léviatiiam.
Il n'y aura jamais accord
S'il ne change loy ov créance,
Tout sera mis à desconfort
Par nostre bonne provéance.
Belphégor.
Combien que Lengres ait puissance
De Barons ce de Chevaliers,
Si morront ils à desplaisance,
Tant les clercs que les séculiers.
— 211 —
Cerbérus.
Vous qui allez sur les sentiers
Bcsongnez de bonne manière,
J'alumeray en demantiers
Le feu dessoubz la grant chauldière,
Lucifer.
Il fault ce Didier mectre en bière
Et son peuple pareillement,.
Ceste opéracion première
Meclez à fin présentement.
Je vous enjoinctz secondement
Quant les Wandres auront fait guerre,
Qu'ils soient mis à dampnement,
Mutilez & ruez par terre.
Satiiam.
Bien petit gain povons acquerre
Sur les Lengroys, je le sçai bien,
Si fault-il leur dommage querre
Pour Didier qui fait trop de bien.
Astaroth.
S'il augmente le nom chrétien
Longuement, par faictz & par dictz,
Nostre enfer ne gaignera rien,
Car tout ira en paradis.
Bélial.
Ses citoyens, grans & petis,
Sont si très bien endoctrinez
Que, si nous ne sommes soubtilz,
Jamais ilz ne seront dampnez.
Léviatham.
Ils ont espoir d'estre saulvez,
Moyennant ceste affliction,
Car puisqu'ilz sont ung peu grevez,
Dieu leur fera remission.
212
Belphégor.
Bien sçay qu'ils ont intencion
De tenir la foy catholicque,
Ne pour quelconque oppression,
Ne prandront la foy paganicque.
Cerbérus.
Si fault-il que de mort inicque
Croscus les face tous flner,
Et puis pour ce fait tyrannicque
Les Wandres pourrez amener.
Lucifer.
Matins, fault-il tant sermonner,
Et toy, Satham, beste endormye,
Que ne fais-tu l'assaull donner
Contre Lengres nostre ennemye ?
Satham.
Je m'en y voys bon gré, ma vye!
Tantost en verrez l'apparence.
Lucifer.
Vas esmouvoir ire & envye.
Satham.
Je m'en y voys bon gré, ma vye !
Astaroth.
Puizque Lucifer t'y convye,
Il t'y fault faire diligence.
Satham.
Je m'en y vois bon gré, ma vye !
Tantost en verrez l'apparence.
Bélial.
Maynne moy pour faire assistance,
Ta cause n'en vauldra que mieulx.
Astaroth.
Mais moy qui de toute science
Suys plain cv t'arcy jusque aux yeulx.
— 213 —
Satham.
Çà, je vous menray en tous lieux,
Puisque de malice estes plains,
Ceulx-ci tempteront les plus vieulx
Tant des Wandres que des Alains.
Bélial.
Alons m'en, par mons <k par plains,
Faire rage de noz deux mains
Pour ceste bataille eschauffer.
Lucifer.
Or, allez, de par Lucifer!
ASTAROTH.
Nous allons semer zizanie
Sur Croscus <x sur sa maignie
Pour repeupler tout nostre enfer.
Cerbérus.
Or, allez, de par Lucifer!
Satham.
Pour achever ceste besoingne
Congé prenons de votre troingne,
A ceste foys nous ferons fer.
Lucifer.
Or, allez, de par Lucifer!
Lors s'en vont Satham et Aslarolh parler à Croscus et Bel-
phégor et Léviatham vont faire les manières aux gens du Roy
des Alains et des aullres personnages.
Didier, à genoulx.
Dieu éternel qui tout sçeus ordonner
Et gouverner par loy inénarrable,
Ton plaisir soit noz vices pardonner,
Et nous donner force de répugner
— 214 —
Ou expugner Croscus insaturable.
Sa loy dampnable & secte misérable,
Non convenable à bons loyaulx chrétiens,
Répudions, nous qui sommes tous tiens.
Mais se ta justice
Veult à ce propoz
Corriger le vice
Des mauvais suppoz,
Fay sur moy l'impost
D'annuy rigoreux,
Et laisse en repoz
Mon peuple amoreux.
S'ilz ont aucune foys forfait,
Pourtant n'ont pas cueur endurcy,
Mais requcrent pardon du fait
Et se mectent en ta marcy.
Mon Dieu, efface leur soucy,
Garde les de toute insolence,
Combien que je remectz cecy
A la discrète providence.
Le Cappitaine.
Pasteur plain de bénévolance,
Il seroit bon de visiter
Voz gens qui font grant diligence
De garder <k de résister.
Didier.
Je les veul aller exhorter
De vivre & morir en la foy,
Et si les vueul reconforter.
Va lier, venez avecque moy.
Lors s'en va vers les murs.
— 215 —
Le Fol.
Je suis plus aise 'que le Roy,
Sans soing & sans mélancolye.
Je ne puis parler quant je boy,
Cela me vient-il de folye?
Estes-vous là, Margot, ma mye?
Vous faictes fort de la grimace.
Ha! je \ous vois bien chiche lace,
Avec le gentil Pirdouy.
J'ay le pulmon tout resjoy
Par force de manger moustarde.
Ho ! je cuyde que j'ay ouy
Bouter le fer en la bombarde.
Didier.
Cy parle aux Bourgeoys.
Mes enffans, faictes bonne garde,
Car le besoing nous presse fort,
Et Dieu qui ses amys regarde,
S'il luy plait, vous donra confort.
Gardez que pour aucun effort
La saincte Foy ne vyolez,
Et s'il en fault recevoir mort,
En gloire serez consolez.
Le premier Bourgeoys.
Monseigneur, puisque vous le voulez,
La muraille bien garderons,
Et nostre loy ne delairons
Pour estre prins à décolez.
Le second Bourgeoys.
Combien que soyons désolez,
Touleffoys nous résisterons.
Monseigneur, puisque le voulez,
La muraille bien garderons.
— 216 —
Le tiens Bourgeoys.
Se maulditz payenz avolez "
Cuydent monter par eschiellons,
Nous leur trairons de telz raillons
Qu'enfin seront tous affolez.
Le quart Bourgeoys.
Monseigneur, puisque le voulez,
La muraille bien garderons,
Et nostre loy ne délairons
Pour estre prins & décolez.
Didier.
Jhésu Crist, comme vous sçavez,
Pour nous a souffert passion,
Ainsin, mes amys, vous debvez
Pour luy soffrir affliction.
Posé qu'on face occision
D'entre vous, jeunes & anciens,
Encoir, sans comparacion,
A Dieu plus soffert pour les siens.
Le Bailly.
Mous voulons estre bons chrétiens
Et en la Foy vivre & morir.
Dieu qui cognoist tous nos maintiens
Est puissant pour nous secourir.
Pansa.
Honorius, Empereur de Romme.
Les Wandres sont issuz de leur conlrée
Pour usurper régions transalpines,
Et ont déjà si grant force montrée
Que si bref n'est leur fureur rencontrée,
Romme y perdra ses tribulz & propines
En leur ostanl tentes & municipes,
Car il fait bon obvyer aux principes.
— 247 -
Le hault Marien,
Bras de mon empire,
Est grant terrien
Pour les desconfire.
Je luy veul rescripre,
Par briefz & cédules,
Que livre à martyre
Wandres incrédules.
Le Consul.
Haulte puissance impératoire
De circuité mondial,
Il est à tout homme notoire
Que Marien est très léal,
Il est traitable & cordial
Vers voz suppotz & bons amys,
Il est ouvrier spécial
De rebouter les ennemys.
Le Tribun.
Marien a tant de vertus
Qu'il n'est homme qui s'en sçeut taire.
C'est Quintilius ou Torquatus
En discipline militaire.
Il est preu comme un sagittaire,
Comme Jurgutte ou Atorbal,
Sa grant proesse je compare
A Scypion ou Hannibal.
Honorius.
Chascun son entreprise
Prise,
Car tout par efficasse
Casse,
Par luy est voye esquise
Quise,
— 218 —
Qui bien à sa devise
Vise,
Tout homme en brefve espace
Passe,
Si veul que voir sa face
Face,
En armant gens confines
Fines,
De bonnes brigandines
Dignes.
Bien loist que par armes bellicques
11 maintienne en prospérité
Toutes les régions gallicques
Qui sont de grant nobilité.
Singulièrement la cité
De Lengres notable <k haultainne.
Car elle a bonne affinité
A nostre nacion romainne.
Et pour ce que j'ay entendu
Que les Wandres y font grant guerre
Dont pourroit estre confondu
Le saint Evesque de la terre.
Il convient qu'on aille grant erre
Ces tirans faire desloger,
Leur ost dépréder &. conquérir,
Pour le sang des chrétiens vanger.
Le Consul.
Si fort les voulons dommager,
Sachez, puissant Impérateur,
Que debvez ce fait en charger
A Marien le sénateur.
— 219 -
Le Tribun.
Il est homme de grant valeur,
Il est fort & victorieux
Et ne sçaurez trouver meilleur
Soubz vostre empire glorieux.
Honorius.
Çà, messagier gent & joyeux.
Vers Marien te fault aller
Luy dire qu'il soit curieux
De ces Wandres adnichiller.
Puisqu'ils veullent suppéditer
Nos sacremens évangélicques,
ïl les convient persécuter
Comme tirans à héréticques
Va luy présenter ceste lettre,
Laquelle je te charge <k baille,
Car j'y ay fait escripre à. mectre
La chose de ceste bataille.
Lors luy baille ung mandement.
Diligent, messagier.
Puisque commandez que j'y aille,
Haultain Prince & bras séculier,
Vous n'avez garde que j'y faille,
Mais suis pretz comme ung chandelier.
Le Consul.
Pense de ce faict exploicter,
Car il touche le bien publicque.
Le Tribun.
Traverse à coup tout le quartier
De la région ytalicque.
Diligent.
Où est la personne auctenticque
De Marien que je demande ?
- 220 —
Le Consul.
En Arles, la cité anticque,
Préside & tient tout en commande.
Honomus.
Ce fait cyje te recommande.
Diligent.
.l'entend le caz, adieu vous dis.
Le Tribun.
Pour ce que la matière est grande.
Ce fait cy je te recommande.
Diligent.
Je luy diray ce qu'on luy mande,
S'il plaist à Dieu de Paradis.
Le Consul.
Ce fait cy je te recommande.
Diligent.
.l'entend le caz, adieu vous dis.
Honorius.
Tien là, je te donne bon pris,
Va, si besongne à mon plaisir.
L'Empereur luy baille une poignée d'argent.
Diligent.
Hault Prince, où tous biens sont comprins,
Je vous feray voslre plaisir.
Lors le Messagier s'en va déambuler une espace sur les rendz '
cl puis se retraicl en certain lieu jusqu'après l'inhumacion de
Didier qu'il ira parler à Marien en Arles cl perfornira son
messaige corne il est escript cy aprèz.
Sathani et ses deux compagnons viennent ici parler au roy
Croscus. Satham à Croscus.
Croscus, je te viens advertir
De pervertir
Lengres, la très forte cité.
Fav Didier de tout convertir
— 221 —
Et divertir
A ta loy & crédulité,
Ou sinon soit exécuté
Par grant fierté,
Luy & toute sa kyrielle,
N'y ait chrétien nul excepté
Ne supporté,
Tant soit jeune, masle ou femelle.
Astaroth.
Maintien la querelle
Des Dieux & Déesses.
Bélyal.
De ta loy moût belle
Maintien la querelle.
Astaroth.
N'espargne tournelle,
Murs ne forteresses.
Bélyal.
Maintien la querelle
Des Dieux & Déesses.
Croscus.
0 mille divines Haultesses
Qui gouvernez les élémens,
Je remarcie voz humblesses
De tous ces advertissemens.
0 Mars, Dieu des tournoyemens,
Bacchus, producteur de vendanges,
Cérès, Déesse des fromens,
Je vous rends cent mil louanges !
Tost, satrappes & millénaires,
Esquelz il n'y a que recouldre,
Satellites & picquenaires,
Qui sçavez ung harnoiz descouldre.
— -2-22 —
Deffonsez ces tonneaulx de pouldre,
AfTustez nostre arlillerye,
Si tirez aussi dru que fouldre
Pour commancer la batterie.
Le premier Satrappe.
Suz, galanz, suz, à la trairye
Ung chascun face bonne myne.
Le second Satrappe.
Qu'il n'y ait homme qui varie
Car assez advons pouldre fine.
Tartarin.
J'ay jà chargé ma serpentine
Pour gecter gros coups évidens.
Ysangrin.
Et j'ay chargé ma couleuvrine
Si voy bouter le feu dedanz.
Lors chascun fait semblant de besogner tant aux basions
corne aux traicts à la pouldre et au feu.
La Guette.
Alarme, alarme, bonnes gens,
Car les payens que nous doublons
S'approchent comme diligens
Pour tirer de leurs gros bastons.
Le premier Bourgeoys.
Il fault que nous les reboutons
Par bien deffendre et par tirer.
Le second Bourgeoys.
N'espargnons faces ne mentons,
Il fault que nous les reboutons.
Le tiers Bourgeoys.
Chargeons le traict & ajustons,
Et puiz les faisons retirer.
— 223 —
Le ouart Bourgeoys.
Il fault que nous les reboutons
Par bien deflendre ex par tirer.
Icy est bon que ceulx de la Ville gcclcnl aucunz coups de
basions à feu cl paiz Didier dira :
Didier.
Je croy qu'il serait bon d'aler
Aux crenaux dessus la muraille,
Pour gracieusement parler
A ceulx qui nous livrent bataille.
Valier.
Ainçoys que la Ville on assaille,
Remonstrez leur ceste insolence.
Didier.
S'il est monicion qui vaille,
J'en feray toute diligence.
Lors monte sur la muraille el parle haultemenl aux Wandres.
Croscus, donnez moy audience
Et escoutez deux motz ou trois,
Nous tenons la foy & crédence
De Jhcsu Crist, le Roy des Roys,
Ne nous faictes plus de desroys,
Craindez la divine Puissance,
Car celluy qui morut en croix
Pourra de vous prendre vengence.
Le second Satrappe.
Tirez, tirez à toute instance,
En despit de son hault quaquet.
Tartarin.
Veull-il faire sa remonstrance ?
Ysangrin.
Il y trouvera peu d'aquest.
Adone tirent aucunes serpentines ou couleuvrines et ceulx
de Lengres gectent pierres el aultres traits.
— 224 —
Le premier Bourgeoys.
Je feray cueillir le muguet
A ce Wandre qui si fort tire.
La Guette.
Gectez, gectez, je fay hou guet.
Soit gecté ung cop de chascun costé et puix dicl;
Le second Bourgeoys.
Déà ! on nous respond tire a tire.
Godifer.
Je vous feray soffrir martyre,
Chrétiens infâmes & mauldits.
Le Bailly.
Ne vous chaille, laissez le dire,
C'est peu de chose que ses dictz.
Le second Bourgeoys.
Tirons danguiz gros & petiz.
Le tiers Bourgeoys.
Pour Dieu ! laissons les reculer.
Le quart Bourgeoys.
Nous ne sommes pas apprentiz
De tirer genz & aflbller.
Soit (jcclé ung cop de la Ville.
Sar ragot.
Chrestiens, je vous feray baler.
Voulez vous maintenant hoingner?
Le Cappitaine.
Ne vous chaille de leur parlée.
Le Père Valier.
Peu parler à bien besongner.
DURANDAL.
Il nous fault ceste tour gaingnier,
Car elle nous voit de trop hault.
A donc tirent contre la tour où est la Guette et y font de
gratis pertuifs.
- 225 -
RUSTARIN.
Tirez contre sans espargner,
Elle est percée autant vault.
La Guette.
Ha! Sangbieu! Comment on m'assault.
Pleut à Dieu que je fusse juz!
Maulvenu.
Faiz-tu lassuz du papegault?
Je te feray pisser verjuz.
La Guet le s'enfuyl.
Le Cappitaine.
Où vas-tu?
La Guette.
Je n'y seray pluz.
Le Cappitaine.
D'où te vient ceste oppinion ?
La Guette.
Ces faulx payens sont résolulz
D'abattre mon tugurion.
Le Bailly.
Tu es couhard comme ung larron.
Le Père Valier.
Ne t'oses-tu tirer avant ?
La Guette.
Je me tiendray à ce quarron
Et feray guet comme devant.
Lors se boule en quelque aultre lieu.
Le premier Satrappe.
Or, tirez, tirez maintenant
Puisqu'il plaisl à Croscus le roy.
Vo
— -22G —
Le second Satrappe.
Deux ou trois coups loul d'ung tenant
Habillement.
Ysangrin.
Vées là de quoy.
Icy soit gccté un cop par les Wàndres par Ysangrin.
Sarragot.
Rend-toy, chrestien, laisse ta loy
Et renoye ton Jhésu Crist.
Durandal.
Mest teste aux crénaulx.
RUSTARIX.
Parle à moy.
Maulvenu.
Rend-toy, chrestien, laisse ta loy.
Le quart Bourgeoys.
Yeescy ung merveilleux desroy.
Despiteulx.
Rz mourront tous.
DlRANDAL.
R en est fait.
RUSTARIN.
Rend-toy, chrestien.
Maulvenu.
Laisse ta loy.
Despiteux.
Et renoye ton Jhésu Crist.
Didier.
Mon peuple sera desconfit
Et aura d'ennuy plénitude,
Si Dieu qui tout le monde fit,
Ne garit son amaritude.
Oratiu.
— 227 —
0 Créateur,
0 digne Celsitude,
Ilault plasinateur,
Glère Béatitude,
Roy souverain,
Précelse Trinité,
Tu es facteur
De céleste habitude,
Et rédempteur
De toute multitude,
Du gendre humain
Miroir de purité.
Croscus haultain,
Ce Wandre redoublé,
Très inhumain,
Plain de crudélité,
Nous veult grever,
Nous veult mener grant guerre,
Estends ta main,
Rebote sa fierté,
Tost & soudain
Eslargi ta bonté,
Pour nous saulver
En cardant ceste terre.
Mais quelque oroison que je lace,
Je proteste &. ay protesté
Que je ne veul courcer ta face
N'aler contre ta volonté.
Maria.
0 divigne Bénignité,
Bénigne Gracieuseté,
— 228 —
Gracieuse <k clère Haultesse,
Hault Soleil, plain de dignité,
Très digne Singularité,
Singulier Trésor de richesses,
Riche Ruhis, puys de Noblesse,
Noble Fontaine de largesse,
Large Sentier d'humilité,
Yeullez donner joye & lyesse
A Didier qu'on assault & blesse
Par wandalicquc iniquité.
Deus.
Le propre terme est limité
Qu'il doit passion endurer,
Son lieu en gloire est apresté
Auquel je le veul honorer,
Paradiz luy veul conférer,
Triumphe & perdurable empyre,
Et la saincte âme décorer
De la coronne de martyre.
Le Tirant décoler fera
Didier qui mon nom ayme & prise,
Maiz, par miracle, il recepvra
Son chef pour porter à l'église,
Quant le bourreau cela verra
Il perdra sens & bonne guise,
Car sang & cerveau répandra
En hurlant à la pierre bise.
Léal ministre Michael
Et Gabriel qui bien servez,
Uriel & vous Raphaël
Qui mon pouvoir appercevez,
— 229 —
Allez embas <k confortez
Didier quy est en grant socy,
Quant temps sera l'âme apportez,
Et des aultres martyrs aussy.
Miciiael.
Voslre divin commandement
Acomplirons sans plus actendre.
Gabriel.
Faire voulons incessamment
Vostre divin commandement.
Raphaël.
Roy régnant perdurablement,
Nous sommes tous pretz d'y entendre.
Uriel.
Vostre divin commandement
Accomplirons sans plus actendre.
Le Roy des Alainz.
Sire Croscus, se voulez tendre
A ceste ville conquester,
Maintenant povez faire prendre
Vos eschielles pour y monter.
On peult maintenant regarder
La muraille fort abatue,
Et pourtant n'avons que tarder
D'assaillir tout d'une venue.
Croscus.
Or çà, que chascun s'évertue
D'entrer dedans à grant puissance,
Mais je veul que tous ceulx on tue
Qui ne prandront nostre créance.
Pour vieillesse ne pour enfance
N'y ait homme nul supporté,
S'ils ne nous font obéissance
En délaissant la chrétienté.
- 230 —
Tost-Venu, tu as escouté
Mon veul & mon intention,
Et pourtant soyes apresté
D'en l'aire proclamacion.
Tost-Venu,
Haultaine domination
Qui à triumphe contendez,
Sans prétendre excusacion
Voys faire ce que commandez.
Lors fait le crtj à son de trompe.
Oyez, Seigneurs, oc entendez!
Croscus vous fait commandement
Qu'à la muraille vous rendez
Pour la gaingner totalement.
Entrez dedans lesgièrement,
Tuez tout sans rien excepter,
Sinon ceulx qui dévotement
Youldront nostre loy accepter.
Le premier Satrappe.
Sus, galans, il fault apporter
Eschielles, picques à marteaulx.
Le second Satrappe.
Or, tost, tost, il se fault haster
De gripper à mont ces crénaulx.
Le premier Chevalier Alain.
Veescy des cordes par monceaulx
Qui ont des bons crochets de fer.
Le second Chevalier Alain.
Entre voz gendarmes nouveaulx
Il vous fault icy eschauffer.
Godifer.
Convient-il à force monter,
ISe nous fait-on autre ouverture?
— 234 —
Tartarin.
Il n'y a point de cul frotté,
Il se fault mectre à l'avanture.
Sarragot.
Ces Lengrois nous font grant injure
Quant ilz ne nous veullent ouvrir.
YsANGRIN.
Par le dieu Jupin, je vous jure
Que j'en fera y cinq cens morir.
Lors clwrgcnl eschielles, cordes, barreaulx, etc.
La Guette cryc :
Pour Dieu, ne veullez pas faillir
A bien deffendre ceste Ville,
Car tout l'osl nous vient assaillir
Et sont plus de quatre vingt mille.
Le Cappitalne.
lion Pas, il te fault estre habille
D'aller quérir les Chevaliers.
Bon Pas.
J'y vois, car il me semble utile
De faire armer genz par milliers.
La Bourgeoyse.
Les Wandres qui sont coutumiers
De faire toute tyrannye,
Nous veullent prendre prisonniers
Ou tuer par grant félonnye.
La très doulce vierge Marie
"Veulle obvyer à l'entreprinse!
Car il est fin de nostre vye
S'il fault que la Ville soit prisse.
La Femme grosse.
Hélas! hélas! je meurs de crainte
Qu'on ne me face desplaisir,
— 232 —
Car je me sens grosse & ensaincte,
Tantost sur le point de gésir.
Vray Dieu! où pourrai-je courir?
Que feray-je moy, pouvre femme?
Me fault-il finer & morir
Sans que mon fruyt ait baptesme ?
La Norrice tenant un g enfant.
Et moy qui norriz mon beau filz
Qui est petit & de jeune aage,
Je doys bien rendre pleurs confitz
En plainte & en dur langaige.
0 mon tendre enfant, te verray-je
Mutiler en douleur amère?
Wandres, plains de maulvais couraige,
Laissez l'enfant, prenez la mère.
La Bourgeoyse.
Certes la chose est toute elère
Qu'ils nous viennent l'assault donner.
La Grosse.
Conseillez nous, belle commère,
Comment nous devons gouverner.
La Bourgeoyse.
Portons des pierres pour gecter,
S servirons de quelque chose.
La Norrice.
Affin de noz gens conforter,
Portonz des pierres pour gecler.
La Bourgeoyse.
J'en veul plein ce beuchin porter.
La Grosse.
J'ay bien ce vouloir, mais je n'ose.
La Norrice.
Portons des pierres pour gecter,
Si servirons de quelque chose.
— 233 —
Bon Pas, messagier.
Seigneurs, je vous dis & propose
Que bientost venir vous en fault,
Car l'ost des Wandres se dispose
De nous livrer cruel assault.
Grancey.
Par celluy qui tout sçeit <k vault,
Nous y ferons nostre debvoir.
Se j'ay des coups, il ne m'en chault.
J'en feray aussi recepvoir
Choiseul.
Puisqu'on nous le fait assavoir,
C'est raison que nous y allons,
Ces payens, plains de non sçavoir,
A nostre povoir affolons.
Trichastel .
Bon Pas, sachez que nous irons
Voir si la Ville on assauldra,
Et si très bien nous conduyrons,
Que tout le fait mieulx en vauldra.
Vergier.
Chascun de nous s'y trouvera
Pour la loy de Dieu maintenir.
Or çà, galans, on cognoistra
Cornent vous sçavez contenir.
Le premier Escuyer.
Afin de la gloire acquérir,
En soubslenant foy catholicque,
Je veult rebouter & férir
Geste puissance wandalicque.
Le second Escuyer.
Puizqu'ils ont pouvoir tant inicque,
Tant infidelle à tant pervers,
— 234 —
Il fault que leur bras tyrannicque
Faisons tresbucher à revers.
Le tiers Escuyer.
Je jetteray caillouz amers
De ma foudre forte &. diverse,
Frappans à tort à à travers
Leur teste &. leur face perverse.
Le quart Escuyer.
Pour dommager parlye adverse,
Telle boisson leur veul verser,
Que les plus grans à la renverse
Feray tresbucher & verser.
Le Coustillier.
Ha! si je peusse traverser
Où leur ost estre conversant,
J'en feroys à terre verser
Plus de cinq cens en traversant.
L'Archier.
Il faut tout estre reversant
Ou les tirer perversement,
Et se nostre cas va versant,
Relevons nous diversement.
Le Crenequinier.
Deffendons Lengres vaillamment,
D'arbalestes & crenequins,
Tuons Wandres abondamment,
Car ils vaillent pis que Turquins.
Le Colovrinier.
Harquebuches, ribaudequins,
Bonnes couleuvrines à main,
Veul desployer sur ces coquins,
Qui respandent le sang humain.
— 235 —
Choiseul parle à Didier.
Très cher Seigneur, il est certain
Qu'on nous vient assaillir de fait.
Se Dieu triumphant & haultain
Ne nous secourt, tout est défiait.
Trichastel parle à Didier.
Requérez luy, de cueur parfait,
Qu'il nous veulle donner puissance
De rebouter ce Wandre infait,
Piain d'orgueil & d'oultrecuydance.
Didier.
Nobles Seigneurs de grant vaillance,
Je vous rends cent mil niarciz,
Quant exposez corps & chevance
Pour mon peuple qui est assiz,
Si veul prier au crucifix
L'argileur d'éternelle gloire
Que Wandres soyent desconfitz
Et vous en ayez la victoire.
C'est pour la foy noble &: grande
Qu'entreprenez ceste action,
Et pourtant je vous recommande
Ma querelle <k deffension.
Deux motz de bénédiction
Vous donray à la bien allée.
Et si feray oracion
Pour toute la noble assemblée.
Lors fait la bénédiction solennelle aux Barons et aullres,
puis vont à l'assault.
Granceï.
Tost, tost, alons à la meslée
Pour rebouter nos ennemvs.
— 236 —
Vergier.
Il leur faull desnyer rentrée,
Tost, tost, alons à la meslée.
Choiseul.
Adieu, Pasteur de renommée.
Didier.
Or, alez, adieu mes amys.
Trichastel.
Tost, tost, alons à la meslée
Pour rebouter nos ennemys.
Adonc s'en partent cl Didier se mecl à genoulx et 07'ando
dicit :
Didier.
0 Créateur plain de biens infiniz,
Qui tout produitz en temps & en saison,
Qui guerre & paix permects et deffiniz,
Dont les humains ignorent la raison,
Sennacherib, plain de grant mesprison,
Tu reboutas miraculeusement,
Veullez aussy préserver ma maison
Et tous mes gens d'avoir encombrement.
Les anges parlent à Didier.
MlCHAEL.
0 Pasteur ! qui vis sainctement
En vertuz à dévocion,
Nous venons cy présentement
Toy donner consolacion.
Gabriel.
La divine provision
Veult glorifier ta personne,
Car par endurer passion
Tu auras des cielz la coronne.
Les anges s'inclinent.
— 237 —
Didier.
Au Rédempteur qui tous biens donne,
Je doy louange pronuncer,
Quant ceste nouvelle très bonne
Me fait à ceste heure noncer.
Mon Dieu qui tant es bon & chier,
Que nul ne le sceit savorer,
Pour la saincte loy renonchier
Je veul bien tonnent endurer.
Tu as pour moy ton corps offert
Aficher en croix & estandre,
Tu as pour mon bien tant souffert,
Que jamais ne te le puis rendre.
Plaise toy recepvoir 6c prandre
Le sacrifice de mon corps,
Soyez aussi, sans plus attendre,
A mon cueur miséricors.
Valier, mon fils, tu dois sçavoir
Qu'il plait à Dieu moy recepvoir
Par martire & peinne cruelle.
Valier.
Hélas! veesci dure nouvelle.
Didier.
Puizque je suis à mon optât,
Je te recommande Testât
De Lengres, la cité très belle.
Valier.
Hélas! veesci dure nouvelle.
Didier.
Valier, mon amy bon à beau,
Pour Dieu veille sur ce tropeau
Et le garde d'euvre infidelle.
— 238 —
Valier.
Hélas! veesci dure novelle.
Toute ma douleur renouvelle
Pour ce piteulx trespassement.
Didier.
Je mectz en ta garde & tutelle
Mon diocèse entièrement.
Valier.
Hélas! mon povre entendement
N'est pas de telle chose capable.
Didier.
Si tu sers Dieu dévotement
Rien ne te peult estre grevable.
Croscus.
Despeschez-vous, de par le dyable !
Commencez tost à assaillir,
Brisez ce mur inexpugnable
Et vous gardez bien de faillyr.
Le Roy des Alain z.
Il fault ruer, tuer, férir,
Eschielles monter & griper,
Faire les ennemys morir,
Si vous le povez agriper.
Le premier Satrappe.
Vous verrez de beaulx cops douer.
Le second Satrappe.
Vous y verrez faire maint sault.
Groscus.
Faicles ces instruments sonner.
Le Satrappe.
Trompette, sonnez à l'assault.
Lors on sonne et on commancc Vassaull.
— 239 —
Le Cappitaine.
A ceste heure montrer se fault,
On nous assault de tous cousiez.
Le Bailly.
Gardons les bien de monter hault.
Grancey.
A cesie heure monstrer se fault.
Ciioiseul.
Ung chascun soit hardi ôc hault.
Trichastel.
Ces Wandr.es soyent rehoutez.
Vergier.
A ceste heure monstrer se fault.
Le Père Yalier.
On nous assault de tjus coustez.
Le premier Satrappe,
Montez, ribaudaiile, montez.
Le second Satrappe.
Gripez, tuez, rompez, froissez.
Font semblant de monter.
RUSTARIN.
Nos ennemys seront mactez.
Le premier Chevalier Alain,
Montez, ribaudaiile, montez.
Durandal.
J'y seray tanlost, n'en doubtez.
Despiteulx.
J'ay jà les membres tous blessez.
Le second Chevalier Alain.
Montez, ribaudaiile, montez.
Le premier Chevalier Alain.
Gripez, tuez.
Le second Chevalier Alain.
Rompez, froissez.
— 240 —
Croscus.
S'aultrement ne vous avancez,
Par ma loy, je vous l'eray pendre.
Le Roy des Alainz.
Il fault que levez à dressez
Vos eschielles.
Ceulx de la Ville les reboutent.
Malvenu.
J'y veul entendre.
GODIFER.
Ha! chrestiens, je vous feray rendre.
Estes vous là où je vous voy.
LE PREMIER BoURGEOYS.
Waudre, je te feray descendre
Si tu t'aprouche près de moy.
Tartarin.
Rendez- vous.
Cij sont à demi montez.
Sarragot.
Laissez vostre loy.
YSANGRIN.
Chrestiens, si vous ne vous rendez,
Vous serez tous appréhendez
Et escoirchiez par grant desroy,
Rendez-vous.
Rustarin.
Laissez vostre 4oy.
Le premier Chevalier Alain.
Par Jupiter qui me nourit,
Vous rengnyerez Jhésu Crist,
Ou je vous donray un effroy.
Rendez-vous.
Le second Chevalier Alain.
Laissez vostre lov.
— 241 -
Durand al.
Maulgré vos, dans nous monterons.
Despiteulx.
Traite Lengrois, nous vous aurons.
Rustarin.
Amont.
Malvenu.
Je m'en vois après toy.
Rustarin.
Rendez vous.
Malvenu.
Laissez vostre loy.
Le second Bourgeoys.
Çà, des pierres.
Lors femmes appointent pierres.
La Norrice.
Vecy de quoy
Gecter sur ces mauldicz payens.
La Grosse.
Chascun face corne pour soy.
Le tiers Bourgeoys.
Çà, des pierres.
La Grosse.
Vecy de quoy.
La Bourgeoyse.
Pour Dieu ! combatez pour la foy,
Et gardez qu'ils n'entrent céans.
Tartarin.
Lengrois, Lengrois, se je vous tiens,
Je vous feray peine & grevance.
Le second Bourgeoys.
Je ne crains guères voz maintiens.
Le tiers Bourgeoys.
Nous avons en Dieu espérance.
46
— 242 —
Le premier Satrappe.
Alons monstrer nostre puissance
A la porte de la Cité.
Le second Satrappe.
Et nous manrons tousiours la dance
Contre les murs de ce cousté.
Lors le premier Satrappe amainne la moitié des gens pour
(jainijnier la porte et Vaullre moitié combat à la muraille.
Le Fol.
Qu'esse là? Benedicite!
C'est ung marché aux horions.
Je ne sçay si c'est pour l'esté,
Mais'il vole des papilons.
Ho! je veul jouer des talons,
On m'y pourroit crever les yeulx.
Pardieu ce sont dangereux lieux
Que d'estre à ce point enfermé,
Et si vous dist qu'il vauldroyt mieux
Estre musé que bien armé.
Lors assaillent des deux cousiez.
Tartarin.
Lengrois, plains de desleaulté,
Si vous ne changez volonté,
Nous vous ferons souffrir martire.
Le Cappitaine de Lengres.
Deffendez vous, laissez les dire.
Sarragot.
Apourtez les clefs de la porte,
Que le grant dyable vous emporte !
Nous nous tiendront tantost de rire.
Le Bailly.
Deffendez vous, laissez les dire.
— 243 —
Le second Chevalier Alain.
Vous nous faicles beaucop de peinne,
Dieu vous mette en fièvre quarteine !
Je cuyde qu'il vous deust souffrire.
Grancey.
Deffendez vous, laissez les dire.
Ysangrin.
Je vous feray changer créance.
Le second Bourgeoys.
0 mon Dieu! voy cest arrogance.
Tartarin.
Jupiter sera vostre sire.
Choiseul.
Deffendez vous.
Vergier.
Laissez les dire.
Lors combatent main à main des deux couslés, puis les
premiers gaignent la muraille en disant :
Le premier Chevalier Alain.
Montez, ribaull, montez de tire
Le second Chevalier Alain.
Soyez courageux & hardis.
Godifer.
Plus rien ne vault le contredire,
Nous sommes dedans plus de dix.
Le Cappitaine.
0 mes amys, nous sommes pris.
Chascun se saulve où il pourra.
Rlstarin.
Créez qu'il vous coustera bon pris.
Le Bailly.
0 mes amys, nous sommes pris.
_ 244 —
Despiteulx.
Folement avez entrepris.
Le premier Satrappe.
Par Mercure! tout y mourra.
Trichastel.
0 mes amys, nous sommes pris.
Le Cappitaine.
Chascun se saulve qui pourra.
Le second Chevalier Alain.
Avant, galans, entrez par là
Vous & toute la compaignie.
Croscus.
Tout est mien deçà & delà.
Durandal.
Vive Croscus!
Ysangrin, Tartarin et Sarragot ensemble.
Ville gaignye!
Lors entrent en la Ville et font semblant de tuer et piller;
ceulx de la Ville se doivent monstrer fort piteulx et espars.
Croscus et le Roy des Alains se tiennent devant la porte en
hault lieu pour voir ce qui ce fait en la Ville. Le Cappitaine
va dire les nouvelles à Didier, puis retourne vers les ennemys.
Le Cappitaine.
Pasteur remply d'humilité,
Les Wandres sont en la Cité,
Mectant tout à destruction.
Didier.
Ayons en ceste qualité,
Pasience en adversité,
Sans quelque murmuracion.
Le Bailly.
Plus n'avons de protection,
Les Wandres, plains d'infection,
S'efforcent tous d'ici venir.
— 245 —
Didier.
Mectons nous en dévotion,
Et actendons l'occision,
Pour la loy de Dieu maintenir.
Lors Didier et les gens d'église se meclenl à genoulx.
Croscus.
Faictes moy toutes gens périr,
N'espargnez ne grant ne petit,
Et si alez Didier quérir
Pour en faire à mon appétit.
Le Roy des Alainz.
Puisque le peuple est desconfit,
Entrez partout, querez, serchez,
Pilez, chargez à bon prouffit,
Tuez, frappez 6c détranchez.
Le premier Satrappe.
Hz seront tantost despechez
Puisque j'ay mon grant bragniart.
Le Cappitaine.
Mon Dieu, excusez noz péchez!
Le premier Satrappe.
Or çà, que le dyable y ait part,
Vous y mourrez, coquin, paillard,
Je vous copperay le siflet.
Le Cappitaine.
Quant à moy, je deviens viellard,
Le mourir point ne me desplait,
J'ay esté vaillant capitainne,
Mais pour la foy je suis tout prest
De laisser ceste vye humaine.
Le premier Satrappe.
Tenez, vez là pour vostre peine.
H le lue.
— 246 —
Le second Satrappe.
Tuez les comme beaùlx oisons.
Le premier Satrappe.
Pour jouyr île victoire plainne,
Boutez le feu en ces maisons.
Ysangrin.
J'y vois.
Tartarin.
Il fault que nous donnons
A ce bourgeoys ci ung sofflet.
Maistre, puisque nous vous tenons,
Tué serez comme ung poulet.
Agripez le par le colet.
Sarragot.
Je le veul puisque tu l'as dit.
Ils le tuent.
Godifer.
Prens ceste femme s'il te plaist.
Tartarin.
Je n'y meclz point de contredit.
Lors est le feu boulé en ladite Ville et brûle une espace et
cependant les picqucvaires tuait beaucoup de yens comme les
gens des Barons, la Guette, aucuns de l'Eglise, c'est assavoir :
Tonnoirroiz cl l'Auxoiz.
El tandis que ces choses se font, les quatre salelliltes tiennent
les trois femmes et le second Bourgeoys.
Sarragot.
En qui crois-tu?
La Bourgeoyse.
En Jhésu Crist.
Sarragot.
Il est donques fin de ta vye.
1 1 la lue.
— 247 -
YSANGRIN.
Et toi qui as le cueur contrit,
En qui crois-tu?
Le second Bourgeoys.
En Jhésu Crist.
YSANGRIN.
Tu en mourras. Il en est frit.
Le second Bourgeoys.
Je suis prest.
// le tue.
GODIFER.
Et toy, belle amye,
En qui crois-tu?
La Grosse.
En Jhésu Crist.
GODIFER.
Il en est doncques fin de ta vie.
La Grosse.
S'en vous a quelque courtoysie,
Vous deussiez ung peu déporter
Une povre femme engrossie
Qui est sur le point d'enfanter.
Godifer.
Il n'y a point de cul froter,
Vous y mourrez, il plait au Loy.
La Grosse.
Dieu me veul reconforter
Et saulver mon enfant & moy !
// la tue.
Tartarin.
A mort, à mort, j'en veulx à toy !
La Norrice et son enfant.
Hélas! mon amy, je me rends.
— 248 —
Tartarin.
Ce petit enfant que je voy,
De quoy me sert-il sur les rends ?
La Norrice.
Il est jeusne d'aage & de sens,
C'est mon enfant, je suis la mère.
Tartarin.
Femmes, enfans, absens, présens,
Tout sentira la mort amère.
La Norrice.
Pour l'amour de Dieu, mon beau frère,
Ne lui faictes quelque insolance,
Car ce seroit grant vitupère
De soy prendre à povre ignoscence.
Las! a voy- je la pacience
De regarder mon filz morir.
Tartarin.
Çà, çà.
Lors prend l'enfant d'ung cousté et la Nourrice de ïaidtre.
La Norrice.
0 faulce violence,
Veulx-tu mon chier enfant meurtrir,
Pour Dieu fay moy la mort soffrir
Et que mon fils soit desporté!
Tartarin.
Vez le là, or le va quérir.
Le tue.
La Norrice.
0 perfide crudélité!
As-tu l'enfant exécuté!
Hélas ! mon fils que je te baise.
Le baise tout sanglant.
— 249 —
Tartarin.
Paix, paix, veci trop quaqueter,
Vous en mourrez, plaise ou non plaise.
// la tue.
Durandal.
Tuons, frapons tout à nostre ayse,
Puis alons sercher vilement
Le Docteur de la foy maulvaise
Pour luy donner peine &. torment.
Lors vont au moustier.
GODIFER.
Ha ! veci le faulx garnement,
Didier qui contrefait l'ermite.
Rustarin.
Sortez avant légièrement,
Faictes vous cy de l'ipocrite.
Godifer.
Pren par delà, pren, satellite.
Ysangrin.
Maistre Evesque, vous en viendrez.
Didier.
Çà, mon livre? & sans conlredicte
J'iray partout où vous vouldrez.
Lors Valier lui baille uncj livre et puis on le mainne rudement.
Despiteux.
Or, sus, vous viendrez à piez,
Car vous ne servez cy de rien.
Didier.
Soyez ung petit modérez
Vers mes gens & vous ferez bien.
Nota que les quatre satellites enmainnent Didier, les quatre
jnequenaires enmuinnent les deux Chanoines. Le Doyen et
aulcungs aultres demeurent illec esbays et Valier s'en va d'ung
aultre quartier.
— 250 -
DlJONNOYS.
Hélas! monseigneur le Doyen,
On enmainne noslre Pasteur.
Le Doyen.
Dieu qui est le souverain bien,
Luy soit garant & protecteur !
Le Trésorier.
Adieu nostre consolateur!
Barroiz.
Jamais pareil on ne verra.
Bassigny.
Je vous requiers de très bon cueur,
Alons voir qu'il en adviendra.
Maulvenu.
Ha ! faulx chrestiens, on vous donra
Des cops d'espée plus de dix.
Le premier Chanoisne.
Mon amy, Dieu vous le rendra
A cent doubles en paradis.
Rustarin.
Tuons, tuons ces ennemys,
Et leur donnons torment cruel.
Le second Chanoisne.
Quand le corps sera à mort mis,
L'àme aura repos éternel.
Lors présentent Didier et les aultres à Croscus.
Godifer.
Roy triumphant & solennel,
Nostre grant ennemin mortel
Présentons devant vostre face.
Croscus.
Tost un bourreau prest & isnel
Le prainne comme ung criminel,
Et pièce à pièce le defface.
— 251 —
Didier.
Croscus, je te requicr de grâce
Pour le peuple de ma Cilé.
Que pitié ton couraige embrasse,
Fay cesser la crudélité.
Puisque suis à ta volonté,
Laisse mes gens désormais.
Le Pasteur soit persécuté
Et les brebis soyent en paix!
A l'exemple de Jhésu Crist,
Pour mon peuple je veul souffrir,
Car l'évangile nous descript
Qu'ainsi devons le corps offrir.
Croscus.
0 mille Dieux ! venez ouyr
Le blasphesme & le grant oultraige.
Le traicte fait mon cueur jouyr
De faveur et de maie raige.
Godifer pren ce personnaige
Si le nie va décapiter,
Je ne puis ouyr son langaige,
Je ne puis sa voix escouter.
Godifer.
Puisque je l'ay à gouverner,
Jamais n'eschappera de mort.
Galans, aydez à le mener,
Et qu'il soit lyé bien & fort.
Tàrtarw.
Pren par delà.
YSÀNGRIN.
J'en suis d'accord,
Il aura la teste coppée.
— 252 —
Lors prainnent Didier et font semblant de le lyer et dure
celajusques les dyables auront parle.
Rustarin.
Et ceulx cy auront-ils support ?
Croscus.
Traictes, mectez tout à l'espée.
Demande des deux Chanoisnes.
Le premier Chanoisne.
Glorieuse Vierge honorée,
Qui estes au ciel décorée
Par dessus nature angélicque,
Vostre grâce nous soit donnée,
Car nous voulons ceste journée
Morir pour la foy catholicque.
Le second Chanoisne.
Haulte Puissance déificque,
Qui avez trône magnificque
Par dessus tout aultre degré,
Pour la saincte foy vivificque,
Endurons painne tirannicque,
Mais nous prenons la mort en grey.
Despiteulx.
Ha ! hay ! veci trop sermonner,
Il fault que vous expédions.
Maulvenu.
Puisque le Roy l'a ordonné,
Tous aurez ces deux horions.
Lors mectent à mort les deux Chanoines et les Anges sont
illec pour prendre leurs âmes.
MlCHAEL.
Ces belles âmes recepvons,
Ainsin que faire le debvons,
Car c'est l'ordonnance divine.
— 253 —
Gabriel.
Joyeusement les empourtons,
Affin que nous nous acquilons
Vers celluy qui tout détermine.
Puis vont quérir les anus (hs aullres dans la Cité et disent :
Raphaël.
Les aultres aussi assamblons,
Et puis présenter les alons
A Dieu qui le monde enlumine.
Uriel.
En gloire tantost les rendrons,
Et puis quérir nous reviendrons
L'âme de Didier noble à digne.
Icy se fait pause cl silete des instruments.
Satham.
Lucifer, prince de vermine,
Nos besongnes vont de guingois.
Lucifer.
Comment?
Satham.
Lengres est à ruyne,
Si n'y gaingnons pas quatre noix.
Lucifer.
Pourquoy ?
Astaroth.
Deux anges deux ou trois
Ont tout ravy nostre butin.
Bélyal.
Pardonnez nous pour ceste fois,
Nous gainnerons quelque matin.
Lucifer.
0 Satham, pire que mâtin,
N'as-tu besogné âultrement?
— 254 —
Que maie bon ou averlin
Te puist ronger l'entendement !
Didier est- il mis à tourment?
Satham.
Je vous dis, maistre Lucifer,
Qu'il finira présentement
Par les mains du fier Godifer.
Lucifer.
Didier ne povez amener,
Il est trop sainct, il est trop fort,
Mais trouvez façon d alrayer
Ce bourreau qui le mect à mort.
Belphégoh.
Or, y alons tous d'ung accord,
Si deffigurons sa figure.
Léviatham.
Pour user de charme & de sort,
Or y alons tous d'ung accord.
Cerbères.
Se vous n'en faictes bon rapport,
Lucifer vous fera injure.
Satham.
Or, y alons tous d'ung accord,
Si deffigurons sa figure,
Lors s'en vont.
MlCHAEL.
Rédempteur d'humainne nature,
Par qui enfer est au bas mis,
Recepvez, comme il est droicture,
Les âmes de vos bons amys.
— 255 —
Deus.
Je leur assigne paradis
Pour, joyeusement à tousiours,
Triumpher par faictz & par dicts
En incomparables séjours.
Mais il vous fault aller secours
Vers Didier qui vit sans nul blasme,
Donner au corps quelque secours
Et recepvoir sa benoite âme.
Je permectray que le bourreau
Qui l'occist par grant vitupère,
Corrompe son propre cerveau
Comme ung fol qui se désespère.
Et pour venger cest impropère
Fait à ma saincte créature,
Je veul que la porte n'apère
Jamais passaige n'ouverture.
Gabriel.
0 Divinité nette <k pure,
Qui louyer au juste rendez,
Nous mectrons diligence &. cure
D'acomplir ce que commandez.
Lors s'en vont tous quatre vers Didier.
Godifer.
Suz, papelart, & vous tenez
Devant ceste porte à genoulx.
Didier.
Ung peu d'espace me donnez
Pour prier Dieu.
Godifer.
Despechez-vous.
— 256 -
Didier.
Oratio.
Mon Dieu qui a mouru pour nous,
Et este exposé soubz la lame,
Ne veuillez monstrer son courroux
Contre ceulx qui me fait ce blasme.
Losge moy en ton sainct royaulme
Comme tu l'as déterminé,
Car je recommande mon âme
In manus tuas, Domine !
Par la doulce bénignité
Qui règne en toi habundament,
Le demeurant de ma Cité
Veuille préserver de torment !
'Hic fac mutatio.
Godifer.
Tendez le col lesgièrement
Et recepvez mon cop honneste.
Lors luu coppe la leste et il la reçoit entre ses mains. Le
sang va par terre, le livre est acteint de l'espée et cheoit à
bas. La porte se ferme et se joindent les deux murs ensemble.
Tout le monde se monstre esbay.
Godifer.
0 subit esbayssement,
Luy mesmes a reçu sa teste !
Je suis bien cruel & bien beste
D'avoir commis ce maulvais faict.
Je crains que de l'ouldre ou tempeste
Mon mauldit corps ne soit défiait.
// se montre convicteur de ses peirs.
Miciiael.
Didier, qui n'as quelque forfait
Ne conscience vicieuse,
— 257 —
Dieu qui est le bien très parfait,
Atant ton âme précieuse.
Gabriel.
Elle est tant saincte <k gracieuse,
Tant belle, tant nette & tant gente,
Que la Déitey glorieuse
Luy veulle donner gloire excellente.
Raphaël.
0 âme dévote <x prudente,
De martire bien décorée,
Yien gouster doulceur permanente
Laquelle Dieu t'a préparée.
Uriel.
Tu seras en ciel honorée
D'honneur qui point ne finira,
Et la chair qui est demourée
Ton propre chief empourtera.
Lors emportent l'âme en paradis tout chantant et puis se
meclent à genoulx devant Dieu et dient :
Michael.
Immarcessible Déitey,
Devant vostre sublimité
L'âme de Didier appourtons.
Gabriel.
Par martire elle a mérité
Perdurable jocundité,
Et pourtant la vous présentons.
Deus.
Archangélicques légions,
Martirs par cens & millions,
Apostres de grant renommée,
Prenuncez jubilacions,
Car il fault que nous festions
Ceste âme saincte & bien aimée.
47
— 258 —
Je veul qu'elle ait céleste gloire,
Que jamais ne cesse ou empire,
Laurier et palme de victoire,
Pour triumplieren mon empire,
Puis auréole de martire
Qui clèrement resplandira,
Et brief tout ce que cueur désire
Sans cesse le résiouyra.
Godifer.
Voit snincl Didier chemijncr et dit :
Haro ! Quel miracle esse là ?
Vesci grant fait, vesci merveille !
Pourquoy ai-je commis cela
Vers la personne non pareille ?
Forcennement mon cueur éveille,
Je cuyde que j'enraigeray,
Si le dyable ne me conseille
Je ne sçay mais que je feray.
0 faulx Dieux qui estes sans vye,
Pour vous j'ay fay ce grant oultraige
D'avoir mis à mort par envye
Le bon Pasteur dévot & saige.
Royde ruine, rude raige,
Rend mon cerveau plein de rumeurs.
Je languis, je crève, j'enraige,
Je n'en puis plus se je ne meurs.
Impétueuse détresse,
Douleur qui ma joye oppresse,
Presse
Ma dolente créature.
Arrogance félonnesse,
Qui augmente ma feblesse,
— 259 —
Blesse
Mon cueur par griefve poincture.
Terrible desconfiture,
Très injurieuse injure,
Jure
De moy monstrer sa rigueur.
Je sens, je souffre, j'endure
Longue langueur à laidure
Dure
Qui me tréperce le cueur.
Dois-je endurer ceste douleur ?
Nennil je la veul éviter.
Il vault trop niieulx qu'en ma fureur,
J'aille mon corps précipiter.
Le grant dvable me vient tempter
De temptacion si très forte
Que je m'occiray par hurter
Contre les murs de ceste porte.
Lors, très horriblement crtjanl, hulant, va hurter ij ou iij
fois contre la porte et se rompt le cerveau puis chieit à terre
mort, faisant de terribles signes dont tous les Wandres s'es-
bayssent, puis dit :
Tartarin.
0 Godifer, ta chair est morte
Par grant fureur désordonnée.
Sarragot.
Oncques ne vis pareille sorte,
Ne chose plus infortunée.
Ysangrin.
Vesci œuvre dénaturée,
Vesci merveilleuse grimace,
— 260 —
Ceste porte s'est remurée
Tellement que plus on n'y passe.
Les dyables chargent Godifer.
Satham.
Cà, dyables, çà, venez en place,
Nous avons gaignyé ce tirant,
C'est celluy qui la saincte face
De Didier aloit martirant.
Bélial.
Avant, dyables, avant, avant,
C'est pour festyer Lucifer.
Léviatham.
Prenez derrière & moy devant,
Avant, dyables, avant, avant.
Belphégor.
Je luy donray maint passavant.
Léviatham.
De quoy ?
Belphégor.
De mon grappin de fer.
Astaroth.
Avant, dyables, avant, avant,
C'est pour festier Lucifer.
Le Fol.
Mais où le veullent-ils pourter,
Esse lassus en Paradis?
On l'aprendra damser, hurter.
Déà ces Wandres sont trop hardis,
Nous qui sommes bien estourdis
N'avons garde de telle endosse,
On s'en feroit bien une bosse
Plus grosse en la teste qu'ung poir.
— 261 —
Mais où l'emporte ces galois?
A l'ymaige du chauldron.
Godifer, ce vaillant patron,
Le veult-on feslier ainssy?
Créez qu'il aura chault au poitron
Avant qu'il soit deux jours d'ici.
Satham.
Prince, regardez que vesci.
Lucifer.
Qu'esse là?
Satham.
C'est un faulx cordier
Qui s'est rendu mort & transy
Aprèz qu'il a tué Didier.
Lucifer.
Tost, tost, il le convient plonger
Dans la chauldière au réagal,
Puis après vous Tirez logier
En plomb bouillant & en métal.
Cerberus.
Je suis ung cuisinier réal
Pour bien broyer la cameline,
Feray-je ung brouet cordial
Qui luy reschauffera l'eschine.
Lucifer.
De bon souffre & de tormentine
Luy brassez ung mortel breuvaige.
Satham.
Empoignez le par la poictrine,
Si le logez en nostre caige.
Lors remportent en la gueule d'enfer.
— 262 —
Et Valier bien piteux se vient monslrcr et dit
Valier.
Hélas! hélas! quel grief domaige
Nous recepvons présentement
Quand Didier, le très doulx imaige,
Est mis à mort cruellement.
0 Valier! ploure tendrement
Pour ton maistre, pour ton docteur,
Et toi, Lengres, incessamment
Ploure la mort de ton Pasteur.
Plorez, clergé, plorez, plorez
Ceste douloureuse adventure,
Plourez & vous descoulourez
Par piteuse desconfiture.
0 peuple de bonne nature
Qui perdez vostre reconfort,
Plourez la saincte créature
Que les Wandres ont mis à mort.
Hélas! Prélat de grant valour,
Dessus tous les aultres le meilleur
Et le plus sceur,
Plain de doulceur
Et de science possesseur,
Faull-il qu'en ce point vous perdons !
Noz riz sont tournez en douleur,
Noz biens sont changés en douleur,
Et nostre fleur
Muée en pleur,
Nous perdons couraige & couleur
Pour le dommaige qu'attendons.
- 263 -
Pasteur dévot, bien entendons
Qu'au ciel vous avez de beaulx dons,
Car nous avons
Et percevons
Les signes que croire debvons,
Et les beaux faits miraculeux.
Mais nous povres qui demourons
A vous regreter, labourons,
Tant soupirons,
Et tant pleurons,
Qu'autre chose n'assavourons,
Fors gémissemens douloureux.
Considères, peuple amoureux,
Ceste piteuse & doulce chose,
Comment Dieu qui est glorieulx,
De son digne martire dispose.
Il le monstre.
Le chief entre ses deux mains pose,
Le corps <k les pieds vont tout droicts,
Vous le voyez là qu'il repose
En champeau auprès de la croix.
Le tiers Bourgeoys.
Que ferons-nous, povres bourgeoys,
Quand nostre maistre avons perdu?
Le quart Bourgeoys.
Hélas! Didier, à ceste foys
Laissez vostre peuple esperdu.
Le tiers Bourgeoys.
0 corps, de tout bien revestu,
Tu tiens ton chief par bonne guise.
Le quart Bourgeoys.
Par miraculeuse vertu,
Il est venu en son esglise.
— 264 —
Le tiers Bourgeoys.
Vesci aultré fait que j'avise
Plain de grande admiracion,
Du livre de la loy exquise
Qu'il avait à sa passion,
L'espée a fait incision,
Le sang a rougi la matière,
Touteffois la description
Se démonstre sainne & entière.
Le quart Bourgeoys.
0 Pasteur, plain de grant lumière,
Qui as au ciel ta demeurance,
Dieu veuille que par ta prière,
Nous ayons paix & asseurance.
Valier.
Maintenant suis-je en grant dobtance,
Maintenant ne sçay-je que faire,
J'ai perdu ma resioussance.
Nostre Seigneur, très débonnaire,
Son éveschié, son populaire,
Me recommanda brief <x court,
Ce m'est ung dangereux affaire,
Considéré le temps qui court.
Si je suis prins ou affolé
Par Croscus qui nous poursuyt fort,
Le peuple qui est désolé,
N'aura plus quelque reconfort.
Les Wandres, par cruel effort,
Ont décapité le Pasteur,
Si j'estoye aussi mis à mort,
Plus n'y auroit de conducteur.
— 265 -
Mon Dieu, tu sçez bien que j'appète
Pour toy mille mors endurer,
Mais le peuple qui me compèle,
Sans conduyle ne peult durer.
Je suis prest de le gouverner,
Je suis prest de le secourir,
Je suis prest aussi de finer,
Je suis prest de vivre à morir.
Il est escript en l'évangille
Que si l'homme est persécuté,
Il doit laisser sa propre ville
Et aler en aultre cité.
Pareillement j'ay volonté
De moy retraire en aultre terre,
Pour éviter l'iniquité
De ces Wandres qui nous font guerre.
0 Bonté divine,
Piteuse & bénigne,
Courtoise & affable,
Mon cueur enlumine,
Mon fait détermine,
Par grâce ineffable.
Si je suis muable,
Vague ou variable,
Voulant chemyner,
Ta pitié louable,
Me soit favorable,
Pour brief retourner.
Lors parle au Secrétaire.
Mon amy, je vous veul parler
D'ung cas qni est en ma pensée,
Sachiez que je m'en veul aler
Tant que la guerre soit passée.
— 266 —
LE SECRÉTAIRE.
Hélas! la Cité est privée
De son Pasteur bénigne & doulx,
Mais combien qu'elle soit grevée,
Elle a son espérance en vous.
Qui esse qui consolera
Le peuple qui est demouré?
Qui esse qui confortera
Le clergié povre & esplouré?
Soyez ung peu plus modéré,
Veuillez la Cité solagier,
Actendu & considéré
Que Didier vous en voulst chargié.
Valier.
Mon despart ne peult dommaigier,
Car cy après retourneray.
Mais se je demeure en tlangier
Peut estre que j'y fineray,
Et si je meurs je causeray
Au peuple désolacion,
Si je m'en vois, je reviendray
Pour oster son affliction.
Le Secrétaire.
Puisqu'avez telle intencion,
J'ay bon vouloir & bon couraige
D'avoir participacion
De tout le chemin & voyaige.
Valier.
0 mon Dieu, qui est bon &. saige,
Je te rends mes pouvres brebis,
Eûseigne moi quelque bocaige
Ou caverne de rnabre bis.
— 267 —
Adieu, Lengres la désolée,
Adieu, mon pays aimable,
Adieu, l'église fort Coulée,
Adieu, bourgeoysie honorable,
Adieu, Cité incomparable,
Adieu, logis délicieux,
Adieu, mon lignaige louable,
Adieu, mon peuple gracieux.
Lors s'en vont rcirtùrc en quelque lieu.
Groscus.
Grans faicts, grans signes merveilleux,
Avons veu en nostre présence,
Je croy que nos Dieux glorieulx
N'ont point icy de préférence.
N'esse pas forte apparence
Ou esbayssement très fort
Du Prélat occis par sentence
Qui cbemynoit après sa mort.
Le Roy des àlajns.
C'est moult grande odmiracion,
C'est chose non accoustumée,
Aussi est l'autre vision
De la porte qui s'est fermée.
Groscus .
La Ville est. à peu près gastée,
Nous avons butin à Teslite,
Mais toute joye m'est ostée
Pour la mort de mon satalile.
Pourtant, tout bien examiné,
Nous povons clairement jugier
Que leur Dieu est fort indigné
Contre nous <k se veult vengier.
— 268 —
Si seroit bon de deslogier
Pour éviter plus grant domaige,
Car mieulx vault savoyr abrégier
Que de demourer au passaige.
Faictes cesser l'occision,
Rechargez bargues & barquettes,
Esloignez ceste région
Car noz victoires y sont faictes.
Si les besoingnes ne sont prestes,
Je commande qu'on y pourvoye,
Puis faictes sonner les trompettes
Affin qu'on se mecte en la voye.
Satrape, vous entendez bien
Tout ce que je pense & veul dire,
Chascun charge ce qui est sien,
Affin que chemynons de tire.
Le premier Satrappe.
C'est assez dit, il peult suffire,
Je vois la besoingne exploiter.
Sus, galans, le Roy nostre sire
Yeult que partons de ce quartier.
Tartarin.
Esse à certes ?
Le second Satrappe.
Sans plus songer,
Laissez la Ville & le butin.
Tartarin.
Il fault premièrement chargier
L'artillerie &. le butin.
Sarragot.
Tire toy près, maistre Ysangrin,
Et recharge tes balesteaux.
— 269 —
YSANGRIN.
Soingnez, soignez de Tartârin,
Car j'ay tous mes tallebuteaux.
Le premier Chevalier Alain.
Reprenez daigues &. couteaux,
Le traict, la pouldre & les bastons.
Le second Chevalier Alain.
N'y laissez engins ne manteaux,
Hamois, Jacques, ne hocquetons.
Durandal.
Galans, puisqu'il fault que partons,
N'oblions pas nostre bagaige.
Rustarin.
Noz belles picques empourtons,
Galans, puisqu'il fault que partons.
Despiteulx.
Fardeaux & pacquets aprestons,
Galans, puisqu'il fault que partons.
Malvenu.
Galans, puisqu'il fault que partons,
N'oblions pas nostre bagaige.
Le Roy des Alainz.
Croscus, roy de noble couraige,
Puisque ne voulez séjourner,
Je croy que vous ferez que saige
De faire voz gens chemyner.
Croscus.
Vers Provence nous fault tourner,
Soit en Arles ou soit aultre part,
Faictes les trompettes sonner
Affin d'avancer le despart.
Lors sonnent les trompettes et les Wandres chargent toutes
leurs bagues tant butin comme traict ou vivres et s'en vont
en ordonnance.
— 270 —
Le Dot
A peu que le cueur ne me part
Pour la perte irrécupérable
Que forte guerre nous départ
Par sa rigueur intollérable.
Lengres, qui estoit honnorable,
Est à destruction lotalle,
Puisque Didier, seigneur notable,
A soffert peinnc capilalle.
Hélas! peuple, où trouveras-tu
Ung tel Évesque, ung tel Pasteur ?
Or estoit-il plain de vertu,
Et aymoit Dieu, son créateur.
Qui sera mais débellateur
D'erreurs ou de faultes mortelles ?
Qui sera mais consolateur
Des povres veuves & pucelles ?
Nobles citoyens,
De cueur souspirez,
Ricbes & moyens,
Cryez à plourez,
Povres esgarés,
Complaindez vous fort,
Car jamais n'aurez
Si bon reconfort.
Touleffois nous avons ce bien,
Qu'après son douloureux trespas,
Ce Roy wandalicque payen
S'en retourne plus que le pas.
Combien que soyons mis au bas,
La vertu du sainct glorieux
Nous préserve d'aultre débas
Contre ces Wandres furieux.
— 271 —
Mais puisque la dolente perte,
Qui fait nos joyes aboutir,
Ne sera si tost recouverte,
Pensons du corps ensevelir.
Nous povons cognoistre & sentir,
Par les miracles qu'il a laictz,
Qu'il règne, glorieulx inarlir,
Au ciel avecques les parfaictz.
Le Bailly.
Puisque les Wandres sont retraictz,
Lesquels, certes, gaires n'amons,
Après nos pertes 6c grans laits,
Pour Dieu, le Pasteur inhumons.
Le quart Bourgeoys.
Il fault qu'au Chappitre parlons,
Affin qu'ils y veullent entendre.
Le tiers Bourgeoys.
Je vous prie que nous y alons.
Le Bailly.
Alons doncques sans plus actendre.
Lors vont au Chappitre et dit le Bailly :
Celluy qui voult en la croix pendre,
Vous doint de lyesse montjoie!
Le Doyen.
De tout mal vous vueille deffendre
Celluy qui voult en la croix pendre!
Le tiers Bourgeoys.
Par devers vous nous venons rendre
Le Doyen.
Mais pourquoy ?
Le tiers Bourgeoys.
Pour recouvrer joye!
— 272 —
Le Trésorier.
Celluy qui voult en la croix pendre,
Vous doint de lyesse montjoye!
Ceste guerre qui tout desnoie,
Ces Wandres, plains d'iniquité,
Certes nous ont mis en la voye
De misère & calamité,
Et encoires l'adversité
Fut tollérable aucunement,
S'ils n'eussent, par crudélité,
Nostre Prélat mis à torment.
Le Bailly,
Las! nous plaindons piteusement
Ceste maleureuse adventure,
Mais il fault adviser cornent
Le corps sera en sépulture.
Dijonnoiz.
C'est bien dict, mectons nostre cure
A faire l'inhumacion,
Comme il affert à prélature
De grant recommandacion.
Le Chantre.
Je suis de ceste opinion
Qu'aux Barons le convient sommer,
Car ilz ont grant dévocion
Au sainct que vouions inhumer.
Le Doyen.
Mes amys, pour vous informer
D'aucungs poincts louchant ceste affaire,
Bon est qu'aillez la fosse faire
A Saint Pol, sa dévote église,
— 273 —
Car nous avons cler exemplaire
Qu'il veult que sa chaire y soit mise,
Veu que, par merveilleuse guise,
Si est rendu après sa mort.
Le tiers Bourgeoys.
J'y vois besoingner sans faintise.
Le quart Bourgeoys.
Or y alons tout d'ung accord.
Le Bailly.
Certes, nous aurions bien grant tort
Si n'en faisions noslre debvoir.
Lors vont faire la fosse.
Le Doyen.
Bon Pas, va t'en bientost sçavoir
Devers messeigneurs les Barons
S'il leur plait point de venir voir
L'enterrement que nous ferons.
Diz leur que nous leur requerrons
Qu'ils y viengnent au nom de Dieu,
Car la charge leur baillerons
De porter le corps jusqu'au lieu.
Bon Pas, messagier.
Je suis très content d'y aler
Puisque c'est pour le trespassé,
Ils viendront cy à vous parler
Avant qu'il soit midi passé.
Le Fol.
Oncques mais je ne fus lassé
De bien faire ne de bien dire,
Ma femme a tout le cul cassé,
Depuis France jusqu'à l'Empire,
Dieu scet comment elle soupire
Quant il n'y a plus rien es pois.
— 274 —
Je ne demande que repos
Par nuict au lict que je sommeille,
Mais ma femme est de tel propos
Que tousiours elle me réveille.
Bon Pas.
Vers vous, noblesse non pareille,
Je suis messaige & relateur
De l'Eglise qui s'appareille
Pour inhumer le sainct Pasteur,
Si vous supplyenl de bon cueur
Que venez à l'heure ordonnée
Pour faire service & honneur
Au patron de grant renommée.
Grancey.
0 la piteuse destinée
D'avoir perdu un tel prud'omè.
Choiseul.
Il a saincte vye menée.
Trichastel.
Il n'a son pareil jusqu'à Rome.
Vergier.
Sa dure mort, son pesant somme,
Sa passion mal perpétrée,
Le soûlas destruyt & consomme
De Lengres & de la contrée.
Grancey.
C'est raison que soit honnorée
L'inhumacion du martir.
Choiseul.
C'est raison que soit décorée,
C'est raison que soit honnorée.
Vergier.
Or, y alons sans demeurer.
— 275 —
Choiseul.
Tosl, il est heure de partir.
Triciiastel.
C'est raison que soit honnorée
L'inhumacion du martir.
Lors s'en vont parler au Chappitre.
Grancey.
Seigneurs, Dieu vous veulle tenir
En honneur & prospérité !
Tous quatre avons voulu venir
Pour faire vostre volonté.
Le Doyen.
Vous sçavez la perplexité
Qu'avons pour la mort du Pasteur,
Et n'est ce lieu reconforté
Synon par votre grant doulceur,
Car, pour rendre le peuple asceur,
Le bon Saint avait ordonné
Que Valier en fut deffenseur,
Mais il nous a habandonné.
Si ferons ce que nous pourrons
Tant que Dieu dispose aultrement,
El pourtant nous commancerons
A faire son enterrement.
Vueillez tous amyablement
Au benoist corps mectre la main,
Nous chanterons dévotement
Quelque beau chant doulx &. humain.
Choiseul.
Messeigneurs, saichez de certain
Que nous servirons nostre maistre,
Mais le corps du martir haultain
Convient dedans ce sercueil mectre.
— 276 —
Le Chantre.
Tost donc, il se fault entremectre
De l'y boiter & envoyer.
Bassigny.
Aflin que plustost il puist cstre,
Je m'y veul très bien employer.
Lors le boulent en une bière.
Le Trésorier.
Or çà, seigneurs, il fault charger
Ce précieulx reliquaire
Pour l'aler en terre loger,
Comme il est coutume de faire.
Trichastel.
Pourtons le martir débonnaire
Au lieu de l'inhumacion.
Vergier.
Pourtons le choix & l'exemplaire
De toute contemplacion.
Lors les Barons pour lent le eorps, eculx de la Ville vont
après et ceulx de l'Eglise chantent devant.
Barroiz.
Veci son habitacion,
Veci sa maison toute preste.
Le Bailly.
Besoingnez par dévocion,
Messeigneurs, car la fosse est faicte.
DlJONNOIZ.
Son chief, sa face elère à nette,
Avec le corps convient bouter.
Le Chantre.
Et pour Dieu, soingnez qu'on l'y mecte,
Je vois commancer à chanter.
Ici) le boutent en terre bien dévotement en chantant.
— 277 —
Et quant la fosse est recouverte, dit :
Le Doyen.
Grâce à Dieu, nous avons pariait
L'ollice en toute honnesteté,
Pourtant requérons luy de l'ait
Qu'il soit garde de la Cité.
Lors se mect à genoulx devant la fosse et >lii :
Pasteur de bonté,
Miroir de beauté,
Martir d'eiïicasse,
Vers la Déité,
Vers la Majesté,
lmpètre nous grâce !
Le Trésorier, à genoulx.
La Cité foulée,
Si très désolée
Que c'est grant horreur,
Soit par toi saulvée,
Nette et conservée
De tout deshonneur!
Dijonnoiz, à genoulx.
Digne Pasteur, en gloire florissant,
Requiert à Dieu tout bon &. tout puissant,
Que nous oclroyt un gracieulx Prélat!
Barroiz, à genoulx.
Vuelle garder, ù martir tiïuinphant,
Le beau clergé comme ton propre enfant,
Les bons bourgeoys & tout le pays plat!
BASSIGNY, à genoulx.
Nous te supplyons
Et de cueur pryons
Que tousiours t'ayons
Pour patron & garde.
— 278 —
Le Chantre, à genoulx.
L'Esglise rendons,
La Ville fondons
Et recommandons
En ta saulve garde.
Grancey, à genoulx.
Génie luysant, Rose clère & florie,
Vueillez tonsiours garder chevalerie
Et maintenir l'estat de gentillesse.
Le Bailly, à genoulx.
Les bons marchans aussi n'obliez mye,
Ne laboureurs qui tiennent prud'ommye,
Mais priez Dieu que nul mal ne les blesse.
Ciioiseul, à genoulx.
Dames, damoiselles,
Avec leurs séquelles,
Mignonnes & belles,
Veuillez maintenir.
Le tiers Bourgeoys, à genoulx.
Veuves <Sc pucelles,
Serves & ancelles,
En douleurs mortelles
Ne souffrez venir.
Le Doyen.
Or, est en terre le martir
Qui si bien Lengres conforta,
Et qui son chief, au despartir,
Tout mort, à l'église apourta.
Pour le présent en grey prendra
Nostre povre & humble service,
Cy après on maçonnera
Sur son tombeau quelque édiffice .
— 279 —
Trichastel.
Pour l'amour du Pasteur propice
Sommes venus vous secourir,
Touteflbis Croscus, plain de vice,
A fait trop de noz gens morir,
Plus rien ne vous povons servir,
L'ost des Payens est deslogé,
Pourtant, si c'est vostre plaisir,
Donnez nous gracieux congé.
Le Trésorier.
Las ! vous n'avez guères gaingné
En ceste guerre intolérable.
'Dieu, pour qui avez besoigné,
Vous en doint loyer perdurable!
Vergier.
Adieu, clergié très amyable,
Adieu, peuple foulé de guerre !
Je vous pry, renvoyez-nous querre
Se rien vous vient qui soit grévable.
Le Doyen.
Barons de couraige honnorable,
Vostre départ le cueur nous serre.
Choiseul.
Adieu, clergé très amyable,
Adieu, peuple foulé de guerre!
Dijonnoys.
Le Créateur insupérable
Ne vous a pas souffert conquerre
Contre payens honneur & terre
Ou aultre chose proulïitable.
Grancey.
Adieu, clergé très amyable,
Adieu, peuple foulé de guerre !
— 280 —
Trichastel.
Je vous prie, renvoyez-nous querre
Si rien vous vient qui soit grévable.
Lors s'en vont.
Le Fol.
.le ne voy nul mectre la table
Pour (ligner ou pour banqueter,
Touteffois fust-il convenable
De déjeuner ou de goûter,
A grant peine puis-je parler
De soil' que j'av dedans la gorge.
Je croy qu'il y a belle forge
En enfer & de bons marteaulx.
Y forge-on point de fins couleaulx?
Je ne sçay s'il y a du fer.
Or, y est maistre Godifer,
Le mary de soufe testée,
Pensez que les dyables d'enfer
Luy font chanter la triquotée.
Maria.
0 Claritude enluminée
De divinité splendifère,
Par qui au haut ciel est donnée
Motion qui point ne diffère,
Tu sçez l'affliction haustère
Que Wandres font à tes amys,
Permect que par haultain raistère,
Soyent reboutez k remis.
Pour foy catholique
Destruyre & myner,
Le peuple pudique
Font exterminer.
— 281 —
Fay les rencontrer
Par anltre puissance,
Pour leur démonstrer
Signe de vangence.
Deus.
Ma souveraine Providence
A désià porvu sur ce cas.
Croscus aura brief apparence
D'intolérables altercas,
Il sera rendu mact & bas
Et sousprins par cruelle embûche,
Car qui tend les royes ou les las
C'est bien raison qu'il y Iresbuche.
Par inspiracion secrète.
Procédant de grâce diffuse,
Marrien, personne discrette,
En qui est charité infuse,
Rendra totalement confuse
Celte caterve maleurée,
Car qui ma saincte loy refuse
Ne peult avoir longue durée.
Pau sa.
Marrien, Président d'Arles.
Honorius, l'Empereur, m'a comis
En ce quartier pour en eslre la garde,
Les gouverneurs sont ostés & démis
Car les honneurs à moy seul sont permis
Pour triumpher & mener avant-garde,
Si est raison qu'autour moy je regarde,
Car il vault mieux, en fait gros ou menu,
De prévenir que d'estre prévenu.
— 282 —
Je suis adverty
Que Wandres maulvais,
Tenant le party
Des Dieux imparfaits,
Font de cruels faicts
Pour la foy deffaire,
Mais leurs faits infaits
Ne laray parfaire.
Hz ont jà les fleuves passez
Comme le Danube 6c le Kin,
Hz ont maint homme détroussez,
Gaingné maint noble & maint florin,
.Mais affin que leur grief butin
Vers Ylalie ne s'adresse,
Je leur copperay le chemin,
A leur très amère détresse.
Diligent, messagier ou escarcelle.
Par mon âme! c'est grant sîmplesse
Que je ne bois déà je m'oblie.
// boit.
Ce vin cy me tient en jeunesse,
Car c'est du meilleur d'Ytalie.
J'ay cheminé par Lombardye,
Tant que je suis entré en Provence,
Car je voy la chière hardie
Du Président, plain de prudence.
Lors le salue.
Dieu gart la haultaine noblesse,
La féconde & la gentillesse
De Marien le Président!
Màrrien.
Diligent, Dieu vous doint lyesse,
— 283 —
Santé, prospérité, richesse,
Et vous gart de tout accident!
Diligent.
Amoureusement voué salue
L'Impérateur de grant value,
Honorius, César Auguste.
Marrien.
.le prie à Dieu qui fil la nue,
Que tousiours soit bien maintenue
Sa puissance ferme & robuste.
Que dit le Monarque très juste?
Beau Sire, veuillez en compter.
Diligent.
Il lui desplait qu'ung peuple injuste
Veult toute la terre gaster.
Marrien.
Gommant?
Diligent.
11 a ouyr parler
Que Wandres, infâmes <k salles,
Veulent destruyre & affoler
Toutes les régions des Galles,
Car aux Citez espéciales,
Comme Lengres qui a grant nom,
Hz font des choses anormales
Contre les Prélatz de renom.
Si vous baille commission
Le hault Prince de Roménie,
De meclre à exécution
La wandalieque progénie.
L'Empereur qui en vous se fye,
Par iectre le vous fait sçavoir,
— 284 -
Et par moy le vous notifl'ye
Pour plustost à ce cas pourvoir.
Lors baille la lettre.
Marrio.
Il convient premièrement voir
La rescription qu'apourtez,
Et puis je fera y mon debvoir
D'assembler gens de tous costez.
Diligent.
Yesci de quoy.
Marrien, à ses gens.
Or, recepvez
Ce mandement sans plus actemlre,
El comme bien faire sçavez,
Lisez que chascun puist entendre.
Lors ancung de ses gens prend ladiele lettre prùseiïque el la
lit, dont la teneur s'ensuyt :
« Honorais, par la grâce de Dieu, Impereur des Romains
» et tousiours Auguste, à notre amé & féal conseiller et sé-
» naleur, Marianus, Président d'Arles, Gouverneur général
» des légions galiques, salut & dileclion. Comme par le trespas
» de notre très boimoré frère, Archadius, naguères Empe-
» reur, nous soit demourée la totale monarchie et adminis-
» (ration impératoire du gouvernement, de quoy est expédient
» adhiber extrême diligence, attendu que nostre très cher et
» amé nepveu Théodose xije de ce nom, aussi participant de
» la coronne impériale, n'est encoires en aage de adolescence
» ou virilité pour sçavoir donner provision telle que de rai-
» son à l'entretenement de la chose publique, et nous soyons
» advertis que les Wandres tenans loy payenne, jadis expulsés
» par les Goths de leur pays de Sithie et partie de septen-
» trion et coidrains culx retraire sur le fleuve nommé Da-
» nuhius, aultrement dit Ilister, duquel lieu de rechief
» déboutez par Gibérich, Roy de Phocvc, oc souhzmiz à la
— 285 —
puissance impériale obtindrent de nostre prédécesseur, feu
de bonne mémoire, Constantin le grant, la région de Paio-
nine pour illec habiter, résider & vivre paisiblement, se
sont de nouveau esmeus & mis sur les champs avec les
Alains, à la persuasion du Conte Sliliquo, désobéissant oc
rebelle pour vouloir destruyre & mectre à ruvne les régions
de Galle, mesmement la noble cité de Lengres qui de tout
temps (comme il appert par les Commentaires de César) a
eu bonne confédération au sénat & peuple romain. Pour-
quoy nous, volans obvyer ausdits entreprinses à l'honneur
du Créateur et augmentacion de la saincte foy catholicque,
vous mande que, incontinent & sans délay, faictes assem-
bler grosses armées de gent d'armes & de traict, en tel
nombre qu'il soflise,.et quelque part que sçaurez lesdits
Wandres, infidèles ennemis de la foy, les allez rencontrer,
combattre et mectre à finale exécution, & faictes tellement
que la gloire demeure à Dieu et avons la victoire comme
espérons comme elle sera à l'ayde de nostre Sauveur Jhésu
Christ qui vous doint honneur, exaltacion à accomplisse-
ment des choses dessus dites. Donné à Rome, en sénat,
l'an de l'incarnation nostre Seigneur quatre cent et unze
et de nostre empire le premier après le trespas de nostre
frère Archadius. »
Laquelle lettre lue, dit :
Marrien.
Vous entendez ce mandement
Duquel est faite la lecture,
Pieste qu'on soit lesgièrement
Garny d'armes &. de monsture
Pour livrer à desconfiture
Payens qui sont à rebouter,
Car la loy de saincte escripture
Cuydent permuter & gaster.
— 286 —
Le Légionnaire.
Chier Seigneur que debvons aymer,
Puisque ce vient amener guerre,
Je suis content de moy armer
Pour vous servir en toute terre,
Long temps a qui j'ai fait enquerre
Qui estoit des Wandres le Pioy,
Mais c'est Croscus qui veult conquerra
Le pays & mectre à desroy.
Le Centurion.
Haull Sénateur, quant est de moy
Mon veul totalement s'aplicque
De combattre pour nostre foy
Qui est très saincte & calholicque.
J'entends que ce Roy wandalicque
A fait endurer passion
A Didier, pasteur lingonicque,
Si en ay grant compassion.
Marrien.
Or, faictes préparacion
De tout ce qu'il est nécessaire,
Assamblez maintes légions
Pour ceste rencontre parfaire.
Toy, Diligent, qui sçez bien faire
Ung rapport qui est de raison,
Va faire armer le populaire,
Ensemble ceulx de ma maison.
Diligent.
Vous aurez gens d'armes foison,
Puisque vous m'en faictes mesler.
Marrien.
Va, losl, va, car il est de saison.
Diligent.
Moy je suis tout prest d'y aler.
— 287 —
Lors parle aux bourgeoys el souldarls.
Messeigneurs, je vous viens sommer
Et dire de par Marrien,
Que tantost vous aillez armer
Si 1res bien qu'il n'y faille rien.
Bourgeoys qui estes gens de bien,
Et vous tous, gendarmes rotiers,
Armez-vous tantosl bel & bien,
Si vous mectez sur les sentiers.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Nous le ferons très volontiers,
Puisqu'on ce point la commande.
Le premier Souldart.
Et fust pour aler à Poitiers,
Si seray-je prest comme ung dé.
Le second Bourgeoys d'Arles.
J'ay jà mon aubert endoxé
Qui est de maille forte & dure.
Le second Souldart.
J'ay jà mon crenequin troussé
Et les tarcatz à la saincture.
Le premier Bourgeoys.
Qui esse qui nous fait injure?
Veult-on cette Ville assaillir?
Diligent.
Nenny certes, mais je vous jure
Qu'il convient en place saillir.
Le second Bourgeoys.
Pourquoy ?
Diligent.
Pour combattre à férir
Les Wandres, payens deshonnestes.
— -2ZH -
Le second Bourgeoys.
Les veult-on tous faire mourir?
Diligent.
Il les faut tuer comme bestes.
Le premier Bourgeoys.
Nous en ferons voler les testes,
Qui mon conseil croire vouldra.
Le second Bourgeoys.
Nous leur monstrerons tels tempestes
Que j;ï pied n'en escliappera.
hy tous s'armeront et se meelenl en point et les deux sonl-
(liais parlent ensemble.
Le premier Souedart.
0 my fudel, non te curare,
Y voille Wandelle raactare
Car y sont venouto certe.
Le second Souldart.
En deame loti jugulaire
Qu'este génie maledicto.
Le premier Souldart.
Il besoingne faire presto
Pille la tour grande espade.
Le second Souldart.
Wandelle jura biaio
Vo te mettre en l'estrapade.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Dieu, quel langaige vous parlez!
Parlez à droit si vous voulez,
Je n'entends point calebretois.
Le premier Souldart.
Quand nous deux sommes assemblés,
Nous parlons ainsy maintenais.
— 289 -
Le second Bourgeoys d'Arles.
Je n'y entendz ne deux ne trois,
Je croy que ce n'est pas chrétien.
Le second Souldart.
Si est, par Dieu, gentil galois.
Le premier Bourgeoys.
El qu'esse donc?
Le second Souldart.
Ylalien.
Lors ils se arment.
Le Légionnaire
Tirons nous devers Marrien
Si vous estes prestz.
Le second Bourgeoys.
Ouy voir.
Le Centurion.
Regardez bien s'il nous fauit rien.
Le premier Bourgeoys.
Chascun a ce qu'il doit avoir.
Le Fol.
Ha ! déà je veul aussi sçavoir
Si j'iray point en la bataille.
Je suis homme pour recepvoir
Ung horion s'on le me baille.
Te n'ay habillement qui vaille,
Preste moi ton iacques, compère ?
Vesci, par l'âme de mon père,
Qui est en point comme ung saint Georges.
Le premier Souldart.
Ce suis-je.
Le Fol.
Dieu! qu'il est haustère,
C'est raige comme il se rengorge.
49
— 290 —
Le premier Souldart.
Se je te prens.
Le Fol.
Forge luy, forge.
Est-il fyer comme une lymasse!
Le premier Souldart.
Vien çà.
Le Fol.
Vas là.
Le premier Souldart.
Passe avant, passe.
Te mocques-tu, dy, layde beste!
Il le bat.
Le Fol.
Av! ay! il m'a rompu la teste.
Que sainct Fremin le puist ardoir !
Je m'en vois ailleurs à la feste.
Adieu, vous dyjusques au revoir!
Le Légionnaire.
Nous avons fait notre debvoir,
Marrien, prince redoubté,
Vous povez cy clèrement voir
Ung ost qui est bien apresté.
Le Centurion.
Chascun, selon sa qualité,
C'est mis en poinct honnestement.
Vous n'avez pas gens à planté,
Mais ils combattent hardiment.
Marrien.
Par grant nombre, communément
Est souvent bataille perdue,
Dieu est lassus en firmament
Qui les victoires distribue.
— 391 —
Sa force est tant haulte & ardue
Que rien ne luy est difficile,
Sa puissance bien entendue
C'est tout ung de cent ou de mille.
Machabeus en petit nombre
Vainquit les gens Antiochus,
Aussi ferons-nous grant encombre
Aux Wandres & au roy Croscus.
Ce sont payens très dissolutz,
Vous estes gens de bonne part,
Et pourtant soyez résolutz
D'y déployer vostre estendart.
Le Légionnaire.
Il me tarde qu'on ne s'en part,
Il me tarde jà que j'y soye
Pour frapper de haiche ou de dart
Wandres qui seront en ma voye.
Le Centurion.
Quant à moy, c'est toute ma joye
Que de combatre ou bataillier
Et pourtant mais que les voye
.le les feray désarpillier.
Marrien.
Puisqu'ils veulent tout épillier
C'est raison que les combatons.
Le Légionnaire.
Nous sommes prests.
Marrien.
Or, nous partons.
Le Légionnaire.
Je croy qu'ils voudront en tous lieux
Faire les gens croire en leurs Dieux,
Si leur puissance n'abalons.
— 292 —
Lb: PREMIER BOURGEOYS.
Nous sommes prêts.
Le Légionnaire.
Or, nous partons.
Le Centurion.
Du pays nous feront wuytler
Ou occiront comme Didier,
Si brief remède n'y mectons.
Le second Bourgeoys.
Nous sommes prests.
Le Centurion.
Or, nous parlons.
Marrien.
A Jhésu Christ nous commandons.
Puisque c'est au département,
Sonnez trompettes & bedons,
Pour aler plus joyeusement.
Puis dit au Messagier.
Vous irez voir pour ce régent,
Et espier les combatans.
Diligent.
J'y vois faire un guet bel & gent,
Puis viendray quant il sera temps.
Lors se partent de Arles et trompettes sortent et s'en vont
mèche aux champs vis à vis des Wandrcs. Diligent va espier
les ennemys et Lucifer dit :
Lucifer.
Tisons d'enfer, meclez vous sur les rangs,
Et si pourlez hôtes, sacs à paniers,
Tantost aurez tous ces Wandres meschants
Auxquels ferez deschanter de beaux chants
— 293 —
Quant en enfer seront noz prisonniers.
De tous tonnens les ferez prisonniers
Dedans brief temps, à douleur 6c à honte,
Car Marrien leur fera rendre compte.
Satiiam.
Lucifer, grant prince 6c grant conte,
Nous avons assez conjecture
Que les Wandres que orgeul surmonte
Seront condempnez à torture.
Lucifer.
Chascun de vous mecte sa cure
De courir & de chemyner,
Pour ces Wandres, remplis d'ordure,
Saisir, acroichier oc trainner.
Vesci le temps de moisonner,
Vesci le droit temps de régner,
De glenner,
De vener,
D'amener
Maulditz payens pour leur donner
En enfer peinne intolérable.
Satiiam.
Marrien veult tout décoper,
Pourtant vesci temps d'alraper,
De fraper,
D'agriper
Per non per
Nous les amenrons tous souper
En la chauldière misérable.
Astaroth.
Je croy qu'il sera convenable
Que nous alons diligenter
Pour Croscus, fort déraisonnable,
Par fine force conquester.
— 294 —
Bélial.
Nous luy ferons bien comparer
La douleur & adversité
Qu'il fit naguères endurer
A Didier &. à sa Cité.
Léviatham.
Didier est en gloire monté
Avec les sainctes légions,
Croscus sera cy apourté
Avec cent mille escorpyons.
Belphégor.
Dieu a veu les afflictions
Que les \Yandres ont fait au monde,
Si permect qu'en noz mansions
Finalement on les confonde.
Cerberus.
Il convient que chascun se fonde
A gaigner âmes bas & hault,
Car en la fournaise profonde
Je vois bouter le feu tout chault.
Satham.
Alons sur les champs.
Astaroth.
11 le fault.
Bélial.
Chascun soit sçeur de son quartier.
Léviatham.
Je m'en y vois.
Belphégor.
Où?
Léviatham.
A l'assault.
— 295 —
Belphégor.
Alons sur les champs.
Bélial.
II le faull.
Belphégor.
Je charperay quelque briffault.
Léviatham.
Et moy quoy?
Cerbérus.
Tu dis vrai, Gauthier.
Bélyal.
Alons sur les champs.
Astaroth.
Il le fault.
Satham.
Chascun soit sçeur de son quartier.
Lors Diligent revient de [ère le guet et dit :
Diligent.
Monseigneur, j'ay veu approucher
Voz ennemis plains d'insolence,
Pas ne les trèz loing serchier,
Vez les cy en vostre présence.
Marrien.
Au nom de la divine essence
Pour qui entreprenons bataille,
Chascun face diligence,
De frapper d'estoc & de taille.
N'espargnez point ceste chiennaille,
Assommez nobles & villains,
Abatez les plus dru que paille,
Pour vengier la mort des bons saincts.
Frappez & tuez hardiement,
Besoingnez & rien n'esparniez,
— 296 —
Coppez membres horriblement,
Saigniez, tranchiez, couteaux baigniez,
Gaingniez <k bagues desployez,
Maintenez vous honestement,
Roingnez testes, lances ployez,
Donnez horions largement.
Lors le second Satrappe vient advertir Croscns cl dit
Le second Satrappe.
Croscus, les champs à les plains
Sont quasi revestuz à plains
De gens d'armes fiers &. adroiclz.
Ckoscus.
Sont-ils Sarrazins ou Piomains?
Le premier Satrappe.
Je ne sçay, mais ils ont des croix.
Croscus.
J'aperçoy bien qu'à ceste fois
Chrétiens me donront à souffrir,
Reculer ne puis toutelfois,
Mais me convient à eux offrir.
0 mes Dieux, veullez moy servir!
Il est heure de besoignier,
Bien je vous sçauray desservir
Si me voulez faire gaigner.
Si je conqueste la journée,
Je vous promeetz de bon couraige
Qu'à mainte créature née
Feray souffrir cruel dommaige,
Aux Chrétiens menray tel oultraige,
Pour leur loy toute exterminer,
Que, par tonnent <k mal raige,
Cinq cens mille en feray finer.
Les deux batailles s'entrevoyent.
— 297 —
Marrien.
En fans, pensez de cheminer
Tout sarré sans vous desmarchier.
Et quant viendra au corps donner,
Faictes raige de bien touschier.
Le Légionnaire.
Nous sçaurons bien les cops baillier,
Mais qu'il soit heure de férir.
Le Centurion.
Tenez moy pour houssepaillier,
Si je n'en faiz mille morir.
Le Roy des Ala'ins lire ses gens à pari cl leur dicl
Le Roy lies Alainz.
Mes gens, je vous veul advertir
D'ung cas qui touche moy <x vous,
J'ay délibéré de partir
Si je voy qu'ayons contre nous.
Si les Wandres sont au dessoubz,
Tournez bride & vous en alez.
Le premier Chevalier Alain.
Sire, nous y entendrons tous,
Puisqu'en ce point vous le voulez.
Croscus.
Tost en bataille vous mectez,
Car noz ennemis sont en place
Le premier Satrappe.
Roy des Wandres, ne vous doubtez
Rencontrez seront face à face.
Le Légionnaire parle à Martien et dit :
Le Légionnaire.
Seigneur, vous plait-il que je face
Sur eulx la première envahye ?
— 298 —
Le Centurion.
Que j'y aille par vostre grâce
Pour faire l'armée esbaye.
Marrien.
Je veul monstrer chevalerie,
Je veul encomancer la dance.
Au nom de la vierge Marie,
Donray le premier cop de lance.
Vel sic : Feray la première vaillance.
Lors parle à Croscus.
Payen, avance toy, avance,
Si tu oses moy rencontrer.
Croscus.
0 Chrétien, plain d'oultrecuidance,
Je te veul ma force monstrer.
Lors fièrent l'ung sur l'autre.
Marrien.
Je te feray chier comparer
Ton grant orgeuil & ton oultraige.
Ils f râpent de rcchief puis se retraitent .
Le Roy des Alainz.
Qui esse qui son vasselaige
Ose contre moy esprouver?
Le Légionnaire.
Faulx payens, j'ay bien le couraige
Et la force pour toy grever.
Frapeni tous deux.
Le PiOY des Alai>z.
Je te feray sentir le fer,
Si tu viens encoir une foys.
Le Légionnaire.
Et je te feray eschauffer
Et ta coiffe à ton harnois.
Frapeni de rechiefVun sur l'aullre puis se retraitent tous deux.
— 299 -
Et Croscus dit :
Croscus.
Geste bataille est de grant pois,
Je ne sçay que nous y ferons,
Nous n'y gaignerons pas deux pois.
Si tous ensemble n'y ferons.
Vel sic : A pied, à pied nous les aurons.
Marrien.
Sonnez trompettes & clarons,
Ung chascun deffende sa vive !
Si Dieu plaist nous les gaignerons.
Or, sus, criez : Vive! qui vive!
Hic descendunt.
Lors se combattent tous ensemble, puis les Alains s'enfuient
et les Wandres sont morts excepté Croscus qui est pris tout
vif.
Le Centurion.
Wandres sont tous mors à desroy,
Dont debvons estre résiouys,
Il n'y a mais que le grant Roy,
Tous les aultres s'en sont fouys.
Le Légionnaire.
linv Croscus, rends toy.
Croscus.
Bien en vis.
Le Centurion.
Touteffois te convient-il rendre ?
Marrien.
C'est grant dommaige que tu vis,
Roy Croscus, rends toy.
Croscus.
Bien en vis.
— 300 —
Marrien.
Si tu ne fais à mon devis,
Sur ma foy, je te feray pendre.
Le Centurion.
Roy Croscus, rends toy.
Croscus.
Bien en vis.
Le Légionnaire.
Touteffois te convient-il rendre?
Marrien.
Lyez le moy sans plus actendre,
Et tout bâtant le conduysez,
Car il n'a voulu pitié prandre
Des povres chrétiens baptisez.
Le premier Souldart.
Çà, maistre, vous serez liez
Si court que jà n'eschapperez.
Le second Souldart.
Contre la foy trop foliez,
Mais vous vous en repentirez.
Us le lyeni en bâtant.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
En Arle fault que l'amenez
Pour estre payé de ses gaiges.
Le second Bourgeoys.
Povres Lengrois infortunés
Seront vengiez de leurs dommaiges.
Croscus.
Là, villains, vous n'estes pas saiges
D'ainsin traicter un grant seigneur.
Le premier Souldart.
Payen, vos orgueilleux langaiges
Vous feront souffrir grant douleur.
— 301 -
Le second Souldart
Croyez en nostre Créateur
Et on vous fera quelque bien.
Croscus.
Qui me debvroit percer le cueur,
Si ne seray-je pas chrétien.
Le premier Souldart.
Amy serez de Marrien
Si vous voulez prandre baptesme.
Croscus.
Paix, villain, je n'en feray rien
Pour homme vivant ne pour femme.
Marrien.
Amenez ce payen infâme
Tout droit en Arle où nous alons.
Le second Souldart.
Il y viendra, par Nostre Dam* !
Et deust aler à reculons.
Ao/rt de Pansa.
Satham.
Recueillons, dyables, recueillons
Ces mauldictz Wandres desconfitz,
Et cruels lormens leur baillons
De plomb & de soffre confitz.
Astarotii.
Charger les fault à cinq ou six,
De teste estourdir &. hastive,
Puis après ils seront assis
En la flame pénétrative.
Bélial.
Puisque par leur guerre armative
Ont cuyder la foy empeschier,
Une poison bien corrosive
Je leur ferav boire à maschier.
— 302 —
Léviatham.
Et fussent-ilz plus durs qu'acier.
Si auront-ilz le cul quassé.
BELPHÉGOn.
Us ont frappé au temps passé,
Mais sur leur dos on frappera.
Léviatham.
Hz ne viendront pas in pace,
Car toute guerre on leur fera.
Lors présentent ù Lucifer les Wandres.
Satiiam.
Lucifer, regardez de çà,
Nostre enfer est tout honoré.
Lucifer.
Çà, de par tous les dyables, çà !
Ces Wandres ont trop demeuré.
Où est Croscus?
Satham.
On l'a mené
En Arle prendre finement.
Lucifer.
Quoy l'avez vous habandonnier,
Il y fault aller vistement.
Belphégor.
Il fault loger premièrement
Ces galans tout à leur devis.
Cerbérus.
Je les prens en gouvernement,
Ne vous chaille, ils seront servis.
Lors boulent tout en enfer cryant et huilant.
Bélyal.
Il convient que soyons hastiz
Pour Croscus amener à bort.
— 303 —
ASTAROTH.
Âlons y tous, grans et petiz.
Léviatham.
Il convient que soyons hastiz.
Cerbérus.
Troupt! vous n'estes pas apprentiz,
Aultre foys avez fait plus fort.
Satham.
Il convient que soyons hastiz.
Pour Croscus amener à bort.
Lors dyables vont sur les champs et Marrien est en Arle
où les Souldarts tiennent Croscus devant luy.
Marrien.
Or, sommes nous en nostre fort,
Or, avons nous bruyt & victoire,
Dieu, qui est des bons le confort,
En ait la louange à la gloire!
Croscus, ta vye transitoire
Prendra cy sa conclusion,
Si nostre loy méritoire
Ne reçois par dévocion.
Croscus.
Oste l'ymaginacion
De moy preschier ou affiner,
Croy qu'en mon obstinacion
Je veu mourir & définer.
Fay moy transchyer ou décoper,
Fay moy traire à quatre chevaulx,
Car si jamais puis eschapper,
Je feray cinq cens mille maulx.
Marrien.
Tu as le cueur mauvais à faulx,
Croscus, ad ce que j'aperçoy.
— 304 —
Item, lu sçes bien que tu l'aulx
De persécuter nostre loy,
Pourtant m'en vengeray sur toy
Par celluy Dieu qui me forma.
Le premier Souldart.
Je vous requier, baillez le moy
Pour le despeschier in forma.
Le Légionnaire.
Qui brief ne le dépeschera,
Monseigneur, à correction,
Je sçay bien qu'encoires fera
Aux Chrestiens tribulacion.
Le Centurion.
Il a mis à confusion
Mainte personne catbolicque,
Pourtant c'est mon opinion
Qu'il meurt de mort très inicque.
Le Légionnaire.
Président, noble <x autenticque,
Puisque ce mauldit wandalicque
A nostre saincte loy discorde,
Qu'il soit mis à mort!
Marrien.
Je l'accorde.
Le Centurion.
Puisqu'il veult, comme vray folastre,
Demeurer tousiours ydolastre
Et n'aime ne paix ne concorde,
Qu'il soit mis à mort!
Marrien.
Je l'accorde.
Le premier Bourgeoys.
Il me tarde que je le voye
Pendu aux champs enmy la voye,
— 305 —
Bien hault, assommé d'une corde.
Qu'il soit mis à morl.
Marrien.
Je l'accorde.
Le second Bourgeoys.
Par vous doit bien estre accordé
Qu'il soit d'une corde encordé
Ou cordelé de forts cordons
Parmy le col,
Marrien.
Nous l'accordons.
Le premier Souldart.
Pour Dieu! que j'en soye bourreau,
Je l'abilleray bien & beau
Comme on doit faire gens de bien,
Le voulez-vous?
Marrien.
Je le veul bien.
Le second Souldart.
Mon compaignon est bien propice
Pour acomplir ung tel office,
11 sçet bien servir de tels mects,
Comectez ly.
Marrien.
Je ly comectz.
Suz, souldàrs, qu'il soit tant foulé
De batre, qu'en sang mutilé
Sa chair soit toute envelopée,
Et puis d'ung trenchant affilié
Veul qu'il ait la teste coppée.
Le premier Souldart.
Puisque la sentence est donnée,
Je le vous iray despeschier.
*\
&jj
— 306 -
Le second Souldart.
Tu auras la maie journée,
Puisque ta sentence est donnée.
Le premier Souldart.
Sa chair nous est hahandonnée.
Le second Souldart.
Il fault frapper.
Le premier Souldart.
Il fault tourchier.
Le second Souldart.
Puisque la sentence est donnée.
Le premier Souldart.
Je le vous iray despeschier.
Le second Souldart.
Fay le ung petit avant marcher,
Affin qu'on le puist regarder.
Le premier Souldart.
Çà, je vous veul le col trancher,
Agenoillez-vous sans tarder.
Croscus.
0 Dieux qui me soûliez flater
Et promectre si longue vye,
On doit bien pour fol réputer
Qui a de vous servir envye,
Car pour comparer la folye
Que j'ay commise vers les Sainclz,
J'ay cruelle mélancolye
Sans avoir aucungs membres saincts.
Mirez vous ci, tirans pervers,
Fortune me sert à revers,
Les plus vers
Sont les plustost à terre mis.
- 307 —
J'ay contre Dieu esté divers,
Par quoy guerre ses cops cou vers
De travers
M'assigne par mes ennemys.
Je suis à vergoingne submis,
Je suis de tout honneur desmis
Et remis,
Mirez vous ci, tirans pervers,
J'ay tant de haulsaiges commis
Que j'aperçoy tous mes amis
Endormis,
Fortune me sert à revers.
0 Dyables, fault-il que je meure
Infamemenl pardevant tous!
Le premier Souldart.
Vous faictes trop longue demeure,
Tost, tost, mectez vous à genoulx,
Croscus.
Haro! désespoir & couroux
M'estrainnent moult horriblement,
Faulx ydoles me lairez vous
Morir icy honteusement ?
Les deux Souldarls le font agenoiller par force et là $3 fuit
le secret.
Le premier Souldart.
Tendez le col légièrement,
Il fault que nous nous avançons.
Lors flert.
Zoup! N'ai-je pas fait gentement?
Yez là le corps en deux tronssons.
— 308 —
Le second Souldart.
Puisqu'il est mort, or le laissons
Aux loups, aux chiens & aux oyseaulx.
Le premier Souldart.
Quelque chose que nous façons,
Je le recommande aux corheaulx.
Satham.
Ça, çà, faulx dyables desleaux,
Yesci le maulvais des maulvais,
Nous luy emplirons les boyaux
De poison & soffre punaiz.
ASTAROTII.
Il est nostre pour tout jamais,
Chargeons le dessus ce trayneau.
Bélyal.
I) cuydoit tout tempester, mais
Nous luy tempesterons la peau.
Lors le présentent à Lucifer.
Satham.
0 Lucifer, vostre cerveau
N'a cause d'être forcené.
Lucifer.
Pour quel raison?
Astarotii.
Le jeu est beau.
Lucifer.
Comment?
Bélial.
Le maistre est amené.
Belphégor
Croscus, le tirant condampné,
Qui cuydoit sur chrétiens régner,
Tout d'ung train avons atraiuné
Sur trainneau, pour le mieulx trainner.
— 309 —
Léviatham.
A ce coup venons de glaner,
Nous en rapourtons le gros grain,
Il le convient battre & glaner,
Mais que Cerbérus soit en train.
Cerbérus.
Faulx ennemy de gendre humain,
A maie heure es-tu cy venu.
Satham.
Or, es-tu cheu en nostre main,
Faulx ennemy de gendre humain.
Cerbérus .
11 sera festyer demain.
ASTAROTH.
On y est grandement tenu.
Lucifer.
Faulx ennemy de gendre humain,
A maie heure es-tu cy venu.
S'il y a point de plomb fondu,
D'arsenic ou de réagal,
Par la gorge luy soit rendu
Jusqu'au fondement tout aval.
Vous, dyables, qui chantez si mal
Et de si terrible façon,
Festiez ung peu ce vassal
En cryant ung horrible son.
Lors crijenl tous ensemble moult horriblement, puis dit
Lucifer :
Holà! holà! vous m'estonnez,
Laissez moy ce cry non pareil,
Mais Croscus prenez ex menez
En tonnent, en peinne, en traveil.
— 310 —
Cerbérus.
^ Puisque c'est de vostre conseil,
Tantosl l'iray affîstoler,
S'il voyt plus lune ne soleil
On me puisl les bras affoler.
Lors le trainne en la gueulle.
Satham.
Prince ténébreux, Lucifer,
Vous me deussiez bailler guierdon
Quant j 'ay fay venir en enfer
Wandres à si grant habandon.
Lucifer.
Satham, tu auras ung beau don
Que pieçà je t'ay ordonné.
Lors dit aux aullres dyables.
Qu'il soit d'ung trépied coroné.
Ho ! dyables, meclcz y la patte.
Satham.
J'ay bien le procès gouverné.
Lucifer.
Qu'il soit d'ung trépied coroné!
Astaroth.
Que le sceptre luy soit donné !
Bélyal.
Une tenaille ou une latte?
Lucifer.
Qu'il soit d'ung trépied coroné !
Satham.
Ho! dyables, mectez y la patte.
Lors lui) incitent ung trépied sur la leste.
Léviatham.
Je le fay roy de la savatte.
Satham k
Mais du pont tron quart d'Avignon.
— 311 —
ASTAROTH.
Vive Salham!
Bélial.
Vive qui flate !
Belphégor.
Tu es ung gracieux mignon.
Marrien.
Or, es mis à destruction
Wandalicque crudélité.
Or, est par décolacion
Le roy Croscus descapité,
Pourtant si Lengres a esté
Destruite, prinse ou assiégée,
Louange à la Divinité!
La mort des Saincts est bien vangée.
Le Légionnaire.
Croscus, remply d'inflacion,
Avait désir & volonté
D'attenter par invasion
Catholique fidélité.
11 a désià deshérité
Mainte personne &. deslogée,
Mais, à sa grant calamité,
La mort des Saincts est bien vangée.
Le Centurion.
Horreur <x détestacion,
Insolence & captivité,
A commis, par dérision,
A Lengres, la bonne cité,
Si l'avons tant débilité
En belle bataille arrangée,
Que selon nostre qualité
La mort des Saincts est bien vangée.
— 312 —
Marrien.
Prince seul, Dieu en trinité,
Lengres, ville d'antiquité,
A esté bien fort dommaigée,
Mais à dire la vérité,
La mort des Saincts est bien vangée.
Le Fol.
Or, çà, çà, la pye est loigie,
Il la fault aler descouchier.
Si je n'ay de la fromaigie,
Mais huy ne m'en iray couchier.
Je veul devenir ung bouchier
Pour manger moelle de boyaulx.
Il n'est plus nuls amys beaulx,
Ils furent gelés l'aultre année.
Demain, s'il fait belle journée,
Vous verrez icy faire raige,
N'y faillez pas mal assignée
Et s'amenez vostre mesnaige.
On dit que je suis homme saige,
Mais je croy qu'on faull à parler.
Je vois boter dans une caige
Ung coquin qui me veult voler.
L'Épilogue.
Pour les couraiges exciter
A joye & récréacion,
Nous avons voulu réciter
De Sainct Didier la passion,
La piteuse destruction
Du dévot peuple Lingonique,
Et puis après l'occision
De la puissance Wandalique.
— 313 —
Demain, pour conclusivement
Achever l'euvre fructueuse,
Verrez jouer visiblement
La translacion glorieuse.
La matière est tant gracieuse
Que la personne qui Fourra,
Si d'escouter est curieuse,
Tousiours mieulx valoir en pourra.
Je vous requiers, n'y Caillez pas,
Pour ouyr ce noble exemplaire,
Et si mal jouons par compas,
Pour Dieu ne vous vueille desplaire,
Mais pryez au Sainct débonnaire
Qui règne au céleste reaulme,
Que nostre jeu puissions parfaire
Au salut du corps &. de l'âme.
Exjilicit secunda pars.
°°>*Zc
— 315
S'ensuyt la tierce partie du Jeu Nostre Seigneur
Sainct Didier, martir, et est la translacion ou
relevacion dudil Sainct.
Le Prologue comance.
lsidorus, es éthimologies,
Approuve moult les historiographes,
Car il monstre les généalogies
Des personnes en dignitez logies
Dont sont escripts volumes <x paraphes,
Et Tulius qui eut xij épitaphes,
Disait ce mot aux grans & aux petis :
Hystoria est lux verilatis.
Hystoire nous l'ait
Voir la vérité
Des gens & du fait
De l'antiquité,
Soit mal ou bonté,
Paix ou guerre dure,
Tout y est noté
En belle escripture.
J'alègue ceci voulentiers,
Car tout ce que jouer debvons,
Par molz élégans &. entiers,
Es hystoires nous le trouvons.
Premièrement, monstre avons
De Sainct Didier la passion,
Maintenant nous parachevons
En jouant la translacion.
— 3i6 —
L'an mil xiiij avec trois cens
Comptoit-on pour le miliaire,
Quant le Sainct, par moyens décens,
Fut posé en reliquaire.
Philippe, le roi débonnaire,
Gouvernoit ce noble royaulme,
Et au Lingonicque repaire
Présidoit l'Evesque Guillaume.
Estienne de Noyers pour lors
Estoit prieur du prioré
Ouquel reposoit le sainct corps
Qui de chasse fut décoré.
Or, nous avons délibéré
De vous en monstrer l'apparence.
Mais que chascun soit modéré
Et content de l'aire silence.
Finis Vrologi.
Le Prieur de Sainct-Didiei;.
Louange à toy, divin linpérateur,
Réparateur du premier maléfice !
Louange à toy, ô digne Rédempteur,
Mon Directeur, mon vrai Consolateur,
Et Collateur de riche bénéfice!
J'ay lieu propice, honorable édiiïice,
Pour sacrifice à toy rendre souvent,
Car Prieur suis de ce noble couvent.
Si veul tenir
Et maintenir
L'ordre de ma religion,
Et Dieu servir
Pour desservir
De mes péchiés rémission,
— 317 —
Division,
Déception,
De mon cloistre feray partir,
Dévocion,
Sans fiction,
Anray au glorieulv martir.
Monseigneur Sainct Didier se nomme
Le bon patron que je propos:',
Jadis vertueulx & sainct homme
Duquel le corps icy repose.
C'est raison que je me dispose
Totalement de l'exalter,
Et que ma puissance j'expose
A faire son corps translater.
Jà pieçà, le prieur Guyon,
A qui Dieu soit miséricors,
Avoit très bonne affection
De voir relever le sainct corps,
Et employa de grans trésors
A taire ceste fiertre icy,
.Mais la mort qui prent les plus forts,
L'a prins; Dieu luv face mercy!
Or, puisqu'il ne peult achever
Son vouloir ou intencion
De faire le Sainct relever
En noble congrégacion,
Par ma sollicitacion
La besoingne sera parfaicte,
Puisque j'ay de provision
La chasse très richement faicte.
— 318 —
Çà, mes frères, qu'en dictes vous?
Déclairez moy vostre sentence.
Bien doit prendre conseil à tous
Celluy qui grant euvre encommance.
Le Soudprieur.
Monseigneur, par ma conscience,
Ce seroit chose moult louable
De faire honneur & révérence
Au Saincl bénigne <k pitéable.
Ceste chasse belle & notable
Que le bon Prieur lit forger,
Est très honneste & convenable
Pour le précieulx corps logier.
Frère Nicole.
On ne peult trop sollemniser
De benoist martir glorieux,
On ne peult trop auctorizer
Les os dignes & précieux,
Et pourtant soyez curieux
De faire ce reliefvement,
Car Dieu qui est tout gracieux
Vous donra bon commancement.
Frère Micuiel.
Quant on mect son entendement
A quelque hault bien entreprendre,
Dieu conduyt l'euvre tellement
Que nul n'y treuve que reprandre,
Pourtant commancez sans actendre,
Par bon conseil à par compas,
Car à rien ne voulons contendre,
Fors à vous servir sur ce pas.
Le Prieur.
Pour éviter tout altrecas
Et besoingner par équité,
— 319 -
Bon seroit de compter le cas
A l'Évesque de la Cité.
Il est seigneur d'auctorité,
Il vit honestement sans vice,
Et est sa bonne volenté
De nous faire honneur & service.
Item, il a à Sainct Didier
Très fervente clévocion,
Pourtant bien nous pourra ayder
Touchant ceste translation.
Le SoUBPRIEUR.
Vous avez bonne oppinion,
Le prélat convient advertir.
Le Piueur.
Il fault en tout discrétion.
Frère Nicole.
Vous avez bonne oppinion.
Frère Michiel.
L'Évesque a grant affection
A nostre hostel.
Le Prieur.
Mais au martir.
Frère Michiel.
Vous avez bonne oppinion.
Frère Nicole.
Le Prélat convient avertir.
Le Prieur.
Quant est de moy j'ay grant désir
De luy en touchier &. parler.
Le Soubprieur.
Quant il vous viendra à plaisir
Nous sommes tous prest d'y aler.
— 320 —
Le Prieur.
, Alons doncques interpeller
Sa face qui n'est pas haustère,
Affin qu'il se vueille mesler
De célébrer le hault mistère.
Ils vont vers VEvesque.
Le Fol.
Que j'aille avecques vous, beau frère!
Car je suis ung home d'honneur,
Foy qui doy l'âme de mon père,
Les gens m'appellent Monseigneur.
Je cognois bien ung fourbisseur
Fourbissant verres au disner,
Qui est devenu fort pisseur
Par force de fort choppiner.
Je croy que j'ay ouyr sonner
Les matines en Paradis,
Car je veul tous les mercredis
Autant de rez que de tondus,
Mydieux! ils seront confonduz,
Avant hier, quant je dormoye.
C'est ung bel habit que de soye,
Mais j'ay plus chier pintes que potz.
J'ay veu le temps que je dansoye,
N'est-ce pas parler à propoz ?
0 que veslà de mes suppotz!
A Dieu, messeigneurs, je vous laisse,
Car je voy entre deux trippotz
Faire jouer une singesse.
Le Prieur, en saluant VEvesque.
Monseigneur, Dieu vous doint lyesse!
L'ÉVESQUE DE LENGRES.
Bonjour, monseigneur le Prieur.
— 321 —
Frère Nicole.
Pour esloingner deul &. tristesse,
Monseigneur, Dieu vous doint h esse!
Le Soubprieur.
Nous venons vers vostre noblesse.
L'ÉVESQUE.
Bien soyez venu, Soubprieur!
Le Prieur.
Monseigneur, Dieu vous doint lyesse!
L'ÉVESQUE.
Dieu vous gard', monseigneur le Prieur !
Quel chose avez vous sur le cueur
Qui vous maine pardevers moy?
Le Prieur.
Très noble & révérend Pasteur,
Vous ouvrez la cause pourquoy,
En vous tant de bonté perçoy,
Que mon cas n'en peult pis valoir.
L'ÉVESQUE.
Prieur, je vous jure ma foy
Que je feray vostre vouloir.
Le Prieur.
llault Prélat, remply de sçavoir,
En qui toute vertu habite,
Vous avez assez peu sçavoir
De Sainct Didier le grant mérite,
Qui reçeut mort par l'exercite
Des Wandres desnuez de sens,
Lorsque Lengres fut desconfite,
L'an de grâce xj &. quatre cens.
Le grant Prince Macomirus
Esloit en France duc & sire,
ji
— 322 —
Et le dévot Ilonoiïus
Tenoit le seplre de l'empire,
Quant Sainct Didier reçeut marlire
Pour nous monstrer bon exemplaire,
Et voulst piteuse mort eslire
Pour délivrer son populaire.
Et aflin qu'on ne double pas
Qui règne au ciel sainct glorieux,
Devant & après son trépas,
Fit plusieurs signes merveilleux,
Desquels le plus miraculeux
Et que tout borne loue &. prise,
C'est que son chief très précieulx
Pourh tout mort en nostre église.
Après ceste desconfiture,
Après ce criminel excide,
Le Sainct fut mis en sépulture
Dedans l'église où il préside.
Le corps avecques nous réside,
L'âme reçoit biens perdurables
Qui sa grant puissance élucide,
Par miracles inunmérables.
Boiteux, bossus & contrefaictz,
Muets, sourdeaux, paralitiques,
Febricitants, malz &. deiïaiclz,
Lépreux, aveugles, lunatiques,
Enfans mors, gens épileutiques,
Qu'on appourte en nostre maison,
Tant soyent jeunes ou antiques,
Cbascun y reçoit garison.
— 323 -
0 lieu décoré,
0 lieu bien envié,
Tu es moult paré
D'ung tel habitant!
Ung cueur désolé,
Perplex ou foulé,
Est tout consolé
En le visitant.
Et brief, il nous fait de biens tant
Que nul ne les sçauroit nombrer,
Pourtant me veul estre acquittant
De le servir <k honorer,
Si me suys prins à méditer
A part moy, n'a pas longue espasse,
Comment je peusse translater
Son digne corps & mectre en chasse.
Ung bon prieur nommé Guyon,
Qui de mort a payé la rente,
Fist faire par dévocion
Une chasse moult excellente,
Or laissa-il vye présente
Sans perfournir à ceste affaire,
Pourtant je m'yngère &. présente
D'achever ce qu'il ne peust faire.
Doncques, ô Seigneur révérend,
Je vous requier sur toute chose
Que ne mectez nul différent
En ce cas que je vous propose,
Mais votre doulceur se dispose
De célébrer tout le service,
S'il convient, comme je suppose,
Que nous faisons ce bel office.
— 324 -
L'EVESQUE.
Prieur, vous eu parlez très bien,
Nul ue vous eu sçauroit blasmer,
Et faictes comme home de bien
D'ainfin vostre patron aymer.
Mais pour ceste euvre consomer
Et démener par bonne guise,
Je veul advertir & somer
Le Chappitre de mon église.
// parle au Chappitre.
Vous tous, Messeigneurs du Chappitre,
Qui de sens avez grant planté,
Bien sçavez que je pourte mylre
Corne Évesque de la Cité.
Je suis maintenant invité
A drécier ung noble appareil,
Mais je n'en ay rien accepté
Sans ouyr vostre bon conseil.
Vesci Monseigneur le Prieur,
Lequel vous avez veu souvanl,
Pareillement le Soubprieur
Et les frères de son couvent,
Qui me pryent très instamant
Que je leur veuille tous ayder
A relever notablement
Le corps Monseigneur Sainct Didier.
C'est un euvre excellente &. grande
Que de faire translation,
Pourtant sur ce cas je demande
Vostre advis & opinion.
— 325 —
Le Doyen de Lengres.
Monseigneur, à correction
Puisque mon conseil demandez,
Soubz briefve collocacion
Feray ce que vous commandez.
Le bon Sainct voulez relever
Qui gist soubz petit édifice,
En quoi vous n'entendez grever
Aucung, ne faire préjudice,
Et pourtant il seroit propice
D'envoyer quérir les bourgeoix
Pour demander de cet office
Leur oppinion & leur voix.
Le Trésorier.
Seigneur révérend & notable,
C'est une euvre moult délectable
Que vous désirez entreprandre,
Si me semble assez convenable
Que la bourgeoisye bonnorable
Soit appelée au conseil prandre,
11 l'ait bon de plusieurs aprandre,
L'homme seul ne peult tout comprandre.
Ceste parole est véritable,
Mandons les bourgeois sans actendre,
Car ils nous pourront faire entendre
Quelque mot bon & prouffitable.
Le Grant Archidiacre.
Pour translater ung tel martir,
Fault premièrement advertir
Ceulx qui sont en grant dignité,
Oultre plus envoyer quérir
Et bénignement requérir
- 326 —
Les lions bourgeoys de la Cilé,
Et pour faire solennité
D'honneur & de sublimité
Ainsin connue vous apetez,
Fault mander qu'à iour limité
Les Barons, plains de grant bonté,
Viengnent icy de tous costés.
DlJONNOIZ.
Sainct Didier, nostre bienfaiteur,
Fut à Lengres digne pasteur,
Par la divine Provéance.
Or est ainsin, noble Seigneur,
Que vous estes son successeur,
Évesque, Duc & Par de Langres.
Donc à cause de l'accointance
Je conseille qu'à toute instance
Les douze Pers envoyez querre,
Ils sont tant plains de bienveullance
Qu'ils viendront en noble ordonnance,
Mais que vous les veullez requerre .
Barroiz.
Sainct Didier eut la seignoiïe
De Lengres, notable et florye,
Cilé de grant perfection,
Or esse maintenant parrie
De quoy n'est de rien amaindrie,
Mais à grant augmentacion
A cause de ceste union
Et de confédéracion
Avec les Pers de noble allaire.
Mandez leur par légacion
Qu'ils veullent la translacion,
Ayder à conduyre et à fayre.
— 327 -
Bassigny.
Vous en parlez selon raison,
Mandons les Pers de la maison
De France qui est grant royalme,
Puis après trovons achoison
D'avoir Evesques à foison
Ou synon nous y aurons blasme,
Car le Sainct que chascun réclame,
Odorant plus souef que basme,
Fut jadis Evesque en ceste estre,
Pourtant vous jure sur mon âme,
Qu'à le lever desoubz la lame
Plusieurs prélats y doibvent estre.
Le Chantre.
Plusieurs prélats y doit avoir,
Monseigneur, vous avez dit voir,
La chose en sera trop plus digne,
Au surplus faull faire dobvoir
Quant aux prélats de soy pourvoir
D'abbez, clercs &. plains de doctrine;
Ayons l'abbé de sainct Bénigne
Qui est personne très bénigne,
Si ne fauldront pas à nos esmes ;
Pareillement, je détermine
Qu'ung messaigier aille &. chemine
A Sainct Estienne & à Molesme.
L'Évesque.
Vos paroles très familières
Me donnent résiouyssement,
Vos oppinions singulières
Consolent mon entendement.
Mander nous fault premièrement
Les bons bourgeovs bien modérés,
— 328 —
Puis pourvuoyerons secondement
Ad ce que vous délibérés.
Le Prieur.
Or ça, messagier, vous irez
Vers les bourgeoys sans plus actendre.
Tost-Prest, messagier.
Très voulen tiers.
Le Prieur.
El leur direz
Qu'à ce conseil se veulent rendre.
Tost-Prest.
Comment me voulez apprendre
Ce que je sçay bien?
Le Prieur.
Ho! j'ay tort.
Tost-Prest.
Je leur l'eray le cas entendre.
Le Prieur.
Despeschez-vous.
Tost-Prest.
Je suis d'accord.
Lors s'en va le Messagier.
L'ÉVESQUE.
J'ay bien entendu le record
D'ung chacung & bien escoulé,
Dieu veuille mener à bon port
Nostre désir à volenté!
Combien que vous avez nolté
De plusieurs Evesques mander,
Il m'est advis en vérité
Qu'autrement y t'ault procéder.
Vous sçavez bien qu'es Pers de France
Y a six Prélats amassés,
— 329 —
S'ils viennent tous d'une aliahce,
Vous samble-il pas que c'est assez?
Ung bien peu sur ce fait pensez.
Le Doyen.
Ha! monseigneur, vous avez droit.
L'ÉVESQUE.
11 souflit, vous le confessez.
Le Prieur.
Fol seroit qui ne l'entendroit !
Bailly parle an Messagier ci du :
Le Bailly.
Dieu gard', messagier!
Tost-Prest.
Dieu y soit!
Le premier Bourgeoys.
Quelz novelles ?
Tost-Prest.
Rien que tout bien.
Le second Bourgeoys.
Mon cueur grant lyesse reçoit
De vous veoir.
Tost-Prest.
Je le pense bien.
Le tiers Bourgeoys.
Dictes nous tost s'il y a rien ?
Tost-Prest.
Vous en sçaurez tantost le voir.
Le quart Bourgeoys.
Et dont venez vous?
Tost-Prest.
Dont je viens,
Déà vous ne povez tout sçavoir.
— 330 -
Monseigneur l'Evesquc a vouloir
De vous déclairer ce qu'il pense,
Si ne pourrez que mieulx valoir
De venir devant sa présence.
Le Bailly.
Pour quel cas ?
Tost-Prest.
Par ma conscience!
Je ne sçay, mais on vous actent.
Le premier Bourgeoys.
Ajtj ronchons nous de l'audience.
Le second Bourgeoys.
Je le veul.
Le tiers Bourgeoys.
Et j'en suis content.
Lors s'en vont.
Le Fol.
Je suis devenu Président
Des requestes de mon hostel,
Je veis hier trembler, dent à dent,
Le cuysenier Charles Martel,
Mais il tenoit ung grant coustel,
Par saincl Héloy! en une gaine,
Dont il combattit Trainne-gaine
Qui demeure au molin au vent,
C'est celluy qui veult si souvanl
Dancer une fois en dix ans.
Mais maulgré tous les médisans
Qui parlent tousiours sans mot dire,
Je vous feray plourer <k rire,
Chanter à perdre pacience,
J'en suis ouvrier comme de cire,
Tantost voyrez l'expérience.
— 331 —
Le B.villy.
Dieu vous doint gloire &. préférence,
Très noble & révérend Pasteur !
Le premier Bourgeoys.
Pour jouyr de toute excellence,
Dieu vous doint gloire & préférence!
Le second Bourgeoys.
Faire vous venons révéra nce,
Comme à nostre gubernateur.
Le tiers Bourgeoys.
Dieu vous doint gloire & préférence,
Très noble &. révérend Pasteur !
Le quart Bourgeoys.
Nous venons pour vous faire honneur
El pour ouyr vostre désir.
L'Évesque.
Quant ainsin venez de bon cueur,
Vous me faictes ung grant plaisir.
Or ça, je vous ay fait venir
Pour une matière urgente
Que brief désirons perfournir,
S'il plaist à Dieu qui tout régente.
Vous sçavez la grâce émynante
Que de Saincl Didier recepvons,
Si nous semble chose décente
Que son digne corps relevons.
Les religieux à cest tiltre
Nous ont esté sollicitans,
Et tous messeigneurs du Chappitre
Y sont aydans & consentais.
Pourtant, avant qu'il soit longtemps,
Ferons ceste euvre méritoire
— 332 —
S'entre vous aultres habitons
Y vouliez bailler adjutoire.
Le Bailly.
JNoble Seigneur, il est notoire
Que le martir de renommée
Conserve enluminure &. décore
Lengres, la cité bien famée.
Par sa sauvegarde est gardée
La lingonicque région,
Si doit estre recommandée
Sa dévote habitacion.
Le premier Bourgeoys.
Comancez la translacion
Du corps qui en bas lieu repose,
Car ung chascun de nous dispose
D'y estre en grant dévocion.
Le second Bourgeoys.
Puisqu'on a la possession
D'une chasse richement close,
Comancez la translacion
Du corps qui en bas lieu repose.
Le tiers Bourgeoys.
Chascun a affection
Au mains, comme je présuppose.
Mauldit soit celluy qui s'oppose
A si digne opéracion!
Le quart Bourgeoys.
Commancez la translacion
Du corps qui en bas lieu repose,
Car ung chascun de nous dispose
D'y estre en grant dévocion.
Le Prieur.
Vous ouyez leur in tencion,
Monseigneur, 6c leur bon couraige,
— 333 —
Si povez sans clilacion
Commancer ce notable ouvraige,
El pour ce qu'il fault main voyaige,
Nommez un chascun personnaige
Qui sera propre d'y entendre.
L'Évesque.
Premier si vous voulez contendre
Des Pers de France tout avoir,
Dedans Paris se convient rendre
Pour les trouver à pour les voir,
Car on m'a fait icy sçavoir
Que je m'y trovasse avec eulx
Affin d'appoincter & pourvoir -
Sur certain cas qui est doubteux.
L'archidiacre du Barrois
Et le Soubprieur qui est saige,
Ensemble ung notable bourgeois,
Seront commis à ce messaige,
Ils ont faconde & bon langaige
Pour bien sçavoir persuader,
Ils ont monture, ils ont bagaige,
Pour y bonnement procède] .
Item, frère Nicole ira
A Sainct Bénigne prestement,
Frère Michaèl se trouvera
A Molesmes pareillement,
Puis ung bourgeois conséquemment
Devers Sainct Estienne ira voir,
Car ces trois abbés notamment
A ce dit jour voulons avoir.
— 334 —
Tost-Prest, uostre bon messaigier,
Pas reposer nous ne tarons,
Car il ira, .sans plus songier,
Quérir les quatre grans barons.
Ainsin assez de gens aurons
Selon que je puis assentir,
Puis après nous comancerons
La translacion du martir.
Or cà, Monseigneur le Doyen,
Kl vous, Prieur, mon amy chier,
Il vous convient, par bon moyen,
Toutes les lectres despeschier.
Le Doyen.
Puisque nous en voulez chargier,
Incontinant les escripvons.
L'ÉVESQUE.
Alez vous doneques abrégier.
Le Prieur.
Tost à ceste heure nous irons.
Barroiz.
Quant vous plaira, nous partirons
Pour aller vers les Pers de France,
Et de par vous nous leur dirons
Qu'ils viennent en belle ordonnance.
Combien que je fais grant doubtance
De trouver leur propre domainne,
I h'i sont ils?
L'Évesque.
A Paris sur Seinne.
Le Soûbprieur.
I.) '.iler de sentier en sentier,
Qui leur demeure ne sçauroit,
— 335 —
Peult-estre que d'ung an entier
Les Princes on ne trouverait.
Dictes nous le chemyn tout droit
Pour nous oster de si grant peinne.
Où sont-ils?
L'ÉVESQUE.
A Paris sur Sein ne.
Le premier Bourgeovs.
Où est leur habitation?
Où est leur propre résidence ?
Où est leur domination?
Où est leur digne précellence ?
Où est leur notable présence?
Où est leur face clerc ^ sa inné?
Où sont-ils?
L'Évesque.
A Paris sur Seinne,
Pour matière haultainne
Tiennent conseil en parlement.
Barroiz.
Dieu en sa grâce très certainne,
Nous y doint arriver briefment!
L'Évesque.
Disposez vous lesgièrement,
Frère Nicole de l'Espine,
Serchez l'abbey de Sainct Bénigne
Qui à Dijon fait sa demeure.
Estes vous prest?
Frère Nicole.
Tout à ceste heure.
L'Évesque.
Frère Michel, vous partirez
Et devers Molesmes irez,
Je croy que la voye y est seure.
— 336 —
Ksi es vous prest?
Frère Michel.
Tout à cesle heure.
L'Évesque.
El ce bon bourgeois ce ira
Voir se l'aultre abbé trouvera.
Le tiers Bourgeoys.
Voulentiers, je vous en asseure.
L'Évesque.
Estes vous prest?
Le tiers Bourgeoys.
Tout à ces te heure.
Tost-Prest.
Quant est de moy, je veux aler
Les quatre Barons apeler,
Car je sçay où chascun demeure.
L'Évesque.
Estes vous prest ?
Tost-Prest.
Tout à ces te heure.
L'Évesque.
Par délibéracion meure,
Le Doyen qui sçet bien dicter
Avecques le Prieur labeure
Pour vos besoingnes actincter.
Le Doyen appourtc les lettres.
Yesci ce qu'il fault empourter,
Monseigneur, je vous viens tout rendre,
Vous les povez faire mouler,
S'il vous plait.
L'Évesque.
Il y fault entendre.
Chascun sa lettre viengne prandre !
— 337 —
Lors prennent chascun une lettre par ordre.
Barroiz.
Yt'sei pour moy.
Frère Nicole.
Et cy pour moy.
Le Prieur.
Partir convient sans plus ac tendre,
Chascun sa lectre viengne prandre!
Tost-Prest.
Aflin qu'on ne me puisl reprandre,
Ça, mon parquet ?
Le Doyen.
Veslà de qiioj .
Lk Prieur.
Chascun sa lectre viengne prandre !
Frère Michiet..
Vesci pour moy.
Le second Bourgeoys.
Et cy pour moy.
Le Soubprieur.
Partons en gracieux arroy.
Et pensons de fort ehemyner.
L'ÉVESQUE.
Je requier au souverain Roy
Qu'il vous veuille brief ramener!
Le Fol.
Je me veul faire enluminer
De fine couleur de Beaulne.
Je vous dis que pour choppiner
J'y suis docteur, non pas bec jaulne.
Sçavez vous point pourquoy un asne
A si grans oreilles, beau père?
— 338 —
Non déà. C'est pourceque sa mère
Ne luy myl point de béguynet
Pour sarrer ung petit sa teste.
N'est-ce pas une saige beste
Que d'ung asne? Mydieux! ouy.
Il m'a maintes t'ois résiouy
Par ses doulx & gracieulx chants.
Nota de Va&ne,
Ho! ho ! Je m'en vois sur les champs,
Çà, ma bride à ma muselière,
Et par Dieu! je suis bien meschans,
Je luy mectoye par derrière.
,Maul feu arde la poictrenière !
11 en vient très maulvaise odeur.
Si mon genest eust sa culière,
Je (tisse monté à Thoneur.
Lucifer.
Gouffre d'enfer, caligineuse horreur,
Fournaise ardent, ténébreuse terreur,
Ouvre ton puys, vomis ta nourriture,
Fay moy venir Satham criminateur
Et Belphégor fort calomniateur,
Trop plus punais que pute pourriture.
Mon cueur est goint de si forte poincture
Qu'il n'a sur moy artère ne joincture
Que tout ne soit pire qu'empoisonné.
Faulx ennemys, furieuse laydure,
Saultez à cop pardevant ma figure
Quant vous voyez que je suis forcenné.
Satiiam.
Vesla rudement jargonné,
0 Prince de dampnacion!
Oncques mais dyables deschenné
.Ne lit telle exclamacion.
— 388 —
S'on vous fait mille extorsion,
Dictes nous d'Où vient ces( oultraige,
Nous y mectrons provision
En despit de l'humain ligna ige.
Déliai..
En despit de ces popeiars,
Tristes mangeurs de crucifiz,
Nous irons sur ce mois de mars
Au monde cueillir nos profil/.
Mais si terribles clarns & crys
Avez fait puis heure & demye,
Qu'oncques tels ne furent escripts
Es complainctes de Jhérémye.
AsTAP.OTH.
Vous n'avez cause de vous plaindre;
Lucifer, besle truculente.
Car s'a mon désir puis actaindre.
Je feray maincte àme dolente.
Par ma faulceté pestillente
J'aj tant forgé depuis sepl ans,
One noire cliauldière pulente
Sera plainne dedans brief temps.
Lé via tua m.
Je vous diray cent fois plus fort
Si vous m • voulez escouter,
.l'ai tant l'ail de charme & de sort
Qu'il n'est nuj qui le sçeyt compler.
J'ay fait les grans estaz porter,
J'ay fait laisser toutes vertus,
J'ay l'ait dancer oc tricquoter
Dont mile culz seront bains.
Belphégob
Veslà follement proposé,
Veslà trop desgorge lengaige.
— 340 —
El moy me suis-je reposé?
Nenni, non, j'ay fait rouge raige.
Il n'y a si fol, ne si saige
Qui ne soit pire qu'Antecrist,
Car par mon pourchaz & oultraige,
Gliascun blasphesme Jhésu Crist.
Cerrérus.
Et pourtant si j'ay gardé l'estre
De nos lieux obscurs & infects,
Ne doy-je pas aussi bien estre'
Recommandé comme tu fais.
J'ay arrousé pécheurs punais
De souffre, plomb 6c mâcher on,
Tellement que tous les plus nets
Sont aussi noirs qu'ung chauderou.
Lucifer.
Cruels serpens, plains de poison,
Laissez moy toutes ces paroles,
Il n'est pas maintenant saison
De compter oppinions folles,
Vous deussiez songer monopolles
Encontre Langres qui triumphe,
Et vous n'entendez qu'à frivoles,
C'est la cause pourquoi je groimphe.
Sainct Didier qui vous mist iadis
En mortels périls & destrois,
Depuis qu'il est en Paradis
Nous fait pis cinq cent mille fois,
Et encoires depuis ung mois
Ont entreprins pour nous grever.
Tant le clergé que les bourgeois,
Du corps translater & lever.
— 341 —
Satham.
Kt puis?
LlCIFER.
Il convient troter.
Satham.
Comment troter?
Lucifer.
Lesgièrement.
Satham.
Pourquoi faire ?
Lucifer.
Pour tout gaster.
Satham.
Par quel façon ?
Lucifer.
Comintemcnl.
Satham.
Dictes la manière comment.
Lucifer.
Il fault soubtilz moyens serchier.
Satham.
Kt au surplus?
Lucifer.
Soubstilenienl
La translacion empeschier.
Et pourtant très faulce mesgnie,
Rude ribaudaille rusée,
Dès maintenant je vous renye
Si vous ne troublez la fusée,
Car si la chose est achevée
Ou qu'on célèbre cest office,
Mainte âme en sera relevée
Tousiours à nostre préjudice.
— 342 -
Satham.
Miiis que Bélial, mon complice,
Soisl presl à mou oppinion,
.le veul estre comis au supplice
S'mi y fait jà Iranslacion!
Par sainte persuasion,
Nous voulons estre curieux
De bouler eu division
L'Evesque ô. les religieux.
Bélial.
.Nous trouverons tours merveilleux,
Souldainnement & en peu d'heure,
Pour faire le cas périlleux
Aflin que la chose demeure.
A.STAROTH.
Si je n'y bèsbingne 0; labeure
Tout ne vault pas ung chou cabuz,
Roy Lucifer, je vous asseure
Que de tels folz ce n'est qu'abuz.
Léviatham.
Encoir es-tu plus quoquibus
D'atribuer l'honneur à loy,
Car pour mectre tout rasibus
Tu sçez bien qu'il n'y a que moy.
Belphégor.
A ce que je voy &. perçoy,
Faulce envye vous fait hoingnier.
Ghascun face comme pour soy,
Quant à moy, je vois besoingnier.
Cerbérus.
Dyables, alez tout exploiter,
Alez l'aire nostre cas bon,
Car vous sçavez qu'il est mestier
Que j'aille souffler le charbon.
— 343 -
ASTAROTH.
Or, alons on provision
Kl besoingnons diligemment.
Bélyal.
Deux mots do bénédiction
Lucifer, à ce parlement.
Lucifer .
Que de tonnerre &. do tormentj
Do fureur ex de forcénemont,
ht» «rosse gresle & de marteaulx,
Puissiez avoir prouchainement
Escalvasie totalement
Lo cul, la teste & les boyaulx !
Tous les Dyables ensemble disent :
Amen! amen!
Satham.
Les mots sont beaulx,
Nous \\en povons que pis valoir.
Lucifer.
Alez lost, dyables desléaulx.
Astaroth.
Créez que nous avons bon vouloir.
Le Prieur.
Parlant à l Evesqtie et aux autres.
Jhésu Crist qui sçet tout pourvoir
Veulle condnyre nos messaiges!
L'Évesque.
Je croy qu'ils feront tel debvoir
Qu'on les réputera pour saiges.
Le Prieur.
Sainct Didier qui voit nos couraiges,
Vueille pourvoir & adresser
Leurs meurs, leurs laits & leurs lengaiges,
Pour ceste entreprinse avancer.
— 3-U —
L'ÉVESQUE.
Bon seroit de luy supplyer
Qu'il nous fist garde & conducteur
Pour son renom multiplyer
Tout à l'honneur du Créateur.
Le Prieur.
Je vous requiers, noble Pasteur,
Qu'une oroison lui présentez.
L'Évesque.
Je le fera y de très bon cueur
Ainsin comme vous l'apetez.
Lors se mecl à genonlx.
0 Martir doulx & amyable,
Pasteur dévot <x pitéable,
Régnant en gloire,
Qui ceste Cité honnorable,
Comme béguin &. favorable
Garde & décore,
Requier, intercède <k implore
Devant le divin auditoire,
Par beaux recors,
Qu'on puist faire en ce territoire
Relevacion méritoire
De ton sainct corps.
Le Prieur, à (je.noulx.
0 safir, plain de relucence,
Carboucle de magnificence,
Fleur de beaulté,
Qui par doulce bénévolence
Tient tousiours en convalescence
Ceste Cité,
— 345 —
Par ta bénigne purité,
Impètre vers la Trinité,
Dévotement,
Que ton corps, plain de dignité,
Puist estre de nous translaté
Honestement.
Sainct Didier en paradis, à genou Ix devant Dieu.
Hoy régnant perdurablemenl,
Trîumphant éternellement,
Incompréhensible Lumière
Qui passe tout entendement,
Qui est fin <k commencement,
Cause des causes la première,
Regarde la bonne manière
Que Lengres, cité aulmosnière, ,
Maintient pour mon intencion,
Et permects qu'en ceste matière
Leur volonté saincte & entière
Puis! venir à perfection!
O Virginité
Et Maternité
Pucelle & nourrice !
0 formosité,
Préciosité
Sans tache oc sans vice,
Rendez tout propice
Le chief de justice
Vers ces bonnes gens
Qui de mon service,
Louange & office,
Sont très diligcns!
— 346 -
Virgo Maria.
Puys de toul bien, Puissance paternelle,
Luysanl Splendeur, Refulgenee éternelle,
Très convenable à povres gens ayder,
Retournez vous vers pitié maternelle
Et entendez l'oroison solennelle
Que je vous fays pour vostre amy Didier.
Les cueurs dévots se veulent employer
A son tombeau ouvrir & desployer
Pour le sainct corps mectre en meilleur estât,
Si le veuillez (elle grâce envoyer
Que l'ennemj ne les point desvoyer
On empescher d'ataindre à leur optât.
Donnez cueur docile,
Moyen tant facile.
Voye si agile,
Que ceste euvre utile
Preingne lin condigné,
(lai- la chair fragile,
Caduque & débile,
Pusille oc mobile,
N'est à rien habile,
Sa grâce divine.
De us.
En moy toute pitié domine,
Doulceur prant de moy sa naissance,
.le réconforte oc enlumine
Gelluy qui a bonne espérance.
Salomon, en briefve substance,
Mon tillre a dit <x exprimé,
Prononçant comme à ma semblante :
IHligo diligentes me,
— 347 —
Qui me pourte honneur
Sera bien euré
Ri comme seigneur
De tous honoré.
J'ay telle bonté
Que qui m'aymera
De ma Majesté
Dieu aymé sera.
Didier qui a totalement
Mis en moy son affection,
Mérite que pareillement
J'aye à luy grant diiection,
Si veul que la translacion
Soit entreprise & accomplie,
El que toute la région
De ses miracles soit remplye.
Le Fol.
Maistre Arripe de Barbaryo,
Docteur en choppinacion,
Veult que tout home se marye
Pour avoir généracion.
J'ay une imapinacion
Qui me t'ait beaucoup varier,
J'ay veu qu'on souloit marier
Hommes & femmes de \\ ans,
Maintenant lesjeusnes enfans
Enraigenl d'estre mariés,
Je veul qu'ils soyent hariés
Et que beaucop de mal ils sentent,
Et puis après, s'ils se repentent,
Pour Dieu! ne m'en demandez rien
Je demande à ces gens de bien
— 348 —
Quel beste c'est que mariaige?
Par Dieu! veslà qui le sçet bien,
Car il ne l'a pas d'avantaige.
Barroiz, «i Paris.
Nous avons fait demy voyaige,
Car vesci Paris, la cité
Où les Pers de noble paraige
Ce sont tenus tout cest esté.
Le Sodbprieur.
.le voy leur haulte maiesté,
Je voy leur dominacion .
Le premier Bourgeoys.
Alons en toute humilité
Leur rendre salutacion .
Lors saluent les Pers.
Barroiz.
Celuy qui lit sa mansion
En la digue Vierge Marie,
Veuille garder la Seignorie
De toute tribulacion !
L'Arcevesque de Rains, Par
Par sa sainte protection,
Garde vostre à me d'estre pcrie
Celluy qui lit sa mansion
En la digne Vierge Marie!
Le Soubprieur.
La lingonicque nacion,
Homme joyeuse <x non marrie,
Vers vostre excellente Parrie
Nous envoyé en commission.
Le premier Bourgeovs.
Celluy qui fit sa mansion
En la digne Vierge Marie
— M9 —
Vueille garder la seignorie
De toute tribulacion!
Le Duc de Bourgogne, Far.
D'où vient ceste légation?
Barroiz.
De Lengres, la cité romainne.
Le Duc de Bourgogne, Par.
Faieles briefve narracion
De la cause qui vous a ma inné.
Barroiz.
Nous venons pour chose haultaine
Vers vostre douceur bien famée,
Dont démonstration certain.'
Fera cesire lectre fermée.
Cil montre la lettre.
Nostre Pasteur de renommée,
Duc de Langres oc Par de France,
A une matière entamée
Qui est de moult grande importance,
Si en fait faire remonstran.ee
Devant vos nobles dignités,
Vous supplyant à tout;' instance
Qu'à ce besoing le visitez.
Plusieurs fois avez ouy dire
Que Sainct Didier, vray catholique.
Souffrit passion & martire
Par la puissance wandalicque,
Car sans craindre fureur inique
De Croscus ne de son effort,
Selon doctrine évangélicque,
Pour son peuple voult souffrir mort,
— 350 -
Vprès ce douleureùx meschief
Kl après sa morl corporelle,
Il empourlii son propre çhief
Dedans son église & chapelle ;
Le bourreau brisa sa cervelle
Gomme fol v.v démonniacle,
Puis une porte, riche c< belle,
Se monslra clouse par miracle.
Le martire ainsi n consomé,
Wandres furent moull esbays,
Car voyans l'ung d'eulx assommé
Ils se partirent du pays.
Ainsin, après ses maulx comis,
Le di^ne & glorieulx Marlir
Fil rendre paix à ses âmys
El les satellite.- partir.
Le corps fut en terre posé
Par mistère très sumptueux,
Où a ix c ans reposé,
Faisant miracles merveilleux.
Maintenant les Religieux
Font grant sollicitation
Que du eoi-ps digne & glorieux
Soit faite révélacion.
Noslre Prélal a bien voulu
Que la chose en conseil fut mise,
Puis a finalement conclu
lie mectre à fin ceste enlreprinse.
La journée est jà toute prinse
Pour ce noble corps relever,
Si vous supplye sans faintise
Qu'à Lengres vous veuillez trouver
— 351 —
L'Arcevesque de Rains, Par.
L'Évesque fait moult à louer
De vouloir lel chose parfaire,
Car c'est pour l'Église douher
D'iiii^ précieux reliquaire.
Le Duc de Bourgogne, Par.
Seigneurs, vesci moult grant affaire,
Pourtant fault bien que regardons
Quel chose nous avons à faire,
Allin que nostre honneur gardons.
L'Évesque de Laon, Par.
C'est raison que nous contendons
De nous tirer en son quartier,
Puisque sçavons & entendons
Qu'il a de nous si grant mestier.
Le Duc de Normandie, Par.
On doit ses bons amys ayder,
Si concludz qu'aler y fauldra,
Kt le glorieux Sainct Didier
A cent doubles nous le rendra.
Le Duc de Guyenne, Par.
Qui selon mon conseil fera,
San!' tout honneur «x révérence,
Prestement on leur mandera
Que nous y serons en présence.
L'Évesque de Ghaalons, Pau.
L'Evesque remply de prudence
Et tout le clergé nous en prye,
Si debvons bien l'aire assistance
A leur notable Seignorie.
Le Conte de Champagne, Par.
Quant est de moy j'ay grant envye
D'aler à Lengrès pas à pas,
— 352 —
Qui ne fait du bien en sa vye
Quant il veult n'y recoure pas.
L'Évesque de NoyoNj Par.
Aler fault avec ces légats
Très voulentiers, non pas envis,
Car Dieu dit : Aliis nfins
Simt libi fini vis..
Le Conte de Flandres, Par.
C'est ung mot qui est moult bien mys
Et <pii pourte grant effîcass
Car on doit faire à ses amys
Ainsin comme on veult qu'on luy face.
L'Évesque de Beaulvais, Par.
Je me Irouveray face à face
A Lengres, la lionne cité,
Voire si Dieu me donne grâce
D'estre lors en prospérité.
Le Conte de Thoulouze, Par.
Quant ung Par, pîain de grant bonté,
Veult les aultres Pers appeler.
Aux Pers est boute & lascheté
S'a leur Par ne deignent aler.
Le Sotjbprieur.
Encoir est-il bien à noter.
Messeigneurs, à correction,
Que le Sainct qu'on veult translater
Fut de vostre vocacion,
Il a voit la prélacion
Du diocèse lingonicque,
Qui est. par augmentation,
Parrie <-v duché auctentique.
— 853 —
Ainsin l'Evesque & Par de France
Comme l'ers vous fait requérir
Qu'à celle dévote ordonnance
Venez le pardon acquérir.
Pour vous y faire consentir,
Vesci lettre & rescriplion
Par laquelle pourrez sentir
Tout au long leur intencion.
L'ARCEVESQDE DE RlAINS.
Voyons la déclaracion
De cesle escriplure notable,
Puis leur ferons relacion
Telle qu'il sera convenable.
Lors lisent les lettres entre eulx.
Puis dit :
Le Duc de Bourgoine.
Nous avons ouy elèrement
Tout ce qu'en la lectre est dicley,
Requis sommes expressément
D'aler à la solennité.
L'Arcevesque dp: Rains.
Si c'étoit pour mondanité,
Pour quelque honneur ou convoitise.
J'en feisse aullre difficulté,
Mais nennil, car c'est pour l'Eglise.
Le Duc de Normandie.
Quant est de moy je loue à prise
Le désir bon ix vertueux
De ceulx qui font cesle entreprinse
Pour l'honneur du Sainct glorieux.
L'Evesque de Laon.
Puisque le Prélat gracieux
Nous mande à la translacion,
— 354 —
Nous debvons estre curieux
D'y monstrer bonne affection.
Guyenne.
Je suis de ceste oppinion
Que nous debvons, sans plus tarder,
Laisser toute occupacion
Pour en ce cas mieulx procéder.
Chaalons.
L'euvre est moult à recommander
Et digne de grant assistence,
Pourtant nous ont voulu mander
Affin que soyons en présence.
Champagne.
A brief j'en diray ma sentence,
Mais pour l'amour du personnaige
J'iray en très noble apparence,
Puisque c'est en mon voisinaige.
Noyon.
Vous y avez grant avantaige,
Vu que c'est en vostre quartier,
Non pourtant j'ay bien le couraige
D'y estre aussi, s'il est mestier.
Flandres.
Pas ne sommes à recointer,
Ou par lascheté endormis,
A peu parler bien exploictier
Il fault secourir ses amys.
Beaulvais.
Ceux de Lengres ont tousiours mis
Diligence d'acquerre bonneur,
Et pour cela Dieu a permis
Que Didier leur porte bon eur.
— 355 —
Thoulquze.
Puisqu'on nous semond de bon cueur
A ce digne fesloyement,
S'il plait au benoist Créateur,
Nous irons tout présentement.
Rains.
Mes amys, vous oyez comment
Les Pers prainnent conclusion
D'aler très desbonnairement
A ceste révélacion.
Le Soubprieur.
De leur dévote intencion
Les mercions cent mille fois.
Barroiz.
Nous en ferons relacion
Tant au clergé comme aux bourgeois.
Le premier Bourgeoys.
Vray est qu'avant qu'il soit ung mois,
Convient la feste encommancer,
Si vous pryons, Seigneurs courtois,
Qu'ung peu vous veuillez avancer.
Bourgoine.
Tost que chascun ait son destrier,
Puisqu'il fault que nous en alons.
NORMANDYE .
Prest suis de monster en restrier
Voire & de picquer des talons.
Cy amerment les chevaulx.
Laon.
Je vous requier que nous montons.
Chaalons.
Je seray tantost à cheval
— 356 —
Guyenne.
Jl est heure que nous partons.
NOYON.
Je vous requier que nous montons.
Champagne.
Puisqu'ainsin est hors nous hastons.
Beaulvais.
Chevaulchons à mont <k à val.
Flandres.
Je vous requier que nous montons.
Thoulouze.
Je seray tantost à cheval.
Bârroiz.
Celluy qui de lieu virginal
Voulst naistre pour humain lignaige,
Nous vueille garder de tout mal
Et adresser en ce voyaige !
Lors montent à cheval et se partent .
Le Fol.
Il y aura grant tripoutaige
Quant tous ses gens seront ensemble,
Ce ne sont pas gens de villaige,
Au mains. selon ce qu'il me semble.
J'ay vendu mon boys jusqu'au tremble
Sur la plainne de Marrigny.
Bonjour là, Tomme d'Orbigny,
Qui pourte ung chapperon de rouge,
Fl cesluy là qui ne se bouge,
Ne chemyn-il pas en dormant?
Je m'en vois quérir une bouge,
Messeigneurs, ;i Dieu vous comment.
— 35: -
Fhère Nicole.
Or, suis-je venu lant avant,
A l'ayde du Gréaleur,
Que j'aperçoy illec devant
De Sainct Bénigne le Seigneur,
.le lui veul aler faire honneur
Et narrer ma commission,
En luy supplyant de bon cueur
Qu'il soit à la translation.
Lors le sahu>.
D'honneur et d'exaltation
Puissiez avoir acroissement !
L'Abbé de Sainct Bénigne.
Dieu vous doint distribution
D'honneur à d'exaltation,
Et en la fin finission
De joye ou résioussement !
Frère Nicole.
D'honneur lV d'exaltation
Puissiez avoir acroissement !
Le Prélat qui communément
Réside à Lengres la cité,
M'a envoyé présentement
Devers vostre Paternité,
Et mon Prieur, d'aultre coslé,
Qui est des parfaits l'oultre passe.
Par amour <k humilité
Se recommande à vostre Grâce.
Ils ont conclud puis une espace
De lever de terre <x vuydier,
Pour mectre en excellente chasse,
Le précieux corps Sainct Didier,
— 358 —
Et pourtant vous font supplyer
Que vous y soyez en personne,
Pour accroistre & niultiplyer
L'honneur de Dieu qui tout ordonne.
Le terme vient, le jour est brief,
Comme pourrez appercevoir
Par ceste lectre & par ce brief,
S'il vous plaist le lire à le voir.
L'Abbé de Sainct Bénigne.
Je n'eus oncques aultre vouloir
Depuis que suis en bénéfice,
Sinon de faire à mon pouvoir
A Dieu & au monde service.
Lors fait semblant de lire la lectre.
Mon bel amy, j'entends le fait,
J'ay tout leu dessus & dessoubz,
Pourtant de couraige parfait
Je m'en iray avecques vous.
De vray !
Frèbe Nicole.
Seigneur bénigne & doulx,
Dieu le vous vueille guierdonner !
Mais, s'il vous plait, despeschons nous.
L'Abbé de Sainct Bénigne.
Je suis tout prest de chemyner.
Fait semblant de parler à ses gens.
Çà, çà, faictes moy amener
Monture comme il appartient,
Car, sans plus icy séjourner,
Vers Lengres chevauchier convient.
Lors se paru
— 359 —
Frère Michiel.
Veslà Molesme devant moy
Et l'Abbé, home de science,
Pourtant, ainsy comme je doy,
Je luy voy faire révérence.
Le salue.
La divine Magnificence
Vous mainctienne en prospérité !
L'Abbé de Molesmes.
Jhésu Crist, par sa providence,
Vous doint paix &. tranquillité!
Frère Michiel.
Pour ung cas bien peu usité,
L'Évesque devers vous m'envoye.
L'Abbé de Molesmes.
Que j'en saiche la vérité,
Aflin telle que j'y pourvoye.
Frère Michiel.
Vesci la cause de ma voye
En cesle lettre qui est close.
L'Abbé de Molesmes.
C'est bien raison que je la voye
Premièrement que j'en dispose.
Il lit la leclre et puis dicl :
Or çà, j'entends toute la chose,
Plus avant n'en fault relater.
Monseigneur de Lengres propose
Du corps Sainct Didier translater,
Et pourtant me fait inviter
D'y estre personnellement,
Affin d'accroistre &. augmenter
L'honneur du Sainct plus amplement.
— 360 —
Cela luy procède
D'honncste couraige,
Pourtant je concède
D'y faire ung voyaige.
Tel pélerinaige
Doit-on accepter
Qui perte ou dommaige
Peull faire éviter.
Frère Michiel, à brief parler,
Mon intencion vous déclaire,
Je suis très content d'y aler
Pour voir le beau reliquaire.
Frère Michiel.
Voslre doulceur très desbonnaire
Soit aggréable au sainct Martir!
L'Abbé de Molesmes.
Mais au surplus qu'est-il de faire?
Frère Michiel.
Ne reste mais que de partir.
L'Abbé de Molesmes.
Rien n'est qui me sçeut retenir.
Frère Michiel.
Parlons doncques.
L'Abbé de Molesmes.
Quant vous vouldrez.
Frère Michiel.
S'a ceste heure vous plait venir,
Ma compaignie avoir pourrez.
L'Abbé de Molesmes.
Parlant à ses gens.
Deux ou trois chevaulx m'amenez.
Frère Michiel
Despeschons-nous, je vous en prye.
— du —
L'Abbé de Molesmes.
Entre vous qui me gouvernez,
Deux ou trois chevaulx m'amenez,
Vous aussi le vostre prenez.
Frère Micuiel.
Il est prest, par Saincte Maryt- !
L'Abbé de Molesmes.
Deux ou trois chevaulx m'amenez.
Frère Michiel.
Despeschons-nous, je vous en pryé.
L'Abbé de Molesmes.
Frère Michiel, j'ay grant envye
D'estre à Lengres à mon optât.
Fbère Michiel.
Je prye au benoist fruyt de vye
Qui nous y mainne en bon estât.
Lors s'en vont.
Le second Bourgeoys de Lengres.
Je voy l'Abbé de Sainct Estienne
Qui est illec emmy la place,
Pourtant la commission myenne
Luy voy déchirer face à face.
Le salue.
Ceîluy qui les peschiez elface,
Monseigneur, vous doint paradis !
L'Abbé de Sainct Estienne.
En toute bonté vous perface,
Celluy qui les peschiez efface !
Que quérez vous?
Le second Bourgeoys.
En peu d'espace
Le pourrez sçavoir par mes dicls.
Celluy qui les peschiez efface,
Monseigneur, vous doint paradis !
— 362 —
Les Seigneurs nobles & gentilz,
De Lengres, cité belle à gente,
Qui de tout temps sont ententis
A vertu clère & réfulgente,
Veullent par amoureuse entente
Translater le corps Sainct Didier,
Si leur semble chose décente
Qu'à ce jour les venez ayder.
Et afïin de vous aprester
A ce mistère gracieux,
Cest escript vous font présenter
L'Evesque & les Religieux.
L'Abbé de Sainct Estienne.
Mon amy, je suis bien joyeux
De ceste révélacion,
Je liray cy ung mot ou deux,
Puis diray mon intencion.
Lors lit la Icclre et dit :
J'ay leu vostre rescription
Laquelle est doulce & amyable,
Et fait expresse mencion
De la translacion notable.
Puisqu'à ceste feste honnorable
Suys semond tant bénignement,
Bien est licite à convenable
Que je m'y treuve honnestement.
Au jour seray,
S'il plait à Dieu!
Le second Bourgeoys.
Dictes vous vray?
L'Abbé de Sainct Estienne.
Au jour seray.
— 363 —
Le second Bourgeoys.
Je vous menray
Jusques au lieu.
L'Abbé de Sainct Estienne.
Au jour seray,
S'il plait à Dieu!
Bien a le cueur rude & impieu
Celluy qui ne veult honnorer
Le Sainct qui est tant doux & pieu
Qu'on ne le peult trop révérer.
Le second Bourgeoys.
Pour Dieu ! veuillez vous préparer.
L'Abbé de Sainct Estienne.
Je le feray très volontiers.
Le second Bourgeoys.
Je vous garderay d'égarer,
Moy qui cognois tous les sentiers,
Et vous menray plus court un tiers
Qu'ung qui ne s'en sçauroit mesler.
L'Abbé de Sainct Estienne.
Or çà, ma mulle &. mes trottiers!
Car à Lengres m'en veul aler.
Lors monte à cheval avec ancungs serviteurs qui ne parle
point, puis dit Tosl-Prest, le messagier de Lengres :
Tost-Pbest, messagier de Lengres.
Ho! j'oublyoye d'arrouser
Ma langue qui est toute seiche.
// boit.
Sainct Jehan! il y fait bon muser.
Ha! ha! barbier pesche la pesche,
J'ay maintenant la langue fresche
Et rouge comme vermillon.
— 364 —
// chante.
lie! gentil vin de morillon,
He! gentil vin de morillon,
Qui croyt au plus près du buysson
Et aussi de Savoye.
Dieu qui les dévoyés ravoye,
Que nous craindons et adorons.
M'a conduyt par si bonne voye
Que je voy les quatre Barons.
Le Seigneur de Grançey.
Je croy que nouvelles aurons,
Car veescy un gent messagier.
Le Seigneur de Ghoiseul.
Prestement l'interroguerons,
S'il se vient par deçà logier.
Tost-Prest.
De mélencolye ou dangier
Vous gard' le benoist Créateur!
Vergier.
Et Dieu vous face deslogier
De mélencolye ou dangier!
Tost-Prest.
A vous je me vien deschargier
Des lectres dont je suis porteur.
Trichastel.
De mélencolye ou dangier
Vous gard' le benoist Créateur!
Tost-Prest.
Mon bon Seigneur <k mon Pasteur,
Que Dieu veulle tousiours ayder,
A conclud d'estre translateur
Du glorieulx corps Sainct Didier,
— 365 -
Pourtant le vous l'ail annoncier
Par escript & vous admoneste
Que vous veullez tous avaneier
De venir à la noble feste.
Grancey.
La requeste est simple à bonneste.
Ghoiseol.
C'est un prélat de bon couraige.
Trichastel.
lia! pensez qu'il a bonne teste.
Vergier.
(l'est un Seigneur discret & saige.
Tost-jPrest.
Vous verrez cy en bref langaige
Ce cpi'on vous veult signifier.
Lors baille ses lectres.
Grancey.
Çà, je feray le personnaige
De le lyre <x nottif'yer.
Il les lit.
Le Fol.
Toute jour ne sçay que railler
A cesluy-cy qui a du vin,
Et si m'en veul point bailler
Pour arrouser mon chérubin.
M'en donras-tu, Hurtebelin!
Quant j'en auray, tu en auras.
Tost-Prest.
Baille grant, baille &. tu buras.
Le Fol.
Je le vent.
// baisle.
Tost-Prest.
Encores plus grant.
— 366 —
Le Fol.
Plus grant, sangbieu ! je baille tant.
Tost-Prest.
Lîhj (jecle des cendres en la bouche.
Or, tien, je t'en ay donné.
Le Fol.
De fièvres soies-tu désieuné !
Tost-Prest.
Holà! ho ! Jehannyn, mon amy.
Le Fol.
Tu m'as tretous enfariné,
Bongré Sainct Pierre & Sainct Remy !
Grancey.
Messeigneurs, vous avez ouy
Ce que dit la rescription,
Dont j'ay le cueur moût resiouy
Pour la digne translation.
Choiseul.
La bonne action
Et dévocion,
A chacun doit playre.
Vergier.
J'ay affection
D'avoir vision
Du reliquiaire.
Trichastel.
Si digne exemplaire
Ne sçauroit desplaire
Par ma conscience.
Grancey.
Pour si noble affaire
Nous conviendra faire
Toute diligence,
— 367 —
0 Pasteur à grande aflluence
De prudence,
Quand il mande tous les barons,
Pourtant sans mectre différence,
Révérence
Bien bref à Lengres luy ferons.
Choiseul.
Au Prélat nous présenterons
Et irons
Vers sa doulce bénivolence,
Puis le Martir visiterons
Et verrons
Le beau mistère d'excellenee.
Trichastel.
Puisqu'on nous fait intercéder
Et mander
Par lettre tant espéciale,
A Langres nous fault aborder
Sans tarder
Vers dignité pontifîcalle.
Vergier.
Nous debvons par amour léalle,
Cordialle,
A sa requeste obtempérer
Pour voir la feste principale,
Très réalle,
Qui se doit faire & célébrer.
Tost-Prest.
Messeigneurs, veullez vous haster,
Je vous en pry à joinctes mains.
Grancey.
Nous sommes tous prects de monter,
S'il plaist au Saulveur des humains!
- ses _
Ghoiseul.
// parle à leurs gens.
Ça, chevaulx, Inities & bons frains,
Puisque c'est au département.
Vergier.
De chevaulcher sommes contraincls,
Çà, chevaulx, brides à bons frains.
Tost-Prest.
Veesci loul prest.
Trichastel.
Certes, je crains
Que ne tardons trop longuement.
Grange y.
Çàj chevaulx, brides oc bons frains,
Puisque c'est au département.
Lucifer.
Raillez, cryez horriblement,
0 faulce caterve infernalle!
Raillez, cryez horriblement,
Maintenez vous despitement,
Laissez contenance totale,
Quant à moy je pers sentement
Par le mauvais gouvernement
De votre faintise anormalle,
Reprenez condicion salle,
Lsguisez votre entendement,
Pourvoyez notre basse salle
Do plomb, de souffre, de tonnent,
0 faulce caterve infernalle!
Satham.
i I faulce caterve infernalle,
liaillez, criez horriblement!
0 faulce caterve infernalle,
Lucifer, de sa leste malle,
- 369 —
Nous menace terriblement.
Il a le visaige plus palle
Qu'ung vieil poitron qui a la galle,
Tant est plain de forcénement.
Il nous blasme trop mallement,
Il nous desprise, il nous ravalle,
Dont pour respondre aucunement
A sa grande fureur capitalle,
Raillez, cryez terriblement.
Lors raillent tous ensemble.
ASTAROTH.
Que fault-il à ce gros enflé?
Quel dyable a-il à grumeler ?
J'ay tant tante & tant soufflé
Qu'après moy n'y fault jà râler,
Cuyd-il tout le monde escouller
Tout d'ung cop en notre fornaise ?
Du mal torment puist-il baler!
Nous ne faisons rien qui luy plaise.
Bélial.
Lucifer, figure punaise,
Qui estes en bault tribunal,
Vous en parlez bien à voslre aise,
Mais nous endurons tout le mal,
Nous alons à mont & à val,
Nous pénétrons lieux ténébreux,
De pied, de jument, de cheval,
Pour lempester ces malheureux.
Belphégor.
Par mon porchaz malicieux,
Par ma finesse & couverture,
Avons des avaricieux,
Sans fin, sans compte à sans mesure.
— 370 —
Léviatiiam.
Et qu'ay-je fait contre luxure,
Moy qui faitz les culz rcsveillier?
Je vous promectz & si vous jure
Que j'ay bien fait hurtebillier.
Cerbérus.
Je n'ay point wuydé le quillier,
Lucifer, je vous le confesse,
Je n'ay servy que d'abillier
Ces dampnés qui sont en destresse.
Lucifer.
Aultre chose y a qui me blesse.
Satham.
Dictes nous que c'est qui vous casse.
Lucifer.
Lengres, qui prent la hardiesse
De mectre ung corps sainct dans la châsse.
Or, sçay-je bien que sur la place
Tant de miracles se feront,
Que toute la région basse
Et noz rentes s'en sentiront.
Satham.
Veesci noz dyables qui iront
Voir s'ils pourront rien empeschier,
Et si très bien besongneront
Que n'y sçaurez que reprochier.
Belpiiégor.
Il nous fault bientôt descochier
Aflîn de recouvrer noz pertes.
Léviatham.
Pour les Lingonois approchier,
Il nous fault bientôt descoichier.
- 371 -
Cerbérus.
Et je m'en vois là bas serchier
Se noz âmes sont recouvertes.
Astaroth.
Il nous fault bientost descocbier
Afin de recouvrer noz pertes.
Bélial.
Nous avons testes bien expertes
Pour brasser ung mortel bruvaige.
Satham.
Alons besongner tous à certes,
Puisqu'il plait au Prince de rage.
Frère Nicole.
Noble Prélat, dévot & saige,
Nous avons tant diligente
Et si bien prins notre avantaige
Que nous sommes en la Cité.
L'Abbé de Sainct Bénigne.
Il est doncques nécessité
D'arrester cy & de descendre.
Je voy des logis à planté,
Si en fault pour noz cbevaulx prandre.
Çà, gallans, il vous fault entendre
A leur prandre bonnes estables.
Frère Nicole.
Or, en alons sans plus actendre,
Par devers les Seigneurs notables.
L'Abbé de Molesmes.
Veesci maisons innumérables,
Je croy que c'est Lengres, n'est pas?
Frère Michiel.
Veesci les murs inexpugnables
Et les tours faictes par compas.
— 372 —
L'Abbé de Molesmes.
J'ay au cueur lysse &. soûlas
De voir la Cité non pareille.
Frère Michiel.
Monseigneur, vous estes tout las,
Descendez, je vous le conseille.
L'Abbé de Molesmes.
Mais qui est-ce qui appareille
Pour nos chevaulx lieux compétent ?
Frère Michfel.
N'en ayez aucune merveille
Car je sçay bien qu'on y entend.
Le second Bourgeoys.
Louange au Roy omnipotent!
Je voy la Cité auctenticque,
Lengres, en laquelle on actend
Yostre personne magnificque.
L'Abbé de Sainct Estienne.
C'est une ville moût anticque,
Notable, riche & renommée,
Qui de la puissance ytalicque
A tousiours esté bien aymée.
Le second Bourgeoys.
Puisqu'avons Brevonne passée,
Il nous fault mectre pied à terre.
Ils descendent.
L'Abbé de Sainct Estienne.
Or, alons ouyr la. pensée
De ceulx qui nous envoyent querre.
/ h s'en vont en la Ville.
Grancey.
Chevauché avons si bonne erre
Qu'à Lengres sommes arrivez.
— 373 —
Choiseul.
Pourtant seroit-il bon d'enquerrc
Où nos losgiz seront trouvez.
Tost-Prest.
D'estre logez ne vous doubtez,
Mais quoy, se voulez bien l'aire,
Tout à moy vous en rapportez,
Car je suis forrier ordinaire.
Trichastel.
Il sera donques nécessaire
De laisser chevaulx & descendre
Pour nous tirer vers le repaire
De l'Évesque, sans plus attendre.
Vergier.
Suz, galans, il vous convient prandre
Tous nos chevaulx & les logier.
Tost-Prest.
N'en parlez plus, j'y vois entendre,
Losgez seront sans nul dangier.
Lors descendent et s'en vont.
L'Abré de Sainct Bénigne salue lEvesque.
Celluy Dieu qui nous doit juger,
"Vous doint transquilité prospère!
L'Évesque de Lengres.
De tous biens vous veulle chargier,
Celluy Dieu qui nous doit jugier!
Frère Nicole.
Comme diligent messagier,
Je vous amaine ce beau père.
L'Évesque.
Celluy Dieu qui nous doit jugier,
Vous doint transquilité prospère
— 374 —
L'Abbé de Sainct Bénigne, salue.
Monseigneur, veescy ce bon frère
Qui m'est venu solliciter
De venir au noble mistère
Que vous disposez actenter.
L'Évesque.
Dieu vous veulle rémunérer
La grant peine & sollicitude
Que tousiours voulez endurer
Pour mon amour & habitude.
L'Abbé de Molesmes, salue.
Perdurable béatitude,
Gloire, triumphe & celsitude,
Vous doint le Roy de tout le monde !
L'Évesque.
De vertuz ayez multitude,
Et pour finale quiétude,
Paradis où tout bien habonde!
L'Abbé de Molesmes.
11 vous a pieu de moy mander,
Si suis venu sans plus tarder,
Pour voir ceste translacion.
Le Prieur.
Prélat que je dois révérer,
Dieu vous en veulle conférer
Céleste rétribucion!
L'Abbé de Molesmes.
Aussi avoy-je affection
De voir vostre doulce personne.
Le Prieur.
Ma petite habitacion
Et tous mes biens vous habandonne.
— 375 —
L'Abbé de Sainct Estienne, salue.
Celluy qui les péchez pardonne,
Vous maintienne en sa saincte grâce !
L'Évesque.
Et vous ouctroit fin belle et bonne,
Celluy qui les peschez pardonne !
L'Abbé de Sainct Estienne.
Comme vostre bonté l'ordonne,
Je m'en vien rendre en ceste place.
L'Évesque.
Celluy qui les peschez pardonne,
Vous maintienne en sa saincte grâce!
L'Abbé de Sainct Estienne.
Il n'est chose que je ne face
Pour le sainct Martyr précieux
Qui est devant Dieu face à face,
Lassus en trosne glorieux.
L'Évesque.
Vous estes tousiours curieux
De saincte Église maintenir,
Monseigneur, je suis bien joyeux
De ce qu'il a vous pieu venir.
Les Barons viennent saluer.
Grancey.
Pasteur que nous devons servir,
Pour mieulx vostre amour desservir,
Venons à la solempnité.
Choiseul.
Tost-Prest nous est venu quérir
Et bénignement requérir
D'aborder en ceste Cité.
— 376 —
Trichastel.
Seigneur de grant auctorité,
Devers vostre bénignité
Sommes venuz hastifvement.
Vergier.
Nous avons bonne volonté
De faire en toute humilité
Vostre noble commandement.
L'Évesque.
De ce joyeulx advénement
Soit loué le doulx Créateur,
Et luy plaise conséquemment
Estre moyen & directeur.
Grancey.
Pour l'honneur du digne pasteur,
Sainct Didier qui a hault degré,
Sommes venuz de très bon cueur.
L'Évesque.
Dieu vous en veulle sçavoir gré.
L'Arcevesque de Rains.
Or, avons nous tant cheminé,
Moyennant la grâce divine,
Qu'au lieu qui nous est assigné
Viendrons dedans ung bref termine.
Barroiz.
Il sera bon qu'aucung chemyne
Vers la Cité de grant value,
Affin que l'Évesque très digne
Soit adverty de la venue.
Le tremier Bourgeoys.
J'y veul mectre mon entendue,
Car je suis légier & habille.
— 377 —
Le Soubprieur.
Or, allez sans plus d'attendue,
Pour advertir ceulx de la Ville.
Le Fol.
On parle de la truye qui fille
Qui se doit baignier en eau rose
Avec des couchons plus de mille.
Ne sera ce pas belle chose?
Je cuyde parler, mais je n'ose;
Pour quy? Pour un viel lanternier
Qui cuyt sa jotte en ung panier
Et ne fait que beau feu de glace,
Mais j'y trouvay la chiche face
Mangeant la croste d'un paslé,
Qui buvoit à une coquasse
D'ung vin pers qui estoit monté.
Le premier Bourgeoys salue VÉvesqac.
Monseigneur, Dieu vous doint santé!
L'Évesque.
Gentil Bourgeoys, Dieu vous doint joye!
Le premier Bourgeoys.
Je vien de Paris la cité,
Où j"ay veu de tous biens monjoye.
L'Évesque.
Où sont les Pers ?
Le premier Bourgeoys.
Ils sont en voye
Pour venir en ce lieu honncste,
Aflin que chacun d'entre eulx voye
La translacion & la feste.
L'Évesque.
Il fault que chacun s'entremecte
De faire gracieux debvoir.
— 378 —
Le Doyen.
Mais convient aussy qu'on se mecte
Sur les champs pour les recepvoir.
L'Évesque.
Seigneurs Barons, vous povez voir
Le grant affaire qui nous presse,
Si fault que de votre sçavoir
Nous bailler confort à adresse.
Les Pers qui sont plains de noblesse,
Vers Lengres tirent en avant,
Pourtant vous prie en toute humblesse
Que veullez aller au devant.
Monstrez y vostre courtoysie,
Honneur & gracieuseté,
Et prenez de bourgeoysie
Pour vous faire société,
Puis amenez leur Majesté
Au lieu de la translation,
Ouquel en toute urbanité
Nous serons en procession.
Grancey.
Sans faire aultre dilacion,
Vers les Princes nous en irons.
Choiseul.
Nous prenons la commission,
Sans faire aultre dilacion.
Trïchastel.
Puisque c'est la conclusion,
Certes pas n'y centredirons.
Vergier.
Sans faire aultre dilacion,
Vers les Princes nous en irons
— 379 -
Le Bailly.
Voulen tiers vous compaignerons,
Pour tousiours l'honneur augmenter.
Le tiers Bourgeoys.
Personnellement y serons
Pour notre Prélat contenter.
GrAjN'CEY.
Or tost, il nous convient monter.
Où sont nos chevaulx & nos gens ?
Tost-Prest.
Actendez, je les voys haster,
Car ils sont ung peu négligens.
Où estes-vous, ho! garnemens?
Je croy qu'ils dorment, les ribaulx!
Apportez tous vos aisements
Et s'amenez les grans chevaulx.
Lors moulent à cheval et vont au devant.
Satiiam.
Qu'esse-cy ! je ne fais nulz maulx,
Je pers mon temps à ma saison,
Aller me fault par nions & vaulx
Pour forger quelque trayson.
Je voy illec ung lourt garson
Où je passeray ma fumée,
Si luy donray telle poison
Qu'onques telle ne fut humée.
Entendis que j'en suis records,
Rudement le veul tormenter,
Car dedans la teste <x le corps
Ce petit dyable iray bouter,
Or, çà, ça, je le veul taster
Et servir de mes instruments.
— 380 —
Je te feray tantost saulter
Par force de crueulx momens.
Lors Satham boule au corps de l'Enraigé et le bat.
L'Enragé.
Hélas! moy qu'esse que je sens?
Dont me vient ce subit dangier?
Je crève, je suis hors de sens,
Les dyables me font enragier,
En moy se sont venuz logier
Comme en leur propre tabernacle,
Et me font manière changier
Pour devenir démoniacle.
Je suis fol ou yvre,
Je suis enchanté,
Je suis saoul de vivre,
Je suis tout gasté,
Je suis tormenté,
Je suis en misère,
Je suis tempesté,
Je me désespère.
Félonnie, fureur fanlasticque,
Feu flamboyant, fière finesse,
Forte fumée frénéticque,
Force faillant, fade foiblesse,
Font forger faulcheuse détresse
Qui par continuel effort
Me point, me fiert, me mort, me blesse
Tant que je suis à demy mort.
La Mère a l'Enragé.
Hélas! or suis-je en desconfort,
Car mon enfant souffre douleur!
Qu'as-tu à crier si très fort?
— 381 -
Mon filz, dont te vient ce malheur?
Dis moy que tu as sur le cueur
Qui tant te detors & deflaiz.
L'Enragé.
Gardez-vous de ma grant rigueur,
Mère, je ne sçay que je faiz.
Le Père a l'Enragé.
0 mon fils! deviens-tu mauvaiz?
As-tu perdu ton sentement?
Dont procède ce pesant faiz
De forte rage & de torment?
Rends-toy à Dieu totalement,
Car c'est le confort des humains.
L'Enragé.
Je suis plain de forcénement,
Père, gardez-vous de mes mains !
La Mère a l'Enragé.
Il vous donra des cops souldains
Se vous le laissez convenir.
Le Père a l'Enragé.
Affin que n'en soyons actains,
Il le fault lyer & tenir.
La Mère a l'Enragé.
0 mon Dieu ! dont luy peult venir
Geste rage qui le tormente ?
Le Père a l'Enragé.
S'il ne veult à soy revenir,
Ce nous sera piteuse rente.
Venez çà, mectez vostre entente
A le tenir ferme & serré,
Car il convient que sans actente
Soit lié fort & enferré.
Lors le lient.
— 382 —
L'Enragé.
Ostez-vous !
La Mère a l'Enragé.
Bénédicité !
Je croy qu'il me veult affoler.
Le Père a l'Enragé.
Tenez un peu de ce costé.
Lors le lyent.
La Mère a l'Enragé.
J'y tiens.
Le Père a l'Enragé.
C'est fait, laissez le aler.
L'Enragé.
Du mal Sainct Jehan puissiez valer!
Vous m'avez les bras entrappé,
Mais si je me puis desmesler
Vous en aurez le doz frappé.
Le Père a l'Enragé.
Ça, des verges?
La Mère a l'Enragé.
Qu'il soit frotté.
Ils le bat lent.
Le Père a l'Enragé.
Ha! monstre, fault-il gergonner!
L'Enragé.
Ho! dyables, où suis-je bouté?
Venez moi bientost entrainner.
L'Évesque.
Seigneurs, il se fault préparer
Pour recepvoir ces nobles gens,
Habiller, vester <k parer
De beaulx habitz, riches & gentz.
— 383 —
L'Abbé de Sainct Bénigne.
Monstrons nos riches parements
Et nostre état espécial,
Vestons les plus fins paremens
Et soyons ou pontifical.
L'Abbé de Molesmes.
C'est triumphe seignorial
Que des Princes et Pers de France,
Et pourtant c'est le principal
Que soyons en belle ordonnance.
L'Abbé de Sainct Estienne.
11 y a cy grant habondance
De chappes de riche brodure,
Pourtant fault que chascun s'avance
De prendre honneste couverture.
Le Doyen.
Nous avons fait faire ouverture
Des habitz que l'on peult choisir,
Chascun par ordre à par mesure
En preigne tout à son plaisir.
Le Tbésobier.
Ceste chappe je veul vestir
Qui a fleurettes & fleurons,
Pour honnorer le sainct Martyr
Duquel la feste célébrons.
Le Grant Archidiacre.
Ces beaulx habillemens vestons,
Mes amys, je le vous conseille,
Afin que chascun s'esmerveille
Des richesses que nous portons.
Dijonnoiz.
Puisque nous nous entremettons
De ceste feste non pareille,
— 384 —
Ces beaulx habillemens vestons,
Mes amys, je le vous conseille.
Le Trésorier.
Pour recevoir si grans Barons,
11 fault que chascun s'apareille,
Prenons chappe verde ou vermeille,
Puis en procession irons.
Bassigny.
Ces beaulx habillemens vestons,
Mes amys, je le vous conseille,
Affin que chascun s'esmerveille
Des richesses que nous portons.
Le Chantre.
Il convient que nous emmenons
Croix tant benoiste & chandeliers,
Et pour compaignye prenons
Toutes gens clercs & séculiers.
Le Prieur.
Entre nous aultres réguliers
Ferons très bonne diligence.
Frère Nicole.
Nous sommes des plus singuliers
Entre nous autres réguliers.
Frère Miciiiel,
Nous qui sommes vos familiers
Nous ferons tousiours assistance.
Frère Nicole.
Entre nous aultres réguliers,
Ferons très bonne diligence.
L'Évesque.
Or, faictes en belle apparence
Notre procession wydier,
— :!85 —
Pour attendre l'aultre excellence
Devant la porte Saint-Didier.
Lors s'en vont en procession devant In porte Saint-Didier
Barroiz.
Je croy que je voy approchier
De Lengres la chevalerye
Qui se haste de chevaulchier
Pour trouver vostre Seignorie
Rains.
En eul.v y a grant courtoisie,
On le voit à leur contenance.
Qui sont-ils?
Le Soubprieur.
C'est la bourgeoisie
Et les Barons plains de vaillance.
Lors se entre saluent.
Grancev.
Dieu qui reçeut passion & souffrance,
Veulle garder les nobles Pers de France
De tout ennuy, tristesse ou deshonneur!
Rains.
Seigneurs Barons, Dieu vous doint joyssance
De biens mondains & de grant florissante,
Pour triumpher en paix oc en honneur!
Choisbul.
Prince de noblesse,
Reluysant haultesse,
De tous biens adresse,
Dieu vous doint santé!
BOURGOINF..
Vostre gentillesse
Puisse avoir liesse.
Trésor & richesse,
Sans adversité!
— 386 —
Vergier.
Combien qu'ayez puissance & dignité,
Si avez vous doulce bénignité
Qui vous acroist louange <k renommée.
La on.
Pour faire honneur à la solennité,
Venons losgier à Langres la cité
Qui de tout temps est de vertu famée.
Trichastel.
Proesse auctenticque,
Riche <k magnifieque.
Large et munificque,
Tout honneur vous vienne!
Normandie.
Baronnye anticque.
Peuple lingonicque,
Bon & catholicque,
Dieu vous entretienne!
Le Bailly.
La noble domination,
La puissance de grant value,
Toute la congrégacion
Soit à ceste heure bien venue !
Chaalons.
Aussitôt qu'avons entendue
La translacion du martyr,
11 n'y a chose tant ardue
Qui nous ait tenu de partir.
Le tiers Bourgeoys.
Grant honneur, soûlas à plaisir,
Nous faictes merveilleusement.
Guyenne.
C'est nostre vouloir & désir
D'aymer nos amis loyaulment.
— 387 -
Le quart Bourgeoïs.
Pour Dieu picquez légièrement,
Allin qu'à la ville arrivez.
NOYON.
Or, nous conduysez seuremenl,
Vous qui tous les chemins sçavez.
L'Évesque.
Prieur, il laull que vous mectez
En ordre toute la mesgnie,
Nul tlesregler ne permettez,
Affin que n'ayons villenye.
Le Prieur.
La procession est fornie
De gens de bien & d'ordonnance,
Chascune règle est tant unye
Que nul ne recule ou avance.
L'Arré de Sainct Bénigne.
Les Princes qui ont grant puissance
Et qui sont garniz de sçavoir,
Auront au cueur joye & plaisance
De nous trouver en tel debvoir.
L'Arré de Molesmes.
Prestz sommes de les recepvoir,
Ils viennent quant il leur plaira.
L'Arré de Sainct Estienne.
Certes, j'ay grant désir de voir
Le bel honneur que ce sera.
Le Doyen.
Lengres aujourd'huy recepvra
Regnon & bruyt inestimable.
Le Trésorier.
Je cuyde qu'on en parlera
En toute la terre habitable.
Petite Pause.
— 38K —
CttAMPAIGNE.
A Lengres, cite très notable,
Sommes arrivez, Dieu marcyl
BeAULVAIS;
Il nous fault logis convenable
A Lengres, cité très notable.
Le Bailly.
Vous trouverez lieu délectable,
Messeigneurs, descendez icy.
Flandres.
A Lengres, cite très notable,
Sommes arrivez, Dieu marcy !
Lf. tiers Bourgeoys.
J>e vous losger n'ayez souey,
L'on y a mis provision.
Le quart Bourgeoys.
Vos gens & vos chevaulx aussy
Auront bonne habitation.
Ici/ chascun descend à pied.
Barrqiz.
Sans quelque retardacion
Cheminez tout droict ce sentier,
Car la noble procession
Vous actent à l'uvs du moustier,
Bains.
Pour honnestement approucliei .
Allons ensemble deux à deux.
TiiouLorzE.
Pour déambuler ou marcher,
Il se fault aller joindre à eulx.
L'Evesque les reçoit cl salue les Péris.
L'EvESQUE.
Dieu qui resplend en thrône glorieux,
Environné d'archanges précieux,
— 389 —
Magnifyans la puissance divine,
Veulle garder de socy doloreux
Les nobles l'ers preux oc victorieux
Esquelz reluyt toute doulceur bénigne!
Rains.
Prélat prudent, fronneste ov vertueux,
Kescripl avez en termes gracieux,
Notiffyant la Iranslacion digne,
Pourtant voulons estre très curieux
De visiter le Martir somptueux
Qui la Cité décore & enlumine.
Bourgoine.
A \o:>tre présence
Ferons assistence
Comme en conscience
Nous sommes tenu/.
Le Prieur.
Princes d'excellence,
l'ers de préférence,
Garniz de prudence.
Bien soyez venu/!
Laon.
Quant Sainct Didier vous voulez translater,
C'est bien raison que venons assister,
Puis qu'à Paris l'avez notiflié.
Normandie.
Nous le debvons aymer & réclamer,
Et par exprès nommer & renommer
Patron des Pers digne & glorifié.
L'Évesque.
Or, est son nom magnifié,
Kassuz en haull ciel lumineux.
Et en terre clarifié
Par beaulx signes miraculeux,
— 390 —
Pourtant, d'ung vouloir amoureux.
Voulons relever le saint corps
Qui aux foibles & langoreux
Est propice &. misericors.
il est vray qu'ung Prieur jadis
Fit faire cestc belle châsse
Pour mectre le corps que je dis,
Qui est de moût grant efficace,
Lequel Prieur n'eust pas espace
De son intencion fournir,
Si convient que l'euvre se face
Puisqu'il vous a pieu de venir.
Rains.
Translatons le digne martyr,
Je vous en supplye & requier.
Chaalons.
Pour ce, nous ont fait advertir.
Noyon.
Translatons le digne martyr.
Beaulvàis.
Je m'y veul très bien consentir.
Laon.
Et autre chose je ne quier.
Chaalons.
Translatons le digne marlir.
L'Evesque.
Je vous en supplie ck requier.
Ici) se veslenl les Évesques Pers el fil Pansa .
Puis encore âh l'Évesque :
Messeigneurs, veesci son moustier
Et sa dévote sépulture.
— 391 -
Rains.
C'est bien dit, mais il est mestier
Qu'on soubzliève la couverture
Pour en faire clère ouverture-
Monseigneur, allez là dessoubz,
Car de raison & de droiture,
Cest office appartient à vous.
L'ÉVESQUE.
Puisqu'il vous plait moy commander
Le fait de la translacion,
Je suis content d'y procéder
En crainte &. en dévocion.
Le Prieur de ceste maison
V fera peut eslre moyen
Avec deux hommes de raison,
Le Trésorier & le Doyen
Le Prieur.
Monseigneur, il nous plait très bien,
Puisque c'est vostre volenté.
Le Doyen.
J'obéyray sur toute rien,
Car vées me cy tout apresté.
Le Trésorier.
Quant à moy, sans difficulté,
J'obtempère à vostre devise.
L'ÉVESQUE.
Or, regardons de quel costé
Commancerons ceste entreprise.
Lors descendent au lombeau et dit :
Veescy tombeau de pierre bise,
Sépulture noble à exquise,
Où le corps du martyr repose ;
Et est la bière si bien mise,
— 39-2 —
Qu'il semble qu'en aer sôil assise
Sans toucher à quelconque chose.
Mais touleffoys, tant est l'erré
De plomb, de fer, le tombeau,
Qu'il convient qu'il soit dcfferré,
Pour voir le trésor qui est beau.
Le Prieur.
.Monseigneur, veescy un marteau
Qui peull servir aucunement.
Lors font semblant de desmassonner.
Le Doyen.
Et veescy aussy ung cizeau.
L'ËVESQUE.
Or, frappez gracieusement.
Le Fol.
El veesci bon commencement,
Nostre Évesque devient maçon,
Il euvre a chaux & à cymenl.
Par Sainct Jehan! de bonne façon.
Qu'esse qu'ilz font? Une maison. .
Ho! nennyn, c'est une citerne.
Avez-vous besoing de lanterne
Pour alinner ce bel ouvraige?
Vees là ma commère peu saige
Qui a sa lanterne enfumée,
Mais elle est mal enluminée.
N'est pas? Ho! dictes, ma voisine.
Par mon âme! elle m'a fait signe
Que je me taise de cela.
Heu? cornent? Holà! Holà!
J'ay ung petit trop jargonné.
Ne vous courçez point par delà,
Jamais ne sera mot sonné.
— 393 —
Le Prieur*
Il in a plus de fermeté,
L'on peut bien lever la couverte
Le Doyen.
Le plomb cv le fer est oslé,
Il n'y a plus de fermeté.
L'ÉVESQUE.
Il faull que tout soil \i<il<'
El que la bière soil ouverte.
Lk Trésorier,.
Il n'y a plus de fermeté,
L'on peut bien lever la couverte.
Le hiiKi u.
Par induslrye bien appelle
Convient que ceste pierre ostons.
Suz!
Le Doyen.
Suz!
L'Evesque.
La châsse est découverte,
Holà !
Le Doyen.
Qu'esse que nous sentons?
L'ÉVESQUE.
Onques mais, roses ou boulons
Ne firent telz odoremens.
Le Prieur.
il nie semble que nous goustons
Mil précieux oignemens.
Rains.
0 mou Dieu! qu'esse que je sens?
L'ÉVESQUE.
C'est le corps que voyons ;'i nuil.
— 394 -
Bourg oine.
Esse musc ou baulme ou ensens?
0 mon Dieu ! qu'esse que je sens ?
Laon.
J'ay reconforté tous les sens
Du bon flair qui m'est survenu.
Normandie.
0 mon Dieu ! qu'esse que je sens ?
Le Prieur.
(Test le corps que voyons à nud.
Beaulvais.
Il a merveilleuse vertu
Quant il nous rend tel sentement.
Le Doyen.
Encoir est-il tout revefetu
De ses habits entièrement.
Rains .
C'est vray, veslà son vestement
Qui est encoires bon & beau,
Mais je m'esmerveille formant
De l'odeur qui vient du tombeau.
Car je sçay bien que vyolettes
Vermeillettes,
Clères, nettes,
Bien pourlraites,
Croiscent sur les verdes feuleltes,
Quant Phebus leur donne influence,
Ou aullres formes de floreltes,
Pkmtilleltes,
Racinettes
Ou rosettes,
Homarins, cyprez ou herbeltes,
N'ont pas telle odoriférence.
— 395 —
L'ÉVESQÛE.
Seigneurs, venez voir la présence
Du Sainct rendent souef odeur,
Voyez sa face d'excellence
Qui a clère & pure couleur.
Le corps reluyl corne une (leur,
Aussy entier qu'on luy boula,
Et tient son ehief dessus son cueur
A deux mains comme il l'apporta.
Les Pers vont voir au tombeau.
Laon.
Loué soit Dieu qui tout tonna!
Car certes à vostre propos,
Le corps aussi doulce forme a
Comme s'il prenoit son repos.
Le Prieur.
Veescy ung brief qui est bien clos
Et scellé sans corruption.
L'Évesque.
Si convient il qu'il soit desclos
Pour oyr la description.
Le Doyen.
Je croy que c'est narracion
Des faits du Pasteur magnifique
Qu'on mist pour approbacion
En forme de lectre auclentique.
La baille à VEvesque de Laon.
L'Évesque.
Monseigneur, je vous communicque
La lectre qui est bien scellée,
Affin qu'elle soit en publicque
Haultement leute «Se révélée.
— 396 —
Làok.
Puisque par vous m'esl présentée
La chartre avec su signature,
Tantost en sera récitée
Mot à mol toute la lecture.
Lors la lil.
« lrv est le précieulx Pasteur,
» Plain de justice & d'équité,
» Saincl Didier, martyr & recteur
» De Lengres, la bonne cité,
» Qui fut vaisseau de purité,
» l>e vertu, d'honneur, de constance,
» Ouquel parfaicte sânetité
» Prenoit nutriment ex naissance. s>
Rains.
Veslà patente desmontrance
Du Sainct qui vivoit sainctemenl .
L'Évesque.
.Nous eu avons la cognoissance.
Tant par lectre corne aultrement.
Seigneurs, je vous prie humblement,
Tirez-vous ung petit plus près,
Si verrez tout visiblement
Le corps qui sent corne cyprès.
Tous les antres iironl aussi) regarder.
L'Enragé.
Faulx dyables, vous me tormantez
Tellement que j'escume <5c suc;
11 m'est advis que mes costés
Sont dévorés d'une sansue.
Je ne syay si je me remue
Tant suis acteint de maladie,
Suis-je luton ou beste nue?
Qui le sçaura, si me le die.
— 391 —
Mère, vous m'estes ennëmye,
Je vous h iv comme le venyu,
Et mon père, je le reriye,
Jamais ne feray honuc fin.
Vous dictes que c'est advertiii
Qui me fait tel douleur avoir,
Le niiil Monseigneur Saincl Martin.
Puist cremanter qui ne dit voir !
Le Père.
Veescy piteuse chose ;'i voir
De mon fil/ qui ;i toile rage.
La Mère.
.Ihésii Crist le veulle pourvoir
Kl lnv rende sens & usaige!
Le Père.
il y a grant pèlerinage
Au corps Monseigneur Sainct Didier
Soumectons luy nostre voyaige,
Voir s'il luy plairoit nous aydier.
La Mère.
<> Sainct Didier, je te requief
Par la saincte translation,
Que mon (ils veulle degellier
De ceste tribulacion.
Le Père.
Alons m'en par dévotion
Sa sépulture visiter,
Pour faire supplication
Qu'il nous veulle réconforier.
La Mère.
Et mon lils 1
Le Père.
Il lnv fault mener.
— 398 —
La Mère.
Mais cornent?
Le Père.
Le mieulx qu'on pourra.
La Mère.
Il est mont fort à gouverner.
Le Père.
Le Saincl Martir nous aidera.
Çà, mon fils, il te commendra
Venir à Lengres avec nous.
L'Enragé.
Pendu soit-il qui vous croyra !
Le Père.
Pourquoy ?
L'Enragé.
Que me chault-il de vous.''
La Mère.
.Mon fils, soyez ung peu plus doulx.
L'Enragé.
Haro! fault-il tant caqueter!
Je meurs, je suis plain de courroux,
Et vous me cuydez enchanter.
Le Père.
11 y fault mener ou porter,
Bref! puisque je l'ay en la teste.
La Mère.
Pensons donques de nous haster,
Affin que soyons à la feste.
Le Père.
Prenez de là.
L'Enragé.
Ha ! faulce beste,
Me veux -tu prandre en trayson.
— 3y9 —
Le Père..
Déa, mon fils, se tu lais lempeste,
Ces verges en feront la raison.
La Mère.
Endure pour la guarison,
Mon enfant, tu seras que sage.
L'Enragé.
Mener nie cuydènt en prison,
Mais je deslruyray le mesnagé.
Lors l'emmennenl à Saint Didier.
Le Contrefait.
Il court maintenant ung langaige
De certainne solennité
Du glorieux & doulx imaige,
Sainct Didier, Pasteur de bonté.
On dit qu'il sera translaté
Et enchâssé notablement,
Si ay désir à volenté
D'y aler bien dé\otemenl.
Le Paraletique.
Moy, qui continuellement
Tremble corne paraletique,
Veull visiter pareillement
Le Sainct notable & auclentique,
Il guarit de goutte arctique,
Chault mal, fièvre continuelle,
Il guarit de peste &. colicque,
De langueur, de pierre & gravelle.
L'Aveugle.
C'est une chose solennelle
Que des miracles qu'il a faiz,
Il cure de douleur mortelle
Boiteux, aveugles à contrefaiz.
— 100 —
Hélas ! iif verray-je jamaiz
La châsse du benoisl Pasteiur.
G'y jiliassf1 voulentiers, mais
Je n'ay no varlet ne ilucteur.
Le Muet.
lia, h\. hou , ha!
Le Contrefait.
Je suis tout sour
Que cç muet vouloil parler,
!\fais qu'esse qu'il a sur le cueur,
Veult-il point à Lengres aller ?
Le Muet.
lia. liy, bon, ha!
Le l'Ar.M.KTKjn:.
Il veut trotter
A la (lité, comme je pense,
Voir le cligne corps translater,
Pour recouvrer son éloquence.
Le Contrefait.
Kl iuov qui chemine à potence.
D'y aller eusse bon mestief.
Lli PARALETiQUE.
Mous voir la noble excellence.
Le Contrefait.
Aluns.
Le Paraletique.
Mectons-nous en sentier.
L'Ave lgle.
Hélas! vous voulez commander
Ce très sainct voyage sans moy.
Pour Dieu! \eullez moy adressier,
ilar aveugle suis, sur ma foy.
— 401 —
Le Contrefait.
Au fort, j'ay grant pitié de toy,
Pran ce baslon, je te menray.
L'Aveugle.
Tu sçeis bien que goutte ne voy,
Passe devant, je te suyvray.
Le Contrefait.
Par bon chemyn te conduyray.
L'Aveugle.
Ur, me mainne comme tu sçeis.
Le Contrefait.
Je le veul bien.
L'Aveugle .
Je te diray,
Je ne crains rien que les fossez.
Lors s'en vont tous quatre et lesaultres ont amené l'Enragé
devant le Sainct.
Le Père a l'Enragé.
Messeigneurs, ung peu regardez
Le pacient qu'amenons cy,
Et au Martir intercédez
Qu'il nous oste hors de socy.
L'Évesque.
Mon bel amy, criez marcy
A Dieu et au Sainct qui est digne,
N'ayez pas le cueur endurcy,
Mais leur demandez médicine.
Le Père.
Mon enfant, or monstrez aucung signe
D'honneur & de dévocion.
La Mère.
Las ! il ne veult ployer l'eschine,
Tant il est plain d'obstinacion.
— 402 —
Le Père.
Oralio.
Martir de grant affection.
Qui as enduré passion
Pour la saincte foy calholicque,
Regarde ma conlriction,
Présente mon oracion
Devant le tlirône déifique
Par ton marlire magnifique,
Donne à mon tilz bonne santé,
Oslant la rage démonique,
Très furieuse, dyabolique,
De laquelle il est tor mente.
La Mère.
0 Martir de grant sanclité,
Décoré de félicité,
Lassus en gloire espéciale,
Jadis à Lengres, la cité,
Souffris cruelle adversité
Pour tenir foy bonne & léalle,
0 Dignité sacerdotale,
Relucence pontificale
Qui fais ceste Ville exalter,
Guéris la douleur anormale
De mon filz qui est blefve tit pale
Pour le mal qu'il luy faull porter.
Le Prieur.
Enffans, ne veullez différer
De le prier dévotement,
Car il convient persévérer
Qui veull avoir alégement.
Le Père a l'Enragé.
Sire, sachez certainement,
S'il plait à Dieu qui tout compassé,
— 403 —
Nous y serons tant longuement
Qu'en la fin recepvrons sa grâce.
Sainct Didier en Paradis.
Mon Dieu, devant ta digne face
Je m'incline, abaisse &. prostenw,
Aflin que ta pitié nous face
Doulceur cordiale oc paterne,
Concludz, délibère &. décerne
Que j'emporte exaudicion,
Actandu que la foy concerne
De la loy augmentacion.
Mon Dieu & mon Père,
Sage & sapient,
Voy la grant misère
De ce pacient.
Le père scient
Et la mère honneste
A bon escient
M'en ont fait requeste.
Maria.
0 Divinité très parfaite,
Tu as cognoissance patente
De la prière qui est faicle
Par Didier qui cy se présente.
Voy la dévocion fervente
De ceulx qui ont à Tuy recours,
Et leur octroyé sans actente
Garison, confort & secours.
Tu vois le forfait,
Douleur à poincture,
Que l'ennemy fait
A ta créature,
— 404 —
Humaine nature
Ne peult rien sans loy,
Garde ta facture
De cheoir en desroy.
De us.
J'ay toujours perçeu à perçoy
Que l'humaine plasmacion
Ne se peut lever tout par soy
De quelconque vexation,
Doncques s'elle a templacion
Trop véhémente <x importable,
Je luy feray largicion
De toute grâce proflitable.
item, pour donner à cognoistre
Que Didier est mon bon amy,
Je feray faillir & descroistre
La puissance de l'ennemy.
Le démoniacle transy
Sera subit sain tk joyeux,
Et sur plusieurs aullres aussy
Monslreray fais miraculeux.
Quiconques aura
Quelque infirmité
Puis au Saincl viendra
Par humilité,
Certes il sera
Réabilité,
Car tost recepvra
Confort à santé.
Icy l'Enrayé change sa manière et se ministre sain et
joijeulx et dévot.
— 405 —
Puis vient Satham et dit :
Satiiam.
Les dyables m'ont cy apporté,
Je ne sçay mais quel tour torner,
Sainct Didier a tant caqueté
Que contraint suis de relorner.
Nous cuydions prandre & enforner
Ce paillard qu'avons tormenté,
Mais plus n'osons cy séjorner.
Vien t'en, vien t'en, tout est gasté.
Satham reprend son dyablol,puis dit l'Enragé :
L'Enragé.
Mon père, louez la bonté
Du Sainct ix faictes chère lye,
Car tout cueur est reconforté
Qui pardevanl luy s'umylie.
Je n'ay douleur ne maladie,
Je suis gary, soyez en seur,
Et pourtant, mère, quoi qu'on dye,
Le Sainct est tout plain de doulceui .
La Mère.
Hélas! mon enfant de mon cueur,
Es-tu gary?
L'Enragé.
Plus rien ne sens.
Le Père.
Loué soit le doulx Créateur!
L'Enragé.
Mon père, je r'ay mon bon sens.
Le Père.
O haulx miracles évidens!
La Mère.
0 Martyr, que tu es piteux!
— 106 —
Le Pèrk.
Il garit de tous aecidens
La Mère.
Il conforte tous disettens.
Le Père.
Sainct Didier, martyr vertueux
Qui es lassuz en gloire assiz,
Je te rends cent mil marcis
De ce miracle sumptueux.
La Mère.
Tu ostes des cueurs doloreux
Tous maulx, tous ennuys, tous socis,
Sainct Didier, martyr vertueux,
Qui est lassuz en gloire assis.
Le Père.
Mon fils qui estoit langoreux
Par toy est en santé remis.
La Mère.
Benoist Pasteur, tu as permis
Qu'il soit tout sain & vigoreux.
L'Enragé.
Sainct Didier, martyr vertueux,
Qui est lassus en gloire assiz,
Je te rends cent mille inarcis
De ce miracle sumptueux.
Le Père.
Désormais serons curieux
De faire notre oblacion
Devant son autel précieux
Au jour de la translacion.
L'Enragé.
Puisque j'ay toute garison,
Bon sens à bon entendement,
Ostez-mov ceste lvoison.
— 407 —
La Mère.
Si feray-je tout prestement.
Lk Père.
Or, retornons joyeusement
En noslre logis &. repaire.
Ils s'inclinent.
Louons Dieu solennellement
Et le Martir très débonnaire.
Lors s'en vont.
L'ÉVESQUE.
Nottez, notiez cest exemplaire
Et cornent ce reliquiaire
A fait miracle noble à cligne,
Vees là l'Enragé qui chemyne,
Tout sain, tout prudent & lout sage,
Qui a recouvert médecine,
Faisant cy son pèlerinage.
Le Prieir.
Pourtant j'ay désir <k courage
De faire honnestement poser
Le corps du précieux l'ymage
En la châsse pour repeser.
L'Évesque.
Je m'y veul très bien accorder,
Puisque c'est vostre volenlé.
Rains.
S'il vous plait riens nous comander,
Chascun est prest de son costé.
Le Doyen.
Il y a cy gens à planté,
Tant lays comme ecclésiastiques.
Appeliez une quantité
De ces seigneurs honorificques.
— 408 —
L'ÉVESQUE.
Entre vous prélats auclentiques,
Faictes nous aucun adjutoire.
Le Prieur.
Mectez la main à ces reliques
Entre vous, Prélats auctentiques.
Le Trésorier.
Employez tous voz sens pudiques
A ceste euvre très méritoire.
Le Doyen.
Entre vous, Prélats auctentiques,
Faictes nous aucun adjutoire.
Rains.
C'est raison que chascun décore
Du martir la translacion,
Aflln que lassuz il implore
Pour ses amis salvacion.
Laos.
Alons tous d'humble affection
Le précieux corps transporter,
Affin que notre intencion
Yeulle adresser à conforter.
Chaalons.
Tout homme se doit bien pener
De luy faire honneur & service,
Car il peult en gloire mener
Le servant qui luy est propice.
Noyon.
Puisqu'on nous prent pour cest olïice
De le mectre en ce beau vaisseau,
Quant à moy pas ne suis si nice
Que je n'y aide bien & beau.
- -109 -
Beaulvais.
Tandis que nous sommes au tombeau.
Changeons le gracieusement.
Et ou tabernacle nouveau
Le mettons bien dévotement.
L'ÉVESQUE.
Or, prenez cy.
Rains.
Honnestement
Devant la châsse le portons.
La on.
Chargez.
Chaalons.
Levez.
NOYON.
Tout doublement,
Atiin que rien nous ne gastons.
Icij porte le corps vers la châsse.
Puis dit l'Evesquc.
L'ÉVESQUE.
Icy fault que le reposons
Sur cest autel qui est paré.
Beaulvais .
11 est dessus.
L'ÉVESQUE.
Or, le posons
En ce vaisseau riche & doré.
Le Prieur.
Mais affin que riens n'omectons
Et que tout soit bien achevé,
Avec le corps l'escript mettons
Ainsy que nous l'avons trouvé.
Lors meclenl le corps dans la châsse.
— MO —
Le Contrefait.
Rencontre le Fol et lutj dit :
Mon amy, Dieu le doint santé!
Le Fol.
Par Sainct Jacques! mais votre teste. .
Le Contrefait.
Où fait-on la solennité,
La translacion à la feste ?
Le Fol.
Mais que de fouldre & de tempeste
Soyez vous-mesmes abattu!
L'Aveugle.
Parle de ce qui nous compète.
Le Fol.
Voire tout plat.
Le Paraletique.
A qui l'as-tu?
Le Fol.
Pourtant, si je suis mal vestu,
Doy-je estre ravalé de vous?
Le Paraletique.
A déa, si quelcung t'a battu,
Pour Dieu! ne t'en pren point à nous.
Où est le moustier?
Le Fol.
A genoulx.
L'Aveugle.
Veescy bien sauvaige devise.
Le Muet.
Ha, hi, non, ha!
Le Fol.
De bon vin doulx !
— Ai\ —
Le Contrefait.
Alons, alons, je voy l'église.
Le Priei h.
Le plus fort de notre entreprise
Avons achevé par honneur,
Le corps est mis par bonne guise
Dedans la chasse de valeur,
Le chief qui est plain de doulceur
Aura ce vaisseaul pour sa part,
Et au bras du benoist Pasteur
Feray de ce joyau départ.
En lieu de desserte réale,
Révérend Père, vous aurez
Pour vostre église cathédrale
Ung don que vous emporterez.
Du bras dextre douhé serez,
Puis aurez des os deux ou trois.
Lesquels enchâsser vous ferez
En or ou en argent de poiz.
L'Évesque.
Jhésu Crist, Prince & Roy des Roys,
Et toi Martir très précieux,
Je vous marcie à haulte voix
De ce beau trésor plantureux,
Par vostre sainct nom glorieux,
Aydez, conservez, con fermez
Et gardez de cas périlleux
Notre église de Sainct-Mammès.
Le Contrefait.
Aveugle, à genoulx vous mectez
Devant le bel reliquiaire.
— 412 -
L'Aveugle.
Si feray-je, ne vous doubtez,
Puisque sommes au sainctuaire.
Le Paraletique.
Il seroit doncques nécessaire
De ce muet mectre en arroy.
Le Muet.
Ha, hy, lion, ha!
Le Contrefait.
Laissez le faire.
Il s'agenoille comme moy.
Or alto.
Prélat puissant, Pasteur piteux,
Qui pour la foy a receu mort,
Regarde moy pouvre boyteux
Et me donne quelque confort.
Tu sçeis que j'ay mis mon effort
Pour venir cy en ta maison
Requérir soûlas &. déport,
Santé, remède à garison.
L'Aveugle.
Gemme reluysant, digne & chière.
Je requiers confort & conseil.
Car privé suis de la lumière,
Des esloilles à du soleil.
Pour oster la peine & traveil
Que j'ay reçeu mainte saison,
Donne moy pour don non pareil
Santé, remède & garison.
Le Paraletique.
Regarde le paraletique
Et le veulle reconforter,
— 413 -
Voy le mal qui me point <k picque,
Terrible &. pèsent à porter.
Pour visiblement démonslrer
Les vertus dont tu as foyson,
Fay moy devant Dieu impélrer
Santé, remède v\ garison.
Le Contrefait.
Pour ce muet en cas semblable,
Te requérons bénignement,
Car il n'a pas boucbe capable
Pour toy prier dévotement.
L'Aveugle.
Fay qu'il puist sonner clèrement
Bon langaige & bonne raison,
Et luy donne présentement
Santé, remède & garison.
Lors le Muel fait signe de dévocion comme les aultres, puis
convnance à parler et tous les aidlres se monstrenl garis.
Le Muet parle joyeusement.
0 Sainct de grant perfection,
Digne Marlir régnant en gloire,
Tu fais sur moy telle action
Qu'à tousiours en sera mémoire.
Par ton confort à adjutoire
Qui sçeit les povres consoler,
J'ay éloquence péremptoire
Pour bien langagier <x parler.
Le Contrefait.
Dieu marcy! je puis bien aller,
Il ne me fault plus de potence.
Le Paraletique.
Et moy quy souloye trambler,
Dieu marcy! je puis bien aller.
— 4U —
L'Aveugle.
Noël!
Le Paraletique.
Qu'avez vous?
L'Aveugle.
Je voys cler,
Mes yeulx sont en convalescence.
Le Contrefait.
Dieu marcj ! je puis bien aller,
11 ne me fault plus de potence.
Lk Muet.
Quant je vis par expérience
Que vous veniez en ce voyage,
Je fuz esmeu <k conscience
D'y venir aussi faire hommage.
Or, a fait le très doulx ymage,
Par miracle & nouvelleté,
Que j'ay recouvert mon lengaige
Àinsy que vous avez santé.
Le Contrefait.
Louons, louons la Trinité
Et le bon martir Sainct Didier,
Qui nous est en adversité
Venu secourir & aydier.
L'Aveugle.
Nous debvons bien auctoriser
Sa dévote habitacion
Et tous les ans sollemniser
Le jour de sa translacion.
Le Muet.
Quant à inoy, j'ay intention
De souvent visiter sa châsse
Pour donner quelque oblacion
Des biens temporels que j'amasse.
— 415 —
Le Paraletique.
Puisque le Sainct nous a fait grâce.
Achevons le pèlerinage,
Si partirons de ceste place
Marcyant Dieu de bon courage.
Lors vont baiser la châsse et faire leur offrande.
L'ÉVESQDE.
Plus haulx faitz, plus bel avantage,
Ne peult-on au monde quérir,
Le Sainct préserve de dommage
Quiconques le vient requérir.
Escripvez au vray, sans mentir,
Les miracles & les beaulx fais,
Affin que le benoist Martyr
Soit honnoré des plus parfaictz.
Le Soubprieur.
Plusieurs livres en seront faictz,
Monseigneur, sachez de certain,
En quoy les vertueux effecls
Seront tous escripts de ma main.
Mais pour faire honneur souverain
A ceste relevacion,
Le corps fault porter tout à plain
En triumphe à procession.
L'Évesque.
A vostre persuasion
Ne faiz aucune répugnance,
Mais ouyr fault l'oppinion
De messeigneurs les Pers de France.
Rains.
Chascun doit faire diligence
De rendre au Sainct obédience,
Sans offence
De péché ne de quelque vice,
— 416 —
Car pas n'a bonne intelligence
Qui ne fait à sa précellence
Révérence
De processions ou service.
Four louer son graftt bénéfice,
Pour monstrer dévot exercice,
Par office,
Chascun doit faire diligence,
Si convient par loy ou police
Qu'on soit prest, habile & propice,
Nom pas nice,
De rendre au Sainct obédience.
Bourgoine.
Jadis Priam à ses enffans,
Possesseurs du riche Ylyon,
Faisoienl honneurs triumphans
A l'ymage Paladion.
Or, quant par supersticion
Se mectoient en tel debvoir,
Pour si digne translacion
Que ferons nous? Je ne sçay voir.
Laûn.
Àinsy que Moyse
Fit, par bonne guyse,
Fort recommander
L'arche où estoit mise
La loy très exquise
Qu'on debvoit garder,
Nous debvons orer,
Servir, honorer,
Par grant eflicasse
Kt fort labourer
Le Sainct à la chAsse.
— 417 —
Normandie.
Se jadis le noble Jason
Contre l'enchantement des Dieux
Laboura tant pour la toyson
Qu'il en est parlé en tous lieux,
Nous debvons faire encores mieulx
Pour le Martir doulx & béguin,
Et esniouvoir jeunes oc vieulx
A le servir de cueur enclin.
Chaalons.
C'est ung Martir moût notable,
Délectable,
Digne de bruyt &. d'honneur,
De ceste Ville honnorable
Très louable
Saulve garde &. gouverneur,
C'est la verge de valeur
Et la fleur
Portant fruyt soudainement,
De quoy le législateur
Et docteur
Escript au vieil testament.
Guyenne.
Valère, en ses dicts mémorables,
Luculentement raconta
Les bienvegnans incomparables
Qu'on fit à Pessimionta,
Le bon Nasica se mesla
De parer son réclinatoire,
Mais le Sainct qui repose là
Est bien digne de plus grant gloire.
Noyon.
Quant d'Israël le populaire
Fit au désert, pour soy retraire,
27
— 418 —
Maint tabernacle,
Il gardoit en reliquiaire
La saincte manne à luy fit faire
Beau réceptacle.
Ne mectons aussi nul obstacle,
Mais honorons le digne oracle
De Sainct Didier
Qui soudainement, par miracle,
Par digne & haultain signacle,
Nous peult aydier.
Champaigne.
Titus, orateur solennel,
Qui des faitz de Romme dicta,
Parle du feu perpétuel
Luysant au temple de Vesta,
Combien que Romme y adiousta
Confidence de tout son cueur,
Oncques si grant bien n'y gousla
Comme il y a on Sainct Pasteur.
Beaulvais.
La Bible auctenticque
Mect l'honneur antique
Qu'on manifestoit
Quant, en lieu publicque,
L'arche magnificque
Lors se transporloit.
David y esloit
Qui bien s'aquictoit
De son monocorde,
Doulx chant résonoit,
Ung chascun sonnoit
Harpe ou décacorde.
— 419 —
Flandres.
A l'example de ces doulx sons
Que l'on faisoit anciennement,
Je concludz que nous en fassions
Devant le Sainct pareillement,
Quiconques d'aucungs instruments
Sçait faire jubilacion,
Vienne jouer dévotement
A la noble procession.
Toulouze.
Ayez chantz joyeulx
De voix qui sont nettes,
Luctz mélodieux,
Typanes, sonnettes,
Mandez vos trompettes,
Clairons, simphonines,
Fleustes & orguettes,
Cors & chalemynes.
L'Évesque.
Princes & Pers, puisqu'il vous plait
Que la procession se face,
Ung chascun de nous est tout prest
D'acompaigner la noble châsse.
Messagier, va-t-en en la place
La procession publier
Pour tout le peuple en bref espace
Assembler &. multiplyer.
Il convient aussi que les rues
Tu faces très bien nectoyer
Et soient de tapis tendues
Pour le bon Martir festyer.
— 420 —
Fais haultes lisses desplyer,
Draps de soye, riche poincture,
Et dy qu'on se veulle emplyer
De trouver ramée ou verdure.
Tost-Prest.
Monseigneur, je mectray ma cure
D'acomplir vostre mandement.
L'Évesque.
Or, va doncques.
Tost-Prest.
Et si vous jure
Que je le criray haultement.
Lors le Messagier va en la place cryer ce qui s'ensuyl.
Oyez : On fait commandement
A tous, sans nulle exception,
Qu'on se treuve présentement
A la noble procession.
Chascun face, en brefve saison,
Que les chemyns soient propices,
Ostent de devant leur maison
Choses sales & immondices.
Et pour vous bailler à entendre
Tout ce que faire conviendra,
Tappiz de couleur vous fault tendre
Par où la châsse passera,
La belle herbe se sèmera
Dessus le pavement divers,
Et le surplus paré sera
De painctures ou rameaulx verds.
Le Fol.
Je viens de la foire d'Envers,
Tout droit sans bouger de mon lit,
— 421 —
Mais les culz vers de vert convers
M'y ont fait prendre beau délict.
Pardieu! ma marotte en vieillit,
Elle passe la quarantaine.
Bona dies! Gauthier Mitainne,
Le cousin de maistre Accipe,
On m'a baillé ung Iiecipe,
Mais il n'est pas d'apothicaire,
Car qui pro quo le me fit faire
Pour garir de la tirelire.
Marion, qu'avez-vous à rire?
Avez-vous hoché le prunier?
Je voy bien ce gracieux sire
Qui veult percier votre panier.
Le premier Bourgeoys.
Messeigneurs, on a fait cryer
Que toutes les rues tendons,
Et pourtant je vous veul pryer
Que de bon cueur y entendons.
Le second Bourgeovs.
A noz serviteurs commandons
Qu'ils nectoyent tous les sentiers,
Car je croy que, se leur mandons,
Us le feront très volentiers.
Le tiers Bourgeois.
Suz, galans propres & légiers,
A la besongne vous mectez,
Et comme gentilz mesnagiers
Nectiez les chemyns gastés.
Le quart Bourgeoys.
Il fault que beaulx lappiz tendez,
Afin que tout soit décoré,
Et que le hault chemin rendez
D'herbes à de rameaulx parés.
_ 422 —
Le premier Bourgeoys.
Allons voir la solennité
De la noble translation
Pour laquelle en ceste Cité
Se fera la procession.
Lors s'en vont les Bourgeoys.
Le Père a l'enfant mort.
0 la terrible affliction
Qui mon pouvre cueur poinct & serre,
Et si n'est consolation
Que je sçeusse en ce inonde querre!
Que ne suys-je cent pieds en terre!
Que ne suis- je transy <x mort!
Je feusse quitte de la guerre
Que fortune me fait à tort.
Hélas! hélas! tristesse amère,
Me veulx-tu du tout oultrager?
Mieult vault que je me désespère,
Pour ce grief martir abréger.
Rage se vient en moy losger,
Ennuy me livre ses assaulx
Et me cuyde faire plonger
En une abisme de tous maulx.
Que feras-tu cueur doloreux,
Pourra-tu soffrir ce tonnent?
Nennyn, il est trop dangereux,
N'est pas? Ouy, certainement.
Quel remède? Fay aultrement.
Et quoy? Abrège ton martire.
Comment? Pren... Quoy? Quelque instrument.
Pourquoy faire? Pour toy occire.
— 423 —
Souspire cueur, pleure & larmoyé,
Mon œul soie tout esploré
Quant mon enfant que tant j'aymoye
Je voy mort & descoloré.
Je l'ay tout maintenant tiré
D'ung très horrible cv profond puys,
Dont je suis au cueur tant ire
Et tant doulant que plus n'en puis.
Mon fils, que fais-tu?
Regarde ton père,
Se tu as vertu,
Respond à voix clerc.
Que dira ta mère
Quant mort te verra?
De douleur amère
Tantost se morra.
Hélas! hélas! peu me proffite
Le plorer & le lamenter,
La complainte que je récite
Ne me peult de mal excuser,
Mais je veul mon enfant porter
A Sainct Didier, devant la châsse,
Car il a voulu conforter
Tous ceulx qui ont demandé grâce.
Lors porte son enfant devant la châsse Saint Didier
La Mère a l'enfant malade.
Que feray-je, moy, pouvre lasse?
Je ne sçay mais que devenir,
Car tant de deuil en moy s'amasse
Qu'à peine me puis soustenir.
0 Dieu, veullez moy secourir,
0 Sainct Didier, martir très digne,
— 424 —
Ne laissez mon enfant morir,
Mais luy envoyez médicine.
Vray Dieu ! qu'il endure de peinne,
De maladie &. de détresse.
Il est mis à la grosse alainne
Par le grief tonnent qui l'oppresse.
Si la fièvre qui fort le presse
Ne cesse aucunement son cours,
Je croy qu'il mourra de foiblesse
Se Dieu ne luy donne secours.
Mon fdz, quant tu me souloye rire,
J'en estoye toute refecte,
Maintenant, je pleure &. souspire,
Regardant ta face pallette.
0 pouvre nez, pouvre bouchette,
Pouvre manton tout blesme & noir,
Pouvre genoul, pouvre jambette,
C'est grant pitié que de vous voir.
En toute lyesse,
Nourrir te debvoye,
Car pour ma viellesse
Je te réservoye,
Tousiours contendoye
Ta santé garder
Pour ce que cuydoye
De toy amander.
Or, suis-je maintenant fraudée
De ma parfaile inlencion,
Se le Martir de renommée
Ne me rend consolacion.
— 425 —
Bien scay qu'à sa translation
A fait maint miracle plaisant,
Si veul par grant dévotion
Devant luy porter mon enfant.
Lors porte son enfant devant la châsse.
Lucifer.
En Flageton, le cruel fleuve ardent,
Par désespoir je m'en iray plonger,
Ou parmi Stix, palus tout confondant,
M'iray voultrer sans jamais desloger,
Puis qu'Aletho qui fait les maulx forger,
Et Mégéra, l'infernale furye,
Ne font mes gens habilement rangier
Pour augmenter ma putte seignorie.
0 chiens infects,
Tous forcenez,
Dyables deffaicts,
Empoisonnez,
Venez, sortez,
Trottez de tire,
Oyez, nottez,
Ce que veul dire.
Satham.
Vous nous faictes enrager d'ire,
Ténéhrifer, beste cornue,
La police de votre empire
N'est-elle pas bien maintenue?
Notre cause est tant débatue
Contre les droits de tous humains,
Qu'il n'est dyable qu'il ne se tue
Pour tout aggripper à deux mains.
- 426 j-
Nous alons, nous venons,
Nous faisons putte fin,
Affin que plus gaingnons,
Nous alons, nous venons,
Homme nul n'espargnons
Tant soit soubtil ou fin,
Nous allons, nous venons,
Nous faisons putte fin.
S'il y a rien soubz le mortier,
Pourquoy vous vous plainnez si fort,
Affin qu'on le puist rapoinclier,
Déclairez nous qui a le tort.
Astaroth.
Quant vous voy mener tel effort,
Lucifer, prince confusible,
Je ne souhaitte que la mort,
S'il estoit de morir possible,
Soiez ung petit plus paisible,
Car je vous jure mon honneur,
Que par fine force invisible,
Je devienclray grant gouverneur.
Bélyal.
Je veul estre le promoteur
Des grans causes de notre office,
Je ne cognoys céans docteur
Qui soit plus propre au bénéfice.
Satham devient truant & nice,
Il est tout plain de lâcheté,
Car s'il feust habille & propice
Nous eussions Langres la cité.
11 convient qu'il soit réformé,
Repris, rebacqué, taconné,
— 427 —
Car je suis très bien informé
Qu'il est fol & désordonné,
Se le pouvoir m'esloit donné
De le corriger selon droit,
Il seroit si bien taconné
Que le dyable l'emporteroit.
Belphégor.
Lucifer, qui croyre vouldroit
Ces ennemys plains de langaiges,
Par leur caquet on osteroil
A Satham ses droits & ses gaiges,
Ce sont envieux personnages,
N'y adjoutez foy ne créance,
Car ils ne sont ne clercs ne sages
Mais tous remplis d'oultreeuydance.
Cerbérus.
Astaroth, qui a grosse pance,
Et Bélyal, ce vieux fumier,
Veullent-ils blasmer la vaillance
De Satham, le bon coustumier?
C'est vostre sénéchal premier,
C'est vostre grant entrepreneur,
Et est hardy comme ung limier
Qui chasse devant le veneur.
Lucifer.
Dyables, vous me crevez le cueur
Par vostre langaige inulille,
Avez-vous point montré rigueur
Contre Lengres la difficile.
Vous debviez rompre le concilie
Qu'ilz ont fait par bonne union
Pour le Sainct qui pose en Ville
Décorer de translacion.
Satham.
Pour quelconque lemptacion
N'avons peu rompre l'ordonnance,
Car le Sainct de perfection
Envers Dieu a trop de puissance,
Tous les jours fait grant habondance
De beaulx signes miraculeux,
Parquoy nous perdons l'alyance
Qu'avons avec les vicieux.
Lucifer.
N'est-ce pas le Sainct marmiteulx
Dont Croscus fit copper la teste.
Satham.
C'est Didier, martir vertueux,
Qui est plus digne qu'ung prophète.
Lucifer.
Fault-il que ce qui nous compètc
Par ce Didier nous soit osté,
Je veul qu'en despit de la feste
Que Croscus soit revisité.
Satham.
Ennemys plains de faulcelé,
Prenez le souffre &. le charbon.
Astaroth.
Tost, tost, ce payen soit frotté
Et déffroissé comme ung jambon.
Bélyal.
J'ay ma tenaille & mon forgon
Pour mectre à point notre fornaise.
Léviatham.
Çà, çà, maistre Demorgorgon,
Je vous feray tanlost bien aise.
— 429 —
Belphégor.
Onques pute puant punaise
N'eust le cul plus plat qu'il aura.
Cerbérus.
S'il luy fault chose qui luy plaise,
Croyez que mon bien sien sent.
ASTAROTH.
Je croy que tantost sentira
La Hume qui est jà montée.
Bélyal.
Et je croy qu'il deschantera
Le mal jour ou la tricotée.
L'Ame de Croscus.
0 malheureuse âme dampnée
Par péché qui en moy habunde,
De toute peine environnée
Qui jusques au cueur me redonde,
Pourquoy fus-je doncques né au monde
Pour vivre tant desloyaulment,
Pourquoy dure douleur profonde
M'estraint incomparablement ?
Satham.
A grand péché cruel torment.
L'Ame de Croscus.
Que n'ay-je creu en mon jeune aage
Les Chresliens que j'exécutoye !
Que n'ay-je creu le bon langaige
De ceulx que je persécutoye!
Tout le monde se deffyoye
Tant estoit désordonné.
Es Ydoles je me fyoye
Dont maintenant suis forcené.
Astaroth.
Qui ne croyt Dieu, il est dampné!
— 430 -
L'Ame de Croscus.
Mauldit soit mon malheureux père !
Maulditz soient tous mes amys!
Mauldicte soit ma pute mère !
Mauldict soit par qui suys cy mis !
Mauldictz soient les plus soublilz!
Mnulditcz soient mes serviteurs!
Mauldictz soient grans &. petis !
Mauldictz soient tous mes tuteurs !
Bklyal.
Pour une joye cent douleurs.
L'Ame de Croscus.
La mort ne me peult secourir,
En elle ne doy espérer,
Il me fault en vivant morir
Et en mourant persévérer,
En enduran I, me fault durer
Et saulter de flamme en froidure,
Tousiours durant pour endurer
Sieste fière éy. laidure dure.
Léviatham.
La peine d'enfer tousiours dure.
L'Ame de Croscus.
Haro! j'ay au cueur grant despit,
Grant desconforl, grant arrogance,
D'estre dampné, sans nul respit,
Pour ung peu de foie plaisance,
De toute mondaine bobance
J'ay volu cognoistre l'espreuve,
Mais bien tard j'ay la cognoissance
Que Dieu tels euvres point n'apreuve.
Belphégor.
Comme on faict son lict on le treuve.
— 431 —
L'Ame de Croscus.
Hélas! hélas! pourquoy feis-je oncques
A Sainct Didier mille insolence,
Qui gouvemoit au temps dadonques
Son peuple en grant beignivolence!
Le dur ver de ma conscience
Terriblement au cueur me tient,
Quant je pense à la grant offense
Dont ce marlire me survient.
Cerbérus.
Qui mal pourchasse, mal luy vient.
Lucifer.
Holà! ho ! dyables il convient
Le houler en quelques ténèbres,
Et puis ainsin qu'il appartient
Tormentez luy teste &. cérèbre,
Corps, face <x palpèbre,
Bouliez ou latèhre
De nostre délubre,
Puis qu'on le térèbre
Par force illecèbre,
Turbide & lucubre.
Le Fol.
Qu'esse que Lucifer célèbre ?
Je n'entend point ce fort latin,
C'est alement ou besdouyn,
Selon ce que je puis entendre.
Ne vouldroit-il point entreprendre
De m'enseigner ce bon lengaige.
Je suis seigneur d'ung gros villaige
Là où y a beaucoup de biens.
Sçavez-vous quels ? En une caige
Foin & avenne pour trois chiens.
— 432 —
Ha! vous avez couché on fyens,
Je le voy à vostre chemyse.
Ho! je voys chasser aux chrétiens,
J'ay cy trop esté quant g' y vise.
L'Évesque.
Puisqu'il y a en ceste église
Si noble congrégation,
Il fouit que la châsse soit prise
Pour porter en procession.
Le Prieur.
Qui aura la commission
De porter ce bien singulier.
L'Évesque.
Trois seigneurs de religion
Et trois de Testât séculier.
Le Soubprieur.
Or, Talons gentement chargier,
Puisqu'il convient que le portons.
Le Grant Archidiacre.
Tout homme se veulle arranger,
Il est heure que nous partons.
L'Évesque.
Quant en ordonnance seront,
Chascun selon sa dignité,
Faictes sonner cors & clarons
En signe de joyeuseté,
Jouez d'instruments a planté
Par doulce modulacion,
Jusqu'au lieu qui est limité
Pour y faire la stacion.
Dijonxoiz.
Veesci haulte opération,
Dieu doint qu'elle soit proflitahle !
— 433 —
Le Chantre.
Je veul par grant dévotion
Commancer quelque chant notable.
Cantat.
Lors portent la châsse en procession jusqucs au lieu de la
station cl la meclent illec sur un g aultel paré, puis dit :
Le Père a l'enfant mort.
Puisque la châsse se repose,
Il m'y fault mon enfant porter.
La Mère a l'enfant malade.
Et moy, je n'atends aultre chose
Que d'y aller sans arrester.
Le Père a l'enfant mort.
// se mecl à gcnoulx puis dicl ccsle oroison :
0 Pasteur qu'on doit réclamer
Et aymer
D'amour très loyalle & fervente,
Par pitié veullez regarder,
Sans tarder,
Mon enfant que je vous présente.
Par ma nonchalante imprudence,
Négligence,
Je l'ay laissé précipiter,
Or, luy rendez vye apparente
Et patente,
Qu'il vous puist servir & doubter.
La Mère a l'enfant malade.
Oroison à gcnoulx.
0 Martir digne de mémoire,
Qui en gloire
Toute lyesse possessez,
Vers vous je demande adjutoire
Méritoire
Pour les mauix que j'ay plus qu'assez.
28
— 434 —
Mon filz a les membres cassez
Et lassez
Par grefve douleur importune,
Je vous requier que le sanez
Et donnez
Au mal médicine opportune.
Le Père a l'enfant mort.
Trouve son enfant ressuscité et dit :
Je croy que j'ay bonne fortune.
La Mère a l'enfant malade.
Comment?
Le Père a l'enfant mort.
Mon enflant resuscite.
La Mère a l'enfant malade.
Le mien monstre apparence aucune
De santé.
Le Père a l'enfant mort.
Et le mien proffite.
La Mère a l'enfant malade.
Nul mal en mon enfant n'abile,
Car il me rit très doulcement.
Le Père a l'enfant mort.
Et le mien desià se délicte
De chemyner tout franchement.
La Mère a l'enfant malade.
Veesci beau miracle évident,
Bien debvons louer le Marlir
Qui sans guérir nostre accident
Ne nous laisse du lieu partir.
Le Père a l'enfant mort.
Certes pas ne me veul tenir
Que je n'aille baiser la châsse,
— 435 -
Et si veul tous les ans venir
Puisqu'il m'a fait si belle grâce.
Lors vont baiser la chasse cl faire leurs offrandes.
L'Évesque.
Vous avez veu en ceste place,
Par beaulx signes miraculeux,
Resusciter en peu d'espace
L'enfant mort ix le langoreux.
Or, prenons ung train gracieux
Et que nostre chant soit repris,
Si portons le Sainct glorieux
Au moustier où nous l'avons pris.
Lors rclornc la procession cl reportent la châsse en son
lieu en chantant. Pais quant Hz sont <iu lieu, l'Evesquc dit :
Remettons la châsse en son lieu
Et en sa propre demorance,
Puis dévotement louons Dieu.
Tour ceste notable ordonnance,
Seigneurs, Princes <x Pers de France,
Prélats à. Barons d'entreprinse,
Je vous marcye à toute instance
De la peine qu'en avez prinse.
Le Bailly.
Puisque la châsse est bien remise
Dedans son église &. maison,
Il fault que par bonne devise
Faisons au Sainct notre oroison.
Le premier Bourgeoys.
Vous dictes très-bien.
Le second Bourgeoys.
C'est raison.
Le tiers Bourgeoys.
Monstrons siune d'humilité.
— 436 —
Le quart Bourgeoys.
Homme doit en toute saison
Prier pour son utilité.
Le Bailly, à ycnoulx.
Martir de grant auclorité
Qui jadis souffris passion
Par l'inique perversité
De Croscus, plain d'infection,
Toute la congrégacion
Qui en ton service se fonde,
Préserve de la mort seconde!
Le premier Bourgeoys.
Préserve de la mort seconde
Les dévotz qui te font honneur,
Et s'il y a nul errabonde,
Fay que toute grâce y habonde
Pour complaire au doulx Créateur,
Tu es tousiours notre Pasteur,
Toy qui es & qui as esté
Martir de grant auctorité!
Le second Bourgeoys.
Martir de grant auctorité,
Par ta glorificacion,
Veul maintenir la cité
De Lengres en prospérité
Sans quelque tribulacion,
Et ceulx qui ont dévocion
Devant la châsse pure & monde,
Préserve de la mort seconde!
Le tiers Bourgeoys.
Préserve de la mort seconde
Nous qui te servons de bon cueur,
Car l'ennemy très furibonde
Tousiours est prest et sitibonde
— 437 —
Pour nous bouter en quelque erreur,
Garder nous peulx de cest horreur,
Toy qui est tousiours réputé,
Martir de grant auctorité!
Le quart Bourgeoys.
Martir de grant auclorité,
Maintiens soubz ta protection
Ta noble confraternité
Qui est fondée en charité,
En amour à dilection,
Tous ceulx qui ont affliction
D'y laisser des biens de ce monde,
Préserve de la mort seconde!
Salnct Didier en Paradis.
Sapience doulce &. faconde,
Haulte puissance insupérable,
Qui as science très profonde,
Inexhauste & inénarrable,
Je fay ma déprécacion
Pour Lengres, la cité louable,
Jadiz mon habilacion.
Pour la région,
Pour la nacion,
Requiers ta bonté.
Faiz largicion,
Donne porcion
De félicité.
0 Divinité,
Haulte immarcité,
Luysante & florie,
Garde en unité
Le lieu, la Cité
Et la confrarie!
— 438 —
Virgo Maria.
Mon Dieu, mon Père & mon désir,
Le parfait de mon espérance,
Exaulce, par ton sainct plaisir,
Didier, garny de tempérance,
Tous ceulx qui font leur demeurance
Tant à Lengres comme environ,
Soyent tenuz en asseurance
Pour l'amour de leur sainct Patron !
Eslargis ta main,
Monstre ta haultesse,
Baille au gendre humain
Des biens à largesse,
Donne leur lyesse
Qui ne peult périr,
Car Didier ne cesse
De t'en requérir.
Deus.
Ma simple & seulle Déité
Est tant miséricordieuse,
Que tout cueur est reconforté
Par ma doulceur très gracieuse,
La péticion sumptueuse
Que Didier devant moy recorde,
Par affection curieuse,
Volentiers j'exaulce à accorde.
Sainct Didier.
Mon Dieu, mon Saulveur magnificque,
La noble Cité lingonicque
Qui me loue de cueur parfait,
Veulle garder!
Deus.
Il sera fait.
— 439 —
Sainct Didier.
Mes serviteurs & mes confrères
Délivre des peines haustères,
D'ennuy ou de villain forfait,
Pour mon honneur!
Deus.
Il sera fait.
Sainct Didier.
Tous ceulx qui me feront service,
Mais qu'ils délaissent mortels vices,
Veulle leur octroyer de fait
Lieu triumphant.
Deus.
Il sera fait.
Didier, ma volenlé complait
A la tienne totalement,
Ce qui te plait aussy me plait,
Je feray ton contentement.
Épilogus Ludi.
Rien n'y a soubz le firmament
Qui ne preingne conclusion
Toute chose commencement
A fin & terminacion,
Aussi noslre opéracion
De Saint Didier, noble marlir.
Fine cy sa narracion,
Car il est heure de partir.
Mais pour vous ung petit la vie
Du benoist Prélat recoler :
Monslré avons que par envye
Wandres le firent décoler.
— 440 —
Chascun luy vit son chief copper
Après les tormens exécrables,
Puis vous l'avez veu translater,
Faisant signes innumérables.
Si avons à regracier
De toute notre intelligence,
Collauder & remarcier
La Seignorie d'excellence
Qui, par doulce bénivolence,
Nous a preste bon auduitoire
Pour ouyr en paix 6c silence
Le mistère ou dévot histoire.
Et, au surplus, s'il y a point
Des joueurs aucung mal apris
Qui ait fait quelque mauvais point,
Recepvez le en gré pour son pris,
Priant au Martir de hault pris
Que puissions, par son habitude,
Régner au céleste pourpris,
Enrichy de béatitude.
AMEN.
Loué soit Dieu !
— 441
Cy s'ensuyvent par ordre les noms des Person-
nages de ce pns Mislère, par ordre qu'ilz doivent
parler.
Le Prologueur.
Le Fol.
!Le premier Bourgeoys.
Le second Bourgeoys.
Le tiers Bourgeoys.
Le quart Bourgeoys.
Le Bailly de Lengres.
Le Doyen de Lengres.
Le Trésorier.
L'Archidiacre du Dijonnoiz.
L'Archidiacre du Tonnoirroiz.
L'Archidiacre du Barroiz.
L'Archidiacre de l'Auxoiz.
L'Archidiacre du Bassigny.
Le Chantre.
Le premier Chanoine.
Le second Chanoine.
i Pierre , varlet des Bourgeoys.
( Symonnet, clerc des Chanoines.
Lucifer.
Salham.
Cerhérus.
Astaroth.
Léviathan.
Belphégor.
Bélial.
Chanoines
de
Lensres.
Lengrois.
Enfer.
SL'Arcevesque de Lyon.
Maistre Jehan, son Chappellain.
Robin, serviteur de l'Arcevesque.
Lengres. Le Secrétaire du Chappitre de Lengres.
442
Paradis.
Genevoys.
Lengres.
Barons
de
Lensres.
Serviteurs
des
Barons.
De
Lengres.
Romnins.
Arliennoys.
Wandres.
La Vierge Marie.
Dieu.
Gabriel.
Michael.
Uriel.
Raphaël.
Le Charruyer.
Didier.
Bon-Pas,
messagier de Lengres.
!Le Seigneur de Grancey.
Le Seigneur de Vergey.
Le Seigneur de Choiseul.
V Le Seigneur de Thilchastel.
L'Archier.
Le Couslillier.
Le Crenequinier.
Le Coulevrinier.
Le père Valier.
Valier, son fds.
Honorius, Empereur de Romme.
Le Consul.
Le Tribun.
Diligent, messagier Romain.
Marianus, sénateur.
Le premier Soudart.
Le second Soudart.
Le Légionnaire.
Le Centurion.
Le premier Bourgeoys d'Arles.
Le second Bourgeois d'Arles.
Croscus, Roy des Wandres.
Le premier Satrappe.
Le second Satrappe.
t'ôst-Venû, messagier des Wandres.
(ioililer, satellite.
Sarragot, satellite.
Tarlarin, satellite.
Ysan2,rin , satellite.
— 443 —
ILe Roy des Alains.
Le premier Chevalier Alain.
Le second Chevalier Alain.
^«■.•o. , Durandal, picquenaire.
I Despiteulx, picquenaire.
f Rustarin, picquenaire.
\ Malvenu, picquenaire.
Lengres. Le Cappitaine de Lengres.
Gens
des
Barons .
Lengres.
iLe premier Escuyer.
Le second Escuyer.
Le tiers Escuyer.
v Le quart Escuyer.
La Guette.
La Bourgeoyse.
La Femme grosse.
La Norrice.
LA TRANSLATION DE SAINCT DIDIER , IIIe JOUR.
/ Le Prieur de Saincl-Didier.
Le Souhz-Prieur.
Frère Nicole.
Lengres. { Frère Michiel.
L'Evesque de Lengres.
Tosl-Prest, messagier.
Sainct Didier en Paradis.
Le Duc de Bourgoine.
L'Arcevesque de Rains.
L'Evesque de Laon.
Le Duc de Normandie.
Pers 1 Le Duc de Guienne.
de \ L'Evesque de Chaalons.
France. J Le; Conte de Champaigne.
L'Evesque de Noyon.
LeConle de Flandres.
L'Evesque de Beauvaiz.
'. Le Conte de Thoulouze.
— 444 —
L'Abbé de Sainct-Bénigne.
Abbés. I L'Abbé de Molesmes.
L'Abbé de Sainct-Estienne de Dijon.
L'Enragé.
Le Père à l'Enragé.
La Mère à l'Enragé.
Le Contrefait.
Malades. ( Le Paraletique.
L Aveugle.
Le Muet.
Le Père à l'enfant mort.
, La Mère à l'enfant malade.
\ L'Ame de Croscus.
Cy finit la Vye et passion de Monsr Sainct
Didier, iije Évesque de Lengres , composée par
Maistre Guillaume FLAMANG , chanoine de
Lengres, escripte par moy Philibert Prévost,
Procureur es cours de Lengres , et par Eslienne
Roland , mon serviteur, le damier jour de may
l'an mil cinq cens et sept.
Signé Prévost.
Laus Deo et Matri ejus
(c xvj personnaiges en tout.)
GLOSSAIRE-INDEX.
Aboler, détruire, mettre à fin.
Abonrdcr, aborder.
Abrégicr, se préparer, se dis-
poser.
Aceriener, rendre certain d'une
chose, assurer, convaincre.
Accria, sérieusement.
Achoison, cause, molif, oppor-
tunité.
Ac/ineier et alùnter, préparer,
arranger, tendre un piège
Aculer, réduire, mettre sur le
cul.
Adjuinire, aide, assistance.
Admch'ieVer, mettre à néant.
Adresser, diriger, faire réussir.
Advenant, convenable.
Advision, prévoyance, pressen-
timent.
Affamer, affirmer.
Affin, allié, parent.
Affiert (H), il convient.
Affisioler, arranger, préparer.
Affiler, maltraiter, blesser.
Affrister, préparer, armer,
fréter.
Agriper, prendre avec les
griffes.
Ainçoys, volontiers, d'abord.
A'msin, ainsi.
Aisément, gré, volonté, plaisir.
Alainne, haleine, souffle.
Alinner, aligner.
AUrecas et aller cas, altercation,
dispute, débat.
Aîyer, allier, réunir.
Amarilude, amertume du cœur,
ressentiment.
Amer, aimer, qui est à aimer,
qu'il faut aimer.
Amont, en haut.
Ancelle, servante.
Anel, anneau.
Anichiller, mettre à néant.
Anormal, déréglé.
Apaiii, proie, pâture.
Apareille (s), se prépare.
Apérir, ouvrir.
Apo'mcler et Appoincler, tran-
siger, décider, ordonner,
tenir prêl.
Appelé, appeler, désire, dési-
rer.
Applicquans, travailleurs.
Apreigne, apprenne.
Aquesl, acquiesçant.
Arlique, froide.
Arbe, herbe.
Ardoir et ardre, brûler, con-
sumer, incendier.
Arer, labourer.
Armatif, guerrier, de guerre.
Arrog , disposition , arrange-
ment.
Arrouser, arroser.
Assavourer, savourer.
Assentir, délibérer, consentir,
acquiescer.
Assiènl, pour asseyent, d'as-
seoir, placer.
Assoie, sot.
Assufir, rassasier.
446 —
Atrotler, arriver au trot.
Auctenliquc, saint, savant, bril-
lant.
Auberi , haulbert , cotte de
mailles à manches.
Auduiloire, entendement.
Aulmosnière, bourse, gibecière.
Aumuse, ornement que les ec-
clésiastiques portent au bras.
Auxo'is, p.irtie du duché de
Bourgogne qui doit son nom
à Alise.
Avanceur, qui va en avant.
Avertin, frénésie, fo.ie.
Avalez, étranger, celui qui est
venu d'un autre endroit d'où
l'on n'est pas soi-même.
Avuyer, mettre en train, con-
duire.
Agdier, aider.
B
Baculer, frapper avec un bâ-
ton.
Barlelaires , ou badeladres ,
épée large et recourbée.
Bat de, baille.
Baler, ou b aller, danser, sau-
ter.
Balesleaiix, arbalète, machine
à lancer des pierres ou des
traits.
Balaie, baume, baume.
Buillier, donner.
Bancqueter , manger, boire
ensemble.
Bargue , esquif, chaloupe ,
grande barque:
Barrois, ancienne province de
Fiance. Ce pays, jadis habité
par les Leuci, prit au IVe
siècle le nom de pagus Bar-
rensis.
Bas ion à feu, canon, couleu-
vrine, fusil, arquebuse.
Bâsâgnifi contrée de la Haute-
Marne, dont Chaumont était
la capitale.
Becdefanlcon, arme de guerre,
artillerie.
Bedon, tambourin.
Beguynet, petit béguin.
Benedicite, exclamation pro-
pre au pays de Langres, à
cause des trois enfants de
la fournaise vulgairement
nommé les Bened'iriie.
Bâirenlancc, bienveillance.
Benoist, bon, doux, clément.
Beaungner, et besoingner, tra-
vailler.
Beiiehin, bassin, corbeille.
Blainche, blanche.
Bialo, promptement.
Bienvegnans , faire bienvci-
gnans, faire bon accueil.
Bise, noirâtre, couleur grise.
Bobanee^ bombance, vanité,
faste.
Bonnoi, bon, utile.
/» >rd m, nom propre.
Bol, bout.
Biner, me'tre, placer.
Boleille, bouteille.
Boideuers; boulevard.
Boule(xe), se place dansun coin.
BrtHjn'iari. arme de guerre.
Brayes, haul-de-chausses, cu-
lottes.
Un frété, brièveté.
Bref ment , avec vitesse.
Breuonne, Brevoines, faubourg
de Langres.
Brigandim»', armure légère,
sorte de cuirasse.
Brot/llear, brouilleur, charla-
tan.
— 447 —
Caillnz, cailloux.
Caliginettse, noire, horrible.
Camelote, espèce de sauce.
Caibouele, pour escarboucle.
Carculer, calculer.
Carreaux el qnurrcs ou quar-
reau.r, (Ici lies ferrées trian-
gulairement.
Calerve, bande, multitude.
Caalt avisé, fin, rusé.
Çaullielle, ruse, tromperie.
Celsilnde, excellence.
Célèbre, cerveau.
Cens, sens.
Cesiuy-la, celui-là.
Chaffanlt, écbal'aud, théâtre.
Chai Ile, de chaloir, soigner,
s'inquiéter. Ne le.cha.ille, sois
tranquille, sans souci. Il vous
chantt, il vous importe.
Chalenttjncs, chalumeau, mu-
sette.
Chaperon, ancienne coiffure.
Char, chair.
Charbonnée . grillade , chair
grillée au feu.
Çharrnyer, charretier, celui
qui tient la charrue.
Chault, voir citadin.
Chavon (an), en avant.
Chatjenne, chaîne.
Chef, tête, bout, venir à chef,
terminer.
Cher, char.
Cher rue, charrue.
Chenil, choir, tomber.
Chevalcureux, hardi, coura-
geux.
Chevance, cens, rente en ar-
gent, richesse, héritage.
C/tevauchier, aller à cheval.
Chevir, venir à bout.
Chir/ieface, homme maigre et
chagrin , que le chagrin
ronge
Chief, chef.
Cliicuiiuille, troupe de chiens,
canaille, amas de populace.
Clt'ier- a fft a, séraphin.
Chien, chez.
('.'•eh, les deux.
Cingesse , femelle du singe,
guenon.
Circulation, circonférence.
Clam, cri, clam •ur.
CJdritudc, gloire, grandeur.
Clcr, clair.
Clovson, cloison, muraille.
Collacion, entretien, discours.
Collatuler, louer, combler de
louanges.
Calomnies, couleuvrines, piè-
ces d'artillerie.
Combateur, celui qui se bat.
Combien, quoique.
Comiitiemeni , subtilement,
avec ruse.
Commanl, adieu.
Compain, compagnon.
Compas, mesure.
Compassé, pressé.
Compromission, compromis.
Condighe, digne.
Conrjuesi, r, conquérir.
Consile, conseil.
Consors, conseils, avis.
Consuélude, coutume.
l'.otistilaiae, consulat.
Coniandre, tâcher, s'efforcer,
aspirer à une chose.
Coniempner, mépriser, dédai-
gner.
Conl4 neion, ligue, contestation.
Conlumélie, affront, outrage.
Cou vers, converti.
Copz, coups.
— 448 —
Coquart, nigaud, sot.
Coqnnsse, risible. Signifie aussi
vase.
Conqucster, conquérir.
Cornuz, qui ressemble à une
corne.
Corrompée, insecte.
Coruscalion, éclat brillant.
Coicllcs, justaucorps, veste.
Couhard, peureux.
Couillards , instruments de
guerre propres à lancer des
pierres.
Couleuvr/nier, celui qui tire
les couleuvrines.
Coulons, colombes, pigeons.
Coultre, côté.
Gourcer, courroucer-
Cours, aller le cour, courir.
Courleaulx, chevaux qui ont
crin et oreilles coupés.
Cousiel, couteau.
Couslillier, écuyer armé de la
coustille, sabre à deux tran-
chants
Coy, tranquille.
Craindaient, craindons, pour
craignaient, craignons.
Crapeaudeaux, arme de guerre,
artillerie.
Crenequin, arbalette.
Crenequhner, arbalétrier.
Creu, crû.
Crevanter , tourmenter, ha-
rasser.
Criminateur, accusateur.
Croce, crosse, bâton pastoral.
Crudélilê, cruauté.
Cueur, cœur.
Cuider, lancer avec force.
Guider et cuyder , penser ,
croire.
Gains, ainsi. Signifie peut-être
cinq.
Cnlefcr, frapper avec son cul.
culeier la selle, se tenir mal
à cheval.
Culière, selle de cheval, crou-
pière.
Curare, prendre soin.
Cure, soin.
Cy à val, ici-bas.
D
Dadonques, d'alors.
Damer, surpasser, courir.
Dampnement, damnation.
Darrière, derrière.
Dançjuis, art militaire, artil-
lerie.
Dca, deame, pour da! vrai-
ment!
Déambuler , se promener ,
marcher.
Débutent-, celui qui débat.
Di'bellaieur, celui qui combat.
Décacorde, instrument de mu-
sique.
Déceplibles, trompeurs.
Déclairer, déclarer.
Décochier et Descoichier, par-
tir, s'ébranler.
Déducieur, guide.
Deffience, défi.
Depnitice (le), la fin.
Dcfulijcr, briller.
Ihlui, dû.
Délicier (se), se complaire.
Dchnqueur, délinquant.
Délabre, temple.
Dcman tiers (en), pendant ce
temps.
Demainne, domaine.
Démené (le), la peine.
Deumeurani (le), le reste.
Demi nslrance, signification.
Demurunce, demeure.
— 449 —
Denwrgnrgnn?
Départ, distribue.
Département, départ.
D 'précacion, prière.
Deprerfer, piller.
Désarpillier, cesser, disconti-
nuer.
Désasambler, désunir.
Desdugt Qui), en tranquillité.
Desgorge, désordonné?
Deslêal, déloyal.
Deslêauté, déloyauté.
Desmarcher, s'éloigner , des-
serreras rangs en marchant.
Despartir (le), le départ.
Despitemenl, dépit.
Desplaisance, déplaisir.
Desrny , désordre , dégât ,
trouble.
Desserte, mérite, récompense
Destrier, cheval de main.
Desvouer, égarer.
Déterminaiive, détermination
Dctranchei , mettre à mort.
Deul, deuil.
Deveslir (se), oter ses vête-
ments
Devis, désir, volonté.
Dextre (la), la droite.
Digner, dîner.
Dilacion, délai, retard.
Discors, qui n'est pas d'accord
Disetfensj qui est dans la dé-
tresse.
Dobler, doter.
Dobtiz, soumis.
Daim, donne.
Dolente, affligée.
Doublante, terreur.
Doubler, redouter, craindre.
Doulier, douer, enrichir.
Douloir, être marri, lâché.
Dntj, doigt.
Drecier, dresser.
Dru, vigoureux, serré.
Ditbietr, doute.
Ducteur, guide.
Dugre, conduire.
Dugt (le), le conduit.
Dgamerdnn, excrément.
Dyvers, différents, divers.
E
Efjicasse, efficacité.
Elle, este, pour aile.
Elucider, rendre clair.
Embler, enlever, ravir.
Emmg, sur, parmi.
Emplyer, employer.
En (m'), nous en.
Encliner, incliner.
Encoir, encore.
Endeinanticrs, tandis que.
Endoxer, endosser.
Enferme, infirme.
Enhorier, exhorter.
Enluminure, ornement.
Enngs, nenni, non.
Enron lige, polie, forte.
Entendis, tandis que.
Envers, Anvers.
Envis, à regret.
Epileutigue, épileptique.
Epillier, piller.
Err abonde, vagabond
Erre; aller grande erre, faire
diligence.
Es, aux, dans les.
Escarcelle, bourse.
Eschaiz, échasses.
Eschielle échelle ; eschieller,
placer les échelles.
Eselavasier, rompre, écraser.
Eseondire, éconduire.
Escorchi r éiorcher.
Escorpton, scorpion.
Eserevice, corcellet, composé
de plaques de fer.
20
— 450
Escripturc, écriture.
Esgn, ailjrii .
Esguilctte. aiguillette.
Eslongner, éloigner.
Eslude et E loi se, éclair.
de lâcheté, éviter le travail.
YFa'mlisce, feinte, iromperie.
[Famée, renommée.
Forcer, tromper en riant.
Faulchense, qui faulche.
Esmc, estime, signifie aussi Fmtldnmi, manquer, défaillir.
âme, intention* \Faaix, faux.
Esniehitèr, affaiblir, rendre in- Favarnblelê , occasion favo-
capable de juger.
Espade, force ou étendue?
Espécial, spécial.
Espirituel, spirituel.
Espoii table, épouvantable.
EsrondelU'j hirondelle.
Eslable, s'.able.
Estaiches, attaches, liens.
Eslainl, arrêté, fixé.
Esteller, atteler.
rable.
FébiicUants, fiévreux.
Féb.nesse, perfidie.
Fermeté, fermeture des portes.
\ Fer relayer, porter, présenter.
iFesiayement, action de fêler.
YFestyer, fêler.
Feulleùes, petites feuilles.
iFience, confiance.
Fiert (on //), on y frappe.
Estrade, roule, chemin; aller Fierl jv, châsse, coffre à mettre
à l'estrade, voyager sur le, des reliques,
grand chemin. Fine, de finir, pour finir.
Estrapade {niellre en /'), bri- Finement, fin.
ser, rompre. \Finission. terme, fin.
Estrivèr, quereller, combattre. YFinnée, fin.
Estryé, étrier. Flagélon , pour Phlégéton ,
Enl (/'), l'œil. fieuve de l'Enfer.
Eulley-Cotôn, Heuilley-Côton, [Flasconnet, pelit flacon,
commune de l'arrondisse- \Fleusie, ilûte.
ment de Langres. ! Florettes, petites fleurs.
Eur, ehrer, cure, heure, bon- IFlorisstiiice, prospérité,
heur, rendre heureux, être \Fluve, fleuve,
heureux. ÏForcènement, démence.
Envier, travailler. IForcener, être en démence.
Exaudnian. action d'exaucer. [Formant, beaucoup, grande-
Excide, fin, destruction.
Exercile, armée.
Expugner, combattre.
Facundc, faculté, richesse.
Fade, déplaisant.
Faillir, tomber en défaillance
Faillon, sillon.
Faingne, de jainJre, faire acte
ment, fortement.
Farmis, fourmis.
Formosilé, beauté de formes.
Forrier, fourrier.
Fars, excepté, hormis.
Fonyr, fuir.
frimé, qui a froid.
FruysùoTi, jouissance, posses-
sion.
Fudel, fidèle.
— 451 —
H
Gainante, gagné. Habcrger, héberger.
Gainncra, gagnera. Habunder, abonder.
Galle, Gaule. Gales et Galois, Happetoïouèhe, gobemouche.
Gaulois. Il'iiirs, fatigués, molestés.
Gard ; D'au roua ganV , Dieu Harpaille, compagnie de gueux.
vous conserve. Harquebuchûi arquebuse.
Gemme, pierre précieuse. iHasiiiemenl', prompiement.
Gcticsi, petit cheval de msu-lHaulsaige, arrogance, bravade-.
vaise mine. Hauliesse, élévation suprême.
Genis, gentils, beaux, conve \Hobin, cheval d'allure douce.
nables.
Gergoniier, jargonner, caus i .
Gésir, accoucher.
Gets, bandelettes.
Gevaiches, femmes de mauvaise
réputation, sorcières.
Gippon, casaque, souqucni.le.
Gtenner, glaner.
Glovppion, gorgée. Glotiper,
couler goutte à goutte.
Goini, gros, pressé par le cha-
grin.
Gorgiâs, galants.
Gouffre, goinfre, gourmand.
Grésillons, art militaire, artil-
lerie.
llnhé, remué.
Hoequeler, hocqûelettr, chica-
ner, chicaneur.
Illuminer, hogner, murmurer,
grogner.
Hnm, homme.
Homme snnlvaqc, une des rues
de Langres qui porte encore
aujourd'hui le même nom.
Hoqiteion, jacquetle, cotte de
mailles.
IlonssejxiiUier, tirailler par les
babils, déchirer.
H. .(lier, appeler.
Huiler, hurler, crier.
Humblesse, basse condition.
Grerable, de grever, porter Humes, village de l'arrondisse-
dcirmage. ment de Langres.
Grevante, peine, dommage. Huriebetin, qui heurte.
Griper, peur grinq er. Huriebilliei , chercher le mâle.
Grttimplœ, groin. Hurler, heurter.
Groimpher. imiter le cri des Hutm, bruit, noise, querelle,
pourceaux. \Huger, crier, huer.
Grumclcr, murmurer, gron-.
(1er.
Gubernateur, gouverneur.
Guette, sentinelle.
Guierdon, récompense.
Guierdumier, récompenser.
Guingois (de), de travers.
Guise, habitude.
1
Ignaire, ignorant.
Ignosctnee, innocence.
lilec et illectiues, là.
Illeeèbre , attraits , charmes ,
appas.
— 452 —
Immarri le, Immarcessiblc, qui
est sans flétrissure.
Impéraleur, empereur, qui!
commande.
Impcraioir< , impérial.
Impétiaieur, qui attaque.
Impéiruieur, qui obtient.
Impieu, impie.
Importable, important.
lmpi opère, reproche.
Inanifier, réduire à néant.
Incite, excite.
Incircumpscriple , qu'on ne
peut circonscrire.
Indomable, indomptable.
Inénarrable, qu'on ne peut ra-
conter.
Inexhauste, inépuisable.
Inextimable, inestimable.
Inflation, orgueil.
Innumerable, innombrable.
Instable, inconstant.
Instrumenleiir, officier public.
Insupcrable, insurmontable.
Invesliguer, rechercher.
Irai-je (s), cependant irai-je.
Ire, colère.
Irrécupérable, irréparable.
Isnel, léger.
Issir, sortir.
Jaque, casaque militaire.
Jaseran, j:icque de mailles.
Jucundue, joie bonheur.
Jnrnades, surtouts, casaques.
Jogssanee, jouissance.
Jugulaire, qui tranche la tête
Jura, jure.
Labourer, travailler.
Laboureux, Inbonrieux, labou-
reur, qui travaille.
Laiche, lame.
Lavez, lairez-vnus laisserez-
vous. Luiras lu et larras-
lu, laisseras-tu.
Lame, tombeau, cercueil.
Langagier, parler, s'exprimer.
Lanlernier , qui hésite.
Largiieur, celui qui donne,
qui fait largesse.
Las, lacs, lacets.
Lassuz. là haut, au-dessus.
Latèbre, retraite, caverne.
Lags, laïcs.
Leal. loyal.
Leeours, glouton.
Légicrement, vite, prompte-
ment.
Leu, leule, lu, lue.
Libelle, ordonnance.
Liève, lève.
[Lignolet, galoche, sorte de
chaussure.
La tende, sans lettres, sans sa-
voir.
Loppyon, opinion, sentiment.
Longer, loyer.
Lucebre, qui brille.
bûcher, lutter.
l.uciz. gémissements.
Luiulenlemenl, clairement,
avec joie.
.Luminaire, vue.
\Luton, esprit follet.
Lgessse, joie, réjouissance.
Mabre, marbre.
habile, qui coule, qui tombe \Macheron, substance noire et
facilement. liquide.
— 453 —
Mact etmat, faible, abattu, mislMesprisons, méprise, erreur.
de
à mort
Mariare, mettre à mort.
Macter, mettre à moi t.
Magnifier, glorifier.
Maignic, maingnie, madgnye,
suite, maison, famille.
Mains, pour moins.
Mais, jamais, plus.
Maishuy , présentement ,
suite.
Malan, année de malheur.
Maleuré , qui n'est pas heu
reux.
Mollement, malheureusement
Mangonnaulx, machine à jeter
des pierres.
Manxion, demeure
Manteau /a, machines de guerre
pour protéger les hommes
Marchie, camp.
Marcier, remercier.
Margne, la Marne, rivière.
Marnai eux, de dessus la Marne.
Marrigny, village de l'Auxois.
Mater, maîtriser.
Matz, maul, mauvais.
Maulgré, malgré.
Manljour, jour néfaste, mau-
vais.
Maulpresl, qui n'est jamais
prêt.
Maulvaislié, méchanceté.
Mauray (je), je mennerai.
Melliflue, d'où découle le miel.
Menuz, petit.
Meracle, miracle.
Mercier, remercier
Mesaele
ment.
Mcsaise, chagrin.
Mtschief, malheur, accident
Mesgnie, famille, race.
Mtshuij, désormais.
Mestter, besoin.
Meure, mine, réfléchie.
Meurs, mœurs.
Migne, mine.
Miliaire, le cours des années.
Millénaires, chefs d'une trou-
pe de mille hommes.
Miséricors, miséricordieux.
Mitigorieux et Misligorieux,
forts, courageux.
Molcsme, abbaye du Tonner-
rois.
Molin, moulin.
Sfonarche, monarque.
Monde, sans tache.
Mondial, du monde.
Mon'/cinn, avis.
Monocorde, instrument de mu-
sique.
Monstre, parade.
Mont; a mont et à val, en haut
et en bas.
Morillon, nom d'une contrée.
Moiir, mourir.
Motiz, motifs.
Mondanité, vanité mondaine.
M on joie, cri de guerre.
Montlundon, village de l'arron-
dissement de Langres.
Monisaujon, idem.
Moustier, monastère.
Mont, moult, beaucoup.
Moyennaux , nom que l'on
donnait à une pièce de ca-
non longue de dix pieds.
Muer, changer.
Hfngnier, meunier,
ravage, bouleverse- Murmuracion, murmure.
\Musé, caché.
My, moi.
M y dieux, jurement.
Mye, adverbe négatif.
Myie, la mitre.
— 454 —
N
AV, ni.
Necticr, nettoyer.
Négoce, chose.
NenniL non.
Nice, simple, niais.
Nicque. geste de moquerie.
Nobilitc, noblesse.
Noise, querelle.
Noncer et nnnller, annoncer.
Norrir, nourrir.
Notable (iing), remarque, sen-
tence.
NucJic, nuque.
Nger, noyer.
0
Occiosité, oisiveté.
Occision, meurtre.
Odoremem, odeurs.
Offaudre, offenser.
Oignements, ce qui est onc-
tueux.
0/2, au.
Onques, jamais.
Optai, souhait, désir.
Or, maintenant.
Orbe, monde, empire.
Orbigny, village des environs
de Langres.
Ord,s, hord.s.
Ordonnance, ordre.
Orer, prier.
Or guet h s, petites orgues.
Ors, ord et ort, sale, gâté.
Ont, armée.
Oslencion, montre, parade.
Ou, au.
Ouctroger, accorder.
Onllraige, outrage.
Oui trépasse, modèle.
Ouquelf auquel.
Ourrer, ourrons, entendrons,
entendre.
0;/, oui.
Ogr, entendre.
Paganieque, payen.
Palpèbre, paupière.
Panôriceaulx , pavillon , en-
seigne militaire.
Vaonr, peur.
Paonreux, peureux.
Papegault, perroquet, bavard.
Par, pers et parrie, pair, pairs
et pairie.
Par fournir, terminer.
Passavant, machine de guerre
dans laquelle on logeait des
soldats.
Paultonnier, méchant, scélérat.
l'el, peau.
Penlateuchén, le Pentateuque.
Perclos, terminé, achevé.
Perfaire, achever.
Perpétrer, faire, achever.
Pcrsonniers, hôtes.
Perimjs, trou, ouverture.
Petit (uug), un peu.
Picquenaire, soldat armé d'une
pique.
P/eça, depuis longtemps.
Pille, argent monnayé. N'avoir
ni croix ni pille , être sans
le sou.
Pillerie, pillage.
Pinsemaille, avare, ladre.
Pirdony, nom piopre.
Piléable, plein de pitié, qui
excite la pitié.
Pla sij, plaisir.
Piaillé. Avoir quelque chose à
planté, c'est-à-dire en abon-
dance.
— 455 —
Plantileiies, petites plantes Provénncc, pourvoyance.
Plantureux, abondant, fertile. Priulhomme, pmdhommie ,
Plasmnleùr, plasmat'mn, qui homme sage, sagesse.
fait des ouvrages d'argile. Put/nuis, sale et puant.
Plorer, pleurer. Pillent, bouillant.
Poinel, être a poinel, cornmo- Purïté, pureté.
demeut, à propos. fusille, petit, étroit.
Poinclure, peine, tourment. Paie, prostituée.
Poingner, punir, châtier.
Poitron, poitrine.
Popelars, hypocrite, faux.
Populaire, peuple.
Porrhaz, travail, effort, re-
cherche.
Porpoinl, veste.
Pose, suppose.
Possesser, posséder.
Potence, béquille.
Puys, puits.
Q
Qunqueler, caqueter, bavar-
der.
Qnar, car.
Quarron , ouverture carrée ,
carrefour.
Qnasier, casser.
Quelongnes, quenouilles .
Potôn, surnom de Xaintrailles, Qneix quels
grand rapitùne du temps q,^ 4qu'est.Ce.
de Charles Vil. \Quierl cherche
Pouaere, homme paralytiqae Q^in,-^ j0ll do quilles. Qui
de tous ses membres
Pourcelct, petit porc.
Pourchaz, profit, bénéfice.
Pnure, pauvre.
Pourpris, demeure.
Pourtant, c'est pourquoi. R
Pourler, porter. !
Pourtraitcs, retracées, peintes. Rneointer, rapprocher, rendre
jeu ue quilles, ijuitter
leqniliier, quitter la partie.
Quf, ce que, la chose que.
Quis, cherché.
Quoquibus, sot, nigaud.
Poi'cz, pouvez.
Piécellunce, excellence
Précelse, élevé.
Prêlacion, prélature.
Presrhier, prêcher.
Prest, prompt.
Prest», promptemenl.
Prétérit, passé.
Preu , chevalereux ,
loyal
Pr'ins, minces, déliés.
Proesse, prouesse.
Propi- er, boire.
Prouffiler, profiter.
ami, familier.
Raeorder, se souvenir.
Huilhm, cri.
\Runoijer et renouer, renier.
Ravoyt r, mettre dans la voie.
Rmj (je), j'ai de nouveau
Rayant, brillant.
Ray s, rayon,
fidèle, Réali/al, poison, mélange d'ar-
senic et de souffre.
Réanime, roya me.
fichai q ner, mener quelqu'un
durement , racommoder ,
raj us 1er.
— 456 —
Rebouter, reboutenr, repous-
ser, qui repousse.
Uni icnr, qui récite.
Ràchnaloire, coussin, oreiller.
Rectz, filets -
Recoinler, receler, cacher.
Reader, se rappeler.
Retarder, demander.
Rednnder, déborder, refluer.
Refulgeni, resplendissant.
Régale, royal.
Retmon, renom, renommée.
Regracier, rendre grâces, re-
mercier.
Relie [veinent, relèvement, ex-
humation.
Relusance, qui brille.
Remarcier; remercier.
Rcncort, satisfait.
Renonchicr, renier.
Renverdye, complaisance.
Repositoire, appui, soutien.
Retardicion, relard.
Rétamer, retourner.
Retraiter (se\ se retirer.
Relraire, discontinuer, retenir
Saînsy, si ainsi.
Salvacion, salut, sauvement.
Sanclilé, sainteté.
Si nier, guérir.
Sapience, sagesse.
Sarrer, garder.
Salhicqne, Scythe.
Sçavorer, savourer.
Sçenr, sur.
Scient, savant, qui sait.
Semondre, contraindre, invi-
ter, convier.
Sente, petit sentier.
Seulement, odeur.
Séquelle, suite.
Sercher, chercher.
Server, garder, conserver.
Sers, serve, serviteur, servante.
Seulet, seul.
Si, aussi.
Signacle, marque, indice.
Signifiante, signification.
Simphonine, simphonie.
Singesse, femelle du singe.
Si ti bonde , qui a soif d'une
chose.
Ribaud, homme de mauvaise \Socy, souci, inquiétude.
vie.
Sa
n-, s asseoir.
Ribaudaille, tr mpede ribauds Sommier, ramassé, dru, serré.
Ribaudeqnin, grande arbalète. \Sordre, sourdre, jaillir.
Rivière, village de l'arrondis
sèment de Langres.
Rosettes, petites roses.
Roiiers, routiers, qui courent
les routes.
Rov pieux, qui a
nez, morveux.
S
Sa. si a.
Sade, doux, agréable.
SuiLlir, sortir, s'élancer.
Sorterve, vile.
Soris, souris.
Sorti, assorti, muni.
Sonbstenir, soutenir.
Sonbtil, subtil, adroit,
la goutte au Soudars, soldats.
\Sonef, doux, agréable.
Soufe, soutire.
Sonlas, soulagement, plaisir.
Souleil, soleil.
Sonler, avoir coutume.
Sourdean, sourd.
Splendifère, lumineux.
Suumuu, peisuasion.
— 457
Subbit, leste ou lestement.
Snbmis, soumis.
Suppéditer, terrasser.
Suppi'llative, qui est au-dessus
de tout.
Suppellalrice, qui a la supré-
matie.
Suz, au-dessus.
Symonnie, convention illicite.
Taconncr, raccommoder.
Tallebuteanx. armes de guerre.
Talus, inclinaison.
Tançons, querelles, disputes.
Tairais, armes de guerre.
Tariv, sorle de monnaie d'or.
Targe, sorle de hou: lier.
Tale'iller, chatouiller.
Talin, inquiétude.
Tatin (unij), un peu, un tanti-
net
Tuudis, machines de guerre
propres à garantir le soldat.
Templer, tenter.
Tenant, vassal.
Ténébrifter, mettre dans l'obs-
curité.
Tenter, absorber.
Térébrer, percer.
Termine, délai, terme.
Tn-ricn, terrestre, indigent.
Testée?
Testière, tête.
Teure, tire.
Tire; aller de tire, c'est à-dire
promptement.
Tunnel, tonneau.
Tormenùne , qui cause des
tourments.
Toutnoyement, tournoi, exer-
cice de guerre.
Tuusiours, toujours.
Traire, tirer, pousser des cris.
Tranchhi tranchées.
Translater, transporter d'un
lieu à un autre.
Trayrie, action de tirer.
Trayson, trahison.
Treet a feu, lance à feu.
Trespe>ccr, transpercer.
Tt estons, tous.
Triquotêe, s.irte de danse.
Troingne, trogne.
Tronquait ?
Trotlier, cheval qui trotte bien.
ÏVocrr, trouver.
Truunt, fainéant, méchant.
Trneuleut, violent, cruel, bru-
tal.
Tryarle , thériaque , contre-
poison. Signifie aussi assem-
blée.
Tugnr'wn, chaumière.
Tumber, tomber.
Tnniereul, tombereau.
Tiirbaciim, trouble.
Turbide, qui sent la confusion.
Tureure, mot destiné à imiter
le son de la flûte?
Typane, tambour.
Un g, un.
Utile, utilité,
Utyls, outils.
Uys, porte, entrée.
Valer, être atteint.
Value, valeur.
Varlct, valet.
Vectigales, tributaire.
Veesla, voila.
Weez-me-cy, me voici.
Venouto, sont venus.
50
- 458 —
Ver de, verte.
Vcrgohignc, pudeur.
Vermeilleiies, vermeillesi
Veslure, vêlement.
Veuglaire, machine de guerre.
Veul. vouloir, volonté.
Victnille, vivres, nourriture,
viande.
Viengnez, pour venez.
Vinehans, alliés.
Vitupère, blâme.
Voille, veut.
Voir, vray, vraiment.
Vois, je vois, je vais.
Voleniê, volonté.
Vef, esve, veuf, veuve.
Vos, voulut.
Vouges, espèce d'épieu, dont
étaient armés les francs-
archers.
Voulre, (à la), à la hâte.
Vouldrenl, voulurent.
Voulirer, courber.
Voiilenticrs. volontiers.
Voysii, voilà-t-il.
Wuydier, vuydier, vider, quit-
ter.
Y, ici.
Ydoisne, convenable.
Ysser, sortir.
1IWBING ZZZT. AUG21ig737
PLEASE DO NOT REMOVE
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PQ Flameng; Guillaume
1561 La vie et passion de
F5V5 monseigneur sainct Didier
1855